La raiponce (Campanula rapunculus)

Inscrite au sein de la famille botanique des Campanulacées, la raiponce est une plante bisannuelle discrète. Avec le contingent qu’elle forme avec ses nombreuses cousines (campanule gantelée, campanule cervicaire, campanule agglomérée, campanule à feuilles rondes, carillon, etc.), l’on aurait pu s’attendre à ce qu’une telle diversité soit à même d’offrir bien des vertus, mais le nombre ne fait pas forcément, ici, la qualité, et force est de constater que leur importance médicinale est pour le moins médiocre et insignifiante, sans doute parce que mal connue, mais certainement pas inexistante : aussi a-t-on attribué aux campanules des propriétés astringentes, détersives et vulnéraires. Campanula trachelium a été vue comme antitussive, Campanula rotundifolia anti-épileptique et la raiponce digestive, stomachique et galactogène. Or « tous ces emplois sont tombés en désuétude, ce qui ne prouve nullement qu’ils soient définitivement à rejeter » (1). Pourtant, cela a bien été le cas, à peine trouve-t-on deux ou trois bricoles au sujet de la raiponce dans l’œuvre de Jean Valnet, et la plupart des guides actuels l’ignorent. C’est certain : dire que le suc âcre, plus ou moins laiteux, des campanules peut provoquer des effets délétères, ça n’aide sans doute pas. Exit l’armoire à pharmacie pour la raiponce.

Sur la question de sa place dans l’assiette, là, c’est tout autre chose. En effet, raiponce, tiré du latin médiéval rapum, nous renvoie directement à la rave, en raison de sa racine charnue et comestible, au délicat et léger arôme de noisette, un tantinet sucrée. Dotée de tels atours, la raiponce ne laissa pas indifférentes les tables princières : c’est du moins ce que l’on constate dans l’œuvre de François Pierre de la Varenne (1618-1678), Le cuisinier français publié en 1651. La Varenne, cuisinier du marquis d’Uxelles, faisait figurer la raiponce dans les repas d’apparat. En Anjou, le roi René né à Angers en 1409 fait mention de la plante dans un poème intitulé Les amours du bergier et de la bergeronne : « du sel et aussi des noisetes, et foison sauvages pommetes, des responses et des herbetes ». Cet amoureux des arts fut suivi par de nombreux littérateurs et poètes au nombre desquels nous trouvons Eloy d’Amerval (1455-1508) qui décrit dans La grande diablerie « les peines qui attendent les gourmands au séjour des réprouvés ; il leur déclare que : serfueil n’y aura, ne cresson, ne lettue aussi, ne responce […] Sans doute les gastronomes furent-ils d’avis que, puisqu’on ne pouvait tâter, aux enfers, d’un légume si délectable, il était sage d’y faire le plus possible honneur en ce bas monde » (2). Ronsard quant à lui partait à la recherche de cette plante aux fleurs en forme de cloche (campanula = petite cloche) dans la campagne : « je cueilleray, compagne de la mousse, la responsette à la racine douce », écrit-il. Elle est également renommée pour Rabelais qui cite ses feuilles, assez proches de celles de la mâche, parmi une grande diversité de « sallades ». Elle charma aussi Olivier de Serres : « désirable avec raison, se mangeant avec appétit tout ce qu’elle produit et de racine et de fueille et crud et cuit, comme bonne viande ». Aussi, face à l’irrésistible désir qu’elle suscite, comment est-il possible que son usage alimentaire se soit perdu au fil du temps ?

En fait, la raiponce est une rebelle, une capricieuse dont la culture est très difficile, et elle s’amuse beaucoup plus à pousser aux lisières du potager qu’à l’intérieur. Ce caractère indomptable lui fera préférer une plante issue du Nouveau Monde et qui la supplantera largement : la pomme de terre que l’on cultivera en grand, alors que la raiponce est hostile à un tel traitement. Disséminée dans quelques potagers jusqu’au XIX ème siècle, aujourd’hui, qui veut goûter de la raiponce doit s’armer d’une pioche pour la déterrer, après en avoir repéré la présence dès le printemps, sous sa forme de rosette de feuilles basales touffue. Sa tige droite, simple ou un peu ramifiée dans le haut, porte de rares feuilles étroites et sessiles, et se termine par un épi de fleurs en clochette de couleur bleu violet ou lilas, qui s’épanouissent de mai en août. Par la suite, elles forment des capsules contenant des graine si minuscules qu’il est difficile de les distinguer à l’œil nu, et la raiponce sait être particulièrement prolifique : un seul gramme de ces graines en nécessite 25000 !
Plante des sols calcaires à tendance sèche, la raiponce demeure assez fréquente en France jusqu’à 1000 m d’altitude. Elle cantonne son habitat aux lisières des bois, haies, prairies, vignes, broussailles, bordures de chemins, etc.


  1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 208.
  2. Henri Leclerc, Les légumes de France, p. 268.

© Books of Dante – 2017

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