Le houx (Ilex aquifolium)

Synonymes : grand houx, houx épineux, housson, alquiroux, agréfous, agrifous, agriou, gréou, agaloussé, grifeuil, grand pardon, bois franc, laurier sauvage, cerise de merle, cerise de bouvreuil.

« L’auteur de cet ouvrage fait volontiers une confidence à ses lecteurs : il a toujours été frappé par les arbustes restant constamment verts et vivaces, et il s’est souvent demandé si cette vitalité, – insolite après tout, les plantes subissant en général le cours des saisons –, si cette vitalité, disons-nous, ne révélait pas chez les individus botaniques qui y sont enclins, des qualités et des vertus médicinales inconnues, particulières, extraordinaires, formelles, utiles à connaître. Il s’est souvent fait intérieurement cette réflexion, en pensant à certaines plantes qui, comme le gui, par exemple, ont une force thérapeutique encore à peine entrevue… Il est des problèmes passionnants dans la nature… Celui du houx reste presque entier à résoudre […]. Il y a encore de beaux jours pour les chercheurs – désintéressés » (1). Il n’est pas le seul à partager cette pensée me semble-t-il. Et que dire du if dont l’un des arcanes a été percé il n’y a pas plus de 50 ans ? Mais bien plus qu’avec l’if, le houx doit en partie son nom du fait de la ressemblance qu’il entretient avec un autre arbre, la yeuse ou chêne vert. En effet, Ilex est l’ancien nom qu’on donnait à ce chêne persistant. Quant à l’adjectif aquifolium, il semble être une transformation progressive du mot acrifolium qui veut dire « feuilles à pointes aiguës ». Le houx est donc l’arbre qui porte des feuilles similaires à celles de la yeuse, à la différence près qu’elles sont épineuses. Le mot « houx », lui, provient du vieil allemand huls (hülse en allemand actuel) et du francique hûliz (des racines que l’on retrouve naturellement dans les mots anglais holm et holly).

De tout temps, on a volontiers accordé au houx un rôle symbolique, spirituel et magique, bien plus que strictement médicinal, au grand dam de Botan. Cependant, l’histoire explique qu’il a bien été employé comme tel, mais on ne peut dire que ce soit là sa vertu prioritaire, ayant été principalement confiné à des rôles secondaires dans les pratiques médicales européennes. Théophraste, au IV ème siècle avant J.-C., parle d’une yeuse sauvage (prinos agria) qui, peut-être, désigne le houx. Pline, plus précis, nomme un arbre aquifolia arbor (« yeuse à feuilles piquantes »), ce qui semble être une dénomination plus acceptable. Bien qu’il ait été dit que le houx jouissait d’une réputation néfaste chez les peuples latins (?), Pline n’hésite pas à mentionner qu’on plantait des houx à proximité des maisons afin de les protéger des maléfices, des intrusions négatives, des esprits malveillants. Autrefois, l’on fabriquait les poignées de porte en bois de houx afin de souligner cette caractéristique magique de protection pérenne, le houx passant pour un gardien des seuils, des gués et des passages. De même, suspendre des rameaux de houx dans les maisons et les étables comme protection magique était d’usage courant. Il possède donc une fonction similaire au genévrier, autre arbuste dont les aiguilles dissuasives repoussent et écartent. Et la baguette, extension de l’épine, bénéficie, avec le gourdin de bois de houx, de la même fonction : leurs porteurs sont censément protégés.
S’il a été sacré et protecteur pour les peuples anglo-saxons, il est plante maléfique pour d’autres (2). En réalité, il incarne à merveille ces deux aspects, tant « maléfique » que « bénéfique ». Il offre des signatures antagonistes qui ne sont finalement qu’une simple question de point de vue mettant en évidence la versatilité des opinions à son sujet.

On l’a lié à la force de par sa longévité particulièrement étendue pour un arbuste : 300 ans et plus. Or, 300 ans à être toujours vert valent bien les 500 qu’un chêne passe à se dévêtir chaque hiver. Ses feuilles semper virens lui attribuent de facto une symbolique de vitalité, de pérennité, d’éternité, comme c’est le cas de nombreuses autres plantes aux feuilles persistantes telles que le laurier, le lierre, le buis, l’if…, ce qui fait écho à ce qui se disait en Rome antique : le houx est symbole de vie nouvelle. Et c’est bien pour cette raison qu’on procédait à des échanges de rameaux de houx durant les Saturnales.
Ainsi le houx bénéficie du pouvoir protecteur de l’épine, comme le prunellier (Straif : ) et l’ajonc (Ohn : ) d’une part, et d’autre part de l’ensemble des symboliques qu’on associe communément aux végétaux toujours verts, comme le lierre (Gort : ) et l’if (Ioho : ). En ce sens, est-il étonnant que le Roi vert, géant immortel, porte une massue en bois de houx (cf. Le roman de Gauvain et du chevalier vert) ?

