Le bouleau (Betula pendula)

Synonymes : bouleau commun, bouleau blanc, bouleau à papier, bouleau pleureur, bouleau verruqueux, bois à balais, boule, boulard, bouillard, biole, brele, bech, arbre de la sagesse, sceptre des maîtres d’école, arbre néphrétique d’Europe, etc.

Le bouleau blanc (adjectif que l’on doit à l’éclat argenté de son écorce papyracée) ou bouleau verruqueux (en raison des multiples « pustules » qui constellent ses rameaux) est un arbre particulièrement typique de l’Eurasie : il y a 10000 à 15000 ans, on a vu, en Europe, se développer des forêts majoritairement constituées de pins et de bouleaux (1). Bien que souvent cultivé comme arbre d’ornement (et reconnu comme tel), il n’en reste pas moins qu’il est l’hôte des bois jeunes, des sols pentus et acides, pierreux et sableux, comme on peut le voir en forêt de Fontainebleau par exemple. C’est un arbre qui nécessite beaucoup d’espace, c’est pourquoi il est capable de coloniser les sols vides qui ne sont pas propices au développement d’autres essences telles que le chêne. Le feuillage du bouleau est relativement abondant, formé de petites feuilles losangiques ou triangulaires, doublement dentées, qui ont la particularité de ne présenter que leur tranche au soleil afin de laisser pénétrer un maximum de lumière à l’intérieur de la silhouette de l’arbre. Longuement pétiolées, elles sont suspendues tout au long de rameaux réclinés : cela explique pourquoi l’on dit parfois du bouleau qu’il est pleureur, chose accentuée par sa floraison, laquelle a lieu entre avril et mai. On distingue deux types de fleurs : les chatons mâles en longues inflorescences souples et pendantes (d’où l’adjectif pendula associé à ce bouleau) et les fleurs femelles en petits épis dressés. Les graines sont capables de germer sur les sols vides dont nous parlions. Une fois devenues arbres, elles sauront rendre ces sols viables pour d’autres essences – le chêne, nous l’évoquions, mais aussi le hêtre – qui n’éliraient jamais domicile sur un terrain privé d’humus. En cela, le bouleau se rapproche du frêne : c’est un préparateur de terrain, il est à l’initiative de la vie et en précède la naissance. Puis, le bouleau formera une litière de feuilles capable de fabriquer une importante quantité de sucres qui enrichiront au fur et à mesure l’humus. C’est à ce moment favorable que les chênes et les hêtres pourront poser leurs valises, germer et grandir sur ce sol. Ils feront de l’ombre au bouleau qui ne s’en remettra pas : mais il faut aussi compter sur le cycle de vie court du bouleau (un siècle maximum pour trente mètres de haut) et sur sa croissance rapide (quinze mètres à 20 ans). Le temps que la croissance plus lente du chêne ou du hêtre fasse de l’ombre au bouleau, celui-ci, du fait de sa longévité plus brève, aura déjà disparu, non sans avoir essaimé de nouveaux fruits vers des territoires plus propices, y compris des terres incendiées. Ces akènes, bordés d’une aile deux fois plus larges que la graine, ce qui leur permet de « planer » quand même un peu, ne sont pas exemptes d’un potentiel pouvoir allergisant, puisqu’ils sont porteurs d’une vie qui ne demande qu’à éclore, fleurir et polliniser.

Le tronc svelte et presque lisse du bouleau s’orne d’une écorce pelliculée dont la blancheur est due à la présence de bétuline qui la rend, en même temps, imperméable et imputrescible. Elle pèle en se détachant du tronc en fines bandelettes horizontales (de même que merisier et cerisier). L’écorce s’épaissit avec l’âge, en particulier à la base du tronc, où elle se crevasse et noircit, ce qui est le plus sûr moyen de reconnaître un sujet à l’âge vénérable.
On peut dire que tout, chez lui, tend à la légèreté et à la grâce aérienne. Ce qui n’est pas tout à fait exact : à la gracilité et à la souplesse de la ramure du bouleau s’oppose la dureté de son écorce. Cette plasticité et cette robustesse sont, en quelque sorte, ses signatures. L’écorce condense la majeure partie des sels minéraux apportés par la sève brute (ou ascendante) qui provient de l’extraction par les racines de l’arbre de l’eau du sol et des nutriments qu’il contient. Les feuilles connaissent au début du printemps une intense activité cellulaire. Au niveau foliaire, la sève ascendante va se charger des principes actifs synthétisés par les feuilles, lesquelles formeront, en retour, la sève élaborée (ou descendante).

