Le gaillet gratteron (Galium aparine)

Synonymes : grateron, caille-lait gratteron, petit glouteron, gleton, aparine, rièble, capille à teigneux, herbe à la punaise, petit peignot, herbe collante, prend main, saigne-langue, traînasse, teigne, etc.

Le gaillet gratteron mérite son surnom d’aparine qu’il portait déjà durant l’Antiquité grecque, soulignant son caractère « agrippant », ce qui a fait dire à certains qu’il confinait à l’importunité, tandis que Galien, non sans quelque humour, le qualifiait de « philanthrope » vu sa grande capacité à s’accrocher à tout support : vos pantalons, le chien qui se balade par là, voire même d’autres plantes voisines. Il doit être dit que le gaillet gratteron, des poils, il en a un peu partout : touchons ses tiges, elles sont rugueuses au toucher, couvertes d’aiguillons accrochants. Longue au maximum de 150 cm, cette plante au port couché ou rampant (si elle n’a pas de tuteur dans son voisinage) peut devenir grimpante grâce non seulement à ses tiges mais aussi à ses feuilles lancéolées, verticillées par paquets de six à neuf, elles-mêmes hérissées de poils crochus. Cela n’est pas non plus sa floraison qui arrêtera cette « monte-en-l’air-dès-qu’elle-en-a-l’occasion ». Celle-ci, s’étendant du printemps à l’automne, n’est cependant pas très spectaculaire : des cymes de minuscules fleurs blanchâtres d’à peine 2 mm de diamètre. Mais, par leur fructification, elles ajouteront une nouvelle couche de velcro : ces petits fruits sont, en effet, couverts de crochets s’agrippant tant et si bien aux vêtements, que j’ai récemment lu que leur pugnacité les avait amenés jusqu’au lit de certains… ^_^
Difficile de louper le gaillet gratteron tant il est fréquent en Europe (mais aussi en Asie occidentale, en Afrique du Nord, ainsi qu’en Amérique du Nord). Pour son bon développement, il a une préférence pour les sols richement azotés situés en dessous de 800 m d’altitude ; broussailles, jardins, abords de champs et de chemins, haies, sont ses terrains de jeu favoris.

Je ne reviendrais pas sur l’admirable description que fait Dioscoride du gaillet gratteron, je rappellerais simplement les principales indications de l’antique médecin grec : « Le suc de la graine, de la tige et des feuilles est valeureux bu contre les morsures des vipères et des araignées nommées phalange. Il remédie aux douleurs des oreilles, y étant instillé. L’herbe broyée avec de l’axonge et emplâtrée résout les scrofules » (1). Au Moyen-Âge, un silence assourdissant règne au sujet du gratteron, tout au plus repérons-nous une information dans l’œuvre d’Hildegarde en tant que remède cutané. Mais la tendance s’inverse à la Renaissance grâce à Jérôme Bock et surtout Matthiole : « il en est qui font grand cas de son suc frais pour obtenir la cicatrisation des plaies récentes et la guérison des gerçures du mamelon. Son eau distillée se donne avec avantage dans la dysenterie. Réduite en poudre, la plante ferme les lèvres des plaies et guérit les ulcères ». Les siècles suivants lui accorderont bien d’autres propriétés médicinales et le gaillet gratteron sera vanté dans bien des affections (hydropisie, scrofules, scorbut, ictère, dartre, gravelle, etc.) avant que la porte poussée par certains praticiens ne se referme sur lui.

Le gaillet gratteron en phytothérapie

Cette herbe est si abondante dans la nature qu’elle aurait mérité l’adjectif latin vulgaris, mais le vulgaire qui ne saisit pas toujours que ce mot signifie commun et qu’il n’a donc rien de péjoratif, pourrait avoir, envers le gaillet gratteron, une attitude de dédain, ce dont il n’a pas besoin, étant déjà fort loin d’appartenir au top 10 des plantes médicinales. Ses propriétés et usages ont été mis en doute par des praticiens ne l’ayant jamais expérimenté. Il aurait dès lors pu tomber dans le plus immérité des oublis si d’autres, plus perspicaces et honnêtes, n’avaient pas su en tirer avantage.
Plante inodore de saveur tout d’abord amère puis âcre, le gratteron, dont on utilise toutes les parties à l’exclusion des racines, possède du tanin, des acides (citrique, galitannique), de l’aspéruline, des flavonoïdes, des acides polyphénoliques, des iridoïdes tels que l’aspéruloside. La racine se distingue notamment par la présence d’un pigment tinctorial rouge dont nous reparlerons en fin d’article.

Propriétés thérapeutiques

  • Diurétique rapide, puissant et pérenne, dépuratif sanguin, sudorifique, fait baisser la glycémie
  • Antispasmodique, calmant léger
  • Apéritif, laxatif léger
  • Détersif, cicatrisant, actif sur les cancers ouverts

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : hydropisie, anasarque, rétention d’urine, lithiase rénale et urinaire, albuminurie
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : ictère, engorgement du foie, lithiase biliaire
  • Affections cutanées : eczéma, psoriasis, gale, dartre, séborrhée, ulcère, ulcère rebelle, ulcère scrofuleux, plaie cancéreuse
  • Engorgement et tumeur ganglionnaires, cancer ouvert
  • Obstruction de la rate et des glandes mésentériques
  • Affections nerveuses en général (gastralgie, etc.)

Modes d’emploi

  • Infusion de plante fraîche.
  • Décoction de plante fraîche.
  • Suc frais.
  • Teinture-mère.
  • Cataplasme de plante fraîche.
  • Macération vineuse de semences sèches.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : le gaillet gratteron se cueille dès la fin du printemps, juste avant la floraison. Cette période peut s’étendre au mois de juillet en cas de floraison plus tardive. Le gaillet gratteron, qui doit se faire sécher rapidement en le suspendant par bouquets de quelques tiges, est cependant plus actif à l’état frais. En cas de dessiccation, songer à remplacer la plante séchée chaque année.
  • Dans la racine du gaillet gratteron, un pigment rouge peut tenir concurrence à la garance voyageuse, une expression fort à propos : la garance appartient à la même famille botanique que le gaillet gratteron, les Rubiacées, et quand on voit l’énergie avec laquelle cette plante se colle aux vêtement et aux poils des animaux de passage, l’on peut dire qu’elle aussi, elle voyage ! Mais c’est le rouge garance qui l’emportât, teignant les culottes des soldats français durant la Première Guerre mondiale.
  • Cette même racine est un substitut à la chicorée, ce succédané de café dont certains ne raffolent pas. Quant aux semences, une fois torréfiées, elles rappellent non seulement l’odeur du café mais aussi sa saveur.
  • Le gratteron à quelque chose à voir avec le lait pour au moins deux raisons : tout d’abord son nom vernaculaire et celui latin, Galium, dérivent du grec galion, de gala, « lait », en raison du fait que le gaillet, surtout le gaillet jaune ou caille-lait jaune, fut usité comme présure afin de cailler le lait. Ensuite, depuis l’Antiquité, les bergers se servent de cette herbe accrochante afin de « peigner » le lait des poils qui pourraient s’y trouver après la traite.
  • Autres espèces : à celui dont nous venons de parler (gaillet jaune, Galium verum), nous pouvons ajouter bien d’autres espèces indigènes (G. elatum, G. palustre, G. debile, G. odoratum, G. mollugo…) ou exotiques (G. umbrosum, G. orizabense…).
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    1. Dioscoride, Materia medica, Livre III, chapitre 86.

© Books of Dante – 2018

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2 réflexions sur “Le gaillet gratteron (Galium aparine)

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