La mauve sylvestre (Malva sylvestris)

Synonymes : mauve officinale, mauve des bois, grande mauve, maude, fausse guimauve, fromage, petit fromage, herbe à fromage, fromageaon, fouassier.

Au sujet des origines de la mauve, l’on voit deux thèses majeures s’opposer régulièrement dans la littérature. Si certains affirment qu’elle tire son nom de la couleur de ses fleurs, il est également dit que son nom latin, malva, proviendrait d’un mot grec désignant la plante : malakaï, de malakos qui veut dire « mou », une mollesse qui s’appliquerait plus précisément au ventre (du latin alvus). (De là à prétendre que la mauve serait le ventre mou de la matière médicale…) A première vue, on serait tenté d’accorder davantage de crédit à la première proposition. C’est ce qu’on se dit quand on jette un œil sur les fleurs violet pâle de la mauve. Mais nous verrons que ces deux suggestions, loin de se contredire, se complètent, à la condition d’expliquer en quoi la mauve est quelque chose de « mou », et qui par je ne sais quel tour de force, est parvenu à se maintenir en plusieurs langues : malve en allemand, malva en italien, malwa en polonais, mallow en anglais, etc.
Durant l’Antiquité gréco-romaine, bien des personnalités évoquent la mauve, sans pour autant être tous médecins. Cela exprime le fait que cette plante débordait alors largement du strict cadre médicinal. C’est sans doute Hésiode le premier qui, au VIII ème siècle avant J.-C., nous livre les premières informations concernant la mauve. En effet, le poète grec raillait « les sots qui ne savent pas quelle richesse se trouve dans la mauve et l’asphodèle », et ceux qui étaient incapables de tirer partie de ces deux espèces végétales considérées comme plantes alimentaires des origines. « Selon Plutarque, on présentait au sanctuaire d’Apollon, à Délos, la mauve et l’asphodèle, comme souvenirs et comme spécimens de la nourriture primitive, parmi d’autres produits simples et naturels » (1). J’ignore si Hésiode lui-même se sustentait à l’aide de ces deux plantes, mais il semble transmettre un état de fait qui n’apparaît pas forcément contemporain, mais bien antérieur à sa propre époque, peut-être un héritage lointain des us et coutumes de nos ancêtres qui vécurent durant la dernière période glaciaire qui s’est achevée il y a environ 10000 ans : des graines de mauve ont été découvertes en nombre dans des stations préhistoriques datant de cette période. Ainsi, si la mauve est un aliment des origines, cela remonte bien avant le monde hellénique. Également abordée par Homère, cette plante sut conserver une dimension mythique. Au VI ème siècle avant J.-C., on rencontre la mauve comme plante chère à Pythagore. « Les Pythagoriciens en faisaient une plante symbolique et quasi sacrée, en raison, paraît-il, de l’orientation de ses fleurs vers le soleil » (2). Globalement, Grecs et Romains observèrent l’aptitude de la mauve à l’héliotropisme. Bien plus, les adeptes de Pythagore disaient cette plante « propre à modérer les passions et à procurer la liberté de l’esprit » (3), à élever l’âme, à s’affranchir des contingences terrestres, quand bien même ils constatèrent que la mauve apportait aussi la paix et la liberté du ventre ! Au III ème siècle avant J.-C., Hermippe de Smyrne, qui a écumé la bibliothèque d’Alexandrie pour écrire un monumental ouvrage qu’on ne connaît plus que sous forme de divers fragments, relate le fait que la mauve entrait dans la composition de deux préparations qui étaient censées supprimer l’une la faim, l’autre la soif.
Le médecin Hippocrate recommandait cette plante en cas de digestions difficiles. Mais pas uniquement pour cette raison, puisque ses continuateurs usèrent de malagmata, c’est-à-dire d’une préparation émolliente en application locale. Dès lors, nombreux seront les auteurs à s’attacher aux propriétés thérapeutiques de cette plante qui non seulement était un médicament mais aussi un légume que l’on cultivait dans les jardins grecs et romains, à côté des blettes, des poireaux, de l’oseille, du chervis, de l’aunée, comme cela fut le cas du temps du poète latin Martial. Appréciée des Romains en raison du fait qu’elle leur permettait de tempérer leurs « orgies », il était d’usage de s’en purger copieusement. C’est