La pâquerette (Bellis perennis)

Synonymes : petite marguerite, fleur de pâturage, fleur de Pâques.

Bellis perennis : la mignonne pérenne, de par sa floraison quasi annuelle. Quant à pâquerette, autrefois pasquerette, certains disent qu’il est une évidente allusion au temps de Pâques, moment où ces fleurs sont les plus abondantes dans les prairies. « On assure que son nom lui vient d’une ancienne tradition chrétienne qui veut qu’elle soit cueillie aux environs de Pâques, en hommage au Christ et eu égard à l’époque où ses vertus médicinales semblent exaltées » (1). On a proposé une autre étymologie : pâquerette proviendrait d’un terme de vieux français, pasquier, qui signifie pâturage, mais comme l’étymologie de Pâques fait référence au fait de paître, dans un sens comme dans l’autre, on en revient toujours au ras des pâquerettes, Pâques fêtant initialement le renouveau de la végétation.
La pâquerette semble être passée à peu près inaperçu des médecins de l’Antiquité et du Moyen-Âge (2) et ne s’être fait une place en thérapeutique qu’à partir du XV ème siècle tardif, et surtout au XVI ème. Durant la Renaissance, « la pasquerette à la feuille menue » a joui d’une excellente réputation : en 1543, Léonard Fuchs écrit la valeur de la pâquerette contre les blessures et la goutte, puis, en 1554, Matthiole nous dit ceci à son sujet : « Les fleurs sont bonnes pour les scrofules, les fractures du crâne et les plaies pénétrantes du thorax ; on les emploie alors en lotion, certains les prônent contre la sciatique et la paralysie. Les feuilles en salade ou cuites dans du bouillon relâchent le ventre ; mâchées, elles guérissent les inflammations de la bouche et de la langue, contuses, elles dissipent celles des organes génitaux ». Puis Jérôme Bock (1572), Cornuti (1635) et Schroder (1665) font prévaloir son statut de précieuse vulnéraire, une propriété que l’on découvre en filigrane dans une anecdote biblique durant laquelle Joseph se blessa en construisant une charpente. L’enfant Jésus tenait un bouquet de ces fleurs qu’éclaboussèrent quelques gouttes de sang qui perlaient du doigt blessé du charpentier. Même la médecine populaire des campagnes lui a reconnu ce pouvoir sur les chutes, les coups, et les contusions et blessures qui en découlent. Mais elle ne se contentait pas que de cela : par ses effets diurétiques, elle fut employée pour résorber les œdèmes (dont l’hydropisie) et soulager les affections rhumatismales et les états lithiasiques ; laxative, pectorale, elle est aussi dépurative (les gens de la campagne ne disaient-ils pas qu’elle nettoie le sang au sortir de l’hiver ?) et permettait, par ses effets rafraîchissants, de tempérer nombre de phénomènes inflammatoires.

La pâquerette est une très petite plante de 5 à 15 cm à souche vivace, très commune dans presque toute l’Europe, en Afrique du Nord ainsi qu’en Asie occidentale. On la trouve dans les bois et les prés, les pelouses, sur les talus, dans les clairières, en bordure de chemin et dans les pâturages, jusqu’à une altitude de 2400 m.
Sa tige est simple et nue, pubescente, assez robuste et porte des feuilles toutes radicales organisées en rosettes, spatulées, souvent crénelées, nettement pétiolées. Le capitule, solitaire, terminal, mesure de 15 à 30 mm de diamètre. Les fleurs centrales (le cône) sont jaunes, tubuleuses, celles de la circonférence ligulées, oblongues, linéaires et disposées sur un seul rang. Blanches la plupart du temps, elles peuvent être légèrement teintées de pourpre sur les bords extérieurs. Bien qu’on rencontre des fleurs de pâquerette presque toute l’année (la plante supporte les gels hivernaux jusqu’à – 20° C), la floraison se concentre surtout de mars à novembre.
Par une caractéristique propre aux Astéracées, la pâquerette s’apparente au souci et à la chicorée : ses fleurs se ferment en fin de journée ou par mauvais temps, et s’ouvrent au matin avec l’apparition du soleil dont elles suivent la course d’est en ouest. « Daisy », qui désigne la plante en anglais, transcrit bien l’accointance solaire de cet autre « solsequium » qu’est la pâquerette : en effet, daisy n’est autre que la contraction de day’s eye, c’est-à-dire l’œil du jour, métaphore de l’astre diurne. Symbole d’innocence, cette plante est généralement considérée comme un porte-bonheur. Sa nature solaire explique pourquoi confectionner des guirlandes de pâquerettes était communément reconnu comme un moyen de protéger les enfants des mauvaises fées. L’humilité de cette fleur ne lui a pas toujours valu que des amis. En effet, elle « a paru si dangereuse aux yeux des autorités allemandes qu’une ordonnance de janvier 1793 a prescrit sa destruction complète » (3) sans y parvenir. Cet affolement se basait sur la croyance infondée que la pâquerette était abortive !