Bien que symbolisant l’agressivité (nous verrons plus loin qu’elle demande à être nuancée) du fait de son feuillage épineux, l’observation attentive du houx permet de dessiner des variables. Par exemple, le houx, lorsqu’il est âgé, prend un tout autre aspect qu’en sa jeunesse : en effet, avec le temps qui passe et dure, il perd la quasi totalité de ses pointes épineuses. Ne subsistent alors plus que des feuilles lancéolées portant chacune un unique éperon à la pointe terminale, vestige de son agressive jeunesse, tandis qu’un houx juvénile conserve plus drues et nombreuses ses épines, quand bien même on aura observé qu’elles sont plus coriaces qu’à l’accoutumée durant l’hiver. A cela, il y a une excellente raison : le houx est l’une de ces rares plantes pouvant offrir pâture aux animaux herbivores sauvages durant l’hiver. Afin de se mieux protéger des coups de dents, les feuilles du houx deviennent plus coriaces à cette saison, problème que n’a pas un houx plus ancien. Sa forte stature peut lui permettre d’être plus clément vis-à-vis de ces animaux, puisqu’ils ne représentent plus le même danger pour lui, alors qu’un jeune pâtirait de se dégarnir intégralement (très souvent ce sont seulement ses feuilles sommitales qui perdent leurs épines). L’on peut donc dire du houx qu’il est prévoyant.
Dans le langage des fleurs et des plantes, le houx figure l’insensibilité, le mauvais caractère, la résistance face à l’amour (manque d’amour : amour non reçu, amour non donné). C’est un ensemble de symboles que l’on croise dans la pratique des « mais d’amour », qui sont chacun la représentation d’une jeune fille, mais aussi le « jugement public du groupe de garçons sur la vertu et le pouvoir de séduction de chaque fille » (3). De tels mais décorés de houx par les garçons pouvaient tout aussi bien représenter le caractère valeureux d’une jeune fille (son courage, sa bravoure), que l’attitude acariâtre d’une autre dont les coups de griffes rappellent un peu trop l’idée même du combat. Ici, ce mai peut rappeler à la raison et attirer l’attention de la jeune fille sur son caractère par trop piquant, et la questionner sur sa propre violence, celle qu’elle cause, mais celle aussi qu’elle subit, la menant à être peu aimable avec les autres et elle-même, ce qui évoque, avant l’heure, l’une des significations de l’ogham lié au houx, Tinne (ᚈ). Qu’on s’en écarte, parce que trop passif ou, au contraire, trop actif, l’on ne peut nier la dimension amoureuse du houx. Par exemple, sachons qu’autrefois les demoiselles utilisaient les feuilles de houx comme oracle, à l’instar de la marguerite. « Pour savoir si elles se marieront, les jeunes filles peuvent interroger les feuilles de houx. Elles touchent successivement chacune des épines jusqu’à avoir fait le tour de la feuille en disant en même temps qu’elles piquent leur doigt : fille… femme… veuve… nonne… » (4). Ce qui me semble dissimuler une dimension assez phallique rappelant le fuseau auquel, bien involontairement, la Belle au bois dormant se pique le doigt. De là à faire du houx un symbole d’amour éternel, il n’y a qu’un pas. Si c’est téméraire, alors c’est à l’image de cet arbre martien qui incite assez souvent au combat, non seulement parce qu’il cherche à assurer notre protection en optant pour une attitude de défense, mais parce qu’il représente aussi une arme : on fabriquait de son bois des hampes de lance, attribut typiquement martien. Prenons le glyphe de Mars : qu’y voit-on sinon un bouclier et une lance ? Cette violence de Mars, on la retrouve aussi dans une autre des fonctions du houx : la punition et la correction. Par exemple, à l’aide de rameaux de houx, on confectionnait des balais dont on se servait autrefois comme martinet (mot dans lequel on peut encore lire une empreinte martiale). Pour bien marquer la typicité de ces objets, on les appelait des houssoirs. La houssine, quant à elle, peut se présenter sous plusieurs formes : fouet, cravache, baguette, verge, toujours associés à Mars. Autrefois, les brintiers fabriquaient des manches de fouet et de martinet avec du bois de néflier, d’aubépine et de houx. Le brintier, à n’en pas douter, devait être l’époux de la houspilleuse qui houspille, de ce verbe – houspiller – très agressif, en particulier par l’aspect harassant et harcelant qu’il peut assez souvent revêtir : oui, littéralement, houspiller, c’est poursuivre sans relâche quelqu’un avec un fouet de rameaux de houx pour lui flanquer une bonne peignée, ce qui nous mène à un autre verbe bien moins courant, houssepeignier, c’est-à-dire peigner avec un rameau de houx, parce que non seulement le houx peut mettre de l’ordre dans une chevelure rebelle, mais il peut également corriger les tempéraments qui le sont tout autant !…
La branche de houx, qu’elle que soit la forme qu’elle adopte, l’on sait qu’elle montre et qu’elle dirige, en rectifiant une direction, une posture, physiques comme mentales, empruntées par tel ou telle. Il est toujours question de guidance à travers le houx, il ne perdrait pas le temps de paraître dans ses habits verts (et rouges pour les dames houx) en plein hiver s’il n’y avait pas là le motif sérieux d’attirer sur lui une certaine attention. Il n’y a pas à tortiller, la verdeur du houx, si visible à la morte saison, il faut bien qu’elle serve à quelque chose et l’on voit ce houx rayonner perpétuellement en des mouvements qui soulignent on ne peut mieux ce caractère martien qu’on peut lui trouver parce qu’il brosse, il bat, il frappe. En fait, si l’on est un peu plus attentif, l’on se rend compte que le houx ne pousse jamais dans une seule direction. Il pose question sur un positionnement : suis-je trop passif ou non ? Trop yang (ou trop yin) ? N’est-il pas temps, enfin, de prendre le taureau par les cornes ou, tout au contraire, de les lui lâcher ? Le houx module, c’est-à-dire qu’il ramène à une plus juste mesure réduisant les écarts à la moyenne (il suffit d’observer une feuille de houx : une pointe en haut, une pointe en bas, une pointe en haut, etc.). Recherchant la sagesse, qui, parfois parvient avec l’âge, à l’image d’une feuille de houx portée par un vieux sujet…. Et c’est cela que commande l’ogham Tinne : l’équilibre entre la réflexion intérieure et l’action concrète, expliquant pourquoi il est permis d’associer Tinne à l’arcane VII du Tarot de Marseille, à savoir le Chariot, mais également avec la Tempérance (arcane XIV). Canaliser, nuancer, tenir en bride avec justesse mais sans fermeté excessive, sans quoi l’énergie déborde alors qu’on recherche justement la maîtrise des capacités énergétiques, car qui peut bien tenir longtemps la lance en mains, s’il s’épuise dans un maniement approximatif, dans une quête au but insensé, déséquilibrée ? Justesse et mesure, ce sont là les deux maîtres mots qui définissent le mieux l’ogham Tinne. Si la baguette de houx avait le pouvoir de faire avancer les attelages récalcitrants, il invite aussi à l’audace, au courage, à la rébellion justifiée, à une réaction juste face à un penchant trop marqué pour la destruction : il permet alors d’envisager la sortie de l’ornière afin de favoriser l’érection et la transmutation, parce que le caractère très martien du houx est un moteur d’émancipation, de transformation et de révolution.

