La réglisse (Glycyrrhiza glabra)

Synonymes : bois doux, bois sucré, racine douce, racine bonne, herbe aux tanneurs, licorice, régalisse, réglisse glabre.

Durant l’Antiquité, on entend parler de la réglisse, du bassin méditerranéen jusqu’en Chine. Il ne s’agit bien évidemment pas de la même espèce en tous ces lieux. En Chine, les plus anciens bencao mentionnent la réglisse. Grillée et préparée au miel, elle est considérée comme une stimulante digestive et une antalgique des voies digestives. La médecine traditionnelle chinoise nous explique qu’en plus d’être harmonisante de l’énergie des méridiens du Poumon et de l’Estomac, elle tonifie le Qi au sein du méridien de la Rate/Pancréas.
La réglisse sur laquelle se concentre cet article semble être originaire d’Europe méridionale et d’Asie occidentale où elle croit spontanément. Les premières traces qui nous sont parvenues de l’utilisation de la réglisse proviennent de tombeaux de pharaons. Et l’on sait aussi que les anciens Égyptiens l’utilisaient pour endiguer les catarrhes des voies respiratoires. Au IV ème siècle avant J.-C., le Grec Théophraste la mentionne et nous dit que les Scythes en faisaient usage six siècles plus tôt dans le désert, mêlée à du fromage de lait de jument afin d’apaiser leur soif. Il la conseille pour résoudre divers problèmes respiratoires dont la toux, soigner des blessures en association avec du miel, prescriptions qui s’avèrent toutes exactes comme on s’en rendra compte dans la rubrique « usages thérapeutiques ». La réglisse n’échappe bien sûr pas à Dioscoride : « Du regallisse que les Grecs appellent glycyrrhiza (1), les Latins dulcis radix, les Italiens regolitia. […] Ce suc [nda : celui de la réglisse] est efficace sur les âpretés de la trachée-artère, mais il est nécessaire de le faire tenir sous la langue pour l’y faire fondre. Il est bon aux inflammations de l’estomac, à la poitrine et au foie […] Défait en liqueur, il étanche la soif. Appliqué il guérit les plaies, mangé il aide à l’estomac. La décoction de la racine fraîche a puissance sur toutes ces choses » (2). Au même siècle, Pline l’Ancien préconise le glycyrrhizion en cas de problème de toux.
A cette époque, la réglisse est cultivée en Espagne, en Italie ainsi qu’au sud de la France, mais, contrairement à d’autres plantes que les Romains n’hésitèrent pas à emmener avec eux lors de la conquête de la Gaule, et même après, il semblerait que la réglisse n’ait pas fait partie du voyage. Par exemple, elle est absente du Capitulaire de Villis au VIII ème siècle. En revanche, l’on sait bien qu’elle est toujours cultivée en Sicile et en Calabre au XIII ème siècle ainsi que dans d’autres régions du sud de l’Europe au XII ème siècle. Au XV ème siècle, cette culture gagne l’Allemagne. Or comment expliquer que la réglisse soit présente dans le Physica d’Hildegarde de Bingen en plus de vingt endroits, Physica écrit, je le rappelle, au XII ème siècle ? Hildegarde faisait-elle importer son Liquiricium ? Faisons le tour de cette œuvre majeure d’Hildegarde où la réglisse est présente au sein de nombreuses recettes : on croise une boisson cordiale, des recettes purgative, antitussive, stomacale et « qui redonne la santé aux intestins fragiles » (3), hépatique et pectorale, etc. « La réglisse est de chaleur modérée ; elle éclaircit la voix, de quelque manière qu’on la prenne, elle donne un esprit suave, clarifie les yeux, facilite la digestion en adoucissant l’estomac. Elle est surtout utile au frénétique, car s’il en mange souvent, elle éteint la fureur qui est dans son cerveau » (4) […] Elle donne une voix claire, assainit la poitrine, donne de la lucidité, écrase et fait disparaître l’humeur noire, car elle n’affaiblit pas les muscles et ne fait pas disparaître l’intelligence de l’esprit » (5). Quelque part dans le Physica, Hildegarde mentionne une recette à base de violettes, de galanga et de réglisse contre la mélancolie. Considérant la réglisse comme un grand remède pulmonaire, Hildegarde, tout comme la médecine traditionnelle chinoise, a remarqué qu’affections pulmonaires et tristesse vont de paire, l’une des principales faiblesses du méridien du Poumon résidant justement dans la mélancolie.
Pour conclure avec l’époque médiévale, indiquons qu’au sein du Grand Albert se trouve la recette d’une tisane purgative contenant séné et réglisse où cette dernière vient corriger le caractère énergique du séné sur les voies digestives. Là sont choses qui seront reprises bien plus tard comme l’indique ci-après Jean-Baptiste Chomel : « L’usage de cette racine est si commun qu’on ne fait point de tisane où la réglisse n’entre, soit pour corriger par sa douceur la saveur désagréable des autres ingrédients, soit pour lui communiquer la vertu particulière qu’elle a d’adoucir l’âcreté des humeurs qui excitent la toux » et celle provenant de ces autres ingrédients drastiques sinon virulents.

La réglisse fait partie de l’ancienne famille botanique des Papilionacées, ainsi appelée en raison du fait que les espèces qui se groupent sous cette bannière possèdent des fleurs dont la forme évoque un papillon. Aujourd’hui, les choses ont changé, on parle de Fabacées, de faba, la fève. Ainsi des espèces, annuelle comme la fève ou vivace comme le tamarinier, font-elles partie des Fabacées dont la caractéristique commune est de former des gousses contenant plusieurs graines. De l’humble trèfle jusqu’au gigantesque robinier, la réglisse se situe dans l’intervalle, sous-arbrisseau qu’elle est. En effet, cette vivace peut, dans le meilleur des cas, atteindre une hauteur de deux mètres. Des tiges dressées et creuses s’érigent à partir d’un rhizome souterrain brun-rougeâtre à l’extérieur, jaune à l’intérieur. Toutes ces tiges portent profusion de feuilles visqueuses et glanduleuses composées de 9 à 17 folioles, et dont l’allure renforce sa ressemblance avec le robinier. A l’aisselle des feuilles naissent des épillets de fleurs formant des grappes pyramidales et dont la couleur varie du blanc au bleu-violet. Mais, en ce qui concerne la profusion de la réglisse, elle ne s’arrête pas qu’à sa seule partie visible car sa souche épaisse donne naissance à des racines qui seront d’autant plus longues que les terres qu’elles traversent sont meubles, légères et profondes, ni trop humides, ni trop sèches. Et, bien sûr, toutes ces racines qui irradient à partir du pied donnent ensuite naissance à de nombreux rejets qui formeront de nouvelles plantes et ainsi de suite.
Subspontanée dans le Midi