Le gaillet jaune (Galium verum)

Synonymes : gaillet vrai, galliet, gallait, caille-lait, caille-lait jaune, caille-lait officinal, bon sang, petit muguet, herbe de la saint Jean, herbe à la Vierge.

J’ignore si les paroles les plus anciennes font toujours autorité, mais il s’avère que du temps de Dioscoride puis de Galien l’on professait déjà des traits caractéristiques propres au gaillet jaune érigés comme des évidences. C’est ainsi qu’on le considérait comme apte à arrêter l’écoulement du sang, bien que cela ne soit pas là sa principale prérogative. (Aujourd’hui, c’est tout juste si on lui reconnaît une aptitude à endiguer les saignements de nez. Il est, à ce titre, beaucoup plus efficace pour guérir les brûlures et, surtout, les blessures.) Son nom même, gaillet, fait référence à une autre de ses propriétés, non médicinale cependant : gaillet = « gaille-lait » = caille-lait. Depuis au moins 2000 ans, l’on se sert de cette plante comme de présure végétale, une idée qui trouvera ses détracteurs tels que Parmentier et Déyeux pour qui le gaillet n’avait strictement aucun rôle à jouer là-dedans, contrairement à Roques dont l’opinion est bien plus subtile et nuancée. En Angleterre, le caille-lait est, dit-on, loin d’être utilisé pour coaguler le lait, mais il est cependant employé pour apporter une coloration et un parfum particulier aux fromages du comté de Chester. Jouxtant le Pays de Galles, cette région anglaise s’appelle depuis le Cheshire où sévit un certain chat inventé par Lewis Carroll… Les Anglais appellent néanmoins cette plante cheese rennet, littéralement : « présure de lait ». Tout semble tourner autour du lait, jusqu’au mot gaillet lui-même que l’étymologie fait émaner du grec galion et du latin gala, « lait », ce qui nous mène tout droit au mot galactogène qui désigne une propriété à même d’activer la sécrétion lactée. Or, dans tous les cas précédents, on donne le gaillet comme une plante censée figer, en somme, un liquide (le sang d’une blessure, le lait, etc.), chose très étonnante que de le voir jouer une fonction soi-disant galactogène, c’est-à-dire d’activer la mobilité du lait. Mais l’on n’est pas obligé de réagir à ce que dirent les Anciens. Matthiole, dans ses commentaires sur Dioscoride, ne fait en aucun cas allusion au gaillet caille-lait : de son temps, cet usage en tant que présure était inconnu des bergers italiens qui utilisaient pour cela une autre plante, la carline.
L’idée de fixité transparaît aussi dans la propriété antispasmodique du gaillet jaune : il concentre et densifie les mouvements, il fige donc le désordre si l’on peut dire. C’est sans doute cette qualité qui le fit indiquer pour une affection qui est, de cette agitation, l’avatar : l’épilepsie. Et nombreux ont été les praticiens à l’avoir conseillé dans ce but (Murray, Mérat, Emmanuel Koenig…), réputation qui sera à l’origine de l’élaboration de compositions magistrales à visée anti-épileptique (élixir de Larnage, élixir de Taillote…). Plus probable fut sans doute la capacité dépurative du gaillet jaune que souligne le surnom de « bon sang », plante destinée à « ceux qui se feraient justement du ‘mauvais sang’ » (1), au sens propre comme au figuré.

Du niveau de la mer jusqu’à 2000 m d’altitude, il est très possible de croiser le chemin de cette plante fréquente partout en France sur prairie, pelouse, lande, talus, haie, bordure de route, tout autre sol sablonneux, rocailleux, gravillonneux.
Vivace, se propageant par racines traçantes, grêles, de couleur rouge orangé, il peut arriver au gaillet jaune de stolonner. Dressée ou presque rampante, cette plante très ramifiée possède une hauteur variable de 20 à 70 cm, parfois davantage. Ses tiges quadrangulaires, presque rondes, portent de courtes feuilles vert bleuté verticillées par 8 à 12, si petites qu’il faut y regarder de plus près pour s’assurer qu’elles sont poilues sur leurs faces inférieures et que leur bordure est un peu enroulée, à la manière d’une chips en train de se faire dorer les flancs au four. Dès le mois de mai, et jusqu’en septembre, a lieu la floraison qui prend la forme de panicules très denses, comptant de nombreuses petites fleurs jaune d’or (parfois jaune verdâtre) à quatre pétales courts, très odorantes, formant à fructification des akènes groupés par deux comme c’est souvent le cas chez les gaillets.

Le gaillet jaune en phytothérapie

Cette plante contient-elle un principe végétal se rapprochant de la présure et, si oui, quel est son mode d’action ? Voici la question casse-tête qu’on s’est assénée jusqu’au XIX ème siècle sans que, toutefois, une unanimité ait été atteinte. Le XX ème siècle, pour lequel la question importait peu ou était considérée comme résolue, prit la peine de dépasser cet écueil fromager, un caesus belli presque !… Le hic, c’est que pignoter le même bout de gras ne permet pas toujours de voir au-delà d’une anecdote qui se pose comme une énigme proposée par le Sphinx !
On reconnaît maintenant la présence d’un « quelque chose » (une enzyme du nom de chymosine) qui fait plus ou moins bien cailler le lait dans le gaillet (mot qui est la contraction de caille-lait), une prouesse qui opère selon des facteurs dont nous parlerons plus bas. Il eut été plus judicieux de concentrer son attention sur un aspect qui n’a rien du mirage : le pouvoir odoriférant du gaillet jaune est très puissant, d’autant si l’on en croise une colonie sous le chaud soleil de juillet. Il s’agit d’un parfum lourd et sucré, miellé, dont une essence aromatique est responsable. Mais à ce sujet, silence radio. Elle est composée à hauteur de 50 % par deux molécules (squalène, cis-3-Hexen-1-ol).
Fidèle à la famille des Rubiacées, le gaillet jaune présente à l’analyse des iridoïdes (aspéruloside) et des anthraquinones. N’oublions pas les flavonoïdes et les alcanes. Au rang des substances plus courantes, nous trouvons des acides (galotannique, citrique, gallique), du tanin, du potassium. La racine, peu usitée en phytothérapie, recèle un pigment rougeâtre que nous évoquerons ultérieurement. La phytothérapie, elle, s’attache bien davantage aux parties aériennes fleuries, à l’amertume légère et à la saveur astringente et acidulée.