On voit sur ce schéma deux courants : celui, ascendant, de la sève brute, celui, descendant, de la sève élaborée. Le premier est le courant de l’eau et de la terre (tellurique), le second, le courant de la lumière du soleil (cosmique) : « Le bouleau symbolise la voie par où descend l’énergie du ciel et par où remonte l’aspiration humaine vers le haut » (2). L’arbre lui-même est donc de la lumière solaire matérialisée en quelque sorte. A ce titre, rien d’étonnant – parce qu’un certain nombre de ses caractéristiques le prédisposent à cette fonction – à ce que le bouleau ait joué, à l’instar du frêne, le rôle d’Axis mundi chez les populations sibériennes. Il est le lieu de la rencontre des énergies cosmiques et telluriques, il en est la symbiose, les racines étant le parfait reflet de la ramure, le tronc, le trait d’union entre les mondes céleste et terrestre. Lors des cérémonies d’initiation chamanique, le bouleau est planté au centre de la yourte de l’impétrant, et aboutit au trou du sommet qui correspond à la porte du Ciel (ou du Soleil, essence masculine), même si cet arbre est parfois associé à la Lune (essence féminine ; du reste, jusqu’au XVI ème siècle, le mot bouleau demeura féminin). Double, il est père et mère, mâle et femelle. Cependant, il apparaît davantage marqué femelle que mâle, étant considéré en Russie comme l’emblème de la jeune fille, plus précisément comme emblème printanier de la jeune fille, car « ce bouleau vert, ce printemps […] est […] un appel à cette vie joyeuse de la nature, de laquelle le dur hiver nous avait exilés » (3). Et lorsque le printemps est bel et bien là, les paysans russes fichent dans le sol, à l’entrée des isbas, des rameaux de bouleaux à la Pentecôte (symbolique masculine), alors que, à la même date, les jeunes filles russes enfilent des couronnes sur les branches de bouleau (symbolique féminine). Il arrive même à certaines d’entre elles de trouver, au matin, en guise de mai, un rameau de bouleau, cela pour leur faire savoir que, parmi les garçons, bien d’entre eux les trouvent charmantes.

