Le noisetier (Corylus avellana)

On confond très souvent cet arbrisseau avec le coudrier. On peine parfois à les distinguer l’un de l’autre. Pourtant, il n’est pas nécessaire de s’échiner à cela, pour une simple et bonne raison : le coudrier et le noisetier sont le seul et même arbuste. Tout simplement, le mot coudrier est un terme plus ancien qui a été supplanté par le mot noisetier, parfois anciennement orthographié avec deux t.
Petite leçon d’étymologie : coudrier provient de l’ancien français coudre issu du bas-latin corulus et du latin classique corylus. Ah ! Et aussi du grec : korys qui signifie casque, eu égard à la forme très particulière du fruit du noisetier enchâssé dans sa bractée lacérée, j’ai nommé, la noisette. Oui, oui, j’ai bien dit un casque. Attrapez une noisette, placez la bractée vers le haut, le fruit vers le bas, dessinez-lui une bouche et deux yeux, et vous aurez la tête d’un petit lutin de la forêt. Pour peu que vous trouviez un gland pour le corps et quatre brindilles pour les bras et les pattes… Mais ça n’est pas un féroce guerrier qui se dessine là, puisque son casque est parfois traduit par le mot bonnet : aussi, la noisette ne serait pas autre chose qu’une noix coiffée, et être née coiffée, ça n’est pas rien !

Alors comme ça, il paraîtrait que le noisetier est d’essence magique ? Hum. Jugeons plutôt. J’apprends que le noisetier et son fruit ont joué un grand rôle dans la symbolique des peuples nordiques, germaniques et celtes. Pour ces derniers, la noisette incarnait la connaissance, la sapience, la sagesse, autrement dit le savoir divin et magique dans ce qu’il a de plus élevé, tandis que le bois de coudrier était utilisé par les druides comme support d’incantation, ce bois étant de ceux que, traditionnellement, on employait pour y tailler des tablettes sur lesquelles on gravait les glyphes de l’alphabet oghamique. Pour cela, les druides, après avoir choisi une belle branche adéquate, y débitaient les petits bouts de bois nécessaires qu’ils entaillaient ensuite de signes. Ceci fait, ils jetaient l’ensemble sur la surface d’une étoffe blanche.
Il est étonnant que l’adjectif en relation avec le verbe deviner soit divinatoire et non pas devinatoire, n’est-ce pas ? Le divinatoire appellerait-il le divin ? Cela nécessite quelques explications. Arbre de la science et de la sagesse, le noisetier, par les oghams qu’on peut en tirer, devient l’arbre intercesseur des dieux qui apprennent aux hommes par ce biais quelles sont les décisions à prendre. De même que certains jettent les dés, les druides jetaient les bois. Aussi, la divination est-elle une manière d’obtenir des réponses des dieux par le truchement de l’ogham manipulé par le devin qui n’est, lui, finalement qu’un médium, c’est-à-dire un intermédiaire.
Chercher des réponses, n’est-ce pas dans ce but que l’on utilise la baguette de sourcier, qui est également divinatoire en ce sens que son rôle consiste à deviner là où se dissimule l’eau invisible aux regards. Il s’agit d’une branche fourchue en forme de Y, la furcelle, nécessairement en bois de noisetier, taillée dans un seul jet, mais ne nécessitant pas, au contraire de la baguette magique, d’être élaborée « dans certaines circonstances astrologiques, avec des cérémonies appropriées » (1). On dit de cet arbuste au bois souple mais solide qu’il entretient une très grande affinité avec l’eau : la noisette étant une des formes botaniques de la Lune, cette dernière étant largement pénétrée d’humidité (la Lune est la reine des choses humides, faisait dire Flaubert à Salammbô), l’on ne s’étonnera pas de placer dans la même nacelle le noisetier, l’élément liquide, le petit luminaire et les pratiques divinatoires.
Le noisetier s’adresse au monde du dessous « parce que, rapporte la tradition, les bourgeons de ses feuilles et ses feuilles croissent en direction du sol et sont donc en affinité avec les énergies du monde souterrain » (2). Ainsi, cette baguette est censée entrer en résonance avec les ondes émises par la concentration des eaux dans le sol, mais également avec les radiations des nœuds métallifères, ce qui en a fait la baguette des chercheurs de trésors et de gisements d’or, bien que l’eau soit elle aussi un trésor à bien des égards… et plus précieuse que ne le seront jamais toutes les mines de pierres et autres gemmes vénales. En guise de notice explicative, voici exposé par Pierre-Adolphe Chéruel le maniement de cette baguette : « On tient de sa main l’extrémité d’une branche, en ayant soin de ne pas trop la serrer, la paume de la main doit être tournée en haut. On tient de l’autre main l’extrémité de l’autre branche, la tige commune étant parallèle à l’horizon. On avance ainsi doucement vers l’endroit où l’on soupçonne qu’il y a de l’eau. Dès qu’on y est arrivé, la baguette tourne dans la main et s’incline vers la terre comme une aiguille qu’on vient d’aimanter. » (Dictionnaire des institutions, mœurs et coutumes de la France, 1855).

