La passiflore (Passiflora incarnata)

Synonymes : passiflore purpurine, fleur de la passion, pomme grenadille, granadelle.

Lorsque les colons européens rencontrèrent pour la première fois une fleur de passiflore, il est permis de penser que – abasourdis face à tant de beauté – ils n’aient pas eu le temps ni le désir de s’enquérir de ses propriétés curatives. Personnellement, lorsque je vois une toile qui me plaît dans une galerie, je rechigne généralement à demander si c’est de l’aquarelle ou du fusain (sauf si j’ai l’impression que l’on me raconte des histoires ^^). Si tel est cas, je n’en ai découvertes nulle part, hormis le rapport des colons au sujet des emplois qu’en firent les autochtones à cette époque. Nous savons, par exemple, que la tribu des Algonquins fit accéder une passiflore au rôle de tranquillisant dans leur pharmacopée, une vertu qui, semble-t-il, n’a pas effleuré l’esprit de beaucoup avant longtemps. D’autres Amérindiens se servaient de la plante pour soulager les yeux gonflés et irrités, et la racine comme tonique général. Et, bien avant cela, cette passiflore (si ce n’est pas elle, c’est donc sa sœur) était cultivée dans les jardins à l’époque des grands souverains aztèques tels que Moctezuma. Bien qu’introduite en Europe au XVII ème siècle, la passiflore n’est pas regardée (tout comme le tabac) comme autre chose qu’une ornementale, ne nous étonnons donc pas que son histoire thérapeutique soit relativement récente sur l’ancien continent, surtout que ce n’est qu’en 1867 qu’est mentionnée pour la première fois l’action sédative de la passiflore par un médecin américain du nom de Phares (une lumière !), corroboré par Stapleton en 1904. Ces découvertes pharmacodynamiques n’ont dont rien d’européen, bien qu’elles aient été importées d’Amérique septentrionale jusque vers l’Europe, où la passiflore fut, très tôt, bien accueillie, si j’en juge par sa présence dans Leclerc et Botan (première moitié du XX ème siècle).

Vivace semper virens, la passiflore est une plante herbacée aux longues vrilles : une liane dirons-nous pour faire plus simple et dont la longueur avoisine les dix mètres. Ses tiges ligneuses, striées, grisâtres, portent des feuilles alternes et trilobées, finement dentelées, à l’aisselle desquelles de grandes fleurs (10 cm) solitaires s’épanouissent. Grimpante, la passiflore s’entortille partout grâce à ses vrilles à ressort en anneaux serrés, bien moins lâches que ceux de la vigne. Ses fruits pendants marquent un peu plus de langueur dans l’allure générale de cette plante habituée à fournir de gros efforts pour se hisser toujours plus haut : ces baies, de couleur orangée, sont en effet grosses comme des œufs !
Nécessitant des sols moyennement fertiles, ensoleillés ou à mi ombrage, la passiflore est ainsi fréquente dans la portion sud des États-Unis, de la Virginie à la Floride, mais également dans les terrains secs et buissonneux du Mexique et de l’Amérique du Sud. Partout ailleurs, elle est cultivée dès que le climat le lui permet (il y en avait une chez ma grand-mère dans le sud de la Drôme), c’est pourquoi elle est devenue habituelle dans le Midi ainsi qu’en Italie.

Cette plante grimpante est aussi connue sous le nom de fleur de la passion. Mais c’est une passion qui n’a pas grand-chose à voir avec le sentiment de vive exaltation que l’on peut éprouver pour quelque chose ou, bien plus souvent, quelqu’un. La passiflore n’a donc rien d’aphrodisiaque. Si elle a été nommée ainsi, c’est grâce à l’imagination fertile de missionnaires jésuites qui « reconnurent » dans la couronne de franges centrales de la fleur la couronne d’épines de la crucifixion, passion du Christ renforcée par des appendices végétaux évoquant les trois clous de la croix et le marteau ayant été employé pour les enfoncer. D’aucuns y virent bien davantage encore : le volumineux ovaire de la fleur fait figure d’éponge imbibée de vinaigre, les cinq étamines rouges évoquent les cinq plaies du Christ et les vrilles les lanières du fouet ; l’on a même hasardé l’hypothèse que l’union des cinq pétales et des cinq sépales de la fleur représentait les dix apôtres, une fois Judas et Pierre retirés de la liste. Mais je crois qu’on va arrêter là, je pense que ça va finir par se voir qu’il y a eu comme une assez grosse exagération, hum ^^. Bref. Tout cela fit dire à nos missionnaires que cette plante incarnait, pour eux, la passion du Christ, d’où son nom latin de Passiflora incarnata, bien pratique quand on débarque dans une zone pour l’évangéliser, une fleur pareille ne pouvait être que le signe de la présence du divin. C’est probablement d’une partie de l’ensemble de ces signatures dont on s’est inspiré pour élaborer, à la manière du docteur Bach, un élixir floral à base de fleurs de passiflore : il permet de considérer la vie avec calme et sérénité, apaisant par là les gens nerveux et inquiets. Il apporte stabilité et élimine la confusion émotionnelle, favorisant l’ouverture de l’esprit vers des niveaux supérieurs de conscience. Enfin, renforçant la compassion, il permet de supporter plus aisément les épreuves difficiles que l’existence se charge de placer sous nos pas…

