L’orme (Ulmus minor)

Synonymes : orme champêtre, orme commun, orme pyramidal, ormeau.

Si la botanique a un père, celui-ci est sans doute Théophraste. Ce philosophe grec du IV ème siècle avant J.-C., dont l’approche du végétal prête quelque peu à sourire aujourd’hui, avait, en son temps, fait le distinguo entre l’orme sujet de cette étude et un autre, l’orme de montagne. Pline en distingue quatre, dont l’un est dit d’origine « gauloise ». Dans le même temps, nous retrouvons un orme dans les écrits de Dioscoride : « L’écorce, feuilles et branches de l’orme ont une vertu astringente. Les feuilles broyées et appliquées avec du vinaigre remédient à la maladie de « sainte main » (?) et cicatrisent les plaies […] La plus grosse partie de l’écorce bue au poids d’une once avec du vin, ou avec de l’eau froide, purge le flegme. La décoction des feuilles et pareillement de l’écorce de la racine, appliquée en la manière de fomentation, fait aussitôt consolider les os rompus » (1). Par la suite, on oscilla longtemps entre préceptes médicaux et magie, à une époque où ces deux disciplines ne se présentaient pas dos à dos, mais plutôt main dans la main. Ainsi a-t-on vu un Marcellus Empiricus proférer au IV ème siècle après J.-C. une recette faisant intervenir l’orme contre la toux purulente et qui aura plongé dans la consternation ceux qui auront eu l’audace de la lire bien des siècles plus tard. Même Matthiole, au XVI ème siècle, s’y référait encore, et il fut jugé peu digne quatre siècles plus tard pour cette raison, de même que certains pharmaciens du XIX ème siècle, accueillant avec bienveillance les travaux de Paracelse, considéraient qu’il avait dû être frappé de folie en ce qui concerne la théorie des signatures. Ce qui n’est pas compris est souvent réfuté. Pourtant, cette théorie des signatures dont s’est inspiré Oswald Crollius, indique, à propos de l’orme, en raison de son écorce profondément crevassée, qu’il est un remède des maladies cutanées. Nous verrons plus loin si Crollius se trompait ou pas. Mais de Crollius, nous sommes encore loin. Est-il déraisonnable d’imaginer qu’un arbre chargé d’une histoire mythologique riche comme la sienne ait pu avoir une implication dans la vision que certains ont eu de lui, bien des siècles après qu’on ait pensé que ces vieilleries étaient révolues ? Il est des novateurs qui vont puiser par le biais de très anciennes racines certains savoirs remis alors en perspective et augmentés.