Dans tous les exemples que nous venons d’aborder, la baguette est essentiellement un objet qui capte et attire vers soi, puisque dans tous les cas, elle est dans l’attente de quelque chose, une réponse par exemple. De quelle maladie tel animal ou tel homme est atteint ? Cette maladie est-elle d’origine magique ? Malgré tout, le malade guérira-t-il ? Etc. Ce sont autant de questions qui avaient une importance cruciale dans les temps anciens. Occasionnant un stress évident, questionner le noisetier sur un diagnostic ou un pronostic permettait d’en avoir le cœur net et de savoir à quoi s’en tenir pour l’avenir.
Le noisetier ne saurait se satisfaire que de cela, car dans bien d’autres circonstances, la baguette – de fée, de sorcier, de magicien, de chef d’orchestre, etc. – dirige, écarte (la foudre, les serpents, les scorpions…) et émet : c’est ce que Anne Osmont expose dans le passage suivant que nous reproduisons in extenso : « Cette baguette, ce bâton qui est aussi celui du sage des Indes est représentatif de la volonté forte et bien dirigée de celui qui assume un quelconque commandement. Entre les mains du chef suprême, elle remplace l’épée ; le maréchal ne combat plus avec des armes matérielles mais par sa sage et puissante direction. Le Roi a son sceptre comme il a sa main de Justice. Le sceptre est sa volonté personnelle qui admet parfois une part de favoritisme ; mais la main de Justice est la Loi transmise avec la puissance et qui n’admet point de vue personnelle. Si les Codes humains ne résolvent point la question posée, le juge s’en remet à la direction divine. Ce qui nous fait comprendre que les ordalies et le Jugement de Dieu n’étaient point des solutions aussi fantaisistes et brutales qu’il plaît aux ignorants d’imaginer. Le Héraut porte un sceptre parce qu’il est l’envoyé, l’image, la puissance qu’il incarne, et c’est pourquoi il est sacré. Le Pape tient la triple Croix, parce que sa puissance sort du monde visible et du monde sensible pour atteindre le monde spirituel d’où lui vient sa très sainte autorité. Les évêques ont leur crosse, la branche recourbée sur elle-même, image de la pensée qui se replie pour se projeter ensuite avec plus de force dans la direction à imposer, traduction fort exacte en symbolisme du mot episcopos – celui qui regarde en avant, qui sait l’avenir que les autres ignorent » (3).

Le noisetier a aussi une valeur très largement reconnue de fertilité. En ce sens, nous pouvons faire référence à Iduna, déesse de la vie et de la fertilité chez les peuples germano-scandinaves. Loki, changé en faucon, emporte Iduna dans les airs, laquelle a pris pour l’occasion la forme d’une nacelle (nous aurons l’opportunité, plus loin, de lier encore l’idée de nacelle à celle de nocelle – la noisette, en italien, et donc du transport et du voyage). Tout autant, un conte islandais relate l’histoire d’une princesse stérile qui se promène dans un bois de coudriers afin de consulter les dieux qui lui permettront de devenir féconde. Cela explique pourquoi la noisette a souvent sa place dans les rites mariaux.
Voici un petit florilège qui répertorie quelques-unes de ces croyances parmi les plus courantes :

