L’origan vulgaire (Origanum vulgare)

Synonymes : grande marjolaine, marjolaine vivace, marjolaine sauvage, marjolaine bâtarde, marjolaine d’Angleterre, thym de berger, thé rouge.

De l’origan, l’on a tout dit : des choses vraies qui dénotent la perspicacité et la sagacité, des choses fausses, confinant parfois à la sottise et à la crédulité crasse sans borne. Et cela commence très tôt, avec Aristote, par exemple, qui prétend que la tortue venant à manger un serpent, doit, à la suite, avaler de l’origan pour n’en pas mourir. Écoute-moi, tortue : ne mange plus de serpent. C’est une ânerie que l’on retrouvera, copiée-collée sans discernement par certains Henri Corneille Agrippa et autres Jean-Baptiste Porta. Au contraire, l’homme de théâtre, auteur des Nuées et des Grenouilles, Aristophane, par une locution devenue proverbiale – « regarder de l’origan » –, fait référence aux âmes énergiques. Et le bouillonnant origan, de l’énergie, il en a à revendre. Comme quoi, des deux « excellents », celui qui annone des bêtises n’est pas forcément celui auquel on pense, le littéraire pouvant l’emporter sur le scientifique. Loin de ces billevesées, Hippocrate emploie dans sa pratique médicale un origan qui n’est vraisemblablement pas l’origan vulgaire, assez peu répandu en Grèce et au Proche-Orient, mais un origan aux fleurs blanches, sans doute le même auquel Dioscoride fait référence, bien qu’il n’en mentionne pas qu’un seul dans la Materia medica, puisqu’on y apprend que l’origan héracléotique, de nature caléfactive (c’est-à-dire réchauffante), outre ses usages dans les spasmes, la toux, les démangeaisons, l’hydropisie, l’apparition du flux menstruel, est fortement réputé comme antidote : ainsi viendrait-il à bout des morsures de bêtes venimeuses et d’empoisonnements à la ciguë et à l’opium. Du dernier origan, dit « vert », Dioscoride complète le tableau : maux de gorge, ulcérations buccales et douleurs auriculaires en sont justiciables. Hormis ces soi-disant qualités alexipharmaques, notre homme, il y a 2000 ans, avait déjà tout compris de l’origan. Par la suite, abordé par Columelle, l’origan se retrouve entre les mains de Pline qui fait état d’une antipathie entre cette plante et le chou, qui, lorsqu’il planté à proximité, se dessèche. L’on voit encore une indication intéressante au sujet de l’origan que l’on réduit à l’état de cataplasme de feuilles fraîches afin de soigner les plaies.
Puis vint le Moyen-Âge ! Macer Floridus, en tête, qui nous apprend que l’on « s’accorde à reconnaître à l’origan une force de chaleur et de siccité du troisième degré » (1). Rien de plus vrai ! Vous avez des doutes ? Bien, tentons l’expérience suivante : placez une seule goutte d’huile essentielle d’origan vulgaire sur le bout de votre langue. C’est fait ? Alors ? Ça brûle, hein ? En langage aromathérapeutique, l’on appelle cela la dermocausticité. Mais Macer Floridus ne nous parle pas d’huile essentielle, bien plutôt de décoctions aqueuses et vineuses, de gargarismes, de cataplasmes, dans la plus pure tradition phytothérapeutique. Bien sûr, en grand admirateur de l’Antiquité (d’ailleurs, Macer Floridus, ça n’est pas son vrai patronyme), notre homme pioche de ci, de là, disant l’origan diurétique, vermifuge, emménagogue et antitussif, ce qui est parfaitement vrai. Parmi le vaste champ d’applications qu’il lui concède, que trouvons-nous ? L’utilité de l’origan sur les difficultés digestives, les névralgies, les démangeaisons, les maux bucco-dentaires, les douleurs d’oreilles, les luxations et contusions. Peut-être en fait-il un peu trop quand il assène l’efficacité de l’origan face à l’hydropisie et, pris en flagrant délit de recopiage, il nous sert une salade assaisonnée à la sauce suivante : « en mêlant ce jus [nda : celui de l’origan] avec de l’oignon et du sumac de Syrie, puis en faisant chauffer ce mélange au soleil au temps de la canicule, pendant quarante jours, dans un vase d’airain, on obtient une préparation qui, placée sous le lit, en chasse, dit-on, toutes les bêtes nuisibles (2). « Dit-on »… Ce « on » n’est autre que Dioscoride dans l’œuvre duquel on retrouve, à l’identique ou presque, le même passage. Comme nous l’avons dit plus haut, Dioscoride considérait l’origan comme contrepoison de la ciguë et de l’opium. Macer Floridus y ajoute l’aconit et d’autres poisons végétaux qu’il ne nomme pas. C’est peut-être cette aptitude de l’origan à chasser poisons et venins qui le fera employer pour écarter les sorcières et les démons au Moyen-Âge, expliquant aussi, probablement pourquoi l’on a voulu voir parmi les plantes de la litière de la Vierge Marie l’origan. En effet, l’on dit que la couche de l’enfant Jésus était garnie de plantes protectrices dont on s’est inspiré pour en faire autant avec le lit des parturientes afin d’offrir protection tant aux mères qu’aux nouveaux-nés, les préservant par là du malheur. Puisqu’on aborde Marie, invoquons l’abbesse de Bingen. Je ne crois pas qu’elle ait eu vent de cette réputation faite à l’origan que l’on cultivait alors largement dans les jardins de simples. Le Dost, ainsi l’appelle-t-elle, Hildegarde le recommande dans les douleurs d’oreilles et de poitrine, les accès fébriles et, chose particulièrement pertinente, les maux de tête d’origine digestive. Cependant, elle se garde bien d’en faire un usage interne, accusant l’origan, par cette voie, de provoquer la lèpre, de faire enfler les poumons et de rendre malade le foie (ce en quoi elle n’a pas tort sur ce dernier point : l’on connaît la propriété hépatotoxique de l’huile essentielle d’origan vulgaire).