La passiflore en phytothérapie

Les fleurs de cette plante ont beau être monumentales et ornementales, ça n’est pas d’elles dont on se sert en pratique phytothérapeutique, mais du feuillage et des tiges ligneuses encore fraîches. En terme de composition biochimique, la passiflore est bardée de nombreux constituants, mais, plante casse-tête comme elle l’est, elle n’a pas encore révélé l’étendue de ses secrets (parfois, je me dis que ce n’est pas plus mal que de faire la nique à ces chimistes qui veulent tout disséquer). L’on a cependant pu déterminer la présence de flavonoïdes (du lutéol et de l’apigénine anti-inflammatoire), des acides phénols, des phytostérols, une essence aromatique caractérisée par un parfum de coumarine et du maltol à l’odeur de sucre caramélisé. Achevons cette liste avec des hétérosides cyanogénétiques (gynocardine entre autres) et des alcaloïdes dits indoliques du groupe des harmanes : l’harmine et l’harmaline, caractérisant toutes les deux un autre genre de liane sud-américaine du genre Banisteriopsis dont on se sert pour confectionner le yagé, boisson plus connue sous le nom d’ayahuasca, et présents également dans l’iboga africain (Tabernanthe iboga).

Propriétés thérapeutiques

  • Calmante du système nerveux central, sédative légère, anxiolytique, hypnotique légère, inductrice du sommeil
  • Régulatrice cardiaque, sédative cardiovasculaire, hypotensive
  • Antispasmodique
  • Relaxante musculaire

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère cardiovasculaire : éréthisme cardiaque, hyper-excitation cardiaque, palpitations, hypertension
  • Troubles du système nerveux : émotivité, nervosité, stress, anxiété, angoisse, angoisse de guerre, névrose, hystérie, neurasthénie, surmenage intellectuel, excitation cérébrale (tout cela pouvant entraîner =>)
  • Troubles chroniques ou passagers du sommeil, insomnie
  • Spasmes : asthme, épilepsie, crampe musculaire, maux de tête, rage de dents, douleurs menstruelles
  • Irritation intestinale
  • Brûlure et irritation cutanée
  • Troubles de la ménopause (bouffées de chaleur, irritabilité, etc.)

Modes d’emploi

  • Infusion de plante sèche ou fraîche : compter 20 g de plante en contact pendant 15 mn avec un litre d’eau, à raison de deux tasses par jour dont une le soir une heure avant le moment prévu du coucher.
  • Alcoolature de plante fraîche.
  • Teinture-mère.
  • Macération vineuse de plante fraîche.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Éviter la consommation de passiflore durant la grossesse est parfois recommandé (ou, du moins, en continuer l’emploi en abaissant les doses). Bien que n’impliquant pas de phénomènes d’accoutumance, la passiflore, à doses inadaptées, peut causer de la somnolence et des troubles de la conscience. « On pourra utiliser avantageusement la plante pour remplacer les hypnotiques et autres barbituriques qui agissent, pour la plupart, en provoquant une forme de coma, sorte d’intoxication cérébrale, qui laisse une désagréable sensation d’hébétude » (1). Tout au contraire, comme l’expliquait Leclerc bien plus tôt, « les malades qui en ont fait usage se réveillent aussi dispos qu’ils l’étaient au moment de s’endormir, conservant toute leur lucidité, toute leur faculté de penser, de parler et d’agir » (2).
  • Il est possible de potentialiser les effets de la passiflore en l’associant avec une ou plusieurs plantes à visée identique parmi lesquelles nous nommerons : le coquelicot, la valériane, le houblon, l’aubépine, la ballote fétide, le lotier corniculé, l’aspérule odorante, la mélisse, la verveine citronnée, le tilleul, les fleurs d’oranger, etc.
  • Les fruits de la Passiflora incarnata, ovales et juteux, contiennent une pulpe blanchâtre, parfumée et comestible. Cependant, certaines espèces de passiflores sont expressément cultivées pour leurs fruits (P. ligularis, P. laurifolia, P. mollisima, etc.), alors que celle qui produit ce que nous nommons « fruits de la passion » se trouve être P. edulis.
  • Récolte : tous les praticiens ne sont pas d’accord au sujet de la période de l’année à laquelle elle doit se dérouler. Certains prétendent que les feuilles et les rameaux peuvent être cueillis l’année durant (mais il faut leur faire observer que cela n’est possible qu’en fonction d’un climat relativement clément). D’autres sont bien plus précis et avisés : en mai et en juin, ou bien à floraison dans un premier temps, puis à l’époque de la fructification.
    _______________
    1. Fabrice Bardeau, La pharmacie du bon Dieu, p. 208.
    2. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 295.

© Books of Dante – 2018

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