Le sceau-de-Salomon (Polygonatum multiflorum)

Synonymes : faux muguet, muguet anguleux, muguet de serpent, herbe aux panaris, herbe à la forçure, genouillat, grenouillet, etc.

Il y a, chez le sceau-de-Salomon, comme une attitude révérencielle qui ne confine cependant pas à la crainte : voyez, en effet, comme les tiges de cette plante ont une aptitude à s’incliner, non parce que ses fleurs les alourdissent tant, ni qu’elle ploie sous le poids d’une trop lourde charge. Gracile et délicate, elle ne donne pas pour autant l’impression d’être en position inconfortable. Si l’on suit du doigt l’arc dessiné par une tige en dirigeant notre mouvement vers la terre, l’on peut deviner la partie souterraine du sceau-de-Salomon. Mais, pour mieux se rendre compte de son aspect général, il est préférable de déterrer entièrement son rhizome qui s’allonge, chaque année, formant une tige nouvelle, puis, plus tard, quand la plus ancienne vient à tomber – parce que tout finit par tomber –, elle abandonne sur le rhizome une trace de sa présence, une empreinte circulaire de son passage, comme un signet, un sceau que l’on aurait imprimé dans de la cire encore chaude et liquide, à l’image de ceux qu’on utilisait autrefois pour cacheter les lettres et en dérober le contenu aux messagers. Si vous vous promenez couramment dans les sous-bois qui abritent des hêtres et des chênes, peut-être aurez-vous déjà croisé la route de cette plante étonnante qui doit son curieux nom à une légende qui veut que le roi Salomon, tenant cette plante en main, se faisait obéir des pierres qui permirent l’érection du temple de Jérusalem, rappelant par là la prodigieuse prouesse des ouvriers égyptiens dans la bande dessinée d’Astérix chez Cléopâtre. L’on sait que le sceau de Salomon représente aussi un hexagramme ou étoile à six branches et l’on explique le nom de la plante en vertu des stigmates qui n’ont, bien entendu, rien de semblables avec un hexagramme, mais qui vaudrait à la plante la possibilité « de régulariser toutes choses et de rétablir l’harmonie » (1). Un autre aspect intéressant réside dans le nom latin de la plante, Polygonatum, « possédant de nombreux nœuds ou genoux », d’où ses surnoms de genouillat et, par transformation, de grenouillet. Si la grenouille appelle le bénitier, il ressort que cette plante inclinée qu’est le sceau-de-Salomon se prête aussi à la génuflexion, acte renforçant son caractère religieux pour ne pas dire sacré, que l’usage suivant souligne une fois encore : l’on traitait les racines de cette plante avec différentes solutions dont les compositions m’échappent, ce qui leur faisait acquérir l’aspect de fragments d’os humains : on en fit de fausses reliques qui n’en furent pas moins adorées.

Au Ier siècle après J.-C., le sceau-de-Salomon attire l’attention des médecins. En Occident, l’on voit un Dioscoride en offrir une belle description botanique, mais il n’est guère disert sur la question de ses propriétés médicinales, hormis le fait que son rhizome « profite (emplâtré) aux plaies et enlève les taches du visage » (2), indications qui lui colleront à la peau jusqu’à aujourd’hui même. Du côté oriental, le Shen’ nong Bencaojin mentionne cette plante que la médecine traditionnelle chinoise nomme Yuzhu, tonifiante et fortifiante de l’énergie yin, active sur les méridiens du Poumon et de l’Estomac. Le Moyen-Âge, bien que vaste en son étendue, n’y fait même pas allusion, ou bien une ou deux fois, comme ça, en passant. En revanche, il jouit d’une plus grande notoriété, surtout auprès des Allemands, aux XVI ème et XVII ème siècles. Lui qu’on disait expectorant, était aussi fort réputé comme diurétique, propriété trouvant une implication dans la goutte et les rhumatismes. Jérôme Bock s’aventure à mettre en application toutes les parties de la plante ou presque. Voici ce qu’il en dit en 1546 : « Le rhizome en décoction remédie aux épanchements sanguins, chasse la pierre, guérit les maladies des femmes et fait disparaître toutes les plaies internes ; douze baies provoquent le vomissement et la purgation. Les feuilles macérées dans le vin ou réduites en poudre chassent la pituite. A l’extérieur, le rhizome écrasé fait disparaître les ecchymoses en quelques jours et, en décoction, efface toutes les taches de la peau ». Pas si mal pour une plante marquée d’autant d’ocelles que d’ôter celles qui constellent la peau de l’homme.

