Le prunellier (Prunus spinosa)

Synonymes : épinette, épine noire (sans doute le plus connu, et qu’on applique aussi au nerprun qu’on ne confondra pas à l’occasion), buisson noir, prunier noir, prunier sauvage, prunier épineux, cravichon, caverou, caveron sauvage, créquier, fourdinier, argoche, argossay, beloche, belocce, belossay, pellocier, pelossier, et enfin le très curieux mère du bois.
Quant à la prunelle, elle porte différents noms vernaculaires qui s’apparentent assez à certains des mots qui précèdent : pélosse, belosse, fourdraine, chenelle, senelle, aragnon, agrene, agrumelle, agrumélie (= « pomme aigre, âcre »).

Le prunellier jouissait autrefois d’un statut médicinal assez marqué. Toutes ses parties – fleurs, feuilles, fruits, écorce – étaient utilisées. On ne peut plus en dire autant de l’épine noire aujourd’hui. Son caractère épineux et obscur y est, peut-être, pour quelque chose. On retrouve en allemand – schwarzdorn – et en anglais – blackthorn – ces deux caractéristiques : ses rameaux épineux et la noirceur de ses fruits, les prunelles (1). Il est vrai également que croquer un de ces fruits est une expérience pour le moins âpre et acide dont les papilles gustatives se souviennent longtemps, peinant à se détacher de cette aigreur à laquelle on ne se soustrait pas en un seul claquement de doigt ! Bien que cousin avec cerisier, pêcher et autre amandier, le prunellier n’a pas eu la « chance » de se voir doté par la Nature de fruits doux et savoureux (2). Mais, qu’à cela ne tienne, il a bien d’autres qualités ! Si l’on ose l’approcher, il est capable de nous en dire bien davantage que les traces de griffure rougeâtres que ses épines laissent sur la peau de l’imprudent ou du téméraire.

Ceci étant dit, exposons ci-après les quelques informations relatives au passé médicinal du prunellier, qui se conforme à peu de chose près à celui de l’aubépine, à la différence que l’histoire du prunellier apparaît bien moins riche d’anecdotes que celle de l’épine blanche, même si le prunellier est doté d’un sacré caractère !

A l’époque néolithique, on procédait à la cueillette des prunelles (peut-être même en confectionnait-on des boissons fermentées comme cela se fait encore ici ou là). Bien que la présence du prunellier ait été attestée en Italie et en Grèce, il n’a pas véritablement attiré l’attention des Anciens. Théophraste, Dioscoride, Pline et Galien mentionnent cependant le caractère astringent de la prunelle, à défaut de s’étendre sur les usages médicinaux des fleurs de prunellier. Peut-être pouvons-nous imaginer qu’ils considéraient le prunellier de la même manière qu’on rend actuellement compte du pin noir d’Autriche dans nos contrées ; ce qui passe aujourd’hui pour une matière médicale évidente ne l’était probablement pas auparavant dans tel ou tel endroit ; c’est bien possible après tout, puisque ce même motif nous est applicable à l’identique. Chez les Anciens, on rencontre un akakia dont on a longtemps pensé qu’il s’agissait du prunellier, ainsi a-t-on donné aux fleurs de prunellier le nom de flores Acaciae germanicae, chose qui a davantage entretenu la confusion, sans compter sur le fait qu’on n’opère pratiquement aucune distinction entre le prunier et le prunellier jusqu’au XVI ème siècle. Cependant, au XII ème siècle, Hildegarde de Bingen, pleine de discernement, évoque tant le prunier (De prunibaum) que le prunellier (De spinis), au sujet duquel elle dit que le fruit purifie l’estomac alors que la cendre de bois de prunellier, mêlée à de la poudre de clou de girofle et de cannelle permet d’effacer les douleurs des membres et celles de la goutte. Ce n’est qu’à partie du XVII ème siècle que l’on commence à s’intéresser aux fleurs de prunellier avec Bauhin, qui sera suivi par Murray, Cazin et Kneipp, entre autres, sans pour autant que cette liste de praticiens ne s’étende bien loin.
Face au prunellier, l’on peut avoir – à raison – l’impression qu’il n’a jamais véritablement réussi à ouvrir en grand la porte des laboratoires scientifiques, contrairement à l’aubépine qui, après bien des tergiversations, y ayant traîné longtemps ses guêtres aux alentours, s’est vue, finalement, conviée à y pénétrer à la fin du XIX ème siècle. Ainsi peut-on avoir la sensation justifiée d’un prunellier résidant aux marches d’un monde empirique propre à la campagne où, en revanche, il a su faire merveille dans les pratiques magiques et spirituelles, qui vont maintenant orienter notre propos.