du moins à cela que se livrait Cicéron qui « raconte qu’il éprouva une violente colique suivie d’un dévoiement qui dura dix jours, après qu’il eut mangé d’un ragoût de bettes et de mauves : ‘La diarrhée, dit-il, m’a si bien pris que je commence, aujourd’hui seulement, à en espérer la fin. Ainsi, moi à qui il en coûte si peu de m’abstenir d’huîtres et de murènes, me voilà sottement pincé par des bettes et de la mauve’ » (4). Le poète Martial conseilla « un mélange de laitue et de mauve à l’un de ses contemporains, dont le visage attristé traduisait une irréductible constipation » (5). Il en usait lui-même, tout comme Cicéron, pour assurer les lendemains de bombance, mais trouvait cet ingrédient trop frustre et assez insignifiant, contrairement à cet autre poète latin qu’était Horace qui prétendait se nourrir uniquement d’olives, de chicorée et de mauve : « Me pascunt olivæ, me cichorea, levesque malvæ ».
Au II ème siècle avant J.-C., Athénée de Naucratis fait référence par fragments à un auteur peu connu, Diphilos de Siphnos, ayant écrit, un siècle avant lui, un ouvrage intitulé Sur le régime adapté pour les personnes en bonne et en mauvaise santé. C’est ainsi que grâce à l’auteur du Banquet des sophistes, l’on apprend que la mauve est considérée comme « lubrifiant de la trachée-artère et dissipatrice des âcretés superficielles ». En plus d’être bonne pour le ventre, elle agit aussi sur les poumons, ainsi que sur la sphère rénale et urinaire. Nous verrons plus loin dans quelle mesure les paroles de Diphilos sont pleines de justesse.
Dioscoride, qui la nommait malachê, mélangeait de la mauve à de l’huile, afin de soulager les piqûres d’abeille et de guêpe. Bien plus, des feuilles de mauve pilées dans du vin et additionnées de graines de lin finement broyées formaient un cataplasme pour les tumeurs cutanées et les inflammations dans les parties voisines. C’est à cette occasion que l’on peut revenir enfin sur le caractère « mou » de la mauve. Malakôs, le mot grec qui signifie mou, provient du verbe malassô, « ramollir ». Aujourd’hui, on ne parle pas de plante ramollissante, mais de plante émolliente, c’est-à-dire d’une plante ayant pour propriétés d’amollir et de détendre les tissus. Ces vertus, que possède la mauve, proviennent de la présence de mucilage, une substance qui, au contact de l’eau, gonfle et prend un aspect visqueux. Ce qui est intéressant dans la recette relatée plus haut, c’est que les graines de lin contiennent aussi du mucilage. On a donc affaire à une recette qui recherche l’amollissement des tissus tumoraux, ce qui procure indirectement un effet anti-inflammatoire.
Pline vante la décoction de mauve dans du lait pour guérir la toux, mais avance qu’elle aurait le pouvoir de nuire à la chasteté ! Plus exactement, il affirme que la graine de mauve serait dotée d’une grande puissance aphrodisiaque, puisque, paraît-il, une racine (parfois trois) de mauve liée à la cuisse incite à combattre dans le camp de Vénus. Qu’elle agisse sur les affections de la matrice ou des seins par sa racine qu’il fallait prendre soin de lier dans de la laine noire, ne dit pas nécessairement que la mauve est aphrodisiaque, bien que, il est vrai, il lui arrivait d’entrer dans la composition d’onguents destinés à favoriser l’amour. Pline, reprenant Xénocrate, ira même jusqu’à affirmer « que les mauves naissent tellement pour l’amour qu’un saupoudrage avec la graine pour le traitement des maladies des femmes accroît infiniment leurs désirs ». S’il est difficile de confirmer que la mauve est aphrodisiaque, il n’en reste pas moins vrai que « plusieurs plantes passaient pour agir sur les accouchements, comme les feuilles de mauve qui, placées sous les parturientes, [les] facilitaient » (6). Quoi qu’il en soit, bien des observations vont dans ce sens que la mauve aurait un rapport avec la sphère génitale féminine, tant d’un point de vue de la sexualité que de l’enfantement. Sur ce dernier point, le botaniste Phainias d’Érèse explique dans son Traité des plantes (IV ème siècle avant J.-C.) qu’on peut observer une comparaison entre le fruit de la mauve qui évoque la forme d’un gâteau, et le placenta (du grec plakoûs) qui, d’après son aspect aplati rappelle celui d’une galette.

