La tomate (Lycopersicum esculentum)

Variété Purple smaragd.

Synonymes : pomme d’or, pomme d’amour, pomme du Pérou.

Bien avant que nous nous régalions d’une salade de tomates agrémentées d’olives noires, de basilic frais finement ciselé et d’huile d’olive (suggestion de recette ^^), il faut savoir que sa lointaine contrée d’origine se situe dans les Andes, en Amérique du Sud. Sur cette terre natale qui a également vu naître piment, pomme de terre et haricot, la tomate fut très tôt cultivée et améliorée par les Incas. Les fruits de la tomatl (en langue nahuatl) étaient alors petits et de couleur jaune, d’où le nom de pomodora que lui attribuèrent plus tard les Européens qui la firent parvenir sur le Vieux Continent au début du XVI ème siècle. En 1554, Matthiole indique qu’à cette date, l’apparition de la tomate en Italie était classée dans les faits récents. Il en mentionne le caractère comestible, de même que celui de l’aubergine implantée beaucoup plus tôt, mais note sa propension à causer nausées et vomissements. Et cela initie la vie dure qu’on va mener à la tomate. Plante suspecte, elle est dite « dangereuse » (Dodoens), « mauvaise et corrompue » (Daléchamp), « d’odeur fétide » (Bauhin), « mala insana » (Césalpin), etc. C’est sa parenté avec jusquiame, belladone, mandragore et datura stramoine qui fut responsable de la méfiance dont la tomate fut l’objet, et c’est pourquoi elle fut reléguée au rang de plante ornementale jusqu’aux années 1760, et glissa enfin dans la catégorie potagère une vingtaine d’années plus tard. « Ce ne fut qu’à la fin du XVIII ème siècle [que les botanistes] ajoutèrent l’épithète rassurante d’esculentum (comestible) (1) » au nom latin de la tomate, Lycopersicum, soit « pêche de loup ». « La tomate, cessant d’être un stupéfiant rival de la mandragore, eut droit de cité dans le royaume des légumes » (2). La pomme de terre ne mit pas moins de temps pour s’imposer pareillement. En ce qui concerne la tomate, cela ne se fera pas sans quelques langueurs aux dires de l’abbé Rozier qui écrit en 1789 que « cette plante n’est pas connue par les jardiniers dans les provinces du Nord, et s’ils la cultivent c’est plus par curiosité que pas intérêt ; mais en Italie, en Espagne, en Provence et en Languedoc, ce fruit est très recherché » (3). La lenteur de la diffusion de ce fruit issu du Nouveau Monde fera qu’aux alentours des années 1850, une seule variété de tomate sera connue en France, la tomate grosse rouge. Mais aujourd’hui, il en va tout autrement. Arborant des couleurs variées (rouge, rose, jaune, orange, violette, noirâtre, verte, blanche, panachée), la tomate sait aussi diversifier ses formes (ronde, oblongue, plate, en œuf, en piment, côtelée…) et son poids (de quelques dizaines de grammes à plusieurs kilogrammes), et s’adapte au calendrier et au climat (très précoce, précoce, mi-saison, tardive), d’où les centaines de variétés répertoriées à l’heure actuelle, parmi lesquelles on distingue certaines tomates qui peuvent devenir vivaces dans des conditions climatiques extrêmement favorables, vivre plusieurs années et atteindre cinq à sept mètres. Dans la plupart des cas, la tomate demeure annuelle et se présente sous la forme d’une tige robuste, rugueuse et poilue, retombante aux extrémités, portant des feuilles pétiolées au parfum très particulier. Quant aux fleurs, jaunes et à cinq pétales, elles sont typiques de la famille des Solanacées.

Après toutes ces pérégrinations, il est notable que la tomate n’a pas été oubliée par sa patrie originelle, puisqu’elle est toujours présente au sein de la pharmacopée des descendants du peuple inca.

Variété Whide wonder.

La tomate en phytothérapie

La tomate, que tout le monde connaît en général, on la connaît bien peu en particulier. Cela n’est pas qu’un bête « légume » à ranger dans la catégorie étriquée des plantes potagères car, rappelons-le, tout ce que l’on mange est médecine.
En dehors des 90 à 93 % d’eau qu’elle contient, la tomate, peu riche en éléments nutritifs (sucres : 3,60 % ; matières azotées : 1 % ; lipides : 0,30 %), affiche seulement 22 calories aux 100 grammes. En revanche, elle est bien pourvue en sels minéraux et en oligo-éléments (calcium, phosphore, magnésium, potassium, soufre, zinc, cuivre, fer, bore, iode), ainsi qu’en vitamines (A, B1, B2, B3, B6, C, E, K). Notons que la teneur en vitamine C varie selon les variétés. Par exemple, la tomate Double rich prodigue deux fois plus de cette vitamine que la plupart des tomates. Certaines, de couleur orange, apportent bien plus de bêta-carotène que toutes autres. La variété influence donc le profil biochimique.
De plus, la tomate apporte 15 à 17 des principaux acides aminés indispensables, dont la thréonine, la lysine (qui favorise la formation des anticorps), l’arginine (impliquée dans l’immunité, la fertilité, la sécrétion des hormones de croissance, la cicatrisation…), etc. Acides malique, pectique, citrique (0,60 %) complètent le tableau auquel il faut ajouter le fameux GABA, l’acide gamma-aminobutyrique, aux propriétés sédatives. Enfin, ce tour d’horizon serait incomplet si nous omettions le carotène connu sous le nom de lycopène, aux évidents effets anti-oxydants.

