Le lédon du Groenland (Rhododendron groenlandicum)

Synonymes : thé du Labrador, thé velouté.

L’inconvénient des huiles essentielles lointaines, c’est que la littérature qui leur est habituellement réservée peut parfois apparaître comme ténue : à deux ou trois caractéristiques succèdent quelques anecdotes, dont le sens ne peut se comprendre que par rapport au contexte duquel elles sont tirées. Avec le lédon du Groenland, je ne vais pas m’aventurer dans un marécage bourbeux au risque de m’y noyer rapidement. Par chance, en Europe, l’on connaît un autre lédon, le lédon des marais (Ledum palustre) qui, contrairement à ce que son nom indique, opte plus favorablement pour les landes tourbeuses issues de l’assèchement des tourbières. Il ne faut donc pas l’imaginer les pattes dans l’eau, à l’image de ce majestueux animal qu’est l’orignal et dont l’aire de répartition recouvre peu ou prou celle du lédon des marais.
Toutes les flores de France vous le diront, le lédon des marais est inconnu sur le territoire national. Si un jour cette plante a été française, c’est durant l’occupation de la Belgique pendant ces quelques vingt années à cheval sur le XVIII ème et le XIX ème siècle (1790-1814 environ). Française, l’on peut penser que cette plante l’est si l’on en croit Cazin qui la localise dans les Vosges, ce qui a été contredit. Absent de France, le lédon se trouve cependant en Belgique et en Allemagne : quelle est donc cette plante qui n’ose pas traverser la frontière ? Pourtant, certaines informations laissent penser que ce lédon aurait, d’une manière ou d’une autre, foulé le sol français. Bien que non naturalisé, il aurait été cultivé. C’est du moins ce que prétend Cazin dans la deuxième édition du Traité pratique qui date de 1858. Il sait néanmoins que ce lédon est, de fait, peu usité en France. Son absence presque complète – lui-même dit ne pas l’utiliser – qui le rend, par force, inconnu, ne lui prête aucune notoriété : « cette plante active, dont l’emploi thérapeutique n’est pas suffisamment déterminé, est très peu employée », conclue-t-il (1). Cependant, dans la très courte monographie qu’il consacre au lédon des marais et que j’ai été très heureux de découvrir, Cazin précise que cette plante est utilisée par les Allemands dans l’industrie brassicole afin de rendre la bière plus enivrante et narcotique. Cela pourrait se cantonner à la seule Allemagne s’il n’y avait pas, dans un herbier datant du début du XIX ème siècle, la présence étonnante du lédon des marais. Cet herbier, à l’initiative d’un médecin français, le docteur Brayer, affiche clairement une planche botanique représentant le lédon des marais dont l’échantillon aurait été cueilli dans le département de l’Aisne, près de la petite ville de Guise, à mi-chemin entre Saint-Quentin et Fourmies. Pourtant, aujourd’hui, cette station n’est pas reconnue pour accueillir une population de lédons des marais à l’état sauvage. S’il y a eu implantation de cette plante dans cette zone, c’est probablement parce que ce lédon fut peut-être cultivé à destination d’une industrie propre à cette région non viticole : celle de la bière. Dans les départements du Nord, du Pas-de-Calais et de l’Aisne, en effet, avant même la généralisation des houblonnières, on faisait intervenir d’autres plantes que Humulus lupulus, plantes dont la réputation antiseptique permettait une meilleure conservation de la bière après sa fabrication, ainsi qu’une stabilité accrue, « de même que l’aromatisation d’un liquide initialement assez fade ». Ces plantes – elles sont au nombre de trois – forment un mélange aromatique qu’on appelle le gruit. On y trouvait le myrte des marais (Myrica gale), l’achillée millefeuille (Achillea millefolium) et, donc, le lédon des marais. Or, près de Guise, c’est-à-dire cette commune où l’herbier de Brayer localise le lieu de la récolte de son échantillon de lédon des marais, on a observé une activité brassicole certaine durant le XIX ème siècle. Peut-on, dès lors, imaginer une culture locale du Ledum palustre pour alimenter l’industrie brassicole environnante ? Rien n’est sûr, mais l’on peut en terminer là en affirmant que la bière de gruit « stimule l’esprit, crée l’euphorie et augmente la libido ». Autant de raisons qu’on avait de se réjouir dans ce grand nord de la France.

