La guimauve officinale (Althæa officinalis)

Synonymes : guimauve sauvage, althæa, mauve blanche, bourdon de saint Jacques.

A une lettre près, on doit aux Grecs l’actuel nom scientifique de la guimauve : Althaia pour eux, Althæa pour nous aujourd’hui. Les Latins s’écartèrent vraisemblablement de cette forme et lui attribuèrent divers noms parmi lesquels pastinaca, moloche agria, pleistolochia, plistolochia… Que, bien plus tard, Macer Floridus prétende que cette plante porte un tel nom en raison de sa haute taille (Althæa proviendrait du mot altum, « élevé »), ne doit pas nous faire oublier que le mot grec althaïnô signifie « guérir ». Toujours d’après Macer Floridus, la guimauve porte aussi le nom d’eviscus, en relation avec le caractère gluant de sa racine mucilagineuse, que l’on pense pouvoir croiser dans d’autres noms accordés à la plante parmi lesquels ybischa, puis, aujourd’hui en allemand, eibisch (L’hibiscus, autre malvacée, tire bien entendu son origine de cette ancienne terminologie). Mais ne nous attardons pas trop sur ces questions étymologiques, c’est le meilleur moyen de se flanquer de violents coups de migraine.

S’il paraît raisonnable d’attribuer aux Hippocratiques la première mention faite de la guimauve qu’ils citent comme un vulnéraire précieux, il est plus difficile de reconnaître la guimauve à travers ce qu’en dit Théophraste. Le botaniste grec recommande une eau mucilagineuse de guimauve (un vin sucré en réalité) pour faire passer la toux, mais signale que sa fleur est jaune. Or comme la guimauve porte des fleurs de couleur rose pâle, il est bien possible qu’il ait eu affaire à une plante à laquelle on a attribué son nom, l’abutilon de Théophraste (Abutilon theophrasti).
Bien plus tard, on la rencontre dans la Materia medica de Dioscoride, et là, le doute n’est pas permis, il s’agit bien d’elle, si l’on en veut croire la description botanique qui en est faite : « La guimauve […] est une espèce de mauve sauvage, dont les feuilles sont rondes, comme celles du cyclamen, et recouverte d’une peluche blanchâtre. Sa fleur ressemble à celle des roses [nda : sauvages, c’est-à-dire à cinq pétales, les roses du fleuriste n’existant pas encore bien entendu]. Sa tige est longue de deux coudées, elle produit sa racine visqueuse et souple, blanche en dedans » (1). En plus de cela, son portrait médicinal apparaît clairement : cette plante est émolliente, béchique, cicatrisante, maturative des abcès et résolutive des ulcères, Dioscoride la prescrit particulièrement dans des cas d’irritation et d’inflammation des muqueuses pulmonaires et intestinales, ainsi que dans des affections vésicales (difficulté de miction, lithiases), gynécologiques (inflammations de la matrice et des seins) et cutanées (plaies fraîches, enflure, brûlure, morsure et piqûre).
Quant à Galien, un siècle plus tard, il insistera surtout sur les propriétés résolutives et vulnéraires de cette plante : « La guimauve a la vertu de résoudre, de lâcher, de calmer les phlegmons et de les supprimer et finalement de faire mûrir les tumeurs et aposthumes [nda : tumeurs externes qui suppurent] difficiles à conduire à maturité ».
Pline, outre le fait qu’il répétera mot pour mot les paroles de Dioscoride, en en ajoutant d’autres pour faire de la guimauve une panacée, indique que son arrachage doit se dérouler avant le lever du soleil et en utilisant des instruments faits d’or. La plante, une fois récoltée, ne devait plus toucher le sol et être enveloppée dans une étoffe de laine selon le naturaliste. Ainsi apprêtée, elle était apte à remplir une mission des plus hautes : guérir des écrouelles ou s’en protéger (2).