L’histoire thérapeutique écrite du bouleau n’est pas si ancienne qu’on pourrait le croire : étant un arbre relativement septentrional, il n’a bien évidemment pas été remarqué par les Anciens de l’Antiquité grecque comme romaine, hormis peut-être de Pline, qui le croyait originaire de Gaule. Les premières références thérapeutiques ayant trait au bouleau, c’est à une dame « septentrionale » qu’on les doit : Hildegarde de Bingen. Au XII ème siècle, elle dit du Bircka (birke aujourd’hui en langue allemande) qu’elle en utilise la sève (contre les rétentions liquidiennes et les troubles urinaires), ainsi que les bourgeons : chauffés au soleil ou près d’un feu, puis appliqués sur la peau, ils soignent certaines affections dermatologiques (pustules, rougeurs, etc.). Hildegarde sera aussi la première à remarquer l’emploi des fleurs à travers leur vertu cicatrisante. Deux siècles après elle, c’est à un autre Allemand, Konrad de Megenberg (1309-1374), de livrer des informations complémentaires en ce qui concerne le bouleau. Dans un ouvrage intitulé Buch von den natürlichen Dingen (probablement écrit en 1349 ou 1350), le chanoine de Ratisbonne vantera « l’eau » de bouleau, c’est-à-dire sa sève, comme diurétique et antilithiasique urinaire. Il préconise cette même sève contre les ulcères de la bouche et les éphélides (taches de rousseur). Matthiole, étrangement, prend part à ce panégyrique : lui qui vit trop au sud, connaît pourtant celui qu’il appelle « arbre néphrétique », sans doute par l’intermédiaire de la lecture de quelques livres allemands sur la question, ce qui s’avère tout à fait possible, sachant que ce qu’il écrit rappelle ce que disait Konrad de Megenberg : « Si on perce le tronc du bouleau avec une tarière, il en sort une grande quantité d’eau laquelle a grande propriété et vertu à rompre la pierre (lithiase) tant aux reins qu’en la vessie si on continue d’en user. Cette eau ôte les taches du visage et rend la peau et charnure belle. Si on s’en lave la bouche, elle guérit les ulcères qui sont dedans ». Soit c’est l’information qui vient à nous, comme c’est le cas ici avec Matthiole, soit c’est nous qui nous rendons auprès d’elle. C’est ce que fit Pierre-François Percy, chirurgien-chef des armées de Napoléon Ier. Il notera l’utilisation populaire de la sève de bouleau, très répandue dans tout le nord de l’Europe, à l’occasion des campagnes de Russie. Il retiendra surtout que cet usage permet de lutter contre les affections rhumatismales, les embarras vésicaux et les reliquats de goutte. Il est bien vrai que la médecine populaire russe ainsi que les guérisseurs sibériens recommandaient depuis longtemps non seulement la sève mais également les feuilles et les bourgeons de bouleau pour soulager les douleurs rhumatismales. Mais il serait incomplet de s’arrêter uniquement à ça, la thérapie par le bouleau étant beaucoup plus sophistiquée : « Les populations occupant le nord de l’Eurasie ont pour tradition de se fouetter de branches de bouleau tout en alternant des bains de vapeur et de chaleur sèche, avant de se frotter de neige » (4). Cela préfigure le bouleau comme grand nettoyeur dans l’élimination des toxines. Ce que confirme d’ailleurs la sagesse proverbiale russe pour laquelle le bouleau est un nettoyeur via le sauna, et un guérisseur – ce dont nous ne doutons pas. Outre qu’il donne la lumière par les torches qu’il fournit, on dit aussi de lui, en Russie, qu’il étouffe les cris, ce que ne saurait se comprendre sans quelques détails explicatifs : par l’écorce de cet arbre, on obtient une sorte d’huile résinoïde goudronneuse dont on oint les roues de chariot pour leur éviter de frotter et de « couiner », ce qui est assez rigolo puisque le bouleau nous évite de faire de même avec nos propres articulations quand elles sont sujettes à l’arthrose par exemple.
Au XIX ème siècle, le médecin autrichien Wilhelm Winderwitz met expérimentalement en évidence les indéniables et puissants effets diurétiques des feuilles de bouleau en traitant des patients souffrant d’œdème. Il observera une considérable augmentation du volume des urines émises et une baisse du taux d’albumine, sans aucune irritation rénale. Un siècle plus tard, Henri Leclerc précise encore davantage les contours du profil thérapeutique du bouleau, qu’il utilise chez les patients atteints de cellulite et présentant d’excessifs taux d’acide urique et de cholestérol dans le sang. A terme, les toxines sont résorbées, les nodules fibro-congestifs fondent.
Le bouleau est donc un sublime purificateur, un incomparable nettoyeur (en Europe centrale, ne confectionne-t-on pas à l’aide des rameaux de bouleau d’excellents balais ?) et il a l’avantage de faire ce grand ménage tout en douceur, bien qu’on en évitera l’usage en cas de maladies cardiaques ou rénales graves.

A propos de la sève de bouleau que nous avons plusieurs fois ponctuellement abordée dans cet article, nous pouvons dire qu’elle est depuis longtemps récoltée au début du printemps, on la buvait comme eau de jouvence. Elle décrasse l’organisme des impuretés et toxines accumulées durant l’hiver. Étonnant régénérant, elle peut être utilisée par chacun d’entre nous (sauf contre-indications). Ce liquide vital – la sève – apporte souplesse tant au niveau physique que psychologique. C’est la force vive de l’arbre chargée des éléments terrestres et célestes qui apporte vitalité au sortir hivernal.
A l’inverse, la dure écorce du bouleau est utilisée pour l’extraction d’une résine, le goudron de bouleau dont on se servait déjà au Néolithique (et même auparavant) pour réparer les récipients présentant des fissures et autres fêlures. Aujourd’hui, il est encore utilisé pour apprêter, parfumer et protéger les cuirs de Russie. On retrouve bien là la dimension protectrice et imputrescible de l’écorce de bouleau qui permet aussi de fabriquer des ustensiles et des canoës, de couvrir les huttes (5). Elle constitue aussi un excellent allume-feu dont l’efficacité s’avère réelle même lorsqu’elle est mouillée : cela s’explique par sa haute teneur en résine (j’ai appris cette astuce pour la première fois dans une bande dessinée de Yakari le petit Indien où l’ingénieuse Arc-en-ciel explique à ses deux compagnons, Yakari et Graine-de-bison, l’emploi de l’écorce de bouleau pour allumer du feu).