Origanon et origanos étaient, durant l’Antiquité, des noms dont on affublait diverses plantes de la famille des Lamiacées, autant marjolaines, origans que sarriettes. D’après ces noms, l’origan est la plante qui embellit la montagne (oros) d’un radieux éclat (gonos). Il est vrai qu’il ne manque pas de charme.
Vivace à souche ligneuse produisant de nombreux rejets, l’origan pousse en touffe dressée de 60 à 80 cm de hauteur. Ses tiges poilues, rougeâtres, quadrangulaires portent des feuilles opposées, brièvement pétiolées, allongées, fines, glanduleuses. Se ramifiant au sommet, d’assez courts rameaux porteurs d’inflorescences se ponctuent de petites fleurs roses à rouge pourpre, rarement blanches, formant des épis ovoïdes.
Commun aussi bien en plaine qu’en montagne (2000 m), l’origan affiche une préférence pour les sols calcaires, secs et broussailleux. Ainsi le rencontre-t-on dans les prés bien drainés, les haies, en lisière de bois clairs, en bordure de route, sur les talus des voies de chemin de fer, etc.

L’origan vulgaire en phytothérapie

Cette plante à l’odeur aromatique proche de celle du serpolet ou du thym, à la saveur chaude, amère et piquante, doit cette particularité à une essence (0,15 à 0,40 %) majoritairement composée de phénols, carvacrol et thymol entre autres, dont les proportions varient selon la saison, l’altitude, la latitude, l’ensoleillement, etc. Des principes amers expliquent en partie sa saveur et ses tanins (4 %) son astringence légère. Des flavonoïdes, des acides phénoliques, de l’acide rosmarinique accompagnent une gomme-résine qui teint l’infusion aqueuse en rouge. De l’origan, l’on utilise toute la plante sauf les racines et les tiges, quand la plante est en pleine floraison.