Au Moyen-Âge, on croise la guimauve au sein des domaines impériaux, tel que nous le rapporte, au tout début du IX ème siècle, le Capitulaire de Villis (elle adopte alors les noms de vismalva, de mismalva ou encore de bismalva, comme on le lui voit porter dans les Grandes Heures d’Anne de Bretagne). Elle est alors très fréquente dans les jardins monastiques où on peut lui voir prendre l’allure d’une religieuse en prières, en particulier ceux de l’ordre des Bénédictins, desquels elle se serait échappée pour agrémenter ceux des paysans aux IX ème et X ème siècles. De même, de nombreux autres inventaires comme celui du domaine de Treola (Treil-sur-Seine, Yvelines) donne de précieuses informations sur la présence de la guimauve en Île-de-France à une époque similaire. Cette présence, non loin d’être anecdotique, va laisser bien des traces dans les écrits des auteurs médiévaux.
Du côté du moine Odo Magdunensis, que j’appelle plus volontiers Macer Floridus, il est très facile de reconnaître dans son De viribus herbarum la guimauve (Althæa) : il nous dit que cette plante possède des propriétés émollientes, adoucissantes, cicatrisantes et maturatives. Selon lui, elle excelle dans le mûrissement des abcès, dans la résorption des ulcères qu’elle mondifie (c’est-à-dire qu’elle déterge), dans la cicatrisation des blessures et des plaies profondes. Elle intervient aussi sur brûlures et contusions. Dans le texte de Macer, on trouve aussi la guimauve indiquée pour l’hémoptysie, la dysenterie, les morsures d’animaux venimeux et les maladies urinaires. Sans doute exagère-t-il quelque peu lorsqu’il lui concède le pouvoir d’être un contrepoison.
L’école de Salerne, qui n’est pas en reste, nous délivre quelques-uns de ses vers à propos de la guimauve : « Elle amollit le ventre avec son suc vanté, et ce don lui valut le nom qu’elle a porté, ce suc, de l’intestin, expulse la matière, excite l’utérus et son flux ordinaire. » (Il est bien possible qu’on ait reconnu à Salerne, de même que dans l’œuvre de Macer, une aptitude de cette racine à traiter les affections de la matrice et à expulser le placenta après l’accouchement).
Si Albert le Grand dit la guimauve lénitive (= adoucissante), mollificative (= émolliente), maturative et résolutive, Hildegarde, même si elle ne l’emploie guère qu’en cas de fièvre, de maux de tête et de migraine, semble avoir perçu, dans la guimauve, sa capacité à évacuer les excès de chaleur (en médecine traditionnelle chinoise, cette plante permet de disperser l’énergie dans les méridiens du Gros Intestin et du Poumon) et partout où il y a inflammation. A ce titre, son emploi face à cette maladie qu’on appelle vulgairement le charbon est-il plus que simplement anecdotique (3). D’ailleurs, la guimauve semble avoir aussi joué un rôle dans ce sens à travers ce que l’on appelle les ordalies, que quiconque s’est intéressé de près ou de loin aux procès de sorcellerie, est censé connaître. La plus célèbre des ordalies est sans doute celle qui consistait à jeter à l’eau une personne suspectée de sorcellerie. Si elle coulait, elle était déclarée innocente. Si elle flottait, c’était nécessairement une sorcière. Dans les deux cas, les personnes mourraient à cause d’un procédé unilatéral commode pour mener à bien une justice expéditive. En ce qui concerne une autre ordalie du nom de ferrum candens, l’accusé devait saisir à main nue un fer incandescent que le bourreau lui tendait. Or, il semble que certains stratagèmes aient été mis en œuvre, non pas pour se soustraire à la question, mais pour s’affranchir du verdict. En effet, il est raconté que s’enduire les mains de suc de guimauve aurait permis de saisir ce fer sans se brûler et donc d’être (probablement) innocenté. Il existe, au reste, une recette permettant de produire ce prodige dans le Grand Albert : « Secret merveilleux qui fait passer les hommes par le feu sans se brûler, qui fait porter du feu, ou bien du fer chaud sans être offensé. Qu’on prenne du jus de guimauve et du blanc d’œuf, de la graine de persil et de la chaux, qu’on réduise le tout en poudre, ensuite qu’on le mêle avec ce blanc d’œuf et du suc de raifort, qu’on se frotte avec cette composition le corps ou la main, qu’on le fasse sécher, et qu’on s’en frotte de nouveau, ensuite on pourra passer et marcher, et porter du feu sans en être offensé. » Toutefois, ajoute Jean-Baptiste Porta, « ne soyez pas trop sûr de pouvoir sans crainte manier ce fer » (4). Cependant, pour échapper à l’issue de cette ordalie, mieux valait être prévoyant sachant le caractère partial de la « justice » inquisitoriale…