Les plantes épineuses ont généralement eu une mauvaise réputation, et on s’est souvent empressé de ranger églantiers, ronces, ajoncs, chardons divers et épines noires dans le même panier, objectant qu’il est bien beau d’avoir des épines quand on pousse la forfaiture – qui n’est pas ici forfanterie – à n’avoir ni suave parfum, ni goût agréable. En effet, n’est-ce pas pousser le bouchon un peu trop loin que de devoir supporter toutes ces plantes épineuses, qui plus est inutiles ? Qu’on s’y pique les doigts, je veux bien, mais encore faudrait-il que ce soit pour une belle et noble raison, etc., vous connaissez la suite (si la vigne avait autant d’épines que le prunellier, je ne suis pas certain qu’on fabriquerait autant de pinard en France…).
Cela explique pourquoi l’on a souvent placé en opposition symbolique l’épine noire face à l’aubépine, l’épine blanche, laquelle n’a pas toujours eu forcément belle presse.
Dans le domaine divinatoire, on rencontre un ogham fabriqué à base de bois de prunellier, Straif (ᚎ), mot dont l’orthographe est proche du mot anglais strife qui signifie lutte, trouble, conflit, combat guerrier, ce qui donne à Straif un caractère très martial que l’on peut souligner davantage en remarquant qu’en Irlande l’on fabrique depuis bien longtemps des shillelag : si certains prennent l’allure de cannes de marche, d’autres ressemblent beaucoup plus aux casse-têtes iroquois que l’on maintient fermement à l’aide d’une dragonne. Si aujourd’hui la plupart d’entre eux sont taillés dans du bois d’aubépine (ce qui en bouleverse nécessairement le symbolisme), on reconnaît une plus grande propicité au combat à l’épine noire, puisque le shillelag (de même que le makila basque en bois de néflier et le penn bazh breton en bois de houx) est autant une arme offensive qui frappe, que défensive puisqu’elle permet de parer les coups. Le shillelag est un objet qui rend merveilleusement compte des propriétés contraires mais complémentaires de l’épine noire. Pour s’en convaincre, il suffit simplement d’observer une haie formée de ces arbustes : quasiment infranchissable, elle défend en dissuadant, donc en repoussant. On peut donc qualifier l’épine noire de bouclier, animée d’un pouvoir de protection qui n’apparaît jamais comme passif, chose facilement discernable dans le conte de La Belle au bois dormant lorsque le prince se présente devant le château : « A peine s’avança-t-il vers le bois, que tous ces grands arbres, ces ronces et ces épines s’écartèrent d’elles-mêmes pour le laisser passer : il marche vers le Château qu’il voyait au bout d’une grande avenue où il entra, et ce qui le surprit un peu, il vit que personne de ses gens ne l’avait pu suivre, parce que les arbres s’étaient rapprochés dès qu’il avait été passé » (3). Oui, parce que c’est au prince seul qu’incombe de braver l’épine.
Le prunellier, à travers Straif par exemple, qu’il défende et protège, ou qu’il attaque, ne reste donc jamais inactif, car, si face à lui on fait preuve de témérité, les épines acérées du prunellier infligent de cruelles griffures, rappelant, par ce déchirement physique, qui peut tout aussi bien être psychique, que l’on entre, par le biais d’un mouvement soudain et brutal, dans une période de crise, un mot aujourd’hui médiatiquement dévoyé, puisqu’une crise n’est pas autre chose qu’un paroxysme, un pic aigu, une épingle qui pique, une épine. C’est pourquoi l’on ne peut pas être étonné du fait que le prunellier est communément associé aux divinités de l’orage et de la foudre (le Dagda, Sucellos, Taranis…). C’est pourquoi l’on dit que l’épine du prunellier, et son bois tout entier en définitive, sont foudroyants et fulgurants (du latin fulgur, « éclair »). Ces deux termes, au sens analogue, impliquent l’idée de rapidité, de soudaineté, de force, de vitesse, ils disent toute l’énergie avec laquelle la puissance de l’épine noire (et donc de Straif) est capable d’être émise, déployée, propagée !… L’éclair, si tu n’es pas sur son chemin, si tu n’en es pas le point d’impact, peut éclairer ta nuit noire au besoin, mais si jamais il te tombe dessus, il te faudra une sacrée résistance pour encaisser le coup de jus. Électrique, le prunellier se rapproche donc de la symbolique de la planète Uranus. Il en va de même de la manière dont on manie le prunellier qui peut faire en sorte de générer autant des énergies dans le but de nuire que dans celui d’assister et de venir en aide.
