Le buis (Buxus sempervirens)

Synonymes : buis ordinaire, buis commun, buis toujours vert, buis arborescent, buis bénit, bois bénit.

Le buis est un arbuste compagnon de l’homme depuis des milliers d’années. Déjà aux temps néolithiques, tous deux entretenaient des relations de bon voisinage qui ne se sont jamais démenties par la suite. De taille modeste mais à l’âge parfois considérable (jusqu’à 600 ans : sa hauteur ne dit rien de sa grandeur), le buis est mentionné par bien des auteurs grecs et latins.
Attribué à Cybèle et à Hadès, le buis porte en lui une symbolique double. Funéraire, tout d’abord. Le buis, comme végétation perpétuelle et éternelle, est un symbole de la vie qui se fraie un chemin à travers l’hiver et le monde souterrain. C’est pourquoi il représente « la puissance végétative de la Nature. » Son feuillage semper virens est là pour nous rappeler cette évidence. C’est ainsi qu’il est, à l’instar du lierre et du houx, un symbole d’immortalité et était révéré comme tel par les Gaulois et les Celtes, parce que, en effet, l’immortalité se double assez souvent des notions d’espoir et de persévérance. Parce qu’il a été rangé parmi les arbustes infernaux, du moins plutoniens, on lui a associé un symbole de stérilité. Ce qui explique pourquoi on ne présentait pas de buis aux autels dédiés à Vénus, en particulier par des hommes qui craignaient ainsi de perdre leurs facultés viriles. Cependant, certains auteurs, voyant là affaire de superstition, pensent qu’il a pu être voué à la déesse Aphrodite afin de s’inscrire dans le cycle de vie (amour, fécondité, mort) : « Les arbres dont le feuillage reste verdoyant pendant l’hiver ont dû d’abord être consacrés à Aphrodite, car la couleur verte lui a toujours été attribuée spécialement » (1).
L’on dit que le buis proviendrait de Perse ou du nord de ce que l’on appelait autrefois l’Asie mineure, et qui aujourd’hui forme l’actuelle Turquie. Selon Angelo de Gubernatis, la patrie du buis, c’est la Paphlagonie, région turque bordant la mer Noire. Un proverbe grec – « Tu as porté des chouettes à Athènes, des vases à Corinthe, des marbres à Paros… » – est parfois complété par « Tu as porté du buis à Kytore ». Ce proverbe est « passé dans notre langue, pour exprimer l’abondance des biens et l’inutilité des tâches trop faciles » (2). L’on ne se permettait donc pas d’apporter du buis à Kytore, puisque le proverbe cherche à signifier qu’il y était très courant. Kytore, aujourd’hui Cytoros, a donné naissance à la ville d’Amasra qui se situe justement sur la côte de la Paphlagonie. Par la suite, le buis s’est déployé à la Grèce, à l’Empire romain, et même au-delà. En France (Picardie, Normandie, Bretagne) et en Angleterre, on note la présence de buxaies qui ont probablement servi de lieu de culte bien avant la naissance du christianisme. Et c’est pourquoi nous pouvons en parler, puisque le buis est intimement lié à certains pans de l’histoire de cette religion. Par exemple, dans nos contrées, le buis se rencontre lors de la semaine de Pâques. Le dimanche qui précède cette fête chrétienne est surtout connu comme étant le « dimanche des Rameaux ». A cette occasion, des rameaux de buis sont cueillis non à l’aide d’un instrument en fer, métal réputé impur, mais brisés à la main, action facilitée par le fait que le buis possède un bois très cassant, puis sont bénis en souvenir des palmes commémoratives que la foule agitait en criant « Hosanna ! » (« louage », « bénédiction » en hébreu) lors de l’entrée du Christ à Jérusalem. Une fois la messe des Rameaux terminée, chacun s’empresse de rentrer chez soi afin de procéder au changement de rameaux. Ceux de l’année