Propriétés thérapeutiques

  • Sédatif, antispasmodique
  • Sudorifique, dépuratif rénal et hépatique, diurétique léger
  • Galactogène (?)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : obstruction du foie, lithiase biliaire
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : lithiase urinaire et rénale, cystite, rétention d’urine, hydropisie, oligurie
  • Affections cutanées : plaie, plaie cancéreuse, ulcère rebelle, ulcère d’aspect cancéreux, dartre invétérée, eczéma, psoriasis, dermatose rebelle, gale, tumeur ganglionnaire ulcérée, autres inflammations et éruptions cutanées
  • Obstruction des glandes mésentériques
  • Troubles du système nerveux : nervosité, irritabilité, angoisse, palpitations, insomnie légère, migraine et/ou gastralgie d’origine nerveuse, hystérie (plus précisément : « petits accidents de l’hystérie » selon Leclerc), épilepsie (?) : le gaillet jaune possède une longue et très ancienne réputation d’anti-épileptique, mais il a été plus souvent en usage à travers les affections nerveuses mineures en général. Dans ces cas-là, on ne le considère nullement comme une panacée, tout juste comme un auxiliaire.

Modes d’emploi

  • Infusion de sommités fleuries.
  • Décoction de sommités fleuries.
  • Poudre de feuilles sèches.
  • Suc frais de sommités fleuries.
  • Teinture-mère.
  • Feuilles froissées en application locale.
  • Onguent.
  • Eau distillée.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte et séchage : écoutons ce qu’en dit Cazin : « On doit le récolter lorsqu’il est en fleur et par un beau temps. Disposé en guirlandes, on le fait sécher promptement, pour le conserver ensuite dans des boîtes et à l’abri de la lumière. Ses fleurs noircissent, et il perd de ses propriétés en vieillissant. Comme on peut se le procurer facilement, on fera bien de ne pas le garder au-delà d’un an » (2), ce qui oblige de n’en pas cueillir plus qu’il est besoin. Alors qu’on considère généralement que les mois de récolte courent de juin à septembre, on préconise parfois de cueillir le gaillet jaune juste au moment où il fleurit, avant libération du pollen. Quand il s’agira de « s’enherber », on ramassera le gaillet jaune au printemps en compagnie d’autres plantes dépuratives, et les racines, si besoin est, à l’automne.
    Note : le gaillet jaune, particulièrement odorant lorsqu’il est frais, prend, en séchant, un parfum peu avenant, contrairement à l’aspérule qui développe tous ses arômes grâce à la dessiccation.
  • Ferment lactique : pour Lieutaghi, la chose est simple : « Il suffit de faire infuser quelques sommités fraîches, contuses, dans le lait tiède qui ‘prend’ plus ou moins vite selon la température ambiante » (3). Plus précisément, il faut compter 15 à 20 g de ces sommités fleuries fraîches (ou 5 g à l’état sec) pour un litre de lait. Bien sûr, ce ferment lactique qui donne une teinte jaune et un arôme délicat au fromage, agit parfois de façon aléatoire, en premier lieu en fonction de sa concentration dans la plante utilisée.
  • Matière tinctoriale : le gaillet possède un point commun à de nombreuses Rubiacées : une racine tinctoriale permettant d’obtenir une teinture rouge orangé sur la laine. Abondant dans les espaces septentrionaux, le gaillet jaune y fut souvent utilisé dans ce but en lieu et place de la garance, non seulement absente de ces zones (Islande, Écosse, Laponie…), mais surtout hors de prix. Cependant, le pouvoir tinctorial de ce gaillet apparaît moindre que celui de la garance, à moins qu’il faille, là encore, compter sur une question de concentration et de mode opératoire. A ce titre, voici ce que suggère Cazin : « La racine, arrachée au printemps ou à l’automne, bien nettoyée et disposée en couche avec la laine filée, ensuite bouillie avec la petite bière, teint la laine en rouge » (4) Au tour de Thierry Thévenin de proposer dans un ouvrage plus récent (il a tout juste dix ans) un modus operandi différent : « Vous devez par exemple utiliser 500 grammes de cette racine finement moulue pour un petit litre de bain de teinture, orange saumoné, que vous pouvez toutefois renforcer, selon l’antique recette persane, avec… du yaourt séché » (5). C’est à croire que le gaillet jaune n’est pas prêt à nous voir changer de crèmerie !…
  • Autres espèces : le gaillet blanc (Galium mollugo), le gaillet gratteron (Galium aparine), la croisette (Galium cruciata), le gaillet dressé (Galium album), etc.
    _______________
    1. Thierry Thévenin, Les plantes sauvages : connaître, cueillir et utiliser, p. 195.
    2. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 217.
    3. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 250.
    4. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 217.
    5. Thierry Thévenin, Les plantes sauvages : connaître, cueillir et utiliser, p. 195.

© Books of Dante – 2018

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