« Seul le prunellier avait des fruits âcres à vous en resserrer toutes les gencives. Oh ! que tout était gris et lourd dans le vaste monde ! », se lamentait Andersen dans un de ses très célèbres contes (4). S’il est une chose que le prunellier Straif ne peut tolérer, c’est bien les pleurnicheries : reste lignite ou deviens diamant, intime-t-il, puisqu’il invite à la transformation et à la métamorphose. En cela, il est bien commode d’unir Straif à une divinité comme Hécate. Pourquoi ? Parce qu’ils sont tous les deux effrayants au prime abord : ils incitent non pas à ce qu’on s’approche d’eux, mais qu’on s’en écarte. Et se détourner de l’un ou de l’autre est dommageable dans le sens où ils sont disposés à apporter une solution à un problème… épineux. Mais, parfois, le choix n’est pas permis, on a beau chercher, il faut absolument en passer par là : quand Straif émerge, il faut comprendre et intégrer rapidement, le plus rapidement possible, qu’il n’y a pas d’autre solution que d’aller au charbon. Mais le refus peut faire naître la malchance, l’infortune, une imprévisible douleur, parce que, alors, tel est le sort, le destin, le fatum. Ou pas. Parce qu’il est également vrai que l’ogham Straif est annonciateur d’événements imposés du dehors, indépendants de notre volonté, qui nous sont extérieurs et contre lesquels il est impossible et absurde de lutter. A cette occasion, Straif nous indique quelque chose que nous empruntons à Épictète : « Ne demande pas que ce qui arrive arrive comme tu veux ; veuille que les choses arrivent comme elles arrivent, et tu seras à l’aise » (5). En substance, cela signifie que, si possible, il importe de s’adapter à la volonté de l’Univers, aussi absconse peut-elle paraître, et non chercher à la faire ployer par la seule force des ses desiderata, ce qui, en soi, n’est que pure folie, n’étant que l’évident présage, qu’un jour ou l’autre, l’Univers renverra, avec force, l’ascenseur.
Straif demande de s’interroger sur la raison de la présence de l’obstacle et de l’adversité ; il implique de partir en quête d’une vision rénovée qui ne peut s’acquérir sans véritable et profonde prise de conscience majeure ; enfin, l’ogham commande de faire preuve de réactivité face à cet impondérable surgi de nulle part, afin de traverser au mieux, mais non sans mal, les difficultés. « Le danger est en revanche de tourner le dos à cette possibilité de perfectionnement et de purification, pour sombrer dans une dépression stérile, l’apitoiement sur son sort, l’amertume ou la révolte envers le destin » (6).
Un autre danger réside dans le fait de venir baigner dans des énergies lourdes et plutoniennes, dont la vivacité uranienne du Verseau ne permet pas toujours de s’extirper. Si on le souhaite, n’hésitons pas à placer sur la même ligne ce signe zodiacal et l’ogham Straif. L’on peut avoir, en idée, l’image de ces bruissons emberlificotés, inextricables chevaux de frise, protections quasi militaires – no trespassing ! – qui, si elles protègent effectivement, peuvent également tuer. J’ai en tête la scène terrible d’un grand cerf mâle dont les bois s’étaient entortillés dans un vieux rouleau de fil de fer barbelé abandonné, et dont il ne pût se démettre. Gardé captif bien malgré lui, le grand cerf épuisé décéda des suites des efforts fournis dans cette lutte bien difficile. C’est sans doute l’une des pires énergies contre laquelle Straif met en garde : tout d’abord, quelque chose censé offrir protection, pour peu qu’on le néglige, il peut se transformer en des énergies pourrissantes, non intégrées donc. Parce que détournées et dévoyées, elles finissent par tuer dans une ultime étreinte d’ultra protection.

