La bugle (Ajuga reptans)

Synonymes : moyenne consoude, petite consoude, consyre moyen, herbe au charpentier, herbe à la coupasse, herbe à maout, herbe de saint Laurent, dorve.

Cette petite plante cousine des menthes, marjolaines et autres lavandes, vous l’aurez sans doute davantage rencontrée au détour d’un chemin que dans les pages d’un livre de phytothérapie, tant la science moderne l’a peu créditée de propriétés pharmacodynamiques. En effet, le docteur Leclerc ne disait-il pas que « la bugle est la plus résolument inerte des herbes » ? (1). Et Cazin, un siècle plus tôt, n’a pas été non plus très tendre avec elle : « ce vulnéraire si vanté guérit uniquement les plaies que la nature seule conduirait très bien à cicatrice » (2). De là à dire que la bugle ne vaut pas mieux que cautère sur jambe de bois… C’est rude, âpre dirais-je même. Il est vrai que ses divers surnoms font explicitement référence à cette parenté qu’on a dessinée entre la bugle et la grande consoude. Si cette dernière « consolide », la première « chasse » : Ajuga, le nom latin de la bugle, n’étant qu’une transformation du mot abiga, de abigere, un verbe latin signifiant « délivrer ». Et si l’on en croit la littérature, cette réputation ne date pas d’hier. Au XV ème siècle, un herboriste italien du nom de Benedetto Rinio écrivait que « Gilbert l’Anglais et surtout les Allemands font grand éloge de la bugle et déclarent qu’elle l’emporte, pour soigner les plaies, sur toutes les autres plantes, et c’est pourquoi ils lui ont donné le nom de wundkraut » (3). Ainsi, les plaies, mais aussi les plaies atones, les dartres, les fractures relevaient-elles de l’emploi de la bugle qui, accompagnée de scabieuse et de sanicle, puis mêlée à de l’axonge, s’appliquait généreusement comme une panacée digne de la grande consoude, de l’arnica et du dictame de Crète réunis ! Si l’on connaît tous les deux premiers vers du petit poème que l’école de Salerne a réservé à la sauge, qui sait que « qui a du bugle et du sanicle fait au chirurgien la nicle » ?

Tout cela valut que la Renaissance s’empare, elle aussi, de la bugle, mais pas seulement pour ses uniques propriétés vulnéraires. Ainsi Camerarius (1500-1574) et Dodoens (1517-1585) valorisèrent-ils la bugle comme désopilant hépatique. Plus tard, Lazare Rivière (1589-1655), puis Michel Ettmuller (1644-1683) lui accordèrent valeur contre l’angine et, plus grave, contre la phtisie pulmonaire (= la tuberculose). Mais la bugle reste avant tout la panacée vulnéraire du médecin de campagne, censée agir tant sur les plaies, coupures, blessures, ulcères que sur des hémorragies plus sérieuses telles que l’hémoptysie. Le médecin britannique Culpeper se rangeait à ces avis. Ainsi, il écrit que « la décoction de feuilles et de fleurs, en vin, liquéfie le sang coagulé chez les personnes souffrant de contusions internes dues à une chute ou à d’autres chocs. Elle est très efficace contre toutes les plaies », ajoute-t-il. Non seulement la bugle serait vulnéraire et cicatrisante, mais également fibrinolytique comme savent l’être l’huile essentielle d’hélichryse d’Italie et celle de laurier noble dans une moindre mesure. Mieux, trois siècles après Culpeper, l’herboriste britannique Maud Grieve affirme dans son ouvrage intitulé Modern Herbal (1931), que la bugle régularise la circulation à une époque où, en France, Leclerc la disait inefficace.

Petite lamiacée vivace, la bugle se propage par stolons, d’où l’adjectif « rampant » qu’on lui octroie fréquemment. Ses tiges quadrangulaires velues portent à leur base des feuilles pétiolées en rosette, puis des feuilles non pétiolées, opposées deux à deux, de forme oblongue ou ovale. A l’aisselle de ces feuilles supérieures, l’on trouve des verticilles de six à dix fleurs de couleur bleu vif à bleu violacé. A pleine floraison, la bugle rampante atteint une taille maximale de 30 cm.
Assez fréquente, elle est présente sur trois continents : l’Europe, l’Afrique (du Nord), l’Asie (occidentale). Elle affectionne particulièrement les lieux humides et ombragés tels que bois frais, prés, pelouses, parcs et jardins.

La bugle en phytothérapie

Les sommités fleuries de la bugle, de saveur amère et épicée, présentent à l’analyse un certain nombre de substances qui peuvent faire tout dire, mais certainement pas que cette plante est tout à fait dénuée d’effets : des principes amers dont on n’ignore plus l’action sur la sphère hépatobiliaire, du tanin, quelques traces d’essence aromatique, une phytoecdysone (hormone stéroïdienne), enfin des iridoïdes dont l’harpagoside anti-inflammatoire et antalgique.

Propriétés thérapeutiques

  • Astringente, résolutive, vulnéraire, cicatrisante
  • Laxative douce
  • Anti-inflammatoire, antalgique
  • Fébrifuge
  • Tonique

Usages thérapeutiques

  • Maux de gorge, angine, inflammations bucco-laryngées
  • Ulcère gastro-intestinal, diarrhée
  • Insuffisance biliaire
  • Hémorragies : hémoptysie, plaies
  • Douleurs rhumatismales légères
  • Asthénie (?)

Modes d’emploi

  • Infusion de sommités fleuries
  • Décoction de sommités fleuries
  • Cataplasme de feuilles fraîches et contuses
  • Teinture-mère

Note : la teinture-mère de bugle offre un beau remède contre les affections de l’arbre respiratoire : pneumopathies (aiguës et chroniques), asthme, toux rebelle, etc.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Comme nous l’avons vu, nos devanciers se sont plus attachés à faire la démonstration de l’inefficacité de la bugle que d’en répertorier les éventuels méfaits, c’est pourquoi aujourd’hui il est difficile d’affirmer que cette plante peut représenter un quelconque danger à travers un emploi en phytothérapie.
  • Récolte : elle peut se réaliser dès le début de la floraison de la plante, soit au mois d’avril et se poursuivre autant de temps que la plante fleurira.
  • Autres espèces : bugle pyramidale (A. pyramidalis), bugle genevoise (A. genevensis), ivette commune (A. chamaepytis), ivette musquée (A. iva), etc.
    _______________
    1. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 283
    2. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 209
    3. Cité par Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 188

© Books of Dante – 2017

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