  • La quête, tout d’abord. Par exemple, l’expression « casser des noisettes » était employée en Allemagne comme un euphémisme amoureux : se livrer aux amourettes, faut-il entendre par là. De même que « in die haseln gehen » que l’on proférait en Westphalie, rappelant assez bien une locution finlandaise du même cru : « aller aux écrevisses ».
  • Que deux amoureux jettent deux noisettes dans le feu de l’âtre. Si elles brûlent ensemble, c’est un excellent présage. Dans le cas contraire…
  • Si nos deux amoureux parviennent à surmonter cet écueil, pour assurer la fécondité de leur mariage, il importe de jeter des noisettes sur leur passage, à la sortie de l’église (même symbolique que le riz) ; si cela se déroule du côté de Hanovre, c’est au cri de « Noisettes, noisettes ! » que la foule des invités exhorte les jeunes épousés à « croquer la noisette », d’où les corbeilles de noisettes placées près ou sous le lit des jeunes mariés. Plus gourmand, si l’on souhaite un enfant, il faut que lors du repas de noces un dessert à base de noisettes soit servi aux mariés (c’est tout de même plus agréable que la soupe poivrée à la carotte… ^^).
  • La mariée, parfois, distribuait des noisettes au troisième jour de ses noces, pour signifier à l’assistance que le mariage avait bel et bien été consommé, la noisette croquée !
  • L’on disait proverbialement d’une année à noisettes qu’elle est une année à enfants (en Allemagne : « Das Jahr, in welchem viele Nüsse wachsen, bringeuach viele Kinder der Liebe »), qu’une année de nésilles ne donnera que des filles, mais aussi qu’une année à noisettes sera une année à bâtards ou à femmes publiques (Hongrie).
  • Enfin, peut-être se trouvait-il, parmi ces enfants issus du jeu du casse-noisette certains pour lesquels, durant les tournées, « les noix et les noisettes données comme étrennes […] étaient des cadeaux de bon augure, évoquant par excellence l’échange des biens alimentaires entre le monde des vivants et celui des morts » (4). La boucle est bouclée : la noisette est bel et bien présente du berceau à la tombe. C’est ainsi qu’au nord du lac de Constance, l’on a découvert des tombes où des citrouilles, des noix et des noisettes avaient été placées en gage de régénération et d’immortalité.

En raison d’une forme de perversion, il semble bien que cet arbre de la fertilité soit assez souvent devenu celui de la débauche. En certaines régions d’Allemagne, des chants folkloriques opposent, comme arbre de la constance, le sapin au coudrier, alors que la noisette est assez souvent un fruit de science, un « symbole de patience et de constance dans le développement de l’expérience mystique, dont les fruits se font attendre »… (5). Ce qui nous fait revenir aux Celtes qui virent, comme nous l’avons déjà mentionné, un fruit de la connaissance dans la noisette, mais dont il faut briser la dure écale avant de parvenir à l’amande centrale à douceur de lait. Il est bien évident que tout cela contraste nettement avec ce qui se clamait en Italie au XV ème siècle : « Je suis un fruit chaud et je mène tout droit là où est le bordel et où se vend le bon vin. » Il est clair que si les noix sont les couilles, la noisette figure assez fréquemment le clitoris. D’où, peut-être, la volonté de faire glisser le noisetier du sourcier au sorcier, et à son maître présupposé, à savoir le diable. Que peut donc être la « baguette du diable » (dans l’esprit borné de certains), sinon le balai de la sorcière ? Sorcier, sourcier, cela a dû être pratique, à une époque où l’on a voulu placer les œufs pourris dans la même nacelle. En effet, ces deux termes, si orthographiquement proches, ne laissent pas d’étonner, d’autant qu’ils sont unis par le même arbre dont la baguette qu’on en tire peut porter à confusion. Il apparaît plus qu’opportun de ne pas placer dans le même sabot le sourcier et le sorcier, ils n’ont pas grand-chose en commun, hormis, peut-être, le fait d’avoir été vilipendés l’un comme l’autre : une imbécile bigote toute imprégnée de prêchi-prêcha ne verrait-elle pas la marque du Malin dans l’oscillation d’une baguette tenue par un sourcier ? Est-il donc possible de confondre la baguette divinatoire du sourcier avec le balai de la sorcière, hum ? Là encore, j’en appelle à l’étymologie – grands dieux ! que ferions-nous sans toi ? Éclairons cette scène d’une manière pour