Les siècles suivants reprendront plus ou moins les indications passées propres à la guimauve : émolliente, adoucissante, « humectante », pectorale, apéritive. Ce sont là les principales propriétés de la guimauve mises à profit dans les troubles du système gastro-intestinal (diarrhées, entérite), ceux du système respiratoire (toux, catarrhe bronchique, bronchite) et vésico-rénal (colique néphrétique, ardeur d’urine).

Sa taille, qui la situe entre la rose trémière et la mauve sylvestre, en fait déjà une belle plante dont certains affirment qu’elle peut dépasser deux mètres : il est plus raisonnable de ne lui attribuer, généralement, que 120 à 150 cm. A cette partie visible, s’additionne la fraction souterraine, non des moindres, puisque la racine de la guimauve, plante vivace rappelons-le, peut facilement atteindre un bon mètre de longueur. Brun jaunâtre extérieurement, blancs et visqueux à l’intérieur, ces solides pivots maintiennent de fortes tiges pubescentes. Ce qui frappe, ce sont les feuilles vaguement ovales, voire cordiformes, de la guimauve, recouvertes d’une peluche veloutée qui en recouvre les deux faces, concourant à leur donner un aspect soyeux et une couleur gris vert blanchâtre. Faiblement lobées par trois ou cinq, elles peuvent être aussi festonnées par de grosses dents rondes et molles. A l’été, d’assez larges fleurs (25 à 40 mm) surgissent à l’aisselle des feuilles supérieures par fascicules de trois en règle générale. Elles adoptent le mode de construction habituel chez les Malvacées, à savoir : un double calice formé d’un calice à cinq sépales qui couvre un calicule à cinq languettes, au centre duquel s’enchâssent les cinq pétales rose pâle, abritant une colonne d’étamines fusionnées et soudées aux pistils. Les fruits circulaires sont formés d’un anneau de capselles qui se détachent les unes des autres à maturité.
Autant les mauves sont fréquentes un peu partout en France, autant la guimauve officinale est rare à l’état sauvage dans la nature. Elle se cantonne surtout sur les côtes littorales du Midi, de l’océan Atlantique (par exemple, dans les marais d’Yves, en Charente-Maritime), et d’une partie de la Manche, puisque sa présence est conditionnée par la salinité du sol. Cela explique qu’on la croise aux abords des eaux saumâtres et des terrains humides plus ou moins marécageux fouettés par les embruns. A l’intérieur des terres, sa présence relève de l’anecdote, mais reste néanmoins indicative de sols riches en ammoniac et en salpêtre (nitrate de potassium), comme les prés et mares salées de Lorraine, ce qui en autorise l’apparition spontanée. Quand tel n’est pas le cas, les guimauves qu’on rencontre çà et là (Jura, Limagne) témoignent d’anciens sites de culture.