Des fleurs du bouleau, l’on tire un élixir floral que le docteur Bach n’aurait pas renié : il a néanmoins été établi selon sa méthode. Parce qu’on a fait « parler » l’arbre sur son caractère, l’on a pu en déduire les domaines d’action : aussi, ne soyons pas étonnés d’apprendre que cet élixir se destine aux personnes qui font exagérément preuve de comportements sclérosants, rigides qu’ils sont comme de l’écorce de bouleau, solides dans leurs prises de position, parfois trop comme le « papier » que l’on tire de cette écorce et dont la résistance s’explique par les goudrons qu’elle contient. Ce qui paraît, chez certaines personnes, un défaut, peut s’avérer, par ailleurs, fort utile, parce que, dans d’autres cas, sans cette écorce goudronneuse, de vastes pans de l’histoire nous seraient parfaitement inaccessibles. Nous avons vu, abordant Hildegarde, qu’elle appelait le bouleau bircka. L’allemand actuel birke ainsi que l’anglais birch rappellent, bien évidemment, cet ancien nom attribué au bouleau qui, selon l’étymologie, provient d’une racine beaucoup plus ancienne et lointaine : en sanskrit, le mot bhurga (6) qui désigne le bouleau, signifie aussi précisément « arbre dont l’écorce est utilisée comme support d’écriture » (7). Aussi, rendons grâce au goudron de l’écorce du bouleau, puisqu’un événement majeur a permis d’asseoir l’étymologie liée à cet arbre : sa « résistance à la pourriture a permis aux archéologues russes des découvertes historiques de première importance dans le sous-sol de Novgorod, ville située à 400 km à l’est de Moscou. Des centaines de documents intacts en écorce de bouleau furent récupérés à partir de 1951 à plusieurs mètres de profondeur, dans des couches archéologiques allant du X ème au XIV ème siècle. Les textes sont gravés au stylet sur la face intérieure de l’écorce. Écrits en vieux russe, ces textes ont considérablement contribué à la connaissance de cette époque. Le bouleau a ainsi joué dans les pays nordiques un rôle de support de communication comme le papyrus ou le palmier dans les pays chauds » (8). Témoin de signes gravés sur son écorce, le bouleau apparaît aussi chez les Celtes non pas comme support mais comme contenu.

« Le bouleau, qu’on appelait autrefois Arbre de la Sagesse (« Arbor sapientiae »), par allusion aux arguments frappants que fournissaient ses branches aux pédagogues pour inculquer les saines doctrines à leurs élèves »… (9). Fournier, plus prosaïque, explique : pour châtier les enfants turbulents. A la baguette ! Nous eussions apprécié qu’il s’agirait là d’un autre type de sagesse. Mais tout n’est pas perdu, il nous faut œuvrer pour la découvrir, ôter du corps de cet arbre à la fascinante beauté, cette première impression qui n’est qu’une illusion. Oui, le bouleau est bien un arbre de sagesse, mais pas seulement au sens où l’entendait – en le soulignant simplement – Henri Leclerc. Mais encore faut-il savoir dépasser l’odeur de fagot que suscitent certains épisodes de l’histoire du bouleau, en particulier s’ils sont considérés à travers les yeux d’un homme qui n’a rien de païen et que des pratiques éloignées des siennes peuvent surprendre. C’est ce qui apparaît très clairement dans Leclerc, faisant la lecture du médecin alchimiste Jean-Baptiste Van Helmont (1579-1644) : le bouleau « ne se montre pas moins puissant pour conjurer les incantations, notamment pour ‘dénouer l’aiguillette’ : il cite très sérieusement le cas de Karichterus [?] qui, victime d’un maléfice, s’exorcisa en expulsant le superflu de la boisson sur des balais de bouleau » (10). Ce qui, ma foi, m’apparaît fort intéressant. Comment douter, en effet, qu’on puisse faire intervenir un arbre comme le bouleau dans pareil cas ? Lui, le balayeur, comment ne pas croire qu’il est capable d’expulser ?