nouvelle sont déposés auprès des crucifix et des images pieuses, dans les étables, les granges, les ruches. En Alsace, on va jusqu’à les piquer dans les champs afin d’en encourager la fertilité, tandis que pour des raisons identiques, le buis prend forme de croisettes dans les départements méridionaux. C’est donc un véritable talisman, que l’on suspend également au-dessus des portes et que l’on installe aux quatre coins de la maison. Ainsi, il apporte aide, protection et félicité, et écarte maléfices, mauvais sorts, foudre et maladies. Quant aux anciens rameaux, ils sont communément brûlés. Selon les différentes régions d’Europe, en lieu et place du buis, on utilise d’autres végétaux : l’olivier, le laurier, le houx, le romarin, le saule (comme c’est le cas en Allemagne, en Angleterre et en Écosse), etc.
Très certainement en souvenir d’Hadès (souvenir lointain et confus pour le moins), il est d’usage de planter ou de déposer des branches de buis sur les tombes le jour des Rameaux afin d’en assurer la protection. Quant à Cybèle, bien des rites plus récents renvoient à ses attributions. Puisqu’il est question de fertilité et de fécondité, le buis bénit aux Rameaux est un porte-bonheur féminin, ainsi que « celui qui a servi à bénir une nouvelle mariée pendant la cérémonie nuptiale » (3). Anciennement, un rameau de buis trempé dans l’eau bénite permettait l’aspersion rituelle de la bûche de Noël…
On est bien loin de l’image de stérilité qu’on a voulu attribuer à cet arbuste. En réalité, bien des rituels qui se déroulent lors des Rameaux se confondent, parce qu’ils imitent aussi des modus operandi plus ancestraux, en particulier si l’on observe les festivités païennes propres à l’équinoxe vernal. Et c’est d’autant plus confondant quand l’équinoxe de Printemps et le dimanche des Rameaux tombent sur la même date, comme cela fut le cas le 20 mars 2016. Cette année, l’équinoxe, qui aura lieu à cette même date, sera distant de plus de quinze jours avec les Rameaux, qui est une fête mobile (5 avril 2020).
Que ce soit en Languedoc, en Limousin, en Alsace ou en Charente, les rameaux sont ornés de fruits, de fleurs, de rubans, de sucreries, de gâteaux aux formes variées (bonhomme, anneau, corne…). Par exemple, les cornuelles sont des gâteaux cornus censés chasser le diable. Les gâteaux troués sont aussi de rigueur : les conelles, des sortes de brioches creusées en leur centre, dont on dit que cela facilite leur accrochage aux rameaux de buis (de même que la douzane, à base de pâte briochée tressée). En fait, ce type de gâteaux « représentait le sexe féminin pour célébrer le renouveau de la nature, le retour de la lumière et du printemps, en un mot celui de la fécondité » (4). Parfois, on confectionne des petits pains de forme phallique non équivoque, justement nommés les pines ou pignes (ça ne s’invente pas !) « qu’il suffisait d’introduire dans la conelle pour en augmenter le pouvoir fécond, aussi bien pour les hommes que pour les cultures » (5). Cybèle en filigrane, en somme. Que l’on retrouve encore dans cette coutume alsacienne : les enfants plantent leur bouquet de houx ou de buis décorés de fleurs et de rubans dans le jardin afin d’encourager la fertilité de la terre. Ainsi qu’en Suède, où, pour « accélérer » le printemps, l’on utilise des rameaux de saule ornés de plumes, en relation avec la grue, symbole de renouveau et de fécondité. Mais tout cela n’est pas nouveau, comme nous le rappelle l’historien grec Plutarque : « Les enfants athéniens allaient au temple d’Apollon déposer leurs bouquets de verdure garnis de fruits, de pains et de gâteaux ronds » (6), afin de célébrer le retour de la végétation.