le moins surprenante. En latin, balai se dit scopa. Ce même mot est issu du grec skêptron qui signifie… bâton et, par extension, sceptre ! Comment ne pas penser au thyrse de Dionysos coiffé d’une pomme de pin ? Comment, alors, parlant de baguette de sourcier (fourchue, la baguette…), ne pas évoquer le balai que la sorcière enfourche à califourchon ? Encore un peu d’étymologie – pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Allez ! Califourchon : du breton kall, « testicules » et du français fourche qui, en langage imagé signifie pas moins que… diable ! Impossible de ne pas avoir en tête la fameuse image (d’Épinal d’aucuns diront) de la sorcière sur son balai, autrement et littéralement dit, assise sur les testicules (et donc la verge) du diable ? Et que dire de tout cela si jamais, comme on le peut redouter, le dit balai est façonné dans une forte branche de coudrier ? Rappelez-vous la furcelle figurant un Y, lequel, schématiquement, dessine la charnière des deux jambes féminines, formant le Y du sexe de la femme que l’on surnomme, très justement, le « fourchu »…
Libidineuse noisette, n’es-tu pas, définitivement, d’obédience diabolique ? Le noisetier fait partie de ces nombreux végétaux à qui, un jour ou l’autre, l’on a fait un procès parce que ceci, parce que cela. Et, dans ce cas, le Malin n’est jamais très loin (que ne le convoque-t-on pas quand besoin s’en fait sentir), comme on peut aisément l’entr’apercevoir dans le petit conte qui suit : « Le diable souhaitait impressionner un enfant. Pour cela, il se transforma d’abord en monstre gigantesque, puis en tout petit vermisseau. A la demande de l’enfant, le diable pénétra à l’intérieur d’une noisette à travers le petit trou qui s’y trouvait. L’enfant reboucha bien vite le trou et porta la noisette au forgeron, l’homme le plus solidement bâti du village, afin qu’il écrase diable et noisette sous son énorme marteau. Ce qui fut fait. Hélas, la noisette se brisa en mille morceaux, le diable en jaillit comme une nuée d’étincelles qui se répandirent au monde entier, allant se ficher dans le cœur des hommes. Depuis lors, chaque habitant de la terre porte en son sein une petite part diabolique. » C’est fort naïf, bien entendu, comme dès lors qu’il s’agit de ridiculiser le diable. Mais le coudrier, dans son essence même, n’a rien à voir avec tout cela, car, comme toujours, ça n’est jamais que ce que l’on fait de lui qui finit par porter sur lui une ombre préjudiciable et qui fait dire qu’il est comme ceci, comme cela. Prenons l’exemple qui suit : les minutes d’un procès de sorcellerie en date de 1596 nous révèlent que si dans la nuit de Walpurgis une sorcière avait battu une vache avec la baguette du diable, cette vache donnait du lait toute l’année. Tandis que d’autres sources mentionnent le fait que si une vache battue avec une branche de noisetier est plus prolifique de son lait, il n’est pas question que cette branche est forcément d’émanation diabolique. Ici, la connotation n’a rien de sulfureux. Cela rappelle une pratique qui avait cours dans plusieurs endroits en Europe : d’une verge de coudrier, fesser légèrement les vaches, les jeunes filles, les femmes, sans méchanceté aucune, représentait un rite propitiatoire. Ainsi procédait-on en Wallonie où l’on appelait cela « quérir les noisettes ». Cela permettait d’augmenter la fertilité (le lait, les enfants, etc.), de même que toucher l’avoine des chevaux d’une baguette de coudrier recherchait le même but.
Angelo de Gubernatis mentionne l’existence de l’usage d’une baguette de noisetier contre les sorcières : « par des baguettes de noisetier, on force les sorcières à rendre aux animaux et aux plantes, la fécondité qu’elles leur avaient enlevée » (6), alors qu’avec des baguettes du même genre, on officiait d’une tout autre manière : près d’Otrante, en Italie (dans le talon de la botte), d’autres sorcières se livraient à la recherche de trésors à l’aide d’un rameau de coudrier. A la faveur de la nuit sublunaire, cette branche, verge, baguette… permet à la sorcière de localiser l’emplacement précis où est censé se trouver le trésor. Auraient-elles recherché de l’eau qu’on n’y verrait là rien de bien répréhensible. Le sorcier et le sourcier seraient-ils, finalement, aussi semblables que le sont noisetier et coudrier, c’est-à-dire deux branches d’un même arbre ?