Ambivalent comme sait l’être le houx, ce sont une bonne partie des signatures vues jusque là que le docteur Edward Bach a dû utiliser pour se pencher sur le cas de l’élixir floral qu’il élabora à base de fleurs de houx, Holly. Il écrit qu’il s’adresse surtout aux personnes « qui sont parfois assaillies de pensées telles que la jalousie, le désir de vengeance, la suspicion » (5), plaçant ces mêmes personnes dans une forme de dépendance. Soyons davantage précis : « vous cherchez à laver tout affront supposé par des tortures morales que vous n’infligerez peut-être pas mais sur lesquelles vous laisserez votre imagination divaguer. Ces conflits qui semblent vous opposer à tout le monde sont dus à une souffrance profonde, invisible, incompréhensible » (6). Il m’est arrivé de croiser la route d’une personne de ce type il y a une dizaine d’années, elle n’avait rien de « holy » (= saint), mais tout du houx dans ses dispositions les plus fâcheuses, teigne vénéneuse qu’elle était. C’est un type Bach particulièrement épuisant, souffrant pour un motif de douleur qui n’existe pas la plupart du temps.
Mais, et parce qu’il y a un mais, le houx passe aussi pour être à l’image de la cruauté. S’il offre un refuge aux oiseaux qui nidifient entre ses branches épineuses, les plaçant par-là même à l’abri des prédateurs, on a tiré de sa seconde écorce une glu qui, comme celle du gui, a été employée par les chasseurs à la glu qu’on appelle des macaires pour capturer les… oiseaux !… Alors que saint Macaire, patron des serrures récalcitrantes, libère en ouvrant, le macaire emprisonne. Mais ce dernier ne fait qu’exploiter ignoblement un aspect du houx qui, si l’on peut dire, « se rattrape » de ce méchant travers en offrant le couvert aux merles et aux grives grâce à ses baies rouge vif qui persistent tout l’hiver. La générosité du houx à leur égard s’exprime à travers le fait que même le vent ne fait pas choir ces baies, ce qui rend leur consommation plus aisée par les oiseaux.
Malgré la sombre figure de ce sinistre macaire, ne doutons pas un instant que la persistance du houx durant l’hiver est symbole d’espoir et de joie, parant encore les maisons à l’approche des fêtes de fin d’année, allant jusqu’à orner la traditionnelle bûche de Noël. Le houx, qu’il décore ou qu’il soit décoré (7), est activement recherché à cette période de l’année. Une attitude qui ne tire pas seulement son origine dans le caractère ornemental du houx. En effet, placer des rameaux de houx dans les maisons, en suspendre aux portes et aux fenêtres, tout cela est un héritage de coutumes païennes dont certaines ont été rapportées par Plutarque, c’est dire si ça ne date pas d’hier, et dont semble s’inspirer celui qu’on connaît depuis le XVII ème siècle sous le nom de Father Christmas en Grande-Bretagne, à savoir un personnage mythique portant un long vêtement (bleu, gris, vert ou rouge), et couronné de houx… Au XIX ème siècle, l’on faisait encore appel au pouvoir protecteur du houx en perpétuant les antiques traditions (Angleterre, France, Suisse, Italie, etc.).
A l’approche de Noël, le légendaire chrétien s’est emparé du houx (on a vu dans ses feuilles la couronne d’épines du Christ et dans la rougeur de ses baies son sang). Quand Hérode décida de massacrer tous les nouveaux-nés juifs afin de s’assurer que l’enfant Jésus y passerait, Marie et Joseph fuirent en Égypte. La nécessité de se cacher étant grande, ils s’abritèrent alors sous le feuillage d’un houx auquel Marie accorda sa bénédiction, souhaitant qu’il conserve toujours vert son feuillage (on trouve un motif similaire mettant en œuvre le romarin, la sauge et d’autres plantes encore durant cet épisode demeuré célèbre de « la fuite en Égypte »). En d’autres circonstances, aux Rameaux par exemple, selon les régions, la liturgie s’adapte, c’est pourquoi il ne fut pas rare de voir le buis être remplacé par le houx.