L’enlumineur Jean Bourdichon sut admirablement rendre la beauté d’un brin de buis qu’il nous montre en compagnie d’un papillon qui n’est pas cet ennemi – la pyrale du buis – importé accidentellement en Europe occidentale cinq siècles après Les Grandes Heures d’Anne de Bretagne, réalisées entre 1503 et 1508.

Aussi emblématique que le houx, le buis aura cependant rencontré un écho beaucoup plus favorable auprès des thérapeutes. Bien qu’il ait été décrit durant l’Antiquité gréco-romaine, je n’ai rencontré, jusqu’à présent, aucune trace le concernant au sujet de ses usages médicinaux. C’est Hildegarde de Bingen qui semble en faire état la première. Le Buxo d’Hildegarde, chaud et sec, est image de générosité. « La sève de cet arbre est saine et forte, et c’est pourquoi son bois est sain et solide », nous explique l’abbesse (7). Hildegarde avait déjà perçu les vertus dépuratives du buis. En assainissant le sang, il pouvait alors lutter contre la variole. De son suc, mêlé à celui du genévrier et à de l’huile de baies de laurier, on venait à bout des douleurs goutteuses. Mais Hildegarde nous offre bien d’autres modes d’emploi, alliant sa sagacité à son inventivité. C’est ainsi qu’elle conseille de tailler une coupe dans du bois de buis et de l’emplir de vin. Celui-ci, par contact, acquiert les vertus de ce bois. Dans les campagnes, autrefois, les paysans ne faisaient pas autrement. Par exemple, ils creusaient une petite excavation dans du bois de lierre puis y versaient du vin (bien sûr, il est plus pratique de placer la plante dans le vin que l’inverse). Hildegarde va encore plus loin quand elle dit que « celui qui s’en fait un bâton et le tient souvent à la main et même l’approche souvent de ses narines pour en saisir l’odeur, ou en touche ses yeux, aura la chair, la tête et les yeux beaucoup plus sains » (8).
Par la suite, la thérapeutique à base de buis connaît un essor inégalé dès la Renaissance. Très franchement, à cette époque, cela se bouscule au portillon, tous le monde y va de son buis ! Pour l’un des plus grands médecins flamands de la Renaissance, Mathias de l’Obel (1538-1616), le buis possède des propriétés antidiarrhéiques et fébrifuges. Amatus Lusitanus (1511-1568) et Martin Ruland (1532-1602) le considèrent comme un efficace succédané du gaïac (d’où son implication anti-syphilitique sans doute, le bois de gaïac ayant connu ses heures de gloire en tant que grand remède des vénériens). Il sera repéré par Lazare Rivière (1589-1655) comme un excellent dépuratif sanguin, ainsi que par Antonio Brassavola (1500-1555), Pierre Joseph Garidel (1658-1737), Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814), Joseph Roques (1772-1850), etc. Ainsi, les râpures de bois de buis (tant des parties hautes que des racines), en décoction comme en macération vineuse, connaissent une renommée sans précédent. Au XVIII ème siècle, Linné rapporte qu’en Allemagne le buis jouit d’une grande réputation comme fébrifuge. Puis, à une époque où la quinine extraite du quinquina, originaire d’Amérique du Sud, n’était pas constamment disponible en Europe pour des raisons d’acheminement et surtout de cherté de la drogue, on avait recours au buis, à tel point que ce dernier faillit bien supplanter la quinine dans le courant du XIX ème siècle. Durant ce siècle, François-Joseph Cazin, qui pose le buis comme sudorifique et dépuratif, emploie cette plante dans des cas de rhumatismes chroniques, de goutte, de diarrhée et de maladies cutanées. Pendant la Première Guerre mondiale, le docteur Stephen Artault de Vevey (1862-1938) met en évidence l’efficacité du buis contre les fièvres intermittentes réfractaires à la quinine. Il note aussi ses actions cholagogues et laxatives. Dans les années 1960, l’Américain Kupchan, qui travaille sur l’un des alcaloïdes du buis – la buxénine G – avance l’effet inhibiteur de cette molécule sur des cellules cancéreuses humaines. A la même époque, Raymond Dextreit (1908-2001), plus pragmatique, se pose comme le chantre français de l’utilisation phytothérapeutique du buis, arguant qu’à « chaque fois qu’il y a infection quelque part, le recours au buis […] est toujours profitable » (9). Pour lui, le buis est un produit tellement miraculeux, qu’il ne peut s’empêcher d’en souligner l’action « extra-ordinaire » et « spectaculaire », et d’en féliciter les « résultats remarquables ».