Les petits « fromages » végétaux de la mauve.

Au Moyen-Âge, on retrouve la mauve en bonne place au sein du Capitulaire de Villis, cette fameuse ordonnance carolingienne (Charlemagne, Louis le Débonnaire) qui édicte un certain nombre de règles à observer en matière d’espèces végétales. La mauve (malva) y est présentée autant comme médicament que légume.
Fidèle aux paroles de l’Antiquité, Macer Floridus s’inspire largement de Dioscoride et de Sextus Niger, un médecin romain du Ier siècle avant J.-C. Macer met en garde contre l’emploi des feuilles crues, mauvaises pour l’estomac. Cependant, cuites, elles sont très efficaces contre les affections internes, telles que celles de la vessie. Mais, surtout, Macer indique une kyrielle d’indications externes : la mauve intervient sur les douleurs dentaires, comme cicatrisante sur les blessures et les brûlures, comme remède pour réparer les fractures. Il conseille aussi l’usage de la mauve pour des problèmes propres à son époque (XI ème siècle). Des feuilles de mauve pilées et mélangées à du sel s’appliquaient sur les égilops, c’est-à-dire de petits ulcères cailleux se formant à l’angle interne des paupières. Une décoction de mauve dans de l’urine venait à bout de la teigne. Enfin, une décoction de mauve, dans l’huile cette fois-ci, intervenait en cas de feu sacré (ou mal des ardents, feu de saint Antoine), une maladie enclavée aux X ème et XI ème siècles surtout, mais qui ressurgira beaucoup plus tard au cours de l’histoire. Aujourd’hui, elle porte le nom d’ergotisme. Cette affection est provoquée par l’ergot de seigle, une moisissure contenant plusieurs alcaloïdes toxiques. Une fois le seigle récolté, la moisissure se retrouve dans la farine. On ingérait, par l’alimentation, un dangereux poison. Longtemps resté indétectable dans ses causes, le feu sacré provoque une compression des petits vaisseaux sanguins, ce qui entraîne une perturbation de la circulation et, par voie de fait, une gangrène terminale, accompagnée de démangeaisons, de sensation de brûlure et de nécrose. Il va de soi que la mauve ne guérit pas l’ergotisme, pour lequel il n’existe aucun antidote. Cependant, les propriétés émollientes, anti-inflammatoires et rafraîchissantes de la mauve permettaient-elles sans doute de soulager quelque peu les malades.
Au Moyen-Âge, il existe toujours cette controverse portant sur les prétendus pouvoirs de la mauve auprès de la sphère génitale féminine. Si elle est toujours employée dans les affections internes de la matrice et autres obstructions hystériques, Macer indique que la racine de mauve broyée et mêlée à de la graisse d’oie constitue un redoutable pessaire abortif, tandis qu’Albert le Grand voit dans la mauve le plus sûr moyen de savoir si une jeune fille est encore vierge (De secretis mulierum).
Hildegarde distingue deux mauves dans son Physica : elle appelle Babela la première et Ybischa la seconde, qui semble désigner non pas la mauve mais la guimauve, comme les anciens noms de cette plante en attestent : ybesche, ybischea, ywesche, etc. (aujourd’hui eibisch en langue allemande). La grande mauve d’Hildegarde, Babela donc, n’est pas recommandée à l’état cru, car selon l’abbesse, elle contiendrait des « humeurs épaisses et vénéneuses ». Elle fait donc écho aux paroles de Macer Floridus et lui préfère la mauve cuite. De cette manière elle facilite la digestion. Si elle la dit modérément bonne pour le malade, elle serait à éviter chez le bien-portant car elle contiendrait « une sorte de poison ». Dans son exposé, Hildegarde privilégie davantage les usages externes. De la mauve et de la sauge broyées ensemble et mélangées à de l’huile d’olive en cataplasme permettent de venir à bout des maux de tête causés par la mélancolie et les fièvres. Les feuilles de mauve additionnées de racines de plantain appliquées sur les fractures aidaient à leur consolidation. Enfin, la rosée recueillie sur des feuilles de mauve au matin, lorsque le ciel est clair, pur et doux, avait le don d’éclaircir la vue.
Donnons maintenant la parole à l’école de Salerne, en Campanie italienne : « La mauve, émollient fourni par la Nature, des intestins aide la fonction. Moyennant sa décoction, d’un pauvre constipé, la délivrance est sûre. De ses racines la raclure au ventre rend la liberté, sert au beau sexe, et lui procure le retour de ses fleurs, d’où dépend sa santé. » Émolliente, la mauve porte son action sur la sphère digestive par le biais de ses propriétés laxatives. Les deux derniers vers s’appliquent aux femmes pour lesquelles la mauve joue le rôle de tonique utérin et d’emménagogue, les « fleurs » désignant ici les règles (7).
Dans d’autres manuscrits médiévaux, comme les réceptuaires par exemple, on trouve des indications supplémentaires concernant la mauve : somnolence, maladies vésico-rénales (rétention d’urine, gravelle, lithiase), œdèmes pulmonaires, hémorragies, charbon (anthrax), piqûres d’abeille, etc.