Propriétés thérapeutiques

  • Revitalisante, reminéralisante
  • Apéritive, excitante des sécrétions gastriques, laxative, facilitatrice de la digestion des féculents et des amidons (4)
  • Dépurative, diurétique éliminatrice de l’urée
  • Alcalinisante du sang trop acide
  • Anti-infectieuse
  • Antiscorbutique
  • Rafraîchissante

Note : les feuilles ont des vertus antimycosiques, anti-inflammatoires et insecticides (cf. présence d’un alcaloïde du nom de tomatine).

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, atonie gastrique, constipation, états inflammatoires du tractus intestinal, entérite
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : lithiase urinaire, azotémie, rhumatisme, arthritisme, goutte
  • Trouble de la sphère cardiaque et circulatoire : hyperviscosité du sang, artériosclérose, affections vasculaires
  • Asthénie
  • Affections cutanées : acné, piqûre d’insecte (guêpes), adoucir et désincruster les peaux grasses, éclaircir les teints brouillés

Note : autrefois on suspendait des bouquets de feuilles de tomate fraîches dans les maisons afin d’en éloigner les mouches.

Modes d’emploi

  • En nature (salade de tomates ; à éviter de préparer trop longtemps à l’avance)
  • En jus
  • Lotion
  • Application locale (tranche de tomate, feuille froissée)

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Compte tenu du passé « sulfureux » de la tomate qui ne tient qu’à l’imagination trop fertile et craintive de certains, l’épithète « toxique » a bien évidemment été accolée à la tomate. Parlons-en et mettons en évidence sa parfaite innocuité. Appartenant au clan des Solanacées, se profile une substance dont nous avons déjà parlé sur le blog, la solanine (cf. les articles sur l’alkékenge, la morelle noire, la morelle douce-amère et la pomme de terre). Cet alcaloïde, s’il est présent à hauteur de 0,42 % dans la tomate non mûre, n’existe plus qu’à l’état de traces (0,0006 %) dans une tomate presque mûre, et disparaît complètement à parfaite maturité. Celui qui aurait l’idée saugrenue de se repaître de tomates encore vertes s’en tirera avec colique, diarrhée et mydriase. Par ailleurs, la tomate n’est nullement cancérigène comme on a pu sottement l’affirmer, c’est bien plutôt le contraire. Ensuite, l’accusation selon laquelle sa proportion d’oxalates la rendrait dangereuse est parfaitement infondée, puisqu’on en trouve la dose infime de 0,001 à 0,003 mg ! En vertu de cette ancienne croyance, la tomate fut interdite tout comme l’oseille aux rhumatisants, lithiasiques et goutteux. Tout au contraire, c’est cette très faible fraction d’oxalates qui rend la tomate profitable aux rhumatisants et arthritiques, ainsi que sa faible teneur en substances azotées. De plus, la tomate se recommande aux diabétiques en raison de son indice glycémique bas, aux cardiaques et hypertendus du fait qu’elle contient peu de sel, enfin aux obèse de par sa faible valeur nutritive. Pour finir, nous ne saurions que trop recommander aux estomacs délicats de se méfier de la tomate dont la digestibilité peut leur être parfois fort pénible.
  • Maintenant, expliquons en quoi la tomate cultivée selon les préceptes de l’agriculture conventionnelle est un produit de qualité médiocre à rejeter. « Lorsque les fruits sont cueillis verts et qu’ils mûrissent artificiellement [grâce à l’éthylène], ils sont dépourvus d’une grande partie de [leur] parfum et de [leur] saveur car les sucres et la vitamine C ne peuvent s’élaborer de la même façon. C’est pour cela que les tomates fraîchement cueillies dans le jardin sont de loin supérieures sur le plan de la nutrition et de la saveur, aux tomates distribuées généralement dans le commerce » (5), dont on sait que 90 % d’entre elles sont issues de cultures hors-sol, nourries au goutte-à-goutte, comme j’ai pu le constater, ébahi, à la Cité des sciences de la Villette il y a une trentaine d’années. Il semblerait, cependant, que le refus de ce mode de culture – qui produit des tomates insipides, fades et aux qualités organoleptiques pratiquement nulles – par un certain nombre de consommateurs fasse qu’on en revienne à une culture qui tienne moins de la science-fiction. C’est pourquoi, aujourd’hui, sur les marchés, les vendeurs font apparaître sur leurs pancartes la mention « tomates de terre », aussi incroyable que cela puisse paraître !
    _______________
    1. Henri Leclerc, Les légumes de France, p. 142.
    2. Ibidem.
    3. Cité par Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 901.
    4. D’où la sauce bolognaise avec les pâtes, la garniture à la tomate sur la pizza, etc.
    5. Catalogue Terre de semences 1999, p. 55.

© Books of Dante – 2017

Variété Black prince.

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