Si l’on a dit du bâton de coudrier qu’il était un instrument de transport pour les sorcières ou de n’importe qui ayant placé son bois entre les jambes, il en est de même de la noisette dont la coque aurait servi de nacelle à Hercule revenant du jardin des Hespérides… Angelo de Gubernatis ajoute une note très intéressante au bas de la page 240 du second tome de La mythologie des plantes : « Dans Roméo et Juliette, de Shakespeare, Mercutio nous montre la reine des fées Mab arrivant la nuit sur un carrosse qui est une noisette ». Il est bien connu que «  les bonnes fées de nos contes populaires [font tailler] leurs carrosses dans des noisettes, et tissent ou font tisser des robes si fines, qu’elles peuvent tenir aisément dans une seule noisette ». Mercutio ne vous rappelle pas le nom d’une divinité des voyageurs dont l’équivalent grec est Hermès, auquel, pense-t-on, il est pertinent de lier l’arcane IX du Tarot de Marseille, l’Hermite ?

Arrivés là, nous ne saurions passer sous silence le rôle du noisetier au sein de l’ogham, dont nous avons déjà dit quelques menues choses un peu plus haut. Pour le bien comprendre, adressons-nous tout d’abord à quelques fragments légendaires intéressants. Un mythe irlandais nous explique qu’un saumon ayant mangé neuf noisettes magiques fut tout pénétré de science et de sagesse. Créature considérée comme la plus ancienne, incarnation du premier homme, le saumon représente on ne peut mieux la vie qui naît de l’ève. Ce saumon vint à être capturé par Finn mac Coll (« fils du noisetier » !). Celui-ci, goûtant la chair du poisson qui ne meurt jamais et se régénère toujours, fut également imprégné de connaissance universelle. L’on assiste donc là à une transmission indirecte de la noisette au personnage de Finn à qui échoie la fonction de devin omniscient, « druide et sage mythique primordiale, ‘expert en jugements justes’ » (7). Il existe des variantes nombreuses du même mythe, ainsi que des contes plus tardifs où l’on retrouve, en filigrane plus qu’apparent, le même motif (8). Le saumon, qui remonte auprès du lieu de sa naissance pour y frayer, n’a pas été choisi par hasard dans cette association avec Coll dont on a dit qu’il a lui-même une grande accointance avec l’eau. Aussi Coll exige-t-il de la patience et de la persévérance pour remonter le courant, ce retour aux sources dessinant une grande aptitude à circuler dans l’avant et dans l’après. Grand voyageur, le saumon qui naît dans l’eau douce du ruisseau transite ensuite durant le plus clair de son temps en mer avant que l’impulsion génésiaque ne le fasse migrer sur les lieux mêmes de sa naissance. Lors de cet ultime voyage, effectué sans manger une once, il doit vaillamment remonter le fil de l’eau, braver mille dangers, affronter bien des embûches, avant de parvenir, enfin !, à son aire de reproduction, acte final que celui de donner la vie alors que peu après, pour cause d’épuisement, il s’abandonne à la mort qui vient le quérir.

Le noisetier est aussi l’arbuste des poètes depuis des temps aussi reculés que l’Antiquité romaine (9) et apparaît plus tardivement chez les conteurs médiévaux et récemment encore auprès des chanteurs français du XIX ème siècle. Parce que, outre l’étude minutieuse et le travail intellectuel à mener à son terme, le caractère prophétique et divinatoire de bon nombre de poètes – Taliesin, Ossian, Merlin, Gwyddyon, etc. – rappelle qu’ils sont tous inspirés, c’est-à-dire qu’ils font entrer le souffle divin à l’intérieur d’eux-mêmes, irriguant leur être jusqu’à ses tréfonds, avant de le restituer – parce que médiums – via un langage que l’on peut qualifier… d’inspiré !… Les dieux parlent à travers le poète, fut-il lui-même très proche des divinités dont il est le héraut. Et compte tenu de la position du noisetier Coll dans l’équation, on comprend qu’il ne peut se contenter de seule créativité génésique et physique, au sens où l’appelle le chakra sacré (dit du sexe), mais aussi en collaboration avec un autre chakra qui génère une créativité plus abstraite, le chakra de la gorge pour lequel Hermès n’est pas tout à fait étranger…

Avant de poursuivre avec les qualités botaniques et thérapeutiques du noisetier et de son fruit fécond, laissons le soin à Jacques Brosse de clore la première partie de cet exposé : « Bâton ou balai, verge ou caducée, la baguette magique n’est jamais qu’une branche d’arbre et celle-ci tient son pouvoir du seul fait qu’elle est censée provenir de l’arbre sacré, Arbre de Vie ou Arbre Cosmique » (10).