Sous-arbrisseau appartenant à la même famille que les bruyères (Éricacées), le lédon du Groenland est une plante endémique de la partie septentrionale du Canada et de l’Alaska, parce que ces régions pourvoient aux besoins de cette plante, à travers des sols qui lui conviennent : proximité de tourbières, muskeg (fondrière de mousse), toundra, sur rocailles et rochers humides, et sols siliceux (surtout pas calcaires), et cela des zones planes de basse altitude à d’autres plus montueuses.
Pas très élevé (30-40 cm), le lédon du Groenland est composé de branches dressées, velues à écailleuses, de couleur brun roux lorsqu’elles sont jeunes. Elles portent des feuilles persistantes, alternes, linéaires (comme celles du romarin), ou bien en forme de fer-de-lance. De nature coriace, ces feuilles possèdent des bords enroulés, sorte de protection face au froid peut-être : vert grisâtre au-dessus, leur surface inférieure s’apparente à un treillis roussâtre d’aspect feutré comme un chapeau. D’odeur forte, couvertes de résine parfumée comme les feuilles du ciste ladanifère, ces feuilles de saveur chaude, piquante et amère, présentent la particularité, avec les branches qui les portent, d’être quasiment imputrescibles. Entre les mois de mai et de juillet, le lédon du Groenland s’orne de fleurs blanches et odorantes disposées en ombelles terminales qui forment par la suite des fruits capsulaires pendants.

Le lédon en phyto-aromathérapie

Si l’on ne s’intéresse pas à des sujets ayant trait à l’aromathérapie, il y a très peu de chance de connaître le lédon du Groenland en France, et même parmi les aficionados des huiles essentielles, il est bien possible de trouver un certain nombre de personnes qui n’en ont jamais entendu parler, parce que cette huile essentielle est rare et, par voie de conséquence, très chère : après un relevé de tarifs effectué auprès d’une dizaine de sites francophones, on se situe, en moyenne autour de 29 € les 5 ml. La localisation géographique n’aide pas non plus : gageons qu’un(e) Québecois(e) saura davantage de quoi il retourne quand on évoque ce lédon, qui en appelle un autre : le lédon des marais, dont la répartition circumpolaire ou boréo-continentale ne concerne pas l’Amérique du Nord, mais l’Asie et l’Europe, ce qui le rend plus proche de nous, bien qu’il n’appartient pas, comme nous l’avons vu, à la flore de France. Nous pouvons donc établir quelques informations d’un point de vue aromathérapeutique en ce qui concerne le lédon du Groenland, et phytothérapeutique au sujet de ce second lédon. Malgré cette proximité, nous verrons que les informations qui se réfèrent au lédon des marais sont beaucoup plus minces que celles qui émanent de l’étude des propriétés de l’huile essentielle de lédon du Groenland. Cette dernière est obtenue par distillation des rameaux fleuris. Produit incolore voire jaune pâle, l’huile essentielle de lédon du Groenland possède une odeur fraîche d’herbe coupée mêlée à une touche douce appuyée qui peut rebuter certains. De cela, une composition biochimique est responsable :

  • Monoterpènes : 50 à 65 % (dont limonène, sabinène, alpha et bêta-pinène)
  • Sesquiterpènes : 25 % (dont alpha et bêta-sélinène)
  • Monoterpénols : 3 à 7 %
  • Sesquiterpénols : 4 à 5 % (dont lédol et palustrol)
  • Cétones : 3 %

Au sujet du lédon des marais, outre sa richesse en vitamine C, l’on sait aussi qu’il contient de la résine et du tanin, ainsi qu’une essence aromatique dont la distillation pourrait nous dire dans quelle mesure cette plante se rapproche du lédon canadien. En tout état de cause, cela n’est en aucun cas une plante inactive si l’on en croit la réputation qui veut qu’elle soit « toxique ». Cependant, le peu qui transparaît dans la littérature spécialisée laisse entendre que, d’un point de vue thérapeutique, ces deux plantes se valent.

Propriétés thérapeutiques

  • Tonique digestive, stomachique, carminative
  • Draineuse hépatique, régénératrice du foie et de la vésicule biliaire, cicatrisante hépatocytaire
  • Décongestionnante puissante, anti-inflammatoire, antispasmodique
  • Antalgique, analgésique
  • Dépurative rénale
  • Inhibitrice de la glande thyroïde
  • Anti-infectieuse : antibactérienne, antivirale
  • Sédative puissante du système nerveux central, narcotique, hypnotique, calmante, relaxante, anti-dépressive

Note : à cela, ajoutons que les feuilles et sommités fleuries du lédon des marais sont toniques (amères), astringentes, vulnéraires, cicatrisantes, sudorifiques et répulsives des insectes (mites, blattes, teignes).