Au tout début de la Renaissance, Matthiole nous dit que bien que la mauve ne soit plus consommée comme légume en Italie, elle y est devenue une panacée médicinale (Omnimorbia). A ce titre, Jérôme Bock affirmait en 1577 que quiconque absorbe une dose quotidienne de suc de mauve est assuré d’être préservé de toute attaque morbide dans la journée ! Quant à Matthiole, voici ce qu’il écrit au sujet de cette plante : « La racine sèche macérée un jour dans l’eau, puis enveloppée tout humide de papier et cuite sous la cendre chaude, puis de nouveau desséchée, constitue un excellent dentifrice, qui détruit même le tartre dentaire [nda : cette utilisation sera reprise quelques décennies plus tard par Olivier de Serres]. La décoction des feuilles et des racines en gargarisme calme les maux de gorge […] Les feuilles écrasées avec celles du saule fournissent un excellent emplâtre sur les blessures et toutes les inflammations […] Comme laxatif, on consomme les jeunes pousses pelées et cuites assaisonnées à l’huile et au vinaigre » (8). Amatus Lusitanus, puis plus tard Jean-Baptiste Chomel, préconisèrent la mauve en cas d’ardeur d’urine (sans doute faut-il entendre par là les infections urinaires), tandis que l’Allemand Ettmüller (1644-1683) imagina un onguent de mauve contre la teigne des enfants.