Qu’on l’appelle indifféremment coudrier ou noisetier, il n’y a là rien à objecter. En revanche, l’on ne pourra, tour à tour, le traiter d’arbuste et d’arbrisseau : il est l’un, sans jamais être l’autre. Ce sont des critères botaniques exigeants qui permettent de distinguer ces deux formes et, en l’occurrence, le noisetier n’est pas un arbrisseau, mais un arbuste caducifolié qui peut atteindre couramment cinq mètres de hauteur une fois adulte (bien que sa taille puisse parfois presque doubler). C’est ce que l’on observe chez de très vieux spécimens, mais chez le noisetier, la taille n’est en rien le gage d’une longévité étendue. En effet, les plus gros troncs ne dépassent jamais 30 cm de diamètre chez ces sujets (ce qui, pour un noisetier, est énorme), ce qui s’explique par la nature arbustive dont nous parlions quelques lignes plus haut, le noisetier commun étant une espèce de noisetier à troncs multiples formant un faisceau, touffe dense et ramifiée au pied de laquelle émergent de nombreux drageons. Il n’y a là donc aucun rapport avec le noisetier de Byzance (Corylus colurna), parfois planté en France, et dont la taille maximale approche 35 m pour un tronc unique de 150 cm de diamètre au grand maximum, soit une conformation toute différente.
A cet aspect buissonneux, s’ajoutent nombre de rameaux souples et juvéniles, à l’écorce fine de couleur beige et au bois très pâle. Ils portent des feuilles assez rondes et doublement dentées, non opposées mais alternes. Glanduleuses et légèrement pubescentes, les feuilles du noisetier ressemblent beaucoup à celles de l’hamamélis, portant un bref pétiole velu et une pointe au sommet.
Les fleurs, apparaissant dès janvier parfois, présentent des différences notables selon qu’elles sont mâles ou femelles : les premières sont des chatons brun jaunâtre dont les 5 à 6 cm de longueur pendent dans le vide pour se rendre accessibles aux caresses du vent venant disperser leurs millions de grains de pollen (très prolifiques en pollen, les chatons du noisetier offrent une manne inespérée aux abeilles en plein cœur de l’hiver). Les fleurs femelles sont plus discrètes, pistillées de rouge rubis (cf. photo ci-dessus), minuscules boutons bourgeonneux, qui, à terme, forment les noisettes, réunies par trochets de deux à trois fruits. La noisette est un fruit à coupelle verte enserrée par des bractées qui lui donnent l’allure d’une robe déchirée. La coque ligneuse – l’écale – qui contient l’amande comestible, de couleur crème pelliculée de brun, passe du vert au marron clair avec le temps.
Le noisetier est un arbuste très robuste, qui est assez indifférent aux terrains qu’il occupe. Il a tendance à peupler les coulées volcaniques et les zones sablonneuses aux abords des voies de communication. Il opte aussi bien pour la plaine que pour la moyenne montagne (jusqu’à 1700 m). On aura la chance de le croiser dans les sous-bois clairs, en lisières de forêts, dans les haies, sur les talus, ravins et éboulis, dans pratiquement toute l’Europe ainsi qu’au nord de l’Afrique.
C’est une espèce végétale dont les racines entretiennent des relations de mycorhize avec quantité de champignons dont la truffe.

Le noisetier en phyto-aromathérapie

« En réalité, le coudrier est plus utile à l’économie domestique et aux arts qu’à la médecine » (11). Voyez-vous ça ! C’est sûr qu’avec la très brève monographie (19 lignes !) qu’il accorde au noisetier, Cazin fait pâle figure.