Le buis, pyxos en grec, buxum en latin, conserve, grâce à ces deux mots, bien des caractéristiques qui lui sont propres. Ces termes expriment le côté dru et touffu du feuillage du buis, la densité de son bois très dur et bien souvent plus lourd que l’eau (10), ainsi que des objets qui en sont façonnés. A l’origine, les boîtes que l’on nomme pyxides étaient conçues dans du bois de buis (le nom anglais du buis est boxwood, autrement dit « bois à boîte »). Mais de son bois, l’on n’a pas fabriqué que des boîtes. Depuis longtemps, on a reconnu au buis la finesse et l’homogénéité de son bois dur : il a donc été travaillé afin d’en tirer plusieurs objets qui, pour exprimer la riche potentialité de ce bel arbuste, surent trouver utilité dans bien des domaines de la vie quotidienne : l’équipement domestique, puisqu’on en façonne des pilons, des fourchettes et des cuillères, mais aussi de l’outillage plus « offensif » comme fouets et maillets. Les pratiques artistiques (flûtes) et ludiques (toupies) ne furent pas non plus oubliées, de même que la coiffure (peignes) et la couture (œufs à repriser, objets dans lesquels se signalent la persévérance et la continuité propres au buis ; mon arrière grand-mère maternelle en possédait un tout patiné). On l’a aussi utilisé comme support d’écriture : du bois de buis, l’on fit des tablettes que l’on enduisait ensuite de cire et on gravait les caractères une fois la cire sèche. Comme avec le genêt, on peut confectionner des balais et des balayettes faits « maison » avec un bouquet de rameaux de buis, comme le faisait ma grand-mère maternelle.

Le buis, que l’on voit croître très lentement en Afrique du Nord, en Asie occidentale, ainsi qu’au centre et au sud de l’Europe, se localise uniquement aux sols calcaires de la France métropolitaine. On le trouve surtout dans les zones assez élevées du Sud-Est (jusqu’à 1600 m d’altitude). (De façon naturelle, il est beaucoup moins fréquent dans le Nord, l’Ouest et le Sud-Ouest.) Par cette préférence, il s’avère que le buis s’accorde bien aux paysages suivants : garrigue, landes à genêts, marnes grises, pré-bois, éboulis rocheux accueillant des pins, des hêtres ou encore des yeuses.
A une grosse racine ligneuse et rameuse fait suite un tronc unique si le buis se conforme en arbuste – ce qui est assez rare, faut-il l’avouer – ou bien à une brassée de rameaux touffus qui en fait plus couramment un arbrisseau. Dans les deux cas, sa taille varie de un à cinq mètres, voire six à sept grand maximum. Il existe bien entendu des exceptions : un buis, en Suisse près de Genève, dont le tronc avait bien deux mètres de circonférence, ou cet autre encore, caucasien celui-là, possédant un tronc d’un demi mètre de diamètre et plus de 16 m de hauteur, ce qui, dans cette conformation, en fait littéralement, et sans doute aucun, un arbre.
Pour ne pas devoir répéter le mot dru (du gaulois drutos, « vaillant », « fort », etc.), disons que le feuillage du buis est exubérant. Ses rameaux portent tant de feuilles qu’on penserait le buis uniquement composé d’elles, aspect d’autant plus renforcé que le buis fait persister plusieurs mois durant la verdeur luisante, coriace et renouvelée de ses petites feuilles opposées et oblongues, fortement marquées par une nervure centrale. Au printemps, à l’aisselle de ces feuilles, paraissent des inflorescences de couleur jaune verdâtre au suave parfum de caramel. Ces fleurs monoïques et sans corolle sont disposées à l’image d’une princesse à laquelle un parterre de prétendants feraient la cour, c’est-à-dire qu’une fleur femelle se trouve cernée par plusieurs fleurs mâles. Plus tard, quand sonne l’heure de la fructification, le pistil à trois styles forme un fruit capsulaire et globuleux, surmonté de trois petites cornes (de diable ^.^), qui le font sembler à une marmite ventrue qui, par déhiscence, finit pas se diviser en trois loges contenant chacune deux graines noires, brillantes et plus ou moins oblongues.