Il est bien évident que la quasi totalité des pouvoirs de la mauve n’a pas échappé à la médecine populaire des campagnes ni à celle des empiriques. L’infusion de mauve soignait les brûlures alors que sa décoction permettait d’apaiser les irritations cutanées et de laver les plaies et les ulcères. Bien connue pour ses vertus digestives, elle soignait diarrhée et constipation, aussi bien chez les êtres humaines que chez les jeunes animaux (veaux, porcelets, poulains). Indigestion, ballonnements, flatulences, tout cela était du ressort de la mauve. Les troubles respiratoires ne sont pas oubliés : cela n’est pas un hasard si la mauve fait partie de la « tisane des sept fleurs », infusion pectorale, en compagnie du bouillon-blanc, de la violette, du coquelicot, de la guimauve, du tussilage et du pied-de-chat. Adoucissante et émolliente, cette tisane était réservée pour la toux, les irritations bronchiques, etc.
Enfin, tout comme cela fut le cas lors de l’Antiquité et du Moyen-Âge, on retrouve la mauve dans les affections génitales spécifiques aux animaux : de la décoction en lavement pour les infections après délivrance à la fumigation de mauve contre les mammites, il était courant de présenter, après la mise-bas des animaux, de la nourriture et des boissons réservées spécialement à leur intention. Ainsi, en Alsace, par exemple, une soupe de mauve et de graines de lin était-elle offerte aux génitrices.

Dans la nature, il est difficile de ne pas reconnaître la grande mauve, même si celle-ci adopte un port semi-rampant ou ascendant : en effet, selon qu’elle est bien droite, comme l’envie lui en prend quelque fois, ou couchée (il lui arrive bien plus souvent de faire les efforts nécessaires pour éviter la reptation complète), sa taille à partir du sol passe à peu près du simple au double (de 40 à 100 cm). Cette adaptation à son milieu est aussi observable à propos de son cycle végétatif : habituellement bisannuelle, la mauve peut être marquée par une pérennité un peu plus étendue, et devenir une vivace à vie brève.
C’est donc une racine en pivot assez profonde qui porte des rameaux nombreux, plus ou moins lâches et pubescents. Ses feuilles crénelées, bien que lobées par cinq ou sept, s’inscrivent dans un cercle. Conformées comme celles du lierre ou de la vigne, elles s’achèvent, à l’opposé du lobe le plus grand, par un long pétiole. Molles et lanugineuses, elles accueillent en leurs aisselles, et ce dès le mois d’avril au plus tôt, des fleurs fasciculées qui, une fois bien écloses, peuvent atteindre jusqu’à cinq bons centimètres de diamètre : un calice à cinq sépales, doublé d’un calicule à trois languettes, abritent cinq pétales soudées à leur base (même si ça ne se voit pas au premier coup d’œil), d’aspect qu’on peut qualifier de cordiforme, à l’échancrure plus ou moins profonde. Habituellement veinés de violet dans le sens de leur longueur, ces pétales, mauves donc, prennent parfois des coloris plus soutenus, rose vif, voire rose pourpre (on peut se demander si ces veinules permettent de diriger les abeilles auprès des étamines, puisqu’il est vrai que la mauve est une plante dont les fleurs sont très recherchées par ces hyménoptères).
Puis passe le temps. Les mois estivaux font leur office, et font provisions (parfois jusqu’en automne et même aux portes de l’hiver) de fruits semi-globuleux et orbiculaires, couronnes formées de huit à dix akènes ridés et soudés entre eux, ceux-là même qui forment le gâteau rond, tout plat et percé en son centre, à qui les enfants attribuent le nom de fromage puisqu’ils en ont le goût lorsqu’ils sont encore à l’état frais. Puis, une fois sèche, chaque part se sépare de ses consœurs et s’en va se disperser de par le vaste monde. Enfin, c’est vite dit, toutes ces petites parts de gâteau n’atterrissant jamais bien loin de maman. Se séparer à maturité, c’est ici une image.
Cette plante, assez fréquente jusqu’à des altitudes moyennes (1100-1500 m), apprécie surtout les sols secs et azotés que les cultures ont tendance à délaisser : bordures de chemins, talus, haies, friches, lisières de forêt, ainsi que tous ces terrains proches des habitations que sont les terrains vagues et les décombres.