L’usage alimentaire de la noisette ne date pas d’hier. Il remonte à près de 10000 ans, à l’époque des chasseurs-cueilleurs de la Préhistoire. Pour preuve, on a retrouvé sur des sites archéologiques des restes de noisettes fossilisés, alors que ses premières traces de culture remontent au moins au IV ème siècle avant J.-C. en Grèce.
Que la noisette ait été l’objet d’une cueillette sauvage ou domestique ne nous permet pas de déterminer avec exactitude ses usages médicinaux d’alors, surtout que la noisette est, si je puis dire, l’arbre qui cache la forêt puisque, du noisetier, on utilise bien davantage que les seules noisettes : les feuilles, les chatons et l’écorce des jeunes rameaux.
Par ses feuilles et son écorce, le noisetier est très proche des propriétés de l’hamamélis (arbuste parfois nommé noisetier américain, witch-hazel en anglais alors que le noisetier porte celui de hazel tree). Toniques veineuses et vasoconstrictrices, feuilles et écorce portent leur action sur les troubles de l’insuffisance veineuse (varices, phlébites, œdème des membres inférieurs, etc.). Feuilles et écorce possèdent la commune propriété qui consiste à resserrer les tissus. On appelle cela l’astringence, laquelle trahit la présence de tanin. Elles sont également cicatrisantes, ainsi les utilise-t-on en externe sur dermatoses, plaies, ulcères variqueux, hémorroïdes, etc. Dans les feuilles, on trouve également une essence aromatique, des flavonoïdes (dont de la myricitrine) et des proanthocyanidols (tanins catéchiques). L’écorce, comme celle de beaucoup d’autres essences (frêne, tilleul, chêne, etc.), est fébrifuge ; elle est applicable en cas de fièvres intermittentes. Au contraire des chatons de noisetier qui sont amaigrissants, les noisettes sont hautement nutritives et énergétiques. On en consommera avec profit en cas de croissance (chez les enfants et les adolescents), de grossesse, de sénescence, de convalescence, de chlorose et d’anémie. Elle s’adapte à toutes les conditions (chez le diabétique, le végétarien, le sportif, etc.) et à tous les âges, inutile de s’en priver d’autant plus qu’elle est parmi les fruits oléagineux celui qui est le plus digeste. En terme d’usages typiquement médicinaux, ajoutons l’utilité de la noisette dans les troubles de la sphère rénale (colique néphrétique, lithiase urinaire), respiratoire (comme adjuvant de la tuberculose), intestinale (comme ténifuge).
Nous sommes donc très loin de ce qu’évoquait Hildegarde de Bingen à propos du noisetier au XII ème siècle : il « ne vaut pas grand-chose pour la médecine ; il est l’image de la lascivité ». Oups ! Il y a bien, dans les écrits de l’abbesse, une filiation entre le noisetier et son rôle générateur, mais c’est si confus que je vous déconseille de tenter la recette pour laquelle il faut employer les chatons mêlés à d’autres plantes ainsi qu’au « foie d’un jeune bouc déjà apte à engendrer » et à « de la chair de porc crue, et grasse » (12). Tout un poème ! De même, la bénédictine n’apprécie pas des masses la noisette qu’elle présente comme neutre, mais indique qu’elle est nuisible aux malades ! Est-ce la réputation sulfureuse de la noisette qui aura induit, de la part de l’abbesse, un jugement aussi dur ? A toutes fins utiles, rappelons qu’au Moyen-Âge les plantes connues pour « exciter les sens » sont assez mal vues dans les jardins monacaux…
Au passage, profitons-en pour indiquer que la noisette est parmi les fruits oléagineux celui qui contient le plus d’huile, à hauteur de 50 à 60 %, soit bien plus que l’amande ou la noix. Dans cette huile fine, douce, agréable et légèrement parfumée, on trouve une très grande proportion d’acides gras insaturés (87 à 92 %) dont une partie importante d’oméga-9, alors qu’échoit aux acides gras saturés la portion congrue (4 à 7 %). Elle contient aussi de la vitamine A et de la vitamine D.
C’est une huile dite « sèche », fluide, au grand pouvoir de pénétration, ne laissant aucun effet « gras » sur la peau. Elle pénètre rapidement l’hypoderme ainsi que les muscles, elle permet dont de travailler en profondeur. Notons quelques-unes de ses principales propriétés : adoucissante, assouplissante, nourrissante et régénératrice cutanée, régulatrice du taux de sébum, relaxante, dynamisante, anti-anémique, régulatrice du taux de cholestérol sanguin, hypotensive légère, antilithiasique, vermifuge doux pour les enfants. Mentionnons également une action positive de cette huile végétale sur les sphères respiratoire, rénale et génitale.
Cette huile de couleur jaune ambré possède un goût exceptionnellement fin. En cuisine, il faudra la consommer exclusivement crue, et assez rapidement : bien qu’elle rancisse moins vite que l’huile de noix, le délai de garde de cette huile est compris entre trente et soixante jours. Par ailleurs, elle est utilisée en parfumerie, cosmétique, savonnerie, en tant que lubrifiant, pour l’éclairage aussi !

Composition de la noisette

Par sa très forte teneur en lipides et en matière azotées, la noisette est donc le plus nutritif et le plus riche de tous les fruits oléagineux (= noix, amande, olive, avocat), que l’on ne confondra pas avec les graines oléagineuses que sont sésame, lin, courge, tournesol et pignon de pin.

  • Lipides : 50 à 61 %
  • Protéines : 14 à 20 %
  • Glucides : 8 à 14 %
  • Fibres/cellulose : 4 %
  • Eau : 3,5 à 5 %
  • Vitamines A, B9, C, E
  • Sels minéraux et oligo-éléments : potassium, calcium, sodium, magnésium, phosphore, chlore, fer, cuivre, soufre, etc. : 2,5 à 3 %

Note : une fois sèche, la noisette se vide intégralement de son humidité. Ses 3,5 à 5 % d’eau disparaissant, cela grossit de facto les autres taux (lipides, protéines, glucides, sels, etc.). Il n’y a donc pas énormément de variation entre la composition biochimique d’une noisette fraîche et d’une autre sèche, la différence principale résidant essentiellement dans la saveur et la texture en bouche.

Composition de l’huile végétale de noisette

  • Acides gras insaturés : de 92 à 96 % dont :
    – oméga-9 : 83 à 85 %
    – oméga-6 : 6 à 9 %
    – oméga-3 : 0 à 3 %
  • Acides gras saturés : 4 % dont :
    – acide stéarique : 2 %
    – acide palmitique : 1 %
    – acide tétradécanoïque : 1 %
  • Vitamine A
  • Vitamine E : de 25 à 34 mg/L
  • Insaponifiables : 0,5 %

Propriétés thérapeutiques

  • Feuille : anti-inflammatoire, veinotonique, vasoconstrictrice, antidiarrhéique, antihémorragique, cicatrisante, dépurative
  • Écorce : astringente, cicatrisante, hémostatique, sédative locale des hémorroïdes
  • Chaton : diaphorétique, sudorifique, amaigrissant