Parlons mythologie et symbolisme : Pline disait de l’orme qu’il représentait la majesté et la prospérité du peuple romain, les Celtes qu’il était arbre de la générosité. Chez les Grecs anciens, l’orme était l’un des arbres d’Hermès, messager des dieux. On disait, en effet, que les samares, c’est-à-dire les petits fruits ailés de l’orme, accompagnent les âmes des défunts devant le juge suprême ou dans la direction d’Hadès. Ne veuillons pas oublier que les petites ailettes d’Hermès font écho aux samares de l’orme. Psychopompe donc. Et l’aspect funéraire n’est pas loin. La longévité de l’orme, qui n’excède cependant pas 500 ans, semble accréditer cette hypothèse. On disait également que cela tenait au fait que cet arbre ne produisait pas de fruits, ce qui est rigoureusement faux. Ce que Théophraste pensait être ses fruits, n’étaient autre que des galles que l’orme porte nombreuses. Quelques fragments mythologiques nous confirment le rôle funéraire de l’orme : « lorsqu’Achille tue le père d’Andromaque, il érige en son honneur un tombeau autour duquel les nymphes viennent planter des ormes » (2). Orphée, dont la lyre charmait les rochers et les arbres, fit paraître une forêt d’ormes à la mort d’Eurydice. En relation avec le monde des morts, l’orme l’est aussi avec celui des songes, d’où ses surnoms d’arbre aux rêves, d’arbre de Morphée. Il est donc également un arbre prophétique, à l’instar du chêne et de tant d’autres encore.
Les Germains, quant à eux, en firent un arbre sacré et féminin qu’ils associèrent au hêtre pour eux masculin. C’est donc un arbre puissant, au sens symbolique du terme. Ne rendait-on pas la justice sous un orme dans le sud de la France au Moyen-Âge ? Aujourd’hui, l’expression « attendez-moi sous l’orme » est une manière de dire qu’on ne se rendra pas au rendez-vous qu’on avait fixé, qu’on ne tiendra ni promesse ni engagement. La symbolique de l’orme s’est, malgré lui, retournée à travers cette anecdote. Ceci dit, il n’y a pas que dans le midi de la France qu’on rencontre de tels ormes. Il y a, dans le 4 ème arrondissement de Paris, près de l’église Saint-Gervais, un orme planté en 1935. Mais, à son emplacement, se sont succédé des générations et des générations d’ormes, et cela depuis au moins le début du XIII ème siècle. C’était un lieu de réunion pour des questions d’argent et de justice. L’un de ces ormes fut également un remède précieux, des guérisseurs de la capitale s’en venaient près de lui, dans la nuit, afin d’en détacher l’écorce qui leur permettait de constituer leurs remèdes.
Au XII ème siècle, Hildegarde conserve à l’orme son caractère sacré et met particulièrement l’accent sur l’eau dans laquelle baignent des feuilles d’orme : « celui qui a des frayeurs, boira de cette eau, à température modérée, et ses frayeurs s’évanouiront. Celui qui fait chauffer de l’eau avec cette seule espèce de bois et s’y baigne écarte de lui la méchanceté et la mauvaise volonté ; il devient bienveillant et son esprit en est rendu joyeux [nda : ce qui rappelle le caractère généreux accordé à l’orme par les Celtes]. L’arbre lui-même a, par nature, une certaine puissance, si bien que les esprits aériens ne pourront pas faire passer par lui leurs illusions, fantasmes et injures » (3).

Du temps de Matthiole, au XVI ème siècle, il est encore question de l’orme. Il emploie l’écorce de la racine de cet arbre pour élaborer des décoctions censées agir sur des troubles articulaires et musculaires, sur la douleur de la goutte. Il accorde aussi tout son intérêt aux galles de l’orme. Ces dernières contiennent un liquide – l’eau d’orme – un suc doux et mucilagineux, excellent vulnéraire selon Matthiole, également employé pour laver les plaies, donner de l’éclat au visage, remédier aux maux oculaires… « Vers l’automne, l’eau s’étant évaporée, on trouve au fond des galles un résidu jaune et noirâtre, le baume d’ormeau, jadis réputé contre les affections de poitrine » (4). Puis l’orme ne fait plus guère parler de lui jusqu’à ce qu’un certain nombre de médecins anglais, dans les années 1780-1800 le remettent à l’honneur, faisant de lui un topique souverain face aux irritations cutanées, dartres rebelles, ulcérations anciennes et sordides, eczéma chronique ; c’est ainsi que l’orme devint fort à la mode en France durant ce laps de temps. 50 à 60 ans plus tard, il est de nouveau écarté, mais une kyrielle de médecins, allemands cette fois, sauront lui redonner ses lettres de noblesse dans les années 1920-1930, réaffirmant les paroles de leurs prédécesseurs.

Apparu il y a près de 65 millions d’années, l’orme est un grand arbre caducifolié à couronne circulaire pouvant atteindre 30 à 40 m de hauteur. Son écorce est sombre, rugueuse et fissurée. De nombreuses fleurs à anthères rouge bordeaux apparaissent entre février et avril, soit avant les feuilles, petites, en grappe, sans pétiole. Les feuilles ovales sont doublement dentées, dissymétriques, vert foncé, rugueuses et velues au-dessous. Enfin, les samares sont formées d’un akène central cerné d’une aile échancrée au sommet.