La mauve sylvestre en phytothérapie

Pas moins puissante, mais plus courante que la guimauve (Althæa officinalis) et le lin (Linum usitatissimum), la mauve était couramment usitée dans les campagnes française où les médecins, appelés au chevet des malades, prélevaient parfois à l’entour des fermes, les fleurs et les feuilles de cette plante qui affecte d’y pousser avec d’autant de plus de véhémence que ces sols ammoniacaux sont riches en nitrates.
S’il est une substance qui caractérise particulièrement la mauve, ce sont les mucilages (de nature pectosique, en ce qui concerne cette plante). Certains chimistes en trouvèrent dans les racines moins que dans les feuilles, mais cependant à hauteur de 25 % environ, ce qui donne une petite idée de la quantité de mucilage qu’elles peuvent contenir.
De peu d’odeur, voire d’odeur nulle, la mauve ne brille pas non plus par sa saveur qu’elle possède assez fade et herbacée, devenant mucilagineuse au fur et à mesure qu’elle est mâchée, ce qui, à force, n’est pas exactement ce qu’il y a de plus agréable en bouche. Si dans le commerce de l’herboristerie, l’on trouve plus souvent les fleurs de mauve à la vente, les usagers des apothicaireries d’antan privilégiaient tant les fleurs que les feuilles de la mauve. Ce que nous faisons aussi d’un point de vue personnel. La racine de mauve fut parfois employée, mais comme celle de guimauve – cultivée à cet effet – est beaucoup plus efficace que celle de la mauve, on a quelque peu laissé de côté cette dernière, qu’on peut tout à fait bien utiliser à défaut.
La mauve ne tient pas qu’à la présence de son mucilage, fut-il nutritif, parce que de nature glucidique. Elle contient aussi du tanin, des saponines, des glucosides flavoniques et des matières résineuses.
Plus précisément, nous pouvons ajouter des sels minéraux (potassium, calcium), des vitamines (B1, B2, C et provitamine A). Dans les fleurs, on a détecté une faible fraction d’essence aromatique, de la malvine et, chose bien plus évidente au regard, de ces anthocyanosides responsables des jolis coloris des pétales de fleur de mauve.

Propriétés thérapeutiques

  • Antitussive, expectorante, mucolytique, pectorale
  • Apéritive (?), anti-inflammatoire intestinale, eccoprotique (en clair : laxative)
  • Émolliente, adoucissante, rafraîchissante
  • Décongestionnante des muqueuses
  • Diurétique légère
  • Insectifuge (?)

Note : les anthocyanosides sont anti-oxydants, protecteurs des membranes cellulaires et anti-agrégeants plaquettaires.

Usages thérapeutiques

Le docteur Jean Valnet préconisait la mauve « partout où il y a de l’inflammation » (9). En gros, on peut dire de cette plante qu’elle porte son action sur un ensemble d’affections inflammatoires, tant externes qu’internes, qui perturbent principalement les muqueuses stomacales, intestinales, pulmonaires, urinaires, oculaires, cutanées, buccales… Avancer qu’elle joue le rôle de « lubrifiant » n’a rien d’exagéré.

  • Trouble de la sphère gastro-intestinale : dans l’ensemble, irritations et inflammations des voies digestives, gastrite, entérite, gastro-entérite, entérocolite, diarrhée, dysenterie, colique, vomissement de sang, constipation chronique, atonique, spasmodique (chez le nourrisson, l’enfant et la personne âgée ; veillez à modifier aussi les habitudes alimentaires néfastes pour corriger ce travers)
  • Troubles de la sphère respiratoire et ORL : irritations et inflammations des voies respiratoires, bronchite, bronchite aiguë, catarrhe bronchique chronique, toux, toux sèche, trachéite, pharyngite, laryngite, maux de gorge, enrouement, angine, amygdalite, rhume, asthme, crachement de sang, adjuvant utile dans la tuberculose (ainsi que dans ces autres maladies infectieuses que sont la grippe, la rougeole, la variole et la scarlatine)
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : irritations et inflammations des voies rénales et urinaires, cystite chronique, néphrite, urétrite, affections goutteuses
  • Affections bucco-dentaires : stomatite, glossite, aphte, gingivite, poussée dentaire (chez le nourrisson, on peut utiliser la racine de mauve, comme on le fait de la guimauve)
  • Affections oculaires : inflammation des paupières, ophtalmie, conjonctivite
  • Affections cutanées : plaie, plaie infectée et douloureuse, abcès, ulcère enflammé, tumeur, furoncle, brûlure, eczéma, érythème, piqûres d’insectes (mouche, guêpe), pellicules
  • Vaginite

Note : Pierre Lieutaghi ajoutait aussi que la mauve est secourable en cas d’« inflammations causées par l’absorption de liquides ou de corps caustiques » (10).