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : intoxication hépatique, hépatite virale et séquelles d’hépatite, petite insuffisance hépatique, congestion hépatique, cirrhose
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : gastro-entérite, entérite virale, dysenterie, intoxication alimentaire, spasmes intestinaux
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : congestion et adénome prostatique, prostatite, prostatite infectieuse, néphrite, intoxication néphrétique
  • Troubles locomoteurs : douleurs au niveau des membres inférieurs (cheville, pied, tendon d’Achille), inflammation des fascias plantaires, arthrose, spasmes musculaires
  • Affections cutanées : allergie et hypersensibilité cutanée, acné, dartre, teigne
  • Troubles du système nerveux : insomnie, insomnie sévère, nervosité, stress, stress extrême, angoisse, panique, colère, spasmes du plexus solaire, déprime, dépression
  • Inflammation des ganglions lymphatiques, adénite
  • Dérèglement thyroïdien
  • Coqueluche, catarrhe pulmonaire
  • Maux de tête

D’un point de vue psycho-émotionnel et énergétique

L’huile essentielle de lédon du Groenland est d’un bon recours lorsqu’on observe une perturbation du chakra du plexus solaire qui peut induire des dysfonctionnements d’ordre hépatique, digestif et articulaire entre autres. Ce qui ne laisse pas d’étonner quand on observe une partie des usages thérapeutiques du lédon du Groenland comme vus précédemment. Rien de surprenant, en réalité, sachant que Manipura porte une action sur le foie et la vésicule biliaire, donc sur les deux méridiens qui sont associés à ces deux organes, relevant l’un et l’autre de l’élément Bois défini par la médecine traditionnelle chinoise, quand bien même cette huile semble agir de manière plus marquée sur le foie, d’un point de vue physique comme psychique.
L’huile essentielle de lédon du Groenland, par sa puissante propriété spasmolytique, intervient avec bonheur au niveau du plexus, surtout quand ce dernier est secoué de spasmes, ce qui peut avoir pour corollaire une insomnie, une insomnie récalcitrante ou bien un stress particulièrement appuyé. De plus, le plexus solaire gère le foie, lequel est le siège de la colère et de la peur : cela peut mener à user de cette huile essentielle en cas d’agressivité, d’angoisse, voire de panique. Enfin, on peut l’employer chez les personnes trop rigides, ainsi que celles chez lesquelles l’ego est exacerbé à travers un complexe de supériorité, une ambition qui confine à un arrivisme des plus douteux : quels que soient les moyens (illégaux, illégitimes, immoraux), seule compte la fin pour ces personnes jupitériennes.

Siège du pouvoir, le chakra du plexus solaire est un centre énergétique qui a pour vocation le contrôle des pulsions et des émotions. On peut dire de lui que c’est un chakra éminemment social, en relation avec ce qui nous entourent à travers des couples émotionnels tels que sympathie/antipathie, attraction/répulsion, etc.

En ce qui concerne spécifiquement le chakra du plexus solaire, petit rappel :

  • Harmonie : coopération avec le plus grand nombre, amour fraternel, altruisme, ouverture d’esprit, confiance en sa propre capacité de pouvoir, courage, force intérieure, dynamisme, vigueur, résistance à la fatigue, activité, responsabilité, sagesse, logique.
  • Disharmonie : peur, timidité, anxiété sociale, lâcheté, soumission, auto-dépréciation. Ou au contraire : domination, possessivité, arrogance (y compris intellectuelle), orgueil, égoïsme, mégalomanie, complexe de supériorité, colère, rancune, dépression, difficulté à assimiler les expériences quelles qu’elles soient, incapacité à prendre du recul face à ces mêmes expériences, rigidité mentale, froideur relationnelle, manque d’empathie, entêtement, esprit trop « cartésien ».

Modes d’emploi

  • Voie orale.
  • Voie cutanée (huile essentielle pure en friction, diluée en massage).
  • Inhalation sèche.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • L’huile essentielle de lédon de Groenland ne convient pas aux enfants de moins de six ans. De même, on observera une certains prudence auprès des femmes enceintes ou qui allaitent.
  • La dermocausticité est toujours possible (en raison des nombreux monoterpènes contenus dans cette huile). Si une potentielle allergie à l’un ou l’autre des composants est connue, mieux vaut la diluer avant usage cutané (20 % maximum).
  • Ne pas utiliser cette huile essentielle en cas de prise d’anticoagulants.
  • En Amérique du Nord, on utilisait les feuilles du lédon comme succédané du thé, d’où son nom vernaculaire de thé du Labrador, alors qu’en Russie, le lédon des marais, distillé avec l’écorce de bouleau, mêlait ses effluves fauves et sauvages à l’empyreume parfum de cette blanche écorce, apprêtant les fameux cuirs de Russie à l’odeur caractéristique.
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    1. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 530.

© Books of Dante – 2019

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