La guimauve officinale en phytothérapie

Autre grande plante émolliente, la guimauve surpasse la mauve sur le seul point du mucilage qu’elle est à même de fournir au praticien. Alors que chez la mauve c’est principalement dans les feuilles qu’on trouve cette substance de nature glucidique (il contient plusieurs corps – xylose, galactose, glucose, arabinose… – qui en font un mucilage pectosique proche de celui de la mauve sylvestre), elle se localise essentiellement dans les racines chez la guimauve. Bien que ses feuilles et ses fleurs en contiennent beaucoup moins, on perçoit, non pas par l’odeur (c’est une plante qui n’en possède pratiquement pas), mais par la saveur, une texture mucilagineuse même en mâchant les fleurs. Bref, la pratique thérapeutique est allée chercher ce mucilage là où il y en a le plus, c’est-à-dire dans les racines fuselées de cette plante (35 %). Ceci dit, signalons que ce taux est variable selon les périodes de l’année : par exemple, à pleine floraison, la racine de guimauve est pauvre en mucilage et en amidon, mais riche en sucre. Puis, la défloraison s’accompagne graduellement d’une augmentation des taux de mucilage et d’hydrates de carbone présents dans la racine, et ce jusqu’au printemps suivant (c’est pourquoi les « bonnes » racines de guimauve thérapeutiques sont celles qui sont arrachées durant l’automne et l’hiver).
Nous avons donné le chiffre de 35 % en ce qui concerne le mucilage contenu dans la racine au plus fort de son maximum. A ce moment-là, la racine contient à peu près la même proportion d’hydrates de carbone (amidon, etc.), ce qui occupe les 2/3 de la masse de chaque racine, auxquels il faut ajouter du tanin, des acides aminés (dont 0,8 à 2 % d’asparagine), une huile fixe contenant divers acides (palmitique, oléique, butyrique…), de l’albumine, de la gomme, ainsi qu’une énorme proportion d’éléments minéraux (jusqu’à 7 %) : calcium, potassium, sodium, soufre, fer, etc. La guimauve est un véritable aspirateur de particules.
Dans les fleurs, de même que dans les feuilles, ont été découvertes quelques traces d’essence aromatique, quelques acides (malique, citrique), et un peu de sucre.

Propriétés thérapeutiques

  • Émolliente, adoucissante, rafraîchissante (en interne, comme en externe), décongestionnante cutanée (de ce fait, par son caractère calmant et apaisant de la peau et des muqueuses, la guimauve joue le rôle d’anti-inflammatoire indirect)
  • Vulnéraire, résolutive, maturative
  • Pectorale, béchique, expectorante
  • Laxative douce et légère, abaisse le taux d’acidité gastrique lorsque celui-ci est trop élevé

Usages thérapeutiques

Si l’on veut dire simplement les choses, l’utilisation de la guimauve est requise dès qu’il y a inflammation et/ou irritation, en interne comme en externe. Mais entrons davantage dans le détail :

  • Troubles de la sphère pulmonaire et ORL : bronchite, catarrhe bronchique, toux, toux sèche, toux grasse, toux rebelle, laryngite, pharyngite, trachéite, enrouement, aphonie, coqueluche, rhume, angine, asthme, grippe, abcès pharyngé, parer à la sécheresse de la gorge durant les épisodes fiévreux
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : pyrosis, gastrite, gastralgie, ulcère gastrique, entérite, colite, iléite, diverticulite, diarrhée, dysenterie, colique, constipation, excès de sécrétions biliaires
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : cystite, polyurie, anurie, dysurie, catarrhe vésical
  • Affections bucco-dentaires : gingivite, stomatite, glossite, aphte, douleurs et abcès dentaires et gingivaux, irritation locale consécutive à l’installation d’une prothèse dentaire
  • Affections oculaires : conjonctivite
  • Affections cutanées : peaux fines, fragiles, sensibles, sèches, couperosées, dartreuses, plaie sèche, enflammée, douloureuse, furoncle, panaris, érysipèle, ulcère, ulcère variqueux, abcès, phlegmon (abcès chaud), surfaces endolories et/ou enflées suite à coup, contusion, morsure et piqûre, échauffement des pieds durant la marche, ampoule
  • Asthénie, convalescence
  • Leucorrhée
  • « Empoisonnements produits par des substances âcres et corrosives » (5)