En médecine traditionnelle chinoise

On utilise les graines, les feuilles et les racines de Dongkui, alias la mauve de Chine ou mauve crépue (Malva verticillata). Plante de nature froide à la saveur douce, cette mauve est tout à fait qualifiée pour tonifier l’énergie du méridien du Poumon, et pour porter également secours à ceux du Gros intestin, de l’Intestin grêle et de la Vessie. Pour tout dire, cette mauve partage bien des points communs avec la mauve sylvestre : elle agit sur la sphère vésico-rénale à un degré supérieur (hématurie, polyurie, cystite, miction difficile), applique d’égales propriétés aux sphères gastro-intestinale (constipation, dysenterie), respiratoire (pneumonie, maux de gorge) et cutanée (brûlure, morsures d’animaux, piqûres d’insectes, escarres). Enfin, elle semble se montrer plus efficace auprès de la femme, lui rendant le service d’augmenter la lactation et de désengorger les seins gonflés et douloureux.

Modes d’emploi

  • Fleurs : infusion longue, décoction légère.
  • Feuilles : infusion, décoction légère, décoction concentrée.
  • Racine : infusion longue, décoction.
  • Cataplasme de feuilles fraîches contuses, de pulpe de racine fraîche.
  • Suc frais en application locale.
  • Teinture-mère.