Au sujet du prunellier, l’on a un peu tout dit concernant sa structure botanique, j’ai même lu des informations (contenues dans un seul et même bouquin) qui le présentaient tour à tour comme un arbuste, un arbrisseau et un buisson ! Devant un tel fouillis lexical, il importe de remettre les choses à leur juste place. Tout d’abord, botaniquement, et si l’on est rigoureux, un buisson c’est un groupement d’individus semblables formant une masse homogène et compacte. Selon cette définition, un seul pied de prunellier ne peut donc pas être un buisson. Mais comme il possède un efficace système racinaire procédant par drageons, cela explique pourquoi on le trouve souvent en paquets, formant – très justement – des buissons bien impénétrables (sur ce dernier point, il partage la vivacité de cette autre rosacée qu’est la ronce). Ceci étant posé, peut-on dire que, à l’instar de cette même ronce, le prunellier est un arbrisseau ? Si c’est le cas, alors c’est un grand arbrisseau, qui possède une tendance arbustive très nette dès lors qu’il est question d’un sujet isolé ; parfois, c’est bel et bien pour un petit arbre qu’il se prend : en ce cas, on parle effectivement d’arbuste. Et pour qu’il soit arbuste, il est nécessaire qu’il soit doté d’un tronc principal, comme on peut le voir chez sa cousine aubépine – épine blanche – pour laquelle l’équivoque est rapidement dissipée, étant sans ambages un arbuste d’un gabarit bien supérieur à celui du prunellier il est vrai : il m’est arrivé de croiser la route d’aubépines de plus de dix mètres de hauteur, alors que le prunellier est bien plus humble dans sa stature maximale. Je crois que quatre mètres de haut pour un prunellier, c’est le summum. Par rapport à d’autres Prunus (prunier, abricotier, pêcher, amandier), c’est un prunus nain que le prunellier, quand bien même ces quatre autres fruitiers – hormis l’amandier – ne sont pas des géants. Ce que confirme Cazin qui indiquait, qu’ayant greffé des pruniers, des abricotiers et des pêchers sur les pieds de prunellier, les arbres entés restaient nains : le porte-greffe imprime son caractère au greffon.
Couvert d’une écorce noirâtre qui démarre dès la base du tronc, le prunellier la voit se propager à ses rameaux tout d’abord velus puis glabres, lesquels forment des ramilles desquelles en émergent d’autres plus petits encore, atrophiées pourrait-on dire, prenant l’allure d’épines fortes et épaisses, vestiges de ramuscules avortés. C’est sur la sombre écorce de l’épine noire que se détache, en floraison neigeuse, une myriade de petites fleurs blanches à la toute fin de l’hiver, en guise d’au-revoir à la saison froide. Le contraste est saisissant entre la blancheur, délicate et immaculée, du Prunus spinosa, et l’obscurité de son écorce qui sans cela, passerait pour un embrouillamini enchevêtré et contorsionné, passé aux flammes de quelque feu infernal… Solitaires ou serrées en grappes, les fleurs du prunellier précèdent ses feuilles, qu’il possède oblongues ou elliptiques, dentées ou crénelées, glabres et glanduleuses.
A l’image des feuilles, les noyaux, elliptiques, et comprimés sur leurs deux faces, se couvrent d’une mince épaisseur de chair verdâtre, finement pelliculée de bleu violacé, signalant ce dont se moquait Leclerc, qualifiant les prunelles de « maigres drupes, d’une saveur acerbe et rêche qui résiste opiniâtrement à la maturité » (7). Et pour rappeler que le prunellier est un arbuste qui met en branle ses principaux organes végétatifs et reproducteurs en hiver, ses fruits sont couverts de pruine, un mot qu’il ne faut pas rattacher trop rapidement au mot prune, puisque, dérivant du latin pruina qui veut dire « givre », il n’a donc aucune parenté étymologique avec le fruit du prunier, encore moins avec celui du prunellier. Mais ils ne sont pas les seuls : le raisin, lui aussi, est couvert de cette pellicule cireuse dont le rôle protecteur est avéré : je ne sais pas si l’on peut dire la pruine hydrophobe, en tous les cas elle protège effectivement le végétal, qui en est couvert, d’un excès d’humidité, et donc d’une trop grande stagnation aqueuse au niveau de ces tissus précisément. Est-ce pour cela qu’Hildegarde disait que « les prunelliers sont plus chauds que froids, [qu’]ils sont même secs » (8) ?
Vous trouverez le prunellier aussi bien en plaine qu’en moyenne montagne. Il affectionne les sols incultes sur lesquels il se comporte comme un colonisateur : les talus, les bordures de chemins thermophiles, ainsi que les lisières des bois de feuillus et, bien entendu, les haies, dont il est l’un des principaux acteurs.
Présent dans une grande partie de l’Europe tempérée, il croît aussi en Asie occidentale ainsi qu’au nord de l’Afrique.