Ce qui va maintenant suivre paraîtra bien maigre au regard de ce que nous venons de développer ci-dessus. Si nous sommes restés sur notre faim avec l’histoire thérapeutique du houx durant l’Antiquité gréco-romaine, il est bon de savoir que la longue période suivante, le Moyen-Âge, n’est guère plus prolixe à son sujet ; on n’en parle finalement que très peu. Albert le Grand, qui le nomme daxus (un mot assez proche de taxus, désignant l’if), ne mentionne aucun élément thérapeutique. Hildegarde n’en parle pas, Macer Floridus encore moins. Il existe néanmoins dans un codex anglo-saxon, le Lacnunga (= « remèdes ») datant au moins du début du XI ème siècle, une recette relative au houx, proposant une décoction d’écorce de houx dans du lait de chèvre en vue d’amender les poumons de la gêne respiratoire qui pourrait venir les embarrasser. Après cela, il faut s’en remettre à Paracelse qui donne la seconde information thérapeutique digne d’intérêt, puisqu’il a employé les feuilles de houx comme remède de l’arthrite et des rhumatismes. Un peu plus tard, Matthiole délivre bien peu de choses : la décoction de l’écorce ou des racines apparaît souveraine « sur les articulations indurées à la suite de luxation » (8). En revanche, les qualités esthétiques du houx surent séduire les artistes médiévaux puisqu’il apparaît dans les Grandes heures d’Anne de Bretagne (1503-1508), ainsi que sur les tapisseries dites de la Dame à la Licorne (1484-1538).

