Les épilobes (Epilobium sp.)

épilobe en épi (Chamerion angustifolium)

On compte environ une quinzaine d’épilobes en Europe, mais, malgré ce nombre, ces plantes ont été relativement peu traitées par la phytothérapie et par toute autre discipline dont l’objet principal réside dans la plante. Pour offrir au lecteur un article digne de ce nom (bref mais digne), il m’aura fallu agréger des données émanant de sources diverses et portant sur plusieurs épilobes différents, chose bien nécessaire car parler des épilobes aujourd’hui semble être un véritable chemin de croix, et d’ailleurs, l’année dernière je crois, j’ai refusé de rédiger un article à propos de ces plantes à la demande d’un lecteur du blog parce que les informations disponibles m’apparaissaient trop faméliques pour tirer avantage d’aussi peu. A l’heure qu’il est, je ne peux dire que j’ai tiré le gros lot, mais j’ai bien plus sous le coude qu’autrefois.
Pourquoi connaissons-nous les vertus de l’épilobe à l’heure actuelle en France ? Parce que cette plante a été redécouverte par une herboriste autrichienne, Maria Treben (1907-1991), dont les livres se sont vendus par millions en plusieurs langues dont le français, c’est pourquoi certains lecteurs hexagonaux ont pu alors prendre connaissance de ce que disait Maria Treben au sujet d’un épilobe, celui dit « à petites fleurs » (Epilobium parviflorum). Parce que du côté des auteurs français à la même époque, c’est peau d’balle, nada, niet, niente. Pas un mot chez Cazin, Leclerc, Botan, Valnet ; à peine trouve-t-on une misérable poignée de lignes à propos des épilobes chez Fournier. Une telle maigreur informative doit sans doute tenir au fait que « c’est pas des plantes de chez nous ». Que nenni, mon brave. Je rappelle, pour plus de sûreté, le titre de l’ouvrage de Paul-Victor Fournier où j’ai déniché ces quelques informations : Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France. De France. D’ailleurs, penchons-nous sur un épilobe très fréquent en France, l’épilobe hirsute ou hérissé (Epilobium hirsutum), qui n’est pas, à proprement parler, une rareté qui expliquerait que la plupart des auteurs phytothérapeutes soient complètement passés à côté, d’autant que l’épilobe hérissé n’est pas une plante naine, atteignant parfois deux mètres de hauteur à plein développement, et s’épanouissant entre 0 et 1500 m d’altitude. Autant dire que cet épilobe n’occupe pas une niche écologique accessible aux seuls bouquetins ! Pour peu qu’on folâtre auprès des berges humides, des fossés (sans y tomber, ah ah !), des rivières alluvionnaires ou des – accrochez-vous – « ripisylves d’aulnaies glutineuses », enfin dans tous ces endroits plus ou moins marécageux dans lesquels se plaît aussi la menthe aquatique, il est possible de croiser l’hirsute épilobe, qui doit cette pilosité à au moins deux raisons : non seulement c’est une plante velue voire carrément poilue, mais par sa vertu colonisatrice, elle est très envahissante : un long rhizome souterrain qui jette et surjette de partout explique le caractère « plante-à-barbe-difficile-à-tondre » de l’épilobe qui, dans son nom même – épi – trouve encore le moyen de s’orner de cheveux ! Ce côté filandreux, filamenteux, etc., fut même exploité durant la Première Guerre mondiale où la désobligeance fut telle qu’on imagina de traiter les fibres contenues dans les tiges de l’épilobe pour en faire, sans trop de succès, un ersatz de toile de jute. Solitaires, perchées sur un long pédoncule, les fleurs rose pourpre à rose vif de l’épilobe hirsute apparaissent à l’aisselle des feuilles de juillet à septembre. D’assez grande taille (20 à 25 mm), ces fleurs aux quatre pétales fortement échancrés forment un ovaire très allongé s’ouvrant à maturité, laissant alors échapper de petites graines brunâtres équipées de soies blanches, aigrettes dont on aurait bien voulu faire un succédané du coton au XVIII ème siècle, mais là encore, sans réussite pérenne.

épilobe hirsute (Epilobium hirsutum)

Les épilobes en phytothérapie

Racines, parties aériennes, sommités fleuries : selon les espèces, on a le choix de la partie végétale utilisable en phytothérapie. En l’occurrence, les racines pour Epilobium angustifolium, les sommités fleuries ou les seules feuilles pour Epilobium hirsutum. Les études manquent à l’appel, à peine est-il possible de donner quelques noms de composants biochimiques : du tanin, des sucres, du mucilage, une huile, des matières pectiques, des flavonoïdes… Cela reste bien peu de chose, et je comprends que cela puisse laisser quelque peu sur sa faim…

Propriétés thérapeutiques

  • Astringent, résolutif
  • Anti-inflammatoire, émollient
  • Anti-oxydant
  • Dépuratif sanguin, antiscrofuleux

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : affections rénales, affections vésicales, prostatite, adénome prostatique, cancer de la prostate
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : gastro-entérite, colite, autres inflammations intestinales, diarrhée
  • Aphtes
  • Troubles cutanés, irritations de la peau, furoncle, brûlure

Note : ces dernières indications concernent prioritairement l’épilobe à feuilles étroites (ex Epilobium angustifolium, aujourd’hui Chamerion angustifolium) que l’on surnomme des manières suivantes : osier de saint Antoine, laurier de saint Antoine, herbe de saint Antoine, antoinette… Quel rapport l’épilobe à épi entretient-il avec ce saint ? Est-ce médicinal ou tout autre chose ? Pour le savoir, penchons-nous sur sur ce saint thaumaturge dont l’hagiographie nous apprend, justement, qu’il était invoqué pour soigner les maladies de peau. C’est ce saint qui a donné son nom au mal des ardents, autrement dit le feu Saint-Antoine qui n’est pas, comme je l’ai lu dans je ne sais plus quel bouquin peu renseigné une « sorte de gale ». Non, c’est bien pis que ça. Si seulement ça n’était qu’une sorte de gale, les victimes de l’ergotisme s’en seraient trouvées bien.

Modes d’emploi

  • Infusion de sommités fleuries.
  • Décoction de racines.
  • Onguent, emplâtre, cataplasme (à base de feuilles).

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : l’on peut ramasser les tiges entières que l’on tronçonne ou effeuille avant séchage. Ou bien l’on cueille uniquement les feuilles sur pied, du mois de mai jusqu’au mois de septembre.
  • Les jeunes feuilles d’épilobe sont comestibles crues comme cuites ; accompagnées des fleurs, l’on peut en faite un « thé », comme cela se pratique en Russie.
  • Autres espèces : épilobe quadrangulaire (Epilobium tetragonum), épilobe des montagnes (E. montanum), épilobe des marais (E. palustre), épilobe à petites fleurs (E. parviflorum), etc.

© Books of Dante – 2018

épilobe des marais (Epilobium palustre)

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