Note : classiquement, on procède à la décoction de feuilles de mauve. Pour cela, on compte « une poignée par litre d’eau. Bouillir 15 minutes. En lavages oculaires, injections vaginales, lavements émollients, lavage des plaies infectées et douloureuses, bains de bouche » (11).
Note 2 : l’infusion de fleurs peut se sophistiquer en procédant au mélange suivant : 1/3 de fleurs de mauve + 1/3 de fleurs de bouillon-blanc + 1/3 de fleurs de violette.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les fleurs sont cueillies en début de journée, avant leur complet épanouissement, aussi longtemps que dure la période de floraison. On peut donc partir en cueillette plusieurs jours durant, dès le mois de juin, puis juillet (selon les localités, jusqu’en septembre). Quant aux feuilles, il est préférable de les ramasser avant floraison (avril-mai), si l’on souhaite en faire un usage thérapeutique. C’est ce que préconisait Lieutaghi, mais d’autres praticiens ne s’embarrassaient pas de telles restrictions, estimant que cette récolte pouvait l’être au fur et à mesure des besoins, pour une utilisation fraîche et immédiate, et seulement en juin et en juillet en vue d’une dessiccation. Les racines s’arrachent à l’automne, ou bien durant l’hiver de la première année du cycle végétatif de la plante.
  • Séchage : dans l’ensemble, il requiert les mêmes soins attentifs que pour les pétales de coquelicot. C’est une chose qu’on observe dès l’abord avec la racine mucilagineuse de la mauve, qui se doit d’être bien lavée et nettoyée, puis bien séchée au torchon (son fort taux de mucilage peut l’amener à la faire facilement pourrir). Les feuilles et les fleurs se disposent sur une claie, sans se chevaucher trop les unes les autres. On les remue doucement chaque jour, et on peut les protéger à l’aide d’une feuille de papier de soie afin de les soustraire à un excès de luminosité (au cas où elles seraient entreposées dans un local non totalement plongé dans l’obscurité). Les fleurs prennent une couleur bleue caractéristique lorsque leur dessiccation s’est bien déroulée (si non, elles blanchissent). Cette couleur bleue dure dans le temps, mais je ne puis en dire autant des propriétés curatives des pétales dont l’âge est trop avancé. Feuilles et fleurs sont sensibles à la lumière et après séchage elles devront être impérativement stockées dans un récipient hermétique et opaque, placé à l’obscurité.
  • Alimentation : les feuilles destinées à l’usage culinaire peuvent se dispenser des précautions préconisées plus haut. Tout d’abord, on peut élargir la période de récolte, l’étirer de mai à septembre, tout en prenant soin (comme précédemment au reste) de bien choisir ses lieux de cueillette, d’éviter les feuilles piquetées par ce champignon à qui l’on donne le nom vulgaire de « rouille » (Puccinia malvacearum), puis de bien laver sa récolte comme on le ferait de n’importe quelle salade, sauvage ou domestique (un filet de vinaigre dans l’eau de trempage peut parfois avoir son utilité). Toutes jeunes, les pousses se consomment crues en salade ou bien cuites en poêlée, en soupe, en farce, etc., en compagnie d’autres plantes sauvages (plantain, chénopode, amarante, ortie, coquelicot…). Une salade ainsi composée – feuilles de mauve, de pissenlit, de chicorée, un tiers de chaque – est particulièrement goutteuse. Les fleurs ainsi que les boutons floraux trouvent une place de choix sur une salade composée, un taboulé, etc. en compagnie d’autres pétales de fleurs tout aussi comestibles (souci, bourrache, violette, capucine). Les boutons peuvent se confire au vinaigre comme les câpres.
  • Parfois citée comme plante tinctoriale, la mauve, par ses pétales, offre une assez bonne teinture.
  • Associations : à destination de la sphère gastro-intestinale (entérite, diarrhée, dysenterie) : potentille, benoîte, etc. ; à destination de la sphère vésicale (cystite et autres affections de la vessie) : bruyère, myrtille, aspérule odorante.
  • Élixir floral : si l’on ne trouve pas la mauve parmi les 38 quintessences florales du docteur Bach, d’autres que lui ont imité sa méthode pour concevoir un élixir à base de fleurs de mauve. Inspirons-nous de ce que dit Guy Fuinel de cette plante pour mieux comprendre le message porté par cet élixir : « La mauve ne tolère pas la colère, elle calme les nerveux, les excités tous azimuts. Elle est tempérance aussi bien pour le corps que pour l’esprit » (12). Plante au caractère féminin très marqué, emprunte de douceur et de tendresse maternelle, « la mauve propose détente et ressourcement à la femme. Elle lui conseille l’amour sans élans excessifs, sans émotions destructrices » (13). Enfin, l’on peut souligner le fait que cet élixir s’adresse aussi aux personnes que l’idée de vieillir insupporte, craignant cela comme la mort elle-même. Cette crainte, si elle n’est pas endiguée, accélère d’autant plus le vieillissement en suscitant des tensions, objets de nouvelles craintes, etc.
  • Autres espèces : la mauve à feuilles rondes (M. rotundifolia ou M. neglecta), la mauve crépue, frisée ou chinoise (M. verticillata), la mauve musquée (M. moschata), la mauve alcée (M. alcea).
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    1. Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 318.
    2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 614.
    3. Ibidem.
    4. Henri Leclerc, Les légumes de France, p. 181.
    5. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 15.
    6. Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 213.
    7. On devrait écrire non pas fleurs, mais flueurs, du latin fluor, « écoulement ».
    8. Cité par Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 614.
    9. Jean Valnet, La phytothérapie, p. 360.
    10. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 287.
    11. Jean Valnet, La phytothérapie, p. 360.
    12. Guy Fuinel, L’amour et les plantes, p. 29.
    13. Ibidem, p. 30.

© Books of Dante – 2020

Mauve sylvestre sous-espèce mauritiana.

3 réflexions sur “La mauve sylvestre (Malva sylvestris)

  1. Merci pour cette nouvelle parentheses enchantée et enchanteresse. Je serais curieuse de goutter la recette d’antan de la guimauve (confiserie) à base de mucillage de mauve … ;) LA

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