Selon l’alphabet celte des arbres, le bouleau débute l’année solaire par la lettre B, à cheval sur décembre et janvier (du 24 décembre au 21 janvier exactement ; l’année est découpée selon treize consonnes auxquelles on attribue 28 jours chacune). A cette position initiale, l’on fait écho par l’ogham Beith, c’est-à-dire celui qui concerne le bouleau et qui débute la séquence oghamique (laquelle s’achève par Ioho, l’if).
Le bouleau, qui entame ce premier cycle de 28 jours, soit une lunaison, prend donc place quelques jours après le solstice d’hiver : il ouvre donc, en quelque sorte, la porte solsticiale ascendante, cette étape temporelle où nous voyons, de nouveau, la durée du jour s’allonger progressivement. A cette renaissance du feu solaire, l’on a donc décidé d’associer, chez les Celtes du moins, le bouleau, dont l’immaculée blancheur n’a sans doute pas été étrangère à ce choix, d’autant plus pertinent si l’on considère un bouleau assez âgé : à la base noircie et charbonneuse de son tronc succède ces bandelettes d’horizon argenté : en levant le regard de bas en haut, l’on passe de l’obscurité à la lumière, selon un mouvement identique à ce qui se déroule lors du solstice d’hiver. Ainsi, le bouleau marque une étape, une naissance, un commencement (qui ne sont en fait que re-naissance et re-commencement, s’agissant de renouveau éternel et cyclique). Le bouleau initie donc ce mouvement, de même qu’il participe à l’initiation de l’apprenti chaman sibérien.
Parce qu’il est l’arbre de la lumière renaissante et grandissante, on a fait du bouleau un arbre patronné surtout pas des figures féminines : c’est le cas de Frigga, l’épouse d’Odin, mais ça l’est encore bien davantage avec la triple déesse hyperboréenne qu’est Brigit, et dont le nom provient d’une racine indo-européenne que nous avons déjà croisée : bhirg. Cette déesse porte donc en elle le nom même du bouleau, mais aussi des symboliques similaires : renaissance du feu solaire et de la végétation. Brigit, fille du Dagda, maternelle et tellurique, préside également aux accouchements (ce qui explique, entre autres, les berceaux fabriqués en bois de bouleau). Elle est donc porteuse de fécondité et de fertilité, et rappelle quelque peu le symbole juvénile et printanier qu’on associe au bouleau dans les contrées du nord de l’Europe. Si Beith, l’ogham du bouleau, appelle, tout comme Brigit, la féminité et l’aspect maternant, il ne s’applique pas qu’aux seules femmes, mais s’adresse à tous, qu’on soit homme ou femme (par exemple : excès de virilisation chez la femme, peu de place accordée au cerveau droit chez l’homme, etc.). Il s’agit, grâce à Beith, de faire naître quelque chose, au sens propre comme au sens figuré, quelle que soit sa forme, du reste : elle peut prendre celle d’un projet, d’une nouvelle activité, d’un intérêt quelconque. Cela peut être d’entrer dans une relation particulière avec quelqu’un ou une structure dépassant le cadre de l’individu (faire du bénévolat, participer activement à des projets collaboratifs et participatifs, etc.), afin de, peut-être, recréer, dans des circonstances bien différentes, une autre idée du foyer et de la famille, au sein desquels on se sent protégé, en sécurité : c’est faire croître ce genre d’idées que cherche à favoriser Beith. Bien entendu, si Beith exige de nous faire parvenir à tel ou tel échelon, à l’image du chaman apprenti gravissant son bouleau, il peut également nous interroger sur ce qu’il est bon de laisser en chemin, d’abandonner : les entraves et les influences néfastes issues de notre propre lignée familiale, par exemple. De faire le ménage, en définitive. Purifier, n’est-ce pas enlever quelque chose (ou quelqu’un) ? Beith invite donc à une purification qui peut être physique, psychique, énergétique, ou bien tous ces aspects à la fois. L’on sait que la purification passe par une mise en fuite. Cela s’exprime très bien avec le bouleau dont nous avons dit qu’il portait le nom de birch en anglais, s’approchant une fois de plus de la verge et du fouet, puisque, en anglais toujours, to birch signifie… fouetter !… Cela explique pourquoi autrefois on flagellait les condamnés, afin d’éloigner d’eux les sournoises influences tentatrices, de même pour les malades mentaux : ils étaient fustigés pour écarter d’eux les esprits mauvais qui, pensait-on, les jetaient dans cet état. Il n’est donc pas très surprenant de considérer le bouleau comme un arbre permettant l’exorcisme, comme nous l’avons vu précédemment : la tradition veut que l’on balaie avec un balai composé de rameaux de bouleau qui permet d’expulser, non seulement les poussières et autres balayures, mais aussi les miasmes et reliquats énergétiques qui traînent çà et là dans les coins : faire place nette afin de la laisser propre et dispos au renouveau qui pointe le bout de son nez.
Nous avons souligné un peu plus haut que l’if achevait le cycle oghamique entamé par le bouleau. Funéraire, l’if l’est sans hésitation. Mais il porte, semper virens, la vie éternelle. Au contraire, le bouleau, qu’on associe au recommencement, apparaît sous une vêture qui peut paraître plus funeste qu’elle ne l’est en réalité. La mythologie celte abrite un texte – le Kat Godeu ou Combat des arbres – dans lequel il est fait référence au bouleau. On y trouve ces deux vers : Le sommet du bouleau nous a couverts de feuilles/Il transforme et change notre dépérissement (autre traduction : Alors le faîte du bouleau nous couvrit de ses feuilles/Et métamorphosa notre aspect flétri). D’aucuns y ont vu une symbolique funéraire. Si tel est le cas, on peut se demander où elle peut bien se dissimuler. « Il transforme et change notre dépérissement »… C’est tout de même très énigmatique : est-ce une allusion au fait que le bouleau, par sa sève, permet de véritables cures de jouvence ? Les seules références claires et précises que l’on peut croiser à propos de l’utilisation du bouleau lors de rites funéraires se comptent sur les doigts d’une seule main : il est parfois arrivé de couvrir les dépouilles mortelles de rameaux de bouleau et de confectionner des bûchers funéraires de son bois. C’est à peu près tout, pas de quoi marteler l’aspect funéraire du bouleau avec insistance. Tout au plus est-il « l’artisan des transformations qui préparent le défunt à une vie nouvelle », comme on peut lire dans le Dictionnaire des symboles de Chevalier et Gheerbrant.
Résister et s’adapter. C’est ce qu’ont fait les bouleaux (ainsi que d’autres arbres à feuilles caduques comme l’érable et le chêne) qui se trouvent à proximité de la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine, site possédant l’histoire tragique que l’on sait. Contrairement au pin, le bouleau est beaucoup mieux loti face aux rayonnements car son génome est plus compact que celui du pin qui, lui, est voué à mutation : il voit sa croissance être ralentie, ses formes devenir de douloureuses arabesques. Même une fois mort, il ne peut pas trouver le repos, les radiations ayant drastiquement ralenti le processus de pourrissement de ses troncs, ce qui expose la zone alentour à de fréquents feux de forêt.