Les « marmites ».

Le buis en phytothérapie

Le buis comme matière médicale est si peu usité de nos jours, que les études qui concernent ses constituants biochimiques marquent un coup d’arrêt depuis belle lurette, du moins en France. Plutôt que de hurler à la toxicité du buis, il serait sans doute bien préférable de voir si l’on ne peut pas tirer parti de lui, tout comme on l’a fait avec d’autres plantes héroïques (11) comme l’if et le gui. On n’a donc pas grand-chose à se mettre sous la dent côté biochimie.
Les principaux ingrédients que peut fournir le buis dans un contexte phytothérapeutique, ce sont ses feuilles et son écorce éventuellement accompagnée du bois s’il s’agit de rameaux de faible section (la racine que l’on râpait était autrefois usitée, mais on n’aurait plus l’audace d’aller déterrer un buis pour cela aujourd’hui, n’est-ce pas ?). Leur abord rend difficile leur emploi, étant d’odeur peu agréable, et de saveur amère et nauséabonde (pour s’en assurer, il suffit tout simplement de mâcher un bon moment une feuille fraîche de buis : c’est résolument infect). La buxine, alcaloïde du buis le plus étudié, est présente dans toute la plante. Dans la littérature, on la voit aussi être accompagnée d’un autre alcaloïde, la buxénine G. Puis, dans leur sillage, viennent d’autres alcaloïdes quelque peu oubliés : la parabuxine (de nature résineuse), la buxinidine et la parabuxinidine (il apparaît aussi que la buxéine soit à ranger dans le camp des alcaloïdes). Tout cela se trouve mêlé à du tanin, de la cire, de la gomme, de la chlorophylle, des matières pectiques, quelques traces d’une essence aromatique. Au rang des nouveautés (c’est-à-dire ce que je peux ajouter depuis ma précédente étude sur le buis qui remonte tout de même à quelques années), ce sont des flavonoïdes dont un flavone au nom impossible, ainsi que cet autre-là qu’on a baptisé artémitine. Tous les deux sont, entre autres, dotés d’effets anti-inflammatoires.

Propriétés thérapeutiques

  • Purgatif, laxatif
  • Apéritif, digestif
  • Cholagogue, spécifique des affections hépatiques (12)
  • Fébrifuge, sudorifique, dépuratif
  • Anti-inflammatoire, antirhumatismal
  • Détersif, désinfectant et cicatrisant cutané
  • Antipelliculaire, tonique du cuir chevelu, activateur de la repousse capillaire
  • Anti-infectieux : antiviral, antimycosique

Note : le bois est considéré également comme sédatif et narcotique.

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : insuffisance hépatobiliaire, infection des voies biliaires, fièvre hépatique
  • Troubles de la sphère respiratoire : pleurésie (?), catarrhe pulmonaire chronique, hémoptysie, « refroidissement »
  • Affections fébriles : grippe, fièvre (rebelle, voire même réfractaire à la quinine), fièvre intermittente, fièvre paludéenne (en cas d’intolérance reconnue à la quinine)
  • Maladies virales éruptives (zona, herpès), mycose plantaire, onychomycose, infections urinaires, intestinales, voire même génitales
  • Troubles locomoteurs : arthrite, engorgement articulaire douloureux, rhumatisme articulaire chronique, douleurs rhumatismales, névralgiques et goutteuses
  • Affections cutanées : plaie atone, infectée, gangreneuse, ulcère, brûlure. A ce titre, citons Raymond Dextreit : « On est généralement stupéfait, en retirant la compresse, de constater qu’il n’y a plus aucune trace de pus, que les tissus sont propres et nets, et que la cicatrisation apparaît d’autant plus rapidement que l’on fait souvent alterner ces compresses avec des cataplasmes d’argile » (13)
  • Calvitie, alopécie, pellicules

Note 1 : on peut procéder à la fumigation sèche des maisons, des étables, des poulaillers, etc., à l’aide de rameaux de buis, ce qui a pour heureux effet d’en écarter la vermine, encore elle.
Note 2 : autrefois, on tirait du bois de buis une huile empyreumatique encore plus coriace que la créosote du hêtre (c’est tout dire !), et qu’on comparait – en terme d’effets mais non à l’odeur – à l’huile de cade. Cette huile de buis ne s’est jamais destinée qu’à un strict emploi externe, intervenant en cas de gale, d’affections dartreuses ou de douleurs dentaires occasionnées par des caries.

