L’éphédra (Ephedra sinica)

Cette plante étrange qu’est l’éphédra, à l’allure préhistorique, semble plonger ses racines loin dans le temps. Il est vrai qu’elle n’est pas née d’hier et que son emploi n’est pas si récent qu’on pourrait le penser, si l’on considère cette plante d’un strict point de vue occidental. En effet, des fouilles conduites sur un site irakien ont exhumé des restes d’éphédra dans un tombeau vieux de près de 60000 ans. Ces débris d’éphédra peuvent-ils nous révéler ce que firent de cette plante ceux qui l’ont placée en cet endroit ? C’est bien difficile à confirmer. Usage alimentaire ? Les baies de cet arbrisseau, c’est un fait, sont comestibles. Quant à ses rameaux, ils ne se prêtent guère à un usage culinaire, mais médicinal. A moins qu’il y ait là une toute autre raison… Il est bien plus facile de prendre connaissance de textes anciens que de faire parler des fragments végétaux dont l’âge les dépasse de plusieurs dizaines de milliers d’années. Les textes, eux, se comptent en siècles, voire en millénaires, mais pas davantage. L’un d’eux, le Shennong Bencao Jing, livre attribué à l’empereur Schen-Nung et dont, traditionnellement, l’on fait remonter l’origine à presque 5000 ans (1), fait figurer l’éphédra parmi 365 drogues. Un autre ouvrage, Les Recettes du coffret d’or de Tchang Tchong-King, plus récent (II ème siècle après J.-C.), fait lui aussi référence à l’éphédra dont il conseille l’emploi contre les affections respiratoires et les refroidissements, la médecine traditionnelle chinoise indiquant que cette plante dissipe le froid et soutient le qi. Le ma huang, comme on l’appelle en chinois, étant une plante native de la Chine du nord et de la Mongolie, l’on comprend aisément son utilisation par la pharmacopée chinoise, une plante dont on dit même que les gardes du corps de Gengis Khan en usaient afin d’éviter de sombrer dans le sommeil durant leurs tours de garde ; en effet, une infusion d’éphédra leur permettait de demeurer alertes et vigilants. Il n’y eut pas que les guerriers qui tirèrent profit de l’éphédra, puisque les moines bouddhistes affinaient leur concentration méditative grâce à elle.
Cependant, si Ephedra sinica est une plante indigène au territoire asiatique, du moins à sa partie septentrionale et orientale, on remarque qu’une autre plante, Ephedra distachya s’étend, elle, de l’Europe au Tibet. L’on peut donc dire que ces deux espèces se juxtaposent au niveau de l’Himalaya. C’est ainsi qu’à l’époque où les Chinois établirent les premiers textes concernant l’éphédra qu’ils utilisaient, en Europe on faisait de même, comme on peut le constater dans les œuvres de Pline et de Dioscoride, évoquant un tragos dont on pense qu’il s’agirait d’une plante différente de l’Ephedra sinica, peut-être Ephedra distachya, autrement dit le raisin de mer, se distinguant par des grappes de petits fruits rouges dont l’astringence leur valait d’être employés comme remède dans les troubles de la menstruation.
A la méconnaissance des Occidentaux des usages que firent les Chinois de l’éphédra, s’additionne le fait que les éphédras européens furent perdus de vue par les successeurs des auteurs antiques. Ce n’est qu’en toute fin de XIX ème siècle que de nombreuses recherches furent réalisées au sujet de l’éphédra, tandis qu’en Russie, en Sibérie, en Arménie, etc., l’on continuait de faire prévaloir l’éphédra dont on récoltait les baies acidulées, que l’on consommait crues, sèches ou préparées en gelée, ainsi que ses vertus diaphorétiques, antigoutteuses, antirhumatismales et antisyphilitiques. Les efforts de recherche des Occidentaux aboutirent à la synthèse de la principale molécule contenue dans l’éphédra, l’éphédrine, en 1927. Ce qui, alors, suscita beaucoup d’engouement, c’est que l’éphédrine ressemble à s’y méprendre à l’adrénaline et a comme vertu d’exciter la contraction des muscles à fibres lisses des intestins, de l’estomac et de l’utérus. Bien qu’étant moins toxique que l’adrénaline, l’éphédrine agit favorablement « chaque fois qu’est désirable une excitation lente, douce et durable du sympathique », explique Fournier (2), concluant en affirmant que « la découverte d’une drogue végétale offrant d’étroites ressemblances chimiques et pharmacologiques avec une hormone animale est de toute façon d’un puissant intérêt biologique » (3).