Les abords de la centrale de Tchernobyl, 32 ans après la catastrophe.

 

Le bouleau en phytothérapie

A l’image du frêne, le bouleau est un arbre dont on a tout fait ou presque. Il appert qu’en phytothérapie il en va de même puisqu’on utilise de cet arbre à peu près toutes les parties :
-Les feuilles quand elles sont jeunes : légèrement amères, d’odeur agréable (fraction aromatique : environ 0,05 % d’essence), elles contiennent une teneur variable de tanin (4 à 15 %), une saponine, des acides phénols, de la vitamine C, ainsi qu’un flavonoïde connu sous le nom de rutine : s’inspirant de celui de la rue (Ruta graveolens), on le rencontre aussi dans le sarrasin et dans… le frêne (ce qui renforce davantage le « cousinage » entre ces deux arbres).
-L’écorce (superficielle ; autrement dit le « papier blanc » qui couvre le tronc du bouleau horizontalement) se caractérise par une forte proportion (12 à 14 %) d’un glycol triterpénique, la bétuline, un corps résineux, la bétulalbine, enfin un triterpène, l’acide bétulinique. De cette écorce, l’on tire, par distillation sèche (pyrogénation), un « goudron », sorte d’huile résinoïde empyreumatique de couleur noire, au parfum de cuir et de fumée très prononcé. Puis on distille ce produit et l’on obtient une huile essentielle liquide, généralement de couleur jaunâtre, et dont la densité est supérieure à celle de l’eau (1,19 environ). Dans le commerce de détail de produits d’aromathérapie, on trouve essentiellement les huiles essentielles de bouleau noir (Betula nigra) et de bouleau jaune (Betula alleghaniensis), deux huiles majoritairement composées d’esters, de salicylate de méthyle principalement (99 %), ce qui les rapproche de l’huile essentielle de gaulthérie couchée.
-La sève : seule la sève ascendante est utilisée à des fins thérapeutiques. En effet, la sève descendante est dénuée de vertus diurétiques et dépuratives. La sève ascendante expurge, élimine, évacue, en un mot : éloigne. Plaisante au goût, acidulée, légèrement sucrée (11), elle contient des acides aminés et des sels minéraux (potassium, calcium, sodium, phosphore…).