« La pâquerette n’est pas seulement l’ornement printanier des corbeilles et des plate-bandes, la gracieuse fleurette du printemps, l’éclatant émail des pelouses et des sentiers, elle possède une réelle valeur thérapeutique » (4). Nous y voici donc :

La pâquerette en phytothérapie

Ce sont les parties aériennes de cette humble fleurette qui nous intéressent. De saveur douce puis amère, les feuilles se caractérisent par une importante quantité de mucilage et de saponine, mais également par du tanin, des flavonoïdes, une matière résineuse, de la vitamine C, des acides (malique, vinique, oxalique, acétique). Dans les fleurs se dissimule une petite fraction d’essence aromatique. Quant à la racine, guère usitée, elle est particulièrement riche en inuline comme la plupart des Astéracées.

Propriétés thérapeutiques

  • Stimulante générale, tonique
  • Dépurative, diurétique légère
  • Fébrifuge, sudorifique
  • Expectorante, sédative de la toux
  • Anti-inflammatoire, rafraîchissante
  • Vulnéraire, résolutive, cicatrisante, anti-ecchymotique, régénératrice cutanée
  • Laxative légère
  • Hémostatique
  • Émolliente
  • Antibactérienne

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite, laryngite, rhume, asthme, toux, pleurésie
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : dysenterie, constipation, constipation opiniâtre
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : insuffisance rénale, lithiase urinaire, rhumatisme, goutte
  • Affections buccales : aphte, ulcération de la bouche
  • Affections cutanées : dermatose, furonculose, eczéma prurigineux, vitiligo, plaie, ulcère, contusion, hématome, ecchymose, enflure, foulure
  • Troubles de la sphère gynécologique : règles douloureuses ou trop abondantes, mastite
  • Hydropisie
  • Hypertension
  • Insuffisance hépatique
  • Insomnie, surmenage
  • Maux de tête

Modes d’emploi

  • Infusion de fleurs et de feuilles
  • Décoction de feuilles (pour compresse et lavage)
  • Macération vineuse de fleurs et de feuilles
  • Macération huileuse de fleurs (l’huile de pâquerettes stimule la microcirculation, tonifie la peau et resserre les tissus, ce qui lui permet de raffermir les seins, de galber le buste et de lutter contre les vergetures ; elle se fabrique selon le même procédé utilisé pour la réalisation de l’huile rouge)
  • Cataplasme de fleurs fraîches pilées
  • Sirop de fleurs fraîches
  • Feuilles en nature
  • Teinture-mère homéopathique (nettoyer et guérir les plaies, luxation, courbature, panaris, furonculose, vertige, etc.)

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : elle peut se réaliser toute l’année. En revanche, l’on se méfiera des lieux passants, la pâquerette étant particulièrement sensible aux pollutions.
  • Alimentation : de la pâquerette l’on peut en consommer les feuilles en salade, de préférence sous forme de mesclun, car à force leur goût devenant âpre peut finir par irriter la gorge. Autrefois consommée comme herbe à cuire avec le pissenlit et la chicorée durant les disettes, la pâquerette peut se prêter à différents usages : racines et boutons floraux au vinaigre (comme les câpres et les cornichons), boutons confits au sucre, ligules en salade, feuilles dans les potages, etc.
  • Les agronomes ont découvert que la plante fournit de la chaux aux terrains sur lesquels elle pousse et qu’elle a une prédilection précisément pour les sols qui en manquent.
  • Il existe un élixir de fleurs de pâquerette qui permet au mental la synthèse des informations provenant de multiples horizons. Il aide à les intégrer de façon globale en cas d’éparpillement et de dispersion. Du reste, ne donne-t-on pas une infusion de pâquerettes aux enfants distraits ?
    _______________
    1. Fabrice Bardeau, La pharmacie du bon dieu, p. 205.
    2. Elle est tout d’abord rapidement évoquée par Pline, puis décrite par Platearius de Salerne au XII ème siècle.
    3. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 725.
    4. Ibidem, p. 723.

© Books of Dante – 2017

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