Cette ingénieuse, vous l’aurez compris, est forcément vivace. Sur le dos de ses tiges cylindracées, se déploient deux rangées de feuilles alternes, elliptiques et sessiles, marquées de nervures longitudinales. Vertes au-dessus, elles bleuissent quelque peu en dessous. A l’aisselle de chacune de ces feuilles pendent, par paquet de deux à six, des fleurs tubuleuses à six dents (comme pour mieux rappeler l’hexagramme). Blanches, en forme de clochette allongée comme une trompette, elles n’excèdent pas 2 cm de longueur. A l’été, elles laissent place à des billes d’1 cm qui rougissent avec de se rembrunir : elles deviennent noires, poudrées d’une poussière bleuâtre.
Assez commun à très fréquent (selon les lieux et les auteurs), le sceau-de-Salomon, que l’on rencontre dans presque toutes les zones tempérées d’Amérique du Nord, d’Asie et d’Europe, apprécie les lieux où l’humidité est davantage aérienne que terrestre. De la plaine à la basse montagne, on le trouve à l’orée des bois, sur les rocailles et dans les haies.

Le sceau-de-Salomon en phytothérapie

Sont-ce les feuilles du sceau-de-Salomon, donnant à cette plante l’allure d’un oiseau préhistorique, que l’on utilise en phytothérapie, ou bien ses clochettes suspendues dont le nectar est inaccessible aux abeilles ? Ni les unes, ni les autres, puisque seul son rhizome fait office dans le domaine qui nous intéresse. De saveur douceâtre et quelque peu âcre, de consistance légèrement visqueuse, il a été malheureusement peu étudié. Cependant, l’on sait qu’il possède les éléments suivants : une saponine, du mucilage, de l’allantoïne, des flavonoïdes, du tanin, de l’asparagine, de la vitamine A, ainsi que des oxalates de calcium qui le rapproche assez des oxalis et du tamier (cf. articles sur ces deux plantes).

Propriétés thérapeutiques

  • Vomitif, purgatif (cela concerne les baies)
  • Astringent, détersif, adoucissant, stimule et accélère la cicatrisation, résolutif
  • Anti-inflammatoire
  • Hémolytique
  • Antigoutteux (?)
  • Antidiabétique (fait chuter le taux de sucre sanguin)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : maux de gorge, toux sèche, toux chronique, bronchite, inconfort pulmonaire, expectoration difficile accompagnée de glaires épaisses et visqueuses
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : cystite, polyurie
  • Affections cutanées : contusion, ecchymose, abcès, panaris, anthrax, furoncle, gale, impuretés de la peau
  • Troubles gynécologiques : leucorrhée
  • Troubles oculaires, yeux rougis et/ou douloureux
  • Apaisement de la soif durant les épisodes fébriles

Modes d’emploi

  • Infusion de rhizome.
  • Décoction de rhizome.
  • Macération vineuse de rhizome.
  • Suc frais.
  • Cataplasme de rhizome cuit puis mêlé à un corps gras.
  • Rhizome broyé et appliqué frais.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : disponible l’année durant, le rhizome du sceau-de-Salomon peut se récolter en tout temps ou simplement en automne.
  • Toxicité : certains ouvrages comparent les principes toxiques de la digitale pourpre et du muguet à ceux du sceau-de-Salomon. Il n’en est, heureusement, rien, hormis une ineptie imprimée à des milliers d’exemplaires. Non, le sceau-de-Salomon ne contient aucun glucoside cardiotonique. Seules les baies de cette plante peuvent se targuer de quelque nocivité, et encore relativement faible si l’on considère que leur effet le plus notoire est de faire vomir. Des cas d’empoisonnements mortels ont été, semble-t-il, répertoriés, mais doivent être considérés avec la plus grande circonspection.
  • Espèce proche : le sceau-de-Salomon odorant (Polygonatum odoratum).
    _______________
    1. Anne Osmont, Plantes médicinales et magiques, p. 75.
    2. Dioscoride, Materia medica, Livre IV, chapitre 5.

© Books of Dante – 2018

Rhizome de sceau-de-Salomon sur lequel les nœuds sont bien visibles.

2 réflexions sur “Le sceau-de-Salomon (Polygonatum multiflorum)

  1. Toujours intéressant,complet, très bien écrit et documenté.Que demander de plus à ce site?Merci de toutes ces précisions pour tous ceux et celles qui aiment les plantes…

    Aimé par 1 personne

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