Encore assez présent dans les haies et les forêts humides d’Europe, il a quasi disparu de l’ouest de l’Europe et d’Amérique du Nord à cause d’une maladie venue d’Extrême-Orient, la graphiose, qui touche les ormes européens depuis 1919. Pour illustrer ce propos, nous pouvons indiquer qu’au XVII ème siècle, l’orme était la plus répandue des essences parisiennes. Aujourd’hui, il est la plus rare. Des quelques 30 000 ormes parisiens, il n’en reste plus qu’un petit millier. Cette maladie, provoquée par un champignon, est transmise par un insecte, le scolyte du orme. Elle déforme les rameaux, assèche le feuillage qui reste sur branches. Vicieuse, cette maladie se transmet aussi par contacts racinaires entre un orme malade et un orme sain. C’est pour cette raison, que des haies d’ormes furent fauchées par cette maladie, comme des quilles placées en file indienne. La seule parade est l’abattage et l’arrachage des ormes malades afin qu’ils ne contaminent pas leurs congénères encore indemnes.

L’orme en phytothérapie

Comme beaucoup d’autres arbres, le choix se porte sur l’écorce. Dans le cas de l’orme, sur le liber, c’est-à-dire la seconde écorce des rameaux d’un ou deux ans qui, chez cette essence, est de couleur jaunâtre ou rougeâtre. Pliante et fragile, elle est le plus souvent inodore, à la saveur légèrement styptique. On pourrait s’attendre, parlant d’écorce, à une grosse fraction de tanin, mais il n’y en a pas tellement que ça, tout juste 3 %. En revanche, ce en quoi l’écorce de l’orme se distingue, c’est pas sa richesse en mucilage. De la résine et de l’amidon accompagnent certains sels minéraux, dont une importante proportion de calcium et de silice, et un peu de potassium et de sodium. Remarquons dans l’orme la présence de stigmastérine et de sitostérine, deux phytostérols que l’on retrouve dans la griffe du diable, alias harpagophytum. Il arrive qu’on utilise les feuilles et encore les galles.

Propriétés thérapeutiques

  • Diurétique, dépuratif, sudorifique
  • Adoucissant, émollient
  • Tonique
  • Astringent, résolutif, cicatrisant

Usages thérapeutiques

  • Affections cutanées (c’est LE remède des maladies cutanées rebelles) : dartre, eczéma sec, ulcération et éruption d’origine goutteuse et scrofuleuse, ulcère, plaie, gerçure, engelure, brûlure, cicatrice
  • Hydropisie, ascite
  • Rhumatisme, douleurs rhumatismales et goutteuses, douleurs de la sciatique
  • Atonie digestive, diarrhée
  • Fièvre
  • Hémorroïdes, hémorragies
  • Leucorrhée

Modes d’emploi

  • Décoction (pour la voie interne comme externe ; dans ce dernier cas, il faudra doubler les doses)
  • Macération huileuse
  • Macération vineuse
  • Sirop
  • Pommade
  • Cataplasme de feuilles fraîches

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : le liber se détache avant la floraison de l’orme, c’est-à-dire, selon les régions, avant les mois de février, mars et avril.
  • Le bois d’orme, d’aspect rougeâtre, dur, compact et de grande résistance, est un excellent bois d’œuvre, à l’instar de celui du chêne. Il est destiné à la charpenterie, à l’ébénisterie, à la fabrication d’arcs, etc.
  • Autres espèces : l’orme rouge (Ulmus rubra), l’orme des montagnes (Ulmus glabra), etc. Attention de ne pas confondre l’orme avec un autre arbre à l’orthographe proche : l’orne (Fraxinus ornus).
  • Élixir floral : le docteur Bach aura été sensible au charme de l’orme, comme en témoigne l’une de ses fleurs, Elm, qu’il a classée dans le groupe du découragement : « Pour ceux qui font un bon travail, suivent leur vocation et espèrent faire quelque chose d’importance, ceci souvent pour le bien de l’humanité. Ils connaissent des périodes de dépression quand ils sentent que la tâche qu’ils ont entreprise est trop difficile et hors de portée du pouvoir d’un être humain » (5).
    _______________
    1. Dioscoride, Materia medica, Livre 1, Chapitre 94
    2. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 270
    3. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 181
    4. Petit Larousse des plantes médicinales, p. 206
    5. Edward Bach, La guérison par les fleurs, p. 106

© Books of Dante – 2017

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