Propriétés thérapeutiques

  • Apéritif, digestif, stomachique, cholérétique, purgatif, vermifuge
  • Expectorant, désencombrant des voies respiratoires, antitussif
  • Diurétique, sudorifique
  • Tonique, stimulant
  • Antispasmodique
  • Antiseptique
  • Emménagogue
  • Résolutif

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère pulmonaire + ORL : inflammation chronique ou aiguë des bronches, bronchite, catarrhe pulmonaire chronique ou aigu, asthme humide, toux, maux de gorge, inflammation de la gorge, angine, enrouement, pharyngite, rhinite, rhume, sinusite, otite
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : atonie gastrique, inappétence, aigreur d’estomac, diarrhée, flatulence, fermentation intestinale, aérophagie, ballonnement, dilatation gastrique, parasites intestinaux
  • Affections bucco-dentaires : stomatite, maux de dents, carie
  • Troubles locomoteurs : algie rhumatismale aiguë ou chronique, algie musculaire, névralgie (sciatique), torticolis
  • Asthénie, convalescence, fatigue après maladie infectieuse, surmenage
  • Douleur menstruelle, aménorrhée
  • Affections cutanées : dermatose, démangeaisons, éraflure
  • Maux de tête d’origine nerveuse ou digestive

Modes d’emploi

Ils concernent tous la plante fraîche ou sèche, à l’exclusion, bien sûr, du suc frais.

  • Infusion.
  • Macération vineuse.
  • Sirop.
  • Poudre.
  • Cataplasme chaud.
  • Bain.
  • Suc frais.

Précaution d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : la plante fleurie, bien épanouie, de juillet à septembre.
  • Séchage : en suspendant les tiges sur un fil, il est assez rapide, de l’ordre de quelques jours. Lorsque les feuilles craquent sous les doigts, il est temps d’effeuiller l’origan, de se débarrasser des tiges et de mettre la matière végétale ainsi obtenue à l’abri de l’air, de l’humidité et des rayons du soleil.
  • A travers une pratique phytothérapeutique raisonnable, l’origan ne pose pas de problème particulier, contrairement à l’usage de son huile essentielle en aromathérapie. Cependant, des doses excessives, qui plus est chez des sujets sensibles, peuvent devenir excito-stupéfiantes, provoquant une violente excitation du muscle cardiaque.
  • Confusion : malgré ses surnoms de marjolaine vivace, de marjolaine sauvage, etc., l’origan sauvage se distingue de la marjolaine qui est, sous nos latitudes, cultivée.
  • Autres espèces : elles sont nombreuses et ponctuent l’ensemble du pourtour méditerranéen : O. glandulosum, O. floribundum, O. hirtum, O. megastachyum, etc.
  • Alimentation : c’est un aromate de choix que l’on peut préférer au thym, à la sarriette ou au romarin. Sur des préparations froides (salades, etc.), on peut en ciseler finement les feuilles fraîches ou saupoudrer des brisures d’origan sec. En revanche, avec des plats exigeant une cuisson, il est préférable (comme souvent dès lors qu’il s’agit de plantes aromatiques) de n’ajouter l’origan qu’en toute fin de cuisson, ainsi, des plats de fèves ou de pois, par exemple, en seront magnifiés. L’origan, c’est aussi une des herbes condimentaires qu’invite nécessairement le goulasch hongrois, et c’est encore lui que l’on trouve sur les pizzas, dont le but n’est pas seulement de leur apporter davantage de saveur, mais aussi de les rendre plus digestes. Mais, pour ce faire, nul besoin d’origan : abandonnez tout bonnement la pâte à pizza traditionnelle et préférez lui une pâte sans gluten : je vous promets que vous n’aurez plus besoin d’origan, hormis pour votre exclusif plaisir gustatif ;-)
  • Plante tinctoriale : des sommités fleuries on tire une teinture permettant de colorer certaines étoffes en brun rougeâtre.
    _______________
    1. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 131.
    2. Ibidem, p. 132.

© Books of Dante – 2018

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