Le prunellier en phytothérapie

On utilise de cet arbuste les fleurs au parfum agréable et à la saveur d’amande amère, les fruits aigrelets, les feuilles et l’écorce des jeunes rameaux (parfois celle des racines). Parmi les principaux principes actifs contenus dans le prunellier, nous trouvons du tanin (en grande quantité dans l’écorce), des acides de fruits (acide malique, acide citrique, etc.), des vitamines (provitamine A, vitamines du groupe B, vitamine C) et divers sels minéraux et oligo-éléments (calcium, potassium, magnésium…).
Les baies se distinguent par des sucres (incroyable, non ?) et des anthocyanosides, ce qui nous rapproche ici du raisin noir et des baies de sureau hièble. De même que les fleurs, elles recèlent des flavonoïdes.

Propriétés thérapeutiques

  • Fleur : laxative tout en douceur et légèreté, diurétique, dépurative, calmante, régulatrice des fonctions intestinales, antiseptique stomacale
  • Feuille : diurétique énergique, dépurative, pectorale, astringente
  • Écorce : fébrifuge légère, astringente
  • Fruit non mûr : astringent, tonique général, antidiarrhéique, dépuratif stomacal, tonifiant stomacal et vésical

Usages thérapeutiques

  • Fleur : colique néphrétique, lithiase rénale, gravelle, dysurie, douleurs des voies urinaires, rhumatismes, goutte, hydropisie, affections pectorales (toux), crampe d’estomac, diarrhée, colique flatulente, leucorrhée, dysménorrhée, maux de tête
  • Feuille : gravelle, hydropisie, obésité
  • Écorce : fièvre excessive, fièvre intermittente, furoncle, acné, autres maladies de la peau (dartre) ; en poudre : remède dentifrice
  • Fruit : maux de gorge, toux, diarrhée, diarrhée atonique, diarrhée chronique, dysenterie, irritations des voies urinaires, gingivite, saignement de nez, furoncle, acné (en homéopathie : on reste essentiellement localisé au niveau du visage : algies de la face, zona ophtalmique, glaucome)

En général : asthénie, fatigue générale, croissance, convalescence, surmenage, épuisement.