Arbuste ou petit arbre (9), le houx que l’on dit « commun » est la seule espèce d’Ilex poussant de façon spontanée sur le continent européen (ainsi qu’au nord de l’Afrique et en Asie occidentale et centrale). Assez fréquent jusqu’à 1500 m d’altitude, le houx se plaît à l’ombre et sur des sols qui, bien qu’humides, se doivent d’être relativement bien drainés, c’est-à-dire dans les fourrés, les haies, les bois et sous-bois de forêts de feuillus (chênes et hêtres), déployés sur des terrains pierreux, gras et « graveleux ». En France, il est assez commun partout (sur sols exclusivement calcaires), sauf en région méditerranéenne et en haute montagne.
Essence au tronc lisse couvert d’une écorce gris argent, le houx est considérablement branchu et ramifié, portant des rameaux verts et souples (ces rameaux restent verts même une fois coupés). Jeune, il porte les fameuses feuilles piquantes et gondolées ; plus âgé, les piquants disparaissent pour laisser place à des feuilles lancéolées, bien qu’elles demeurent tout aussi coriaces, brillantes et vernissées, peintes d’un vert sombre qui tranche nettement avec le rouge vif des baies apparaissant à l’approche de l’hiver.
Le houx est une plante dioïque, « mais il arrive que le sexe change d’une année sur l’autre » (10). En attendant, ce sont toujours les pieds femelles qui portent les fruits, drupes d’un centimètre de diamètre, qui sont le résultat de la transformation des petits fleurs blanches (ou légèrement rosées) à quatre pétales, s’épanouissant en corymbes parfumés à l’aisselle des feuilles de mai à juin.

Le houx en phytothérapie

Avec tout ce que l’on vient de raconter jusque là au sujet du houx, l’on pourrait s’étonner – comment ? – qu’on puisse encore tirer à la ligne sur cet ultime sujet qu’est la pratique phytothérapeutique, surprise tout à fait recevable en ce sens qu’il est tout à fait concevable de ne pas parvenir à faire tenir ensemble le houx d’une part et la seule idée d’une infusion de ses feuilles d’autre part. Pourtant, rappelons-nous les paroles de Botan que j’ai placées au frontispice de cet article. Que fait-il sinon exhorter à la recherche, non au rejet ? Invitons parmi nous cet autre arbre au feuillage semper virens et aux baies également rouges, c’est-à-dire l’if. Il a presque failli disparaître des forêts européennes en raison de sa très réelle toxicité qui demande à être maîtrisée, canalisée, aiguillonnée, amoindrie, détournée, nuancée. Cette attitude, autrement plus respectueuse du végétal (profitons-en pour rappeler que le mal absolu n’existe pas dans ce monde), a permis il y a une cinquantaine d’années d’extraire du if une molécule anticancéreuse. Alors ? Qu’en aurait-on su si l’on avait éradiqué l’if de cette terre pour cause de persona non grata ? Et, vérification faite, l’if n’est même pas abordé dans le dictionnaire de Botan daté de 1935. Quant au Larousse médical illustré (1924), s’il consacre une rubrique à cet arbre, il n’en présente que le caractère toxique, douteux et dangereux. Aujourd’hui, l’on sait bien que l’if est curatif de certains cancers : cela remet de suite les pendules à l’heure. Cependant, puisqu’il nous faut en revenir au houx, ce dernier ne possède en rien la toxicité de l’if (malgré ce que l’on peut croire sur ce point), et c’est sans doute pour cela que ses emplois phytothérapeutiques sont un peu plus étendus, bien qu’ils n’aient en rien l’ampleur d’un catalogue. Botan, à son sujet, invite à percer un mystère. Mais les ouvrages postérieurs ne recèlent rien qui puisse faire un parallèle avec le taxol anticancéreux de l’if. Est-il trop tôt pour que sonne l’heure de gloire du houx ? Sommes-nous à côté de la plaque ou, pire encore, trop bêtes ? Signalons tout de même, histoire de relativiser, que la première fleur, à son stade le plus archaïque, est apparue il y a environ 130 millions d’années, alors, le végétal, base de tout, s’y connaît quand même un peu, bien davantage que ce bipède qui pense souvent de travers.
Non, concernant le houx, rien de bien substantiel ne s’ajoute à ce que j’ai déjà pu écrire à propos de cet arbre il y a cinq ou six ans. Mais peut-être les réponses se situent-elles ailleurs (auprès de l’ogham Tinne, de l’élixir floral Holly…) ?