Modes d’emploi

  • Infusion de feuilles fraîches (60 g/l d’eau).
  • Décoction de feuilles fraîches (30 à 40 g/l d’eau).
  • Décoction de feuilles sèches et pulvérisées (100 g/l d’eau).
  • Décoction concentrée de feuilles fraîches (100 g/l d’eau). Pour usage externe (lotion, compresse, bain).
  • Décoction vineuse (vin rouge) de feuilles fraîches.
  • Teinture alcoolique de feuilles fraîches.
  • Teinture homéopathique de jeunes feuilles fraîches.
  • Macération vineuse de feuilles fraîches : 60 g dans un litre de vin blanc, pendant huit à dix jours, puis que l’on édulcore au sucre ou au miel selon les besoins.
  • Poudre de feuilles de buis : 2 à 4 g mêlés à un véhicule adapté comme une cuillerée de miel par exemple.

Note 1 : Raymond Dextreit conseillait, en cas d’absorption d’une décoction de feuilles de buis, que celle-ci se déroule dans le temps le plus rapproché possible et, que pour accroître le pouvoir sudorifique/dépuratif/fébrifuge du buis, il importait de l’aider en se caparaçonnant d’une (ou de plusieurs) bonne vieille couette ou autre couverture, peu importe, histoire de ressembler un peu à un Amérindien dans sa hutte de sudation, ce qui, dans un cas comme dans l’autre, représente une véritable épreuve de force salvatrice !
Note 2 : venons-en maintenant à des emplois strictement externes. Nous l’avons dit plus haut, le buis est un topique reconnu pour tout ce qui concerne la chevelure. Dans les temps anciens, Matthiole fit remarquer qu’une lotion à base de cendres de bois de buis, de rameaux et de feuilles, permettait d’obtenir une teinture capillaire de couleur rousse à auburn, et blonde pour Porta si l’on n’utilisait que les feuilles.
Non seulement le buis peut raviver la couleur de cheveux bel et bien encore présents, mais il peut aussi faire revenir ceux que l’on a perdus : la recette de lotion capillaire que voici (40 g de feuilles fraîches finement hachées et mises à macérer dans ½ litre d’eau de Cologne) se donne pour objectif de faire retrouver à la chevelure son antique lustre de tignasse largement abondante. Le docteur Leclerc rapporte ce fait qu’on doit, initialement, à Bosinus Centilius : « Une jeune paysanne, raconte cet auteur, avait perdu ses cheveux au point que son crâne était dénudé comme un œuf. S’étant frictionné la tête avec une décoction de buis, ‘elle recouvra une épaisse toison de cheveux d’un beau châtain’, mais, comme elle avait eu l’imprudence de se lotionner aussi la face et le cou, elle vit ces parties se couvrir de poils qui lui donnaient un ressemblance parfaite avec une guenon » (14). La bête du Gévaudan était née !… Plus sérieusement, le docteur Leclerc, qui soignait très bien ses cheveux ainsi que sa barbe, n’a pas pris cette histoire à la légère, bien qu’il l’ait expurgé des détails les plus fantaisistes et cocasses. C’est à lui que nous devons l’exposé de la recette de lotion capillaire suivante : 100 g de feuilles et de semences fraîches de capucine, 100 g de feuilles fraîches d’ortie, 100 g de feuilles fraîches de buis, 100 g de sommités fleuries de serpolet. Faire macérer tout cela, après l’avoir soigneusement haché, dans 0,5 l d’alcool à 90° pendant quinze jours. A l’issue de ce délai, passer et exprimer. A appliquer sur le cuir chevelu en lotion énergique, régulièrement et de manière assez longuement continuée.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : l’écorce, principalement entre les mois de mars et d’octobre ; les feuilles de même, voire toute l’année durant.
  • L’infusion et surtout la décoction de buis (les feuilles ou l’écorce avec ou non son bois) sont toutes des boissons répugnantes à avaler. Dire simplement qu’elles sont désagréables ne peut suffire. Afin de faire passer cette épreuve, il importe de les édulcorer et de les aromatiser avec du romarin ou du thym par exemple. Les personnes qui se connaissent l’estomac fragile se garderont de ces deux modes d’emploi par voie interne.