Modes d’emploi

  • Infusion de fleurs, de feuilles.
  • Décoction de feuilles.
  • Décoction de racine fraîche (ou récemment séchée) ; même chose, mais concentrée pour gargarisme, bain de bouche, lavage, injection vaginale, compresse, bain de siège.
  • Macération de racine fraîche : on jette une suffisante quantité d’eau bouillante sur des tronçons de racine. On patiente jusqu’à ce que cette infusion atteigne une température assez douce, comprise entre 20 et 30° C avant toute ingestion. On peut procéder de même avec les feuilles et les fleurs, ou mieux, démarrer à froid (c’est plus long, mais les fleurs et les feuilles sont surtout plus fragiles que les racines tronçonnées, n’allons donc pas les traumatiser avec un broc d’eau bouillonnante).
  • Poudre de racine sèche bue avec un verre d’eau. Sous forme pulvérisée, la racine de guimauve est utilisée comme délayant, afin d’étendre « diverses substances qui auraient une action trop énergique si on les employait à l’état de pureté » (6).
  • Sirop de racine (à base de décoction concentrée édulcorée).
  • Cataplasme de pulpe de racine fraîche, de feuilles et de fleurs grossièrement broyées et amalgamées sous forme d’emplâtre.
  • Bâton ou hochet pour les enfants, comme cela se faisait couramment autrefois : il s’agit ni plus ni moins qu’un tronçon de racine sèche qu’on donne aux jeunes enfants afin qu’ils s’y fassent les crocs (ou qu’ils rongent leur frein, ah ah ^.^). Favorisant la percée dentaire, cela permet de supprimer une grande partie de la douleur et d’adoucir l’inflammation provoquée par la poussée des dents. Ces objets sont de nouveau disponibles dans les boutiques de produits biologiques depuis plusieurs années.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les fleurs au fur et à mesure de leur floraison, qui s’étend généralement aux mois de juillet et d’août ; les feuilles encore jeunes avant l’éclosion des fleurs soit au mois de juin, ou bien une fois que la floraison est bien passée, c’est-à-dire en septembre. A trois mois de distance, il est bien possible que la composition biochimique de ces feuilles évolue quelque peu, de même que nous l’avons souligné pour les racines qu’on récoltera, elles, à l’automne : profondes, il ne faut pas y aller avec une pelle à gâteau, mais officier à l’aide d’une bonne bêche pour les déchausser dès la première année, voire la seconde (plus on tarde, et plus la guimauve – même cultivée – a tendance à fournir des racines appauvries en mucilage, et ligneuses comme des haricots verts oubliés sur le pied).
  • Séchage : il est délicat, tant pour les fleurs que les feuilles, et à plus forte raison pour les racines. Pour les premières et les secondes, il importe de ne pas les cueillir couvertes de rosée, ni de les entasser en couche épaisse, et encore moins de les entreposer dans un local trop froid et humide, mais, au contraire, chaud, sec, bien aéré. On retournera les fleurs et les feuilles souvent en cours de dessiccation, afin qu’elles conservent leur couleur d’origine (si mal séchées, elles finissent par noircir ou moisir). Quant aux racines, c’est une autre paire de manches. Il faut tout d’abord les brosser à sec, puis les éplucher ou bien les gratter superficiellement (on appelle cela ratisser une racine). Puis on les découpe en tronçons que l’on place sur une plaque à la bouche d’un four encore chaud, au-dessus d’une armoire, ou bien enfilés comme des perles sur une ficelle que l’on suspend à l’air libre et sec. Ensuite, vient le temps du stockage, non moins complexe : il se déroulera obligatoirement dans un local bien sec, puisque, tout comme la mauve, fleurs, feuilles et racines de guimauve possèdent la fâcheuse tendance de capter l’humidité ambiante. On veillera donc à enfermer hermétiquement la racine de guimauve qui, une fois sèche, peut être attaquée par les charançons qui corrompent alors l’ensemble de la récolte.