Modes d’emploi

  • Décoction aqueuse de baies, décoction vineuse (vin rouge) de baies.
  • Décoction concentrée d’écorce.
  • Poudre d’écorce.
  • Infusion de feuilles ou de fleurs : par exemple ¼ de sommités fleuries de romarin, ¼ de feuilles de sauge officinale, ¼ de feuilles d’absinthe, ¼ de feuilles et fleurs de prunellier. Ou infusion concentrée de fleurs dans l’eau, le petit lait, la bière, le vin.
  • Macération vineuse de rameaux feuillés de prunellier, macération alcoolique des très jeunes pousses de prunellier (troussepinette et autres vins d’épines).
  • Macération alcoolique des baies mûres fraîches ou cuites, avec adjonction de sucre selon son goût.
  • Teinture homéopathique (à base de boutons floraux, de rameaux fleuris, de baies).

Bonus : recette dépurative

  • Fleurs de prunellier, de coquelicot et de mauve ;
  • Racines de guimauve, de chiendent et de gentiane ;
  • Semences de phellandre et d’anis.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les fleurs, lorsqu’elles sont encore à l’état de boutons, soit aux mois de mars ou d’avril selon les régions ; les feuilles juste après défloraison, au mois de mars environ (il s’agit alors davantage des jeunes pousses feuillées que des feuilles proprement dites). L’écorce se prélève sur des rameaux âgés de quatre à cinq ans, de préférence au printemps. Enfin, concernant les fruits, si on les destine à un usage médicinal, ils sont cueillis encore verts, et donc avant maturité. Autrefois, on en extrayait une sorte de suc que l’on épaississait à l’état de gomme, l’Acacia nostras (ou Acaciae germanicae). Les fruits qui intéressent l’art culinaire se récoltent plus tardivement, d’octobre à décembre, dès lors que les premières gelées ont déjà mordu dedans.
  • Puisque nous en parlons, précisons que la prunelle, autrement que cueillie blette, reste immangeable (ou alors, il faut avoir très faim). Mais quand on les trouve ridées, bien ratatinées comme un raisin sec oublié sur la treille, le peu de chair qu’elles possèdent se laisse suçoter bien agréablement. En effet, braver l’épreuve du froid, c’est ce qui les bonifie, il ne reste alors plus qu’à les métamorphoser en sirops, boissons fermentées, liqueurs, vinaigres. Leur distillation permet d’obtenir des alcools de prunelles fort parfumés que l’on croise du côté de pays comme la Roumanie, l’Albanie et la Croatie. Au-delà, des liquides, il est possible de concocter des compotes et des confitures où les prunelles forment, avec le sucre, le seul ingrédient, ou viennent compléter un autre fruit comme la prune par exemple. Sous sa forme condimentaire, sachons qu’il est tout à fait possible de conserver la prunelle dans une saumure. Pour cela, rien de plus simple. Il nous faut ramasser des prunelles lorsqu’elles sont à l’état