L’huile essentielle d’arbre à thé (Melaleuca alternifolia)

Myrtacée d’assez petite taille (très souvent 3 à 4 m ; davantage en milieu sauvage : 10 m), l’arbre à thé est originaire d’Australie, principalement de ces deux grandes régions situées à l’est que sont la Nouvelle-Galles du sud et le Queensland. Cousin des eucalyptus et d’autres melaleucas (niaouli, cajeput, avec lesquels il ne faut pas le confondre), l’arbre à thé affectionne plus particulièrement les zones marécageuses et côtières, enfin des zones humides desquelles émergent ses rejets lorsque le tronc principal vient à disparaître, ce qui n’est pas si simple, son bois très dur étant quasiment imputrescible et qui plus est protégé par une épaisse écorce ignifugée dont la pellicule la plus extérieure, qui se détache en fines lanières, ne doit en aucun cas nous faire croire à une quelconque fragilité de cet arbre, souvent arbuste, à l’allure de gringalet. De même que ses rameaux réclinés au feuillage plumeux qui donnent une impression de grâce et de légèreté. Quand on y regarde de plus près, l’on se rend compte que les feuilles linéaires et lancéolées de l’arbre à thé sont de nature très coriace. A leur surface, de nombreuses glandes à essence sont visibles : il suffit de les froisser brusquement pour qu’elles dégagent une odeur aromatique forte qui contredit l’apparente sensation de faiblesse que véhicule l’image de cet arbre somme toute gracile, dont les fleurs blanches très parfumées, aux nombreuses étamines, augmentent davantage cette impression. Enfin, sa résistance avérée aux parasites achève de déconstruire le portrait erroné de l’arbre à thé qui ne doit pas être jugé sur son envergure, laquelle ne permet pas de soupçonner quelle formidable force s’abrite au sein de cet arbre finalement assez banal.

Cet arbre a été découvert par le capitaine Cook au XVIII ème siècle lors de l’une de ses expéditions dans le Pacifique. Traditionnellement, l’arbre à thé a été d’usage chez les indigènes australiens bien avant l’arrivée des colons. On utilisait les feuilles pour désinfecter l’eau de boisson ainsi que pour traiter les plaies, les brûlures et autres coupures à l’aide de cataplasmes. Les maladies cutanées ainsi que les affections de la sphère respiratoire étaient également traitées par l’emploi des feuilles de l’arbre à thé. Malheureusement, bien peu de ces savoirs ancestraux nous sont parvenus, du fait que d’immenses pans de la culture aborigène ont disparu avec ces populations, sous l’impulsion délétère de l’homme blanc. L’arbre à thé est donc un témoin muet de ce désastre : en 1770, James Cook rapporte des feuilles de cet arbre en Europe. On lui donne alors le nom anglais de tea tree du simple fait que, lors du voyage de retour, les marins l’utilisèrent comme ersatz de thé. Depuis, le nom est resté bien que l’arbre à thé appartienne à une famille botanique strictement distincte de celle du théier asiatique.
Les vertus thérapeutiques de l’arbre à thé ne semblent pas avoir intéressées le capitaine Cook puisqu’il faudra attendre les années 1920-1923 avant de voir naître toute une série d’études australiennes au sujet de son huile essentielle et de ses propriétés bactéricides qui furent alors testées sur de nombreuses souches. Durant la Deuxième Guerre mondiale, l’huile essentielle d’arbre à thé fut utilisée pour soigner les blessures des soldats australiens. Mais que le chemin aura été long entre l’usage traditionnel millénaire et l’utilisation thérapeutique moderne de cette huile essentielle par les descendants des colons ! La préciosité thérapeutique de cette substance a amené la culture en grand de l’arbuste qui la produit, ainsi l’arbre à thé est-il cultivé sur de nombreux hectares australiens, et s’est même déployée à d’autres pays : l’Inde, la Malaisie, la Nouvelle-Calédonie, l’Afrique du Sud et Madagascar.
Dans les années 1960, le docteur français Jean Valnet évoquera, dans son ouvrage L’aromathérapie, se soigner par les huiles essentielles, le niaouli et le cajeput, mais, curieusement, il fera l’impasse sur l’huile essentielle d’arbre à thé, chose d’autant plus étonnante qu’aujourd’hui cette huile essentielle est considérée comme un must qu’on se doit de posséder aux côtés de l’huile essentielle de lavande fine et de l’essence de citron.

L’huile essentielle d’arbre à thé en aromathérapie

Feuilles fraîches et petits rameaux forment l’ensemble de la matière première distillable de l’arbre à thé. La vapeur d’eau à basse pression prend environ trois heures de temps pour emporter une fraction aromatique dont la proportion se situe, en général, entre 1 et 2 %. Le produit final est une huile essentielle liquide et mobile, incolore à jaune très pâle, d’odeur forte, « terpinolée » ou « terpénique » disent certains, ce qui, grosso modo, ne veut pas dire grand-chose. Mais ces deux termes s’expliquent en raison de la composition biochimique de cette huile essentielle qui s’équilibre entre les monoterpènes (environ 40 %) et les monoterpénols (40 % également) :

  • Monoterpènes : dont α-terpinène (10 %), γ-terpinène (20 %), paracymène (11 %)
  • Monoterpénols : dont α-terpinéol (4 %), terpinène-4-ol (38 %)
  • Oxydes : dont 1.8 cinéole (9 %)
  • Sesquiterpènes (6 à 10 %)
  • Sesquiterpénols (1 à 3 %)