Usages thérapeutiques

  • Feuille : troubles de la sphère circulatoire (varice, hémorroïdes, érythrocyanose, couperose, séquelle de phlébite, œdème des membres inférieurs), affections cutanées (dermatoses, ulcère, plaie atone, poches sous les yeux), diarrhée
  • Écorce : affections cutanées (ulcère de jambe, ulcère variqueux, plaie atone), troubles de la sphère gynécologique (métrorragie, règles douloureuses et/ou excessives, dysménorrhée), états fébriles
  • Chaton : obésité, diarrhée, pneumonie, grippe

Modes d’emploi

  • Décoction aqueuse de feuilles, d’écorce ou de chatons.
  • Décoction vineuse d’écorce (avec du vin rouge, pour renforcer l’astringence du breuvage).
  • Infusion longue (douze heures) de feuilles.
  • Extrait fluide de feuilles.
  • Teinture-mère.
  • Alcoolature.
  • Fruit en nature (sec, il est préférable de le râper, de le piler ou de le moudre afin d’augmenter sa digestibilité).
  • Huile végétale de noisette à la cuillère le matin.
  • Huile végétale en massage, seule ou accompagnée d’une ou de plusieurs huiles essentielles.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les chatons au mois de février (ou un peu avant selon les régions : en tous les cas, avant que le pollen ne se disperse) ; les feuilles thérapeutiques de fin mai à début juillet ; les noisettes dès la fin du mois d’août et en septembre (il importe de les stocker dans un lieu sec et bien aéré).
  • Alimentation : l’usage culinaire et gastronomique de la noisette est bien trop connu pour que nous nous y étendions ici. Signalons uniquement que les très jeunes feuilles cueillies en avril peuvent aisément se consommer crues en salade.
  • Variétés : elles sont nombreuses et proviennent d’au moins trois foyers (Turquie, Italie, Espagne). Notons la Merveille de Bolwiller, la Rouge longue, la Bergeri, la Blanche longue, l’Impériale de Trébizonde ou encore la Fertile de Coutard.
  • Autres espèces : le noisetier à long bec (C. cornuta), le noisetier de Byzance (C. corluna), le noisetier de Lambert (C. maxima), etc.
  • Cazin évoquait le caractère domestique utile et précieux du noisetier : nous ne saurions l’ignorer, puisque, outre la substitution du tabac par des feuilles de noisetier, son bois est fort prisé Auvergne, dans le Limousin et ailleurs encore, aussi bien dans la vannerie (fabrication de paniers rustiques et solides), qu’en ébénisterie ou à destination de la confection de petits objets usuels (tasses, gobelets, cerceaux, claies, etc.).
    _______________
    1. Anne Osmont, Plantes médicinales et magiques, p. 125.
    2. Claudine Brelet, Médecines du monde, p. 339.
    3. Anne Osmont, Plantes médicinales et magiques, pp. 125-126.
    4. Nadine Cretin, Fête des fous, Saint-Jean et belles de mai, pp. 251-252.
    5. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 675.
    6. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 241.
    7. Julie Conton, L’ogham celtique, p. 143.
    8. « D’après un conte anglais, traduit par M. Louis Brueyre, un médecin ordonne à Farquhar de se procurer une verge en noisetier semblable à la sienne. Farquhar reçoit aussi, avec l’ordre d’aller chercher la verge magique, une bouteille qu’il placera devant le trou de la demeure du serpent blanc, près du noisetier. Le serpent blanc entre dans la bouteille. On le fait cuire dans un pot en brûlant le noisetier ; Farquhar veut en goûter ; aussitôt qu’il porte un doigt à sa bouche, il acquiert soudainement la science universelle, et devient lui-même un médecin infaillible » (cité par Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 241). Bien entendu, avec une baguette et un serpent, l’on peut aussi imaginer le caducée d’Asclépios, dieu grec de la médecine. Hermès n’est pas très loin non plus.
    9. Dans les Bucoliques, il écrit que « Populus Alcidæ gratissima, vitis Iaccho, Formosæ myrtus Veneri, sua laurea Phœbo, Phyllis amat corylos, illos dùm Phyllis amabit ; Nec myrtus vincet corylos nec laurea Phœbi », c’est-à-dire : « Hercule aime le peuplier et Bacchus les pampres de la vigne, le myrte est consacré à Vénus, et le laurier est chéri d’Apollon. Mais Phyllis aime les coudriers, et tant qu’elle les aimera, les coudriers l’emporteront et sur les myrtes de Vénus et sur les lauriers d’Apollon. »
    10. Jacques Brosse, Mythologie des arbres, p. 301.
    11. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 632.
    12. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 167.

© Books of Dante – 2019

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