de drupes de couleur bleu noir recouvertes de pruine. Plaçons-les dans un bocal. Couvrons-les d’eau salée. Nous conserverons ce bocal à température ambiante. Une fermentation va se produire et, au bout de trois semaines, ces prunelles se mangeront comme des olives. Salées, acidulées, très aromatiques, elles seront alors tout à fait dénuées d’âpreté. Pensez-y, cela peut constituer une expérience inhabituelle et peu onéreuse. Enfin, de même que la câpre ou la baie de genévrier, quelques prunelles, en compagnie d’un gibier, d’une terrine, etc., peuvent faire merveille.
  • Autres usages : il est parfois arrivé, par temps de disette, qu’on fume les feuilles de prunellier. De l’écorce, l’on tirait des matières colorantes pour fabriquer des encres, de la teinture pour la laine (en brun et en fauve), et suffisamment de tanin pour apprêter les peaux. Quant aux prunelles, bien mûres, lorsqu’elles sont presque noires, leurs pigments permettaient autrefois de « recolorer » les vins un peu trop clairets.
  • Au registre des confusions, il n’en est qu’une seule, et encore est-elle de nature lexicale : une petite plante de la famille des Lamiacées, la brunelle (Prunella vulgaris), porte parfois le surnom de prunelle bien qu’elle ne possède aucun rapport avec la baie du prunellier.
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    1. La langue allemande lui accorde aussi le nom de schlehdorns, très proche du néerlandais sleedoorn, dont on croise la première syllabe dans le sloe tree anglais. Si dans cette dernière langue, on lui octroie aussi le nom de thorny (= « épineux »), il lui arrive aussi de porter celui de spiny, moins couramment ceci dit, bien que thorn et spin signifient également épine. Alors que les langues du sud de l’Europe préférèrent se placer sous l’égide de la spina, dans les terres septentrionales, on s’orienta en direction de la thorn anglaise et des mots qui s’y apparentent : dorn (allemand), doorn (néerlandais), torn (danois), thorn (suédois).
    2. Ces fruits, avant même d’être comestibles, du moins consommables, n’étaient pas autrement issus directement de la Nature : les pêches du marchand de fruits, ou ses cerises, prunes, abricots, etc. ne sont que le résultat d’amélioration par la main de l’homme. La prunelle n’appartient pas à cette catégorie, c’est une sauvage non domestiquée, d’où sa rudesse un peu effrayante qui nous oblige à différer notre frugalité à sa seule vue.
    3. Charles Perrault, Contes de ma Mère l’Oye, p. 17.
    4. Hans Christian Andersen, Le jardin fleuri de la magicienne, in La Reine des Neiges.
    5. Épictète, Manuel, p. 25.
    6. Julie Conton, L’ogham celtique, p. 218.
    7. Henri Leclerc, Les fruits de France, p. 52.
    8. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 183.

