La ballote fétide (Ballota foetidia)

Synonymes : ballote noire, marrube noir, marrubin noir, marrube fétide, marrube puant, herbe vierge.

Que ce soit Hippocrate ou Galien, aucun des deux ne prête attention à la ballote, mais dans l’intervalle de temps qui les sépare, l’on trouve Dioscoride et Pline. Nous ignorerons le second qui ne fait que recopier les paroles du premier. Le marrube bâtard de Dioscoride, également appelé ballôtê (ou balôtê) tant par les Grecs que par les Latins, avait déjà interloqué le médecin grec par sa « fâcheuse odeur », mais plaide cependant en sa faveur en disant que « sa vertu est valeureuse contre les morsures des chiens en y emplâtrant les feuilles avec du sel. L’on fait flétrir les feuilles sur de la cendre chaude, pour répercuter les apostumes du siège et purger avec du miel les ulcères » (1). C’est tout. Fort maigre, je vous l’accorde. En complément, un Paul d’Egine ne nous est d’aucun secours, puisque lui aussi répète l’œuvre de Dioscoride. Il faut croire qu’à l’époque on se souciait comme d’une guigne de ce que nous appelons plagiat. En guise de supplément, nous pouvons toutefois ajouter un extrait d’un antique manuscrit de botanique astrologique portant sur la ballote, dont l’auteur anonyme avance qu’elle serait une plante du signe zodiacal du Lion, donc d’essence solaire : « la plante du lion est celle qu’on appelle ballote. Cueille-la le jour où domine le signe. Prends-en le suc et enduis-en les os brisés. Attache-les ; ils se ressouderont d’une manière extraordinaire ». Voilà que la ballote se prend pour la consoude maintenant ! Poursuivons : « porte la racine et tu pêcheras beaucoup de poissons ». Euh… Que vous dire ? J’ai lu quelque chose d’approchant dans le Grand (ou le Petit ?) Albert, bien qu’il ne s’agissait pas de ballote mais d’origan. Bref, terminons-en : « si tu mélanges le suc des feuilles avec de l’huile, ce sera comme un vrai baume ». Pourquoi pas, mais une macération de feuilles de ballote dans de l’huile n’a rien de balsamique mais tout du repoussoir. Comme l’annonce Guy Ducourthial, « les raisons qui ont pu inciter les astrologues grecs à choisir la ballote pour le signe du Lion sont obscures » (2). Pour le moins. L’époque de la récolte est amenée comme explication : en effet, lorsque le Soleil domine dans le signe du Lion, nous nous trouvons en été, à cheval sur juillet et août, période à laquelle des phytothérapeutes plus récents conseillent de cueillir cette plante. Hélios, planète du feu, est ardent. La ballote est sédative, mais pas anti-inflammatoire. A la rigueur… L’on dit aussi que la ballote attire l’abeille, animal solaire qui ne s’offusque point de son parfum. Mais bien des plantes sont attractives pour cet insecte sans pour autant être de nature solaire. Enfin, l’on évoque la couleur purpurine des fleurs, un pourpre soi-disant associé à Hélios, rappelant quelque peu les vins aux sombres feux dont parle Homère dans l’Odyssée. Tout ceci est peu convainquant. Faisons appel aux mélothésies planétaires. Sur quelles parties du corps, sur quels types de pathologies le Soleil règne-t-il donc ? Tout d’abord, le Soleil domine sur les yeux et le sens de la vue. Or rien ne laisse penser que la ballote est un remède ophtalmique. Le dos et la moelle épinière sont aussi de son ressort. Mais il n’existe nulle trace d’une quelconque propriété de la ballote sur cette sphère. L’estomac est la troisième région concernée. En effet, bien que cela ne soit pas là son rayon d’action privilégié, la ballote calme les spasmes gastriques, tous ces phénomènes qui remuent et secouent, provoquant nausées et vomissements. Puis viennent le cœur et la circulation sanguine via les artères. La ballote, sédative du muscle cardiaque et hypotensive, en calme les palpitations et rééquilibre à sa juste mesure le rythme cardiaque, ce qui est fort bien, car le signe du Lion promeut l’équilibre de la personnalité, domaine dans lequel cette plante excelle, corrigeant les faiblesses solaires que sont les troubles nerveux (angoisse, anxiété, neurasthénie, etc.). Par son action sédative sur le système nerveux, la ballote calme autant l’estomac que le cœur, sphères d’influence du Soleil. Peut-être calme-t-elle le système nerveux au niveau oculaire, mais rien ne me permet de confirmer cette hypothèse. En résumé, l’on peut donc dire, sans risque de se tromper, que la ballote est bien une plante solaire.

Voilà. Cette explication, longue mais nécessaire, vient de combler le vide intersidéral existant entre Dioscoride et ceux qui, de nouveau, remettront la ballote dans le rang des plantes médicinales d’importance. Il paraît, d’après Fournier, que la ballote, dont on usait de la même façon que le marrube, était largement employée au Moyen-Âge. J’ignore par qui, mais je n’en ai pas trouvé la moindre trace. Bref. L’Anglais John Ray, au XVII ème siècle, considère la ballote comme un excellent remède des affections hystériques, puis le Danois Boerhaave, un siècle plus tard, prône l’efficacité de cette « asa foetidia indigène », de ce « castoréum des paysans » face aux névroses en général.