  • Les graines de guimauve, ainsi que ses fleurs, sont comestibles à l’état cru, en salade par exemple. Les jeunes feuilles peuvent se manger cuites comme légume vert, les racines être cuites à la vapeur, puis frites.
  • La pâte de guimauve : de « friandise médicinale », elle est passée au stade du pâle artefact. Elle ne contient plus que le seul souvenir de cette plante qui, autrefois, lui prêtait ses arômes : à l’heure actuelle, elles est constituée de gomme arabique, de blanc d’œuf et d’arômes qui n’ont plus rien de naturels. Qu’elle se délivre sous forme de bonbons, de pastilles, ou bien à l’état naturel, la guimauve est contre-indiquée chez le diabétique en raison de son trop important taux de sucre.
  • L’industrie textile a su tirer partie de la guimauve qui, par ses racines et ses tiges, fournit les fibres nécessaires pour l’élaboration, après rouissage comme le lin, d’étoffes, de toiles solides, de filasse, d’étoupe, voire de papier. Mais à cet exercice, la guimauve faux-chanvre (Althæa cannabina) se montre bien meilleure élève que la guimauve officinale dont les fibres trop courtes ont été moins souvent utilisées. La guimauve de Narbonne (Althæa narbonensis) y réussit également mieux, elle aussi.
  • Autres espèces : la guimauve hérissée (Althæa hirsuta) et la rose trémière ou passe-rose (Althæa rosea ou Alcea rosea), plante annuelle provenant du Proche-Orient et introduite en Europe occidentale au cours du XVI ème siècle. On lui accorde, en général, des propriétés et des usages assez semblables à ceux de la guimauve officinale.
  • Associations thérapeutiques :
    – contre la constipation : guimauve, bourdaine, anis, réglisse ;
    – contre les ulcères stomacaux : guimauve, tormentille, benoîte ;
    – contre les affections de la poitrine : guimauve, molène, marrube, coquelicot.
    _______________
    1. Dioscoride, Materia medica, Livre III, chapitre 139.
    2. C’est ainsi qu’on appelle les scrofules propres aux ganglions du cou, et dont la nosologie est peu claire. Aussi, dans un texte ancien, à plus forte raison médiéval (et même antérieur), l’apparition du mot « écrouelles » doit-elle être prise avec de grosses pincettes.
    3. Quelques notes sur cette affection communément appelée « charbon ». C’est là un mot qui regroupe deux maladies différentes. La première, sans doute la moins grave, on la connaît aussi sous le nom d’anthrax (du grec anthrax, « charbon »). Les signes généraux en sont un état inflammatoire marqué par une intense fièvre (39 à 41° C). Localement, l’anthrax prend l’aspect d’une tumeur cutanée et sous-cutanée. En propre, c’est une « réunion de furoncles » comme je l’ai pu lire. Plus précisément : « Tuméfaction circonscrite, dure, rouge, très chaude et douloureuse, qui fait saillie rapidement au-dessus de la peau et présente d’ordinaire le volume d’un œuf. La peau s’ulcère en écumoire, laissant échapper par ses multiples ouvertures du pus sanguinolent et des bourbillons, masses grisâtres constituées par la mortification du tissu cellulaire » (Larousse médical illustré, p. 69). Au-delà, existe cet autre « charbon », maladie infectieuse provoquée par Bacillus anthracis, autrement plus grave, qu’on appelle aussi pustule maligne, laquelle pustule n’est elle-même que la partie émergée de l’iceberg, parce que même si elle prend régulièrement l’aspect d’une escarre noirâtre, qu’à raison on appelle vulgairement charbon, elle s’accompagne alentours d’un œdème inflammatoire. Cette maladie très contagieuse, elle aussi marquée par de grosses fièvres (39 à 40° C), s’accompagne généralement d’une forte sudation, d’une petitesse du pouls, de difficultés respiratoires menant, sans intervention, à une asphyxie fatale.
    4. Jean-Baptiste Porta, La magie naturelle, p. 112.
    5. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 468.
    6. Ibidem.

© Books of Dante – 2020

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s