© Books of Dante – 2019

8 réflexions sur “Le prunellier (Prunus spinosa)

  1. Faute d’avoir croisé le laser précédemment décrit, le prunellier par contre, m’est familier; quel savoureux article! Il est vrai que la liqueur de prunelle (par macération dans l’alcool) est un délice, et il paraît que le vin d’épine est encore meilleur; les haies qu’il forme sont d’une grande efficacité et un abri pour la petite faune, il faut empêcher, si on le peut leur arrachement encore trop fréquent Je vais tenter d’ajouter une petite question: il me semble que la fameuse mousse de chêne des parfumeurs, ervenia prudastri, affectionne plus les prunelliers que … les chênes, du moins dans mon environnement de moyenne montagne et que c’est bien elle qui orne d’ innombrables prunelliers des alentours, contraste de dentelle en clair verdaccio sur la noire écorce. J’en ai ramassé afin de tester une macération odorante (à utiliser dans une composition parfumée) mais je ne sais pas du tout s’il y a une méthode particulière (degré d’alcool? temps de macération?), on verra, au nez.

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    • Bonjour ! Vous avez bien raison, le rôle écologique (au sens large du terme) de la haie n’a pas encore été compris de ceux qui se vouent à son arrachage. D’ailleurs, c’est un sujet qui me préoccupe, et il est bien possible que je rédige un article dans ce sens (qu’est-ce que la haie ? à quoi sert-elle ? etc.).
      Quant à votre question sur la mousse du chêne, venons-y. Je me permets de vous corriger à propos de son nom latin : Evernia prunasti. Vous percevez la différence ? Prunasti et non prudastri. Si l’on traduit Evernia prunasti, on obtient : évernie du… prunellier. Et oui ^^ Quand bien même on la dit « mousse de chêne », elle est beaucoup plus fréquente sur le prunellier, par chez vous comme ailleurs du reste, mais aussi sur beaucoup d’autres espèces d’arbres feuillus. Je n’ai pas grand-chose au sujet de ce lichen, mais je puis néanmoins vous donner ces quelques maigres informations :
      * Tinctorial : contient un colorant pourpre idéal pour la laine,
      * Culinaire : les Arabes le réduisaient en poudre et s’en servaient comme levain pour la pâte à pain,
      * Thérapeutique : expectorant, tonique stomacal, vulnéraire, etc.
      *Savonnerie : contient une oléorésine utilisée pour la fabrication de savons,
      * Parfumerie… (on en extrait l’absolu par solvant, donc l’alcool joue bien ce rôle avec ce lichen, mais j’en ignore les dosages, procédés, etc.).

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      • mais oui, prunasti, bien sûr j’ai fourché..euh tri ou ti? j’ai lu plutôt tri, mais sur le fond bien sûr que ce n’est pas pareil et tout s’explique; bref mon idée étant de faire une teinture alcoolique en vue d’un parfum, je vais improviser sur la méthode…l’aspect tinctorial est sûrement aussi intéressant, mais j’ai encore peu d’expérience en la matière. Les teintures végétales, c’est tout un art.

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  2. Tri ! Rhooo, mais on va finir par y arriver : prun-nas-tri. Voilààà ! La teinture alcoolique, oui, c’est ce qui me semble bien intéressant en l’occurrence, l’alcool jouant le rôle d’extracteur et de conservateur.
    En attendant que vous vous livriez à vos expériences, je puis ajouter que la présence de ce lichen est un bio-indicateur intéressant, signalant par sa présence, l’absence de toute pollution atmosphérique. Donc, vous travaillerez avec un matériau aromatique exempt de toute souillure… ;)

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  3. Si c’est un bio indicateur alors je suis dans une zone trés peu polluée en effet! Sur les haies, les gens le savent peu ou ne respectent pas, mais la loi est censée les protéger et limiter les dégâts notamment liés à l’arrachage en période de nidification : « La taille des haies et des arbres est interdite entre le 1er avril et le 31 juillet, pour permettre la nidification des oiseaux. Le déplacement, le remplacement ou la destruction d’une haie sont possibles, sous condition et sous réserve d’une déclaration préalable à votre DDT »; on s’expose à la mauvaise humeur des contrevenants si on le leur fait remarquer…ce qui m’est arrivé ce printemps; pour quelques m2 soi disant indispensables de prairie.

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    • Oui, un bon bio-indicateur dont les populations, je ne vous le cache pas, ont bien reculé depuis les années 1970.
      Quant à ceux qui n’ont toujours pas compris le rôle crucial de la haie, et qui naviguent entre mauvaise foi et ignorance crasse, que dire sinon qu’il existe effectivement deux catégories de blaireaux à la campagne : l’un est nuisible, l’autre pas ^^

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  4. Les fruits, pour faire mon remède, se récoltent plus tardivement, d’octobre à décembre, dès lors que les premières gelées ont déjà mordu dedans:. Glisser les prunelles dans la carafe remplit d’eau de vie, puis la reboucher d’un gros bouchon de liège ! Il faudra attendre une » Lune entière » avant de se servir de ces fruits macérés, pour soigner:
    Maux de gorge, toux, gingivite, aphtes, abcès !
    Le jus est délicieux !
    Ne pas sucer et garder les noyaux dans la bouche puisque ceux -ci sont poison ! jojo

    Aimé par 1 personne

    • Voici donc une recette de teinture alcoolique de baies de prunellier qui sent bon le terroir. Donc, au bout d’une lune, vous utilisez les prunelles en en absorbant la pulpe comme si c’était des bonbons, en somme ?

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