L’éphédra peut largement rivaliser avec la prêle au statut de plante primitive, même si l’on peut pousser le vocable à l’affubler du nom d’arbuste. Tout au plus un buisson dans les faits, dont la hauteur n’excède que très rarement 75 cm. Guère avenant, l’éphédra est doté de longs et grêles rameaux anguleux et striés dans le sens de la longueur, lui conférant l’allure du genêt à balai. Sur ce squelette, de petites feuilles coriaces, réduites à l’état d’écailles, s’établissent au niveau des nœuds. On distingue des cônes mâles et des fleurs femelles jaunes, produisant après floraison des baies de couleur rouge.

L’éphédra en phytothérapie

Curieux destin que celui de l’éphédra qui, au début du siècle dernier constituait seulement une thérapeutique récente aux yeux des Occidentaux, alors que son usage chinois s’avère millénaire. Mais l’on sait combien l’Empire du Milieu, resté inaccessible pendant des siècles, empêcha l’extension de l’éphédra à un monde autre qu’asiatique, alors que, des éphédras, il en existe un peu partout dans l’hémisphère nord.
Les rameaux, seule partie végétale de cette plante usitée en thérapeutique, offrent tanin, flavonoïdes, saponosides, essence aromatique, ainsi que cet alcaloïde proche par sa structure et ses effets de l’adrénaline, l’éphédrine, souvent accompagné de pseudoéphédrine.

Propriétés thérapeutiques

  • Augmente l’intensité des mouvements respiratoires, décongestionnant des muqueuses respiratoires, dilate les bronchioles, antispasmodique bronchique, mucolytique, expectorant, antitussif
  • Stimulant cardiaque et circulatoire (surtout au niveau des capillaires), hypertenseur par vasoconstriction
  • Diurétique, sudorifique
  • Augmente vigilance et concentration, diminue la sensation de fatigue

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : dyspnée, asthme, rhinite, rhume, rhume des foins, coryza, coqueluche, toux, sinusite
  • Troubles d’origine allergique : urticaire, dermatose prurigineuse, œdème de Quincke
  • Rhumatismes, goutte
  • Fièvre, refroidissement
  • Hypotension
  • Asthénie physique et psychique

Modes d’emploi

  • Décoction de rameaux.
  • Teinture-mère.
  • Éphédrine.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : elle peut se réaliser toute l’année. Le séchage des rameaux ne pose pas de problème particulier.
  • L’éphédra, quelle que soit la forme sous laquelle on l’utilise, exige un strict respect de la posologie. Contrairement à l’éphédrine pure, la plante entière est beaucoup moins apte à produire des effets secondaires, même si migraine, tremblements, nervosité et insomnie restent toujours possibles. Les cures devront être brèves.
  • Contre-indications : l’éphédra est une plante qui ne convient pas dans les cas suivants : insuffisance coronarienne, hypertension, hypertrophie de la prostate, hyperthyroïdie (maladie de Basedow), diabète, glaucome, grossesse, allaitement, sympathicotonie.
  • Interactions médicamenteuses : avec les digitaliques et certains antidépresseurs (IMAO). De plus, l’usage du café est incompatible avec l’éphédra.
  • Associations possibles :
    – pour l’asthme : plantain, marrube,
    – pour la rhinite : plantain, bourgeons de pins.
    _______________
    1. En réalité, il ne remonterait pas avant le III ème siècle avant J.-C.
    2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 372.
    3. Ibidem.

© Books of Dante – 2018

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