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse : antibactérienne majeure à large spectre d’action (Streptococcus pyogenes, Streptococcus mutans, Streptococcus pneumoniae, Staphylococcus aureus, Pseudomonas aeruginosa, Klebsellia pneumoniae, Escherichia coli, Propionobacterium acnes, Enteroccocus sp., Lactobacillus, Actinomyces, etc.), bactériostatique (la différence entre propriété antibactérienne et bactériostatique s’explique surtout par le passage d’une faible concentration en huile essentielle à une concentration plus élevée), antifongique à large spectre d’action (Saccharomyces cerevisiae, Trichophyton mentagrophytes var. interdigitale, Trichoderma viride, Pityriasis versicolor, Malassaria furfur, Candida albicans, Aspergillus niger, Microsporum audouinii, etc.), antiprotozoaire (Trichomonas vaginalis), antivirale (Herpes simplex I et II, zona VZV, Influenza, Molluscum contagiosum), antiseptique atmosphérique, antiparasitaire cutanée et intestinale, insectifuge
  • Immunostimulante, immunomodulante, anti-asthénique, positivante
  • Anti-inflammatoire, antihistaminique
  • Anti-oxydante
  • Cicatrisante, régénératrice cutanée, radioprotectrice
  • Décongestionnante veineuse et lymphatique
  • Neurotonique, équilibrante psychique

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère pulmonaire + ORL : infections virales et bactériennes des voies respiratoires hautes et basses, bronchite, rhinite, pharyngite, rhinopharyngite, laryngite, angine, maux de gorge, sinusite, sinusite chronique, otite, grippe
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : gastro-entérite virale ou bactérienne, parasites intestinaux (lamblias, ascarides), mycose digestive
  • Troubles de la sphère génito-urinaire : vaginite à trichomonas, vulvite, urétrite, mycose vaginale (candidose surtout), leucorrhée, cystite, herpès génital, condylome
  • Troubles de la sphère circulatoire : œdème lymphatique, varice, jambes lourdes, hémorroïdes, ulcère variqueux
  • Affections bucco-dentaire : ulcère buccal, aphte, abcès dentaire, pyorrhée alvéolaire, mycose, carie, gingivite, stomatite, herpès labial, renforcement de l’hygiène buccale par limitation de la plaque dentaire
  • Affections cutanées : acné, mycose cutanée, unguéale ou sous-unguéale (candidose, onychomycose, pied d’athlète), eczéma, psoriasis, abcès, furoncle, plaie, plaie infectée, blessure, coupure, escarre, impétigo, intertrigo, cors, verrue, zona, soin des peaux et des cheveux gras
  • Brûlure accidentelle, radiodermite (accompagnement d’un traitement de radiothérapie : l’huile essentielle d’arbre à thé s’utilisera par voie cutanée diluée au moins ¼ d’heure avec la séance de radiothérapie. Étant anti-inflammatoire et régénératrice cutanée, elle permet à la peau de se protéger de l’impact des rayons. Cependant, comme elle est irritante chez certaines personnes, on la remplacera efficacement par les huiles essentielles de lavande fine ou de niaouli. Huile essentielle à appliquer aussi bien avant qu’après, sur peau bien sèche.)
  • Piqûres et morsures d’insecte, démangeaisons associées, repousser les poux, les acariens, les mites, les tiques, la gale
  • Asthénie, fatigue chronique

Modes d’emploi

  • Voie cutanée diluée à privilégier. Peut néanmoins s’appliquer pure sur la peau (geste d’urgence).
  • Voie sublinguale (diluée à hauteur de 10 % dans un excipient adapté).
  • Diffusion atmosphérique : en synergie de préférence, du fait que son odeur assez peu agréable parvient parfois à choquer certaines cellules olfactives délicates (cela reste à la libre appréciation de chacun, bien entendu).
  • Inhalation humide, olfaction.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • L’huile essentielle d’arbre à thé est déconseillée aux enfants de moins de sept ans ainsi que durant les trois premiers mois de grossesse.
  • A doses thérapeutiques normales et raisonnables, on peut parfois voir apparaître un phénomène d’irritation cutanée inflammatoire (et de nature allergique également), en raison d’une possible oxydation de cette huile essentielle avec le temps. Cela n’est pas dû, comme on le lit de temps à autre, à la forte proportion de terpinène-4-ol : c’est le 1.8 cinéole qui est alors en cause (bien que sa présence, en moyenne, ne s’élève jamais au-delà de 10 %). Bref, l’huile essentielle d’arbre à thé peut s’oxyder (mais elle n’est pas seule dans ce cas). Bien que les huiles essentielles se conservent facilement pendant cinq bonnes années (et très souvent au-delà de la DLUO), il est impératif de bien veiller à fermer correctement les flacons et à les entreposer dans un lieu sec et frais, à l’abri de la lumière du soleil et d’une source de chaleur importante.
  • Toxicité : à dose massive (de l’ordre de 5 à 10 ml, soit un demi à un flacon entier), que ce soit par voie orale ou cutanée, on peut voir survenir les perturbations suivantes : confusion mentale, difficulté d’élocution, incoordination motrice (ataxie locomotrice), coma.
  • L’huile essentielle d’arbre à thé, de même que celle d’eucalyptus globuleux, est très présente dans nombre de préparations pharmaceutiques, dont les dentifrices où elle s’associe à merveille à l’essence de citron et/ou l’huile essentielle de laurier noble.
  • Hydrolat aromatique : c’est un bon compromis que d’utiliser cet hydrolat en lieu et place de l’huile essentielle correspondante. Il intervient surtout par voie externe comme astringent et anti-infectieux. Complétant le traitement des mycoses (cutanées, buccales, vaginales ou encore unguéales) et de l’herpès labial, il permet aussi le lavage des plaies et des muqueuses, rétablissant l’hygiène buccale, apaisant les peaux irritées, désincrustant les peaux grasses.

© Books of Dante – 2019

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s