La ballote est une assez grande (40 à 80 cm) lamiacée vivace dont les tiges pubescentes plus ou moins rougeâtres portent des feuilles opposées, un peu ovales, crénelées, molles, couvertes d’un duvet grisâtre. Souvent mêlée à l’ortie dont elle se distingue par son feuillage plus sombre, la ballote expose à la vue, de mai en septembre, des verticilles de fleurs à l’aisselle des feuilles supérieures. Leur couleur, allant du mauve au pourpre rougeâtre, explique son surnom de ballote noire, le marrube étant, lui, la ballote blanche.
Cette plante compagnon très commune peut abonder dans les zones riches en nitrates, marque d’une activité humaine. C’est pourquoi on la rencontre plus fréquemment sur les décombres, aux abords des chemins menant à des villages, dans les haies et les champs incultes qui les bordent.
La ballote fétide est présente, de la plaine à la moyenne montagne, dans une grande partie de l’hémisphère nord (Europe, Asie occidentale, Afrique du Nord, Amérique du Nord).

La ballote fétide en phytothérapie

Dire de l’odeur de la ballote qu’elle est spéciale est un euphémisme. Aussi loin que cette plante a été considérée d’un point de vue médicinal, l’on s’est toujours engagé à lui reconnaître un caractère olfactif pour le moins abrupte, certains voyant même dans son nom une très ancienne racine grecque faisant état de cette fétidité désagréable confinant à l’odeur de moisi des vieilles caves humides. Parmi les plantes de la famille des Lamiacées à laquelle appartient la ballote, il existe légion de plantes aromatiques : menthe, thym, sarriette, sauge, serpolet, origan, mélisse, romarin, etc., mais pas une seule qui soit, comme la ballote, aussi malodorante. Toutes les essences ne sentent pas forcément la rose. Mais ce qui pue est-il, pour autant, dénué d’effets ? Certes non comme nous le verrons bien assez tôt, mais cela peut représenter un facteur dissuasif pour faire pénétrer une telle plante dans l’enclos de nos dents. Cette particularité, la ballote la doit à une essence aromatique que contiennent ses feuilles, composée de sesquiterpènes parmi lesquels le bêta-caroyphyllène, le germacrène D et l’alpha-humulène, molécules qui ne sont pas réputées être olfactivement repoussantes. Il doit probablement y avoir autre chose qui explique ce phénomène.
Avec la ballote, on procède de la même manière qu’avec le marrube, plante avec laquelle elle partage nombre de propriétés thérapeutiques. On prélève soit les seules sommités fleuries, soit l’ensemble de la plante que l’on sectionne au niveau du sol. Ces parties végétales fournissent, outre leur parfum peu avenant, des tanins, des flavonoïdes, des hétérosides phénylpropaniques, une saponine, de l’acide gallique, enfin un lactone diterpénique, la marrubiine.

Propriétés thérapeutiques

  • Stimulante, tonique
  • Rééquilibrante et sédative nerveuse, antispasmodique
  • Sédative cardiaque, hypotensive
  • Stomachique, cholérétique, antivomitive, antinauséeuse, vermifuge
  • Antitussive
  • Emménagogue
  • Résolutive, détersive

Usages thérapeutiques

  • Troubles du système nerveux : anxiété, angoisse, phobie, névrose, hypocondrie, instabilité psycho-émotionnelle, irritabilité, neurasthénie, insomnie d’origine nerveuse, troubles liés à la ménopause
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : spasmes œsophagiens, gastriques et intestinaux, vomissement, nausée du nourrisson, nausée causée par dysfonctionnement de l’oreille interne, parasites intestinaux (ascarides, oxyures)
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : incontinence d’urine (chez l’enfant nerveux), goutte, arthrite
  • Troubles de la sphère respiratoire : toux spasmodique, coqueluche (préventive et calmante des crises)
  • Troubles cardiaques : palpitations, arythmie cardiaque
  • Affections cutanées : ulcère de jambe, ulcère sordide, teigne
  • Bourdonnements d’oreille, vertiges

Modes d’emploi

  • Infusion.
  • Décoction.
  • Macération vineuse.
  • Alcoolature.
  • Teinture-mère.
  • Suc frais.

Note : outre le goût infâme de l’infusion aqueuse, ce mode de préparation n’est qu’un pis-aller, son efficacité étant très discutable du fait que les principes actifs de la ballote se dissolvent mal dans l’eau, beaucoup mieux dans l’alcool.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les sommités fleuries se cueillent à pleine floraison durant les mois de juillet et d’août.
  • Séchage : il se réalise à l’ombre et au sec, sans difficulté. Par évaporation d’une fraction de l’essence, l’odeur particulière de la ballote est beaucoup moins prononcée une fois la plante sèche.
  • Le mode d’administration le plus sûr reste encore la teinture-mère dont on ajoute les gouttes nécessaires à une infusion de menthe, de mélisse, etc., et que l’on édulcore.
  • Autre espèce : la ballote cotonneuse (Ballota lanata).
    _______________
    1. Dioscoride, Materia medica, Livre III, chapitre 98.
    2. Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 412.

© Books of Dante – 2018

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