Propriétés thérapeutiques

  • Diurétique puissant non irritant éliminateur des chlorures, de l’urée et de l’acide urique, dépuratif, régénérateur des tissus rénaux sans inflammation, antilithiasique
  • Antirhumatismal
  • Digestif, cholérétique, vermifuge
  • Détersif, vulnéraire, antidartreux, éclaircissant du teint
  • Fébrifuge, sudorifique
  • Stimulant
  • Désinfectant
  • Favorise la croissance des cheveux

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : inflammation et infection des voies urinaires, lithiase (rénale, urinaire), sable urinaire, colique néphrétique, urétrite, oligurie, embarras et catarrhe vésical (même opiniâtre), albuminurie, rhumatisme (musculaire, goutteux), goutte, arthrose, arthritisme
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : parasites intestinaux, lithiase biliaire
  • Troubles de la sphère circulatoire : varices, artériosclérose, hypertension
  • Troubles de la sphère respiratoire : inflammation des voies respiratoires, dyspnée
  • Affections cutanées : dartre, eczéma, éruption psorique, vieil ulcère, croûte de lait, dermatose, plaie, furoncle, érythème, transpiration excessive des pieds
  • Purification de l’organisme et excrétion : diminuer le volume des tissus dans les jambes, le ventre, les seins, anasarque (œdème généralisé), œdème, œdème des cardio-rénaux (avec troubles associés : vertige, céphalée, « mouches volantes »), rétention d’eau, hydropisie, hypercholestérolémie, azotémie et hyperazotémie (rétention de l’urée dans le sang), abcès, adénite
  • Fièvre intermittente