  • Toxicité : la poudre de feuilles de buis, sinon qu’elle peut occasionner de copieuses déjections (ce qui est l’effet attendu de cette matière médicale purgative), irrite néanmoins suffisamment les muqueuses intestinales pour former parfois des selles sanguinolentes. Une intoxication au buis (à la buxine, à la vérité, c’est-à-dire cette substance présente aussi bien dans le bois, l’écorce que les feuilles) se traduit par les principaux désagréments que voici : troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhée, gastro-entérite), prostration, convulsions, troubles respiratoires et congestion pulmonaire. Dans le pire des cas, la mort survient par asphyxie. Le buis est déconseillé chez l’enfant, la femme enceinte, la femme qui allaite, ainsi que chez les hypotendus. Il est déconseillé d’en faire un usage au long cours, emplois prolongés et doses trop élevées pouvant occasionner des dommages rénaux (néphrites). Autrefois, de par l’ignorance et la fraude, l’homme était plus exposé qu’aujourd’hui à la toxicité du buis. Par exemple, l’habitude qu’eurent certains brasseurs de remplacer frauduleusement le houblon par le buis fut l’occasion d’accidents. Ceux qui, cependant, ont le plus à craindre du buis, ce sont avant tout les animaux de bât (ânes, chameaux), de trait (chevaux), ainsi que le bétail (vaches).
  • Le buis, qui fait les délices des amateurs d’art topiaire, est apprécié comme espèce ornementale depuis l’époque des Romains, puis présent dans les parcs et les jardins des châteaux et des monastères médiévaux. Dans ce domaine, Buxus rivalise d’ingéniosité avec son compère Taxus, l’if, autre espèce d’arbre qui se prête bien à l’exercice. A ce propos, ne sont-ce point des buis que taille Johnny Depp dans Edward aux mains d’argent (1990) ?
    _______________
    1. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, pp. 151-152.
    2. Edmond Pottier, La chouette d’Athénée, p. 533.
    3. Pierre Canavaggio, Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires, p. 40.
    4. Michel Lis, Les miscellanées illustrées des plantes et des fleurs, p. 34.
    5. Ibidem.
    6. Nadine Cretin, Fête des fous, Saint-Jean et belles de Mai, p. 44.
    7. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 172.
    8. Ibidem, p. 173.
    9. Raymond Dextreit, L’argile qui guérit, p. 107.
    10. Le buis « est le plus inaltérable et le plus pesant de nos bois indigènes, le seul qui se précipite au fond de l’eau », François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 210.
    11. Le buis peut-il mériter le titre de plante héroïque ? Sachant qu’assez peu de sa substance occasionne bien des effets énergiques… De même que la mythologie ne peut contenir que des déesses ou des dieux – ça serait assurément lassant –, il ne peut y avoir que des héros dans les contes, ces êtres qui ne se suffisent (presque) qu’à eux-mêmes et dont l’étymologie, parfaitement claire, nous les rend davantage proches encore du buis : c’est un protecteur que le héros, ce qui n’est pas sans rappeler la manière dont nos aïeuls, dans les campagnes, considéraient le buis, c’est-à-dire comme une espèce végétale favorable et protectrice, ce qui lui valut, tout comme au laurier noble d’ailleurs, d’être planté aux abords des habitations.
    12. Les expressions « être pâle comme bois de buis » ou encore « devenir jaune comme buis » expriment assez bien l’idée qu’on peut se faire de cette maladie du foie qu’est la jaunisse en général, ou de ce que l’on appelle patraquerie.
    13. Raymond Dextreit, L’argile qui guérit, p. 108.
    14. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 88.

© Books of Dante – 2020

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