En attendant, puisque c’est là notre mission, tenons-nous informés de l’implication phytothérapeutique du houx dont on use principalement des feuilles et de l’écorce dans une mesure moindre. L’on y trouve un principe amer baptisé ilicine au XIX ème siècle ; les feuilles, sans odeur, mais à la saveur âpre et amère désagréablement marquée, recèlent des matières qui ne feraient aucun mal à une mouche : cire, chlorophylle, gomme, tanin, pigment jaune (ilixanthine ?), sels minéraux (calcium, potassium), sucre (glucose). Ce qu’il est bon de remarquer au-delà de ces données, c’est que la composition biochimique des feuilles de houx se distingue par la présence de flavonoïdes et d’acide caféique qui, contrairement à ce qu’il pourrait laisser croire, n’est pas l’apanage du seul café, parce qu’il est présent dans de nombreuses plantes (à l’image du limonène et du pinène dont les noms empruntent l’un au citron l’autre au pin). Notons que cet acide n’a aucun rapport avec la caféine. Enfin, un peu de théobromine, ce qui, sur ce point, rapproche le houx du cacaoyer, du guarana et du maté. La première écorce du houx s’exploitait surtout pour son tanin, la seconde pour la glu qu’elle procure, « substance molle, tenace, visqueuse, filante, peu soluble dans la salive, et agglutinant les lèvres lorsqu’on la mâche, s’épaississant par le froid, se liquéfiant par la chaleur, soluble dans l’alcool et dans les huiles fixes et volatiles, mais très peu dans l’eau pure » (11). (Impression d’avoir vu passer par là le spectre du Holly de Bach…)
Comme nous l’avons vu plus haut, ça n’est pas la médecine qui a fait le plus grand cas de la glu du houx, quand bien même son obtention en passait par des procédés pas moins compliqués que ceux qui permettent la fabrication du brai de bouleau, et dont il a fallu, je pense, réfléchir à deux fois, au moins, avant d’établir une formule et un modus operandi convenables. Cette glu ne se produit effectivement pas aussi facilement qu’on pourrait le penser. Les paysans enfouissaient « les rameaux de houx dans un tas de fumier où ils les laissent fermenter pendant quinze à trente jours après les avoir fait bouillir pendant huit à dix heures » (12). Je ne dispose pas d’informations relatives à la composition de cette glu : Fournier posait la question de savoir si elle contenait de la glutine (= ancien nom qui permettait de désigner parfois le gluten) ou de la viscine dont on atteste la présence dans les baies du gui qu’on exploita pour son caractère collant et visqueux, et donc, elle aussi, destinée à la capture des oiseaux. Oui, Fournier posait la question, mais, à sa suite, ce fut, semble-t-il, le silence. Enfin, achevons par les baies qui contiennent un cyanoglucoside non-cyanogène, la ménisdaurine (c’est-à-dire que les fruits du houx ne libèrent pas d’acide cyanhydrique, ce qui limite grandement la réputation toxique de cet arbuste).

Propriétés thérapeutiques

  • Feuille : tonique amère, diurétique, sudorifique, fébrifuge, stomachique, laxative, antispasmodique, antirhumatismale
  • Écorce : anti-épileptique (?)
  • Glu : émolliente, maturative, résolutive
  • Baie : vomitive, purgative (semblable au nerprun)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : rétablissement d’un transit perturbé, estomac manquant de tonicité (atonie gastrique), colique, prédisposition aux diarrhées, digestion pénible, crampe d’estomac
  • Troubles de la sphère pulmonaire : bronchite, catarrhe bronchique chronique, toux spasmodique, toux opiniâtre, rhume, pleurésie
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : lithiase, goutte, affections rhumatismales, œdème
  • Infections : variole, tumeur blanche, fièvre intermittente liée au paludisme
  • Ictère
  • Point de côté
  • Abcès, furoncle (en ce qui concerne la glu)
  • Éviter la formation de cals après fracture