Modes d’emploi

  • Infusion longue de feuilles (il est possible d’en faire le même usage courant que le thé des centenaires).
  • Décoction concentrée de bourgeons.
  • Décoction concentrée d’écorce.
  • Macération vineuse (vin rouge) d’écorce des jeunes rameaux.
  • Macération huileuse de bourgeons.
  • Bain de feuilles de bouleau : compter quatre poignées de feuilles en décoction dans un litre d’eau jusqu’à ébullition. Baisser le feu, laisser frémir pendant dix minutes. Filtrer. Verser le tout dans une baignoire adéquate. On peut procéder de même avec les bourgeons.
  • Teinture-mère.
  • Sève en cure.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : bourgeons, sève et écorce se prélèvent dès la fin de l’hiver, en février-mars environ, soit avant l’apparition des feuilles qui, elles, se ramassent un peu plus tardivement, en mai et en juin, en considérant, lors de la cueillette, uniquement les feuilles les plus jeunes. Au sujet de la sève, délivrons la manière d’opérer telle que décrite par Pierre-François Percy en 1826 : « Dès les premiers jours de mars, on va dans la forêt voisine choisir un bouleau de moyenne taille, on y fait avec une vrille grosse comme une plume à écrire, un trou horizontal à la hauteur de trois ou quatre pieds du sol ; dans ce trou, un peu profond, on place un tuyau de paille qui sort de trois ou quatre travers de doigt, pour servir de conducteur à l’eau qui va s’écouler au-dessous et à terre ; on dispose un récipient quelconque que l’on couvre d’un linge clair et propre, afin d’arrêter les petits insectes ou les ordures qui pourraient y tomber. Ce récipient se remplit bientôt ; on ne fait cette perforation qu’une ou deux fois sur le même arbre, et, au bout de peu de jours, on passe à un autre, afin de ne pas trop le fatiguer. On a soin, quand on a fait ce changement, de boucher le trou avec un fosset, sans quoi le bouleau, continuant à donner plus ou moins d’eau, souffrirait, sans toutefois en périr, tant cet arbre est dur et vivace » (12).
  • Du bouleau, selon comment il est apprêté, on tire quantité de couleurs tinctoriales : brun, jaune, noisette, fauve, mordoré, vert, etc.
  • Les petits feuilles très tendres du bouleau peuvent s’ajouter en petite quantité à une salade ; les bourgeons, que la cuisson rend croustillants, sont, paraît-il, un véritable régal. Cependant, le bouleau est mieux connu pour sa sève dont on forme, en Suède, une sorte de « miel », ainsi que le « vin » et le « champagne » de sève de bouleau, comme cela se faisait encore autrefois dans le Nord de la France. Quant à l’écorce blanche du bouleau, elle entrait dans la composition d’une boisson fermentée assez proche de la bière. Il y a donc plus à boire qu’à manger dans le bouleau.
  • Autres espèces : le bouleau flexible ou merisier rouge (B. lenta), le bouleau à papier (B. papyrifera), le bouleau pubescent (B. pubescens), le bouleau nain (B. nana), le bouleau blanc de l’Himalaya (B. utilis), etc.
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    1. L’histoire de leur interrelation ne date pas d’hier. En effet, dans la nature, ont été mises en évidence des interdépendances d’arbre à arbre. C’est le cas entre le pin douglas (Pseudotsuga menziesii) et le bouleau en Amérique du Nord. Lorsqu’on a commencé a étudié ce phénomène, on a temporairement conclu que l’échange n’était pas équivalent du pin au bouleau, que ce dernier donnait plus qu’il ne recevait durant la belle saison. En approfondissant, on s’est rendu compte que ce phénomène s’inversait durant l’hiver, que c’était le pin qui prenait le relais. Ainsi, à tour de rôle, chaque arbre pourvoie aux besoins de celui qui est le plus faible par le biais d’échanges interacinaires renforcés par mycorhization, c’est-à-dire grâce aux mycéliums invisibles, parce que souterrains, de certains champignons qui tracent des lignes de communication de racine à racine. Parfois, explique Jean-Marie Pelt, « la belle symbiose frôle le parasitisme » ou, ajoutons-nous, le devient. Il en va de même chez l’être humain du reste.
    2. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 145.
    3. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 47.
    4. Claudine Brelet, Médecines du monde, p. 100.
    5. Très présente dans l’économie domestique dans le nord de l’Europe, l’écorce de bouleau permet la confection ingénieuse de multiples objets : corbeilles et corbillons, souliers, cordes, filets, ustensiles de cuisine, conduites d’eau, « bougies ». Quant au bois de bouleau, outre les balais et verges bien connus, on l’emploie pour fabriquer des jantes de roue, des arceaux, des sabots.
    6. De là proviennent également les beto et betul de langue celte, le latin betula, etc.
    7. Larousse des plantes médicinales, p. 178.
    8. Michel Faucon, Traité d’aromathérapie scientifique et médicale, p. 374.
    9. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 52.
    10. Ibidem, pp. 52-53.
    11. Ce goût sucré provient de la présence d’une petite quantité de sucre (0,5 à 2 %) qu’autrefois l’on s’est parfois échiné à extraire de cette sève, sans succès, ce sucre n’étant pas cristallisable.
    12. Pierre-François Percy, Opuscule de médecine et de chirurgie, pp. 111-112.

© Books of Dante – 2019

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4 réflexions sur “Le bouleau (Betula pendula)

  1. Bonjour,
    Je suis surprise de voir que vous préconisez la sève descendante. Celle-ci est produite par la photosynthèse jusqu’en automne ors en février il n’y a pas encore de feuilles. La sève ascendante est abondante au tout début du printemps et j’ai toujours vu faire la récolte à ce moment là. Avez-vous employez par erreur un mot pour un autre?
    Merci pour tout les informations que vous nous donnez régulièrement
    Cordialement

    Aimé par 2 personnes

    • Bonjour ! Holà, oui, c’est comme de confondre la gauche et la droite, au bout du compte on n’y comprend plus rien. Je vous remercie d’avoir pointé du doigt cette boulette que je vais m’employer à corriger de ce pas. Belle journée à vous, Gilles.

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