Modes d’emploi

  • Décoction de feuilles fraîches ou sèches.
  • Poudre de feuilles sèches.
  • Cataplasme de feuilles fraîches pilées.
  • Infusion longue et à froid d’écorce.
  • Décoction de baies préalablement macérées dans de l’eau pendant une bonne douzaine d’heures.
  • Eau-de-vie de baies de houx (spécialité alsacienne).
  • Macération vineuse (dans du vin blanc) de feuilles de houx fraîches.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Toxicité : les baies deviennent rapidement émétiques après ingestion, susceptibles donc d’engendrer des vomissements, ce qui explique qu’elles n’ont rien à faire dans l’estomac ou alors qu’on peut s’en servir pour provoquer volontairement le vomissement en cas d’intoxication par exemple. A doses plus fortes, elles purgent. On a même laissé entendre que des troubles neurologiques (convulsions), ainsi que de la somnolence pouvaient survenir via l’ingestion de baies de houx. Quant aux feuilles, parfois consommées par le bétail, elles partagent cette vertu vomitive mais uniquement à très hautes doses. A l’instar des feuilles de gui, il est recommandé de ne pas faire du houx un usage massif et prolongé, du fait de l’énergie dont il est investi : le houx, à doses thérapeutiques correctes, provoque déjà une sorte de « malaise », de la pesanteur, une chaleur épigastrique qui s’étend par la suite aux membres, au ventre, à la poitrine ; elle rayonne, peut-on dire. « Cette chaleur, ajoute Cazin, quand elle se généralise, dure trois heures et même plus : elle se fait sentir au toucher de la peau » (13). Pour un arbre qui évoque surtout l’hiver, par sa présence magique à proximité du solstice, c’est tout de même une signature tout à fait étonnante ! :)
  • Récolte : les feuilles au moment de la floraison, soit au printemps (mai-juin), les baies en hiver.
  • Espèce ornementale comme l’if, le houx présente de multiples cultivars et se prête sans difficulté à l’art topiaire, et permet aussi d’élaborer des clôtures et des palissades végétales.
  • Le bois de houx est relativement rare. Cependant on l’utilise volontiers en marqueterie, tabletterie, coutellerie et tournerie, autorisant, par exemple, la fabrication d’objets usuels comme des cannes, des dents d’engrenage, des houssines (fouets et cravaches). C’est ce bois qu’on utilise pour fabriquer les pièces blanches des jeux d’échecs. Bois dense et à grain très fin, très facile à travailler, il brunit avec l’âge.
  • Autres espèces : de par le monde, il existe d’autres espèces de houx :
    – L’apalachine (Ilex vomitoria), utilisé par les Amérindiens comme narcotique, stimulant et principal ingrédient de la « boisson noire » ; est longtemps passé pour une panacée nord-américaine ;
    – Le houx américain (Ilex opaca), constituant l’alter ego du houx européen ;
    – Le houx verticillée (Ilex verticillata) ;
    – Le maté (ou yerba maté, Ilex paraguariensis), laxatif, tonique, diurétique, décontractant, apaisant la sensation de faim et accroissant la vigueur intellectuelle.
    _______________
    1. P. P. Botan, Dictionnaire des plantes médicinales les plus actives et les plus usuelles et de leurs applications thérapeutiques, pp. 108-109.
    2. D’après une légende béarnaise, Dieu aurait crée le laurier, plante de la victoire. Le Diable, voulant l’imiter, ne pût que produire le houx au feuillage épineux et sans arôme.
    3. Nadine Cretin, Fête des fous, Saint-Jean et Belles de mai, p. 69.
    4. Pierre Canavaggio, Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires, p. 124.
    5. Edward Bach, La guérison par les fleurs, p. 104.
    6. Paul Ferris, Le guide des fleurs du docteur Bach, p. 75.
    7. Cf. le pastrage : on processionnait durant la messe de minuit en tenant à la main des rameaux de houx garni de rubans et de lumières.
    8. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 513.
    9. Dix mètres, parfois plus, comme c’est le cas du houx de la forêt de l’Isle-Adam dans le département du Val-d’Oise qui atteint presque la vingtaine.
    10. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 512.
    11. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 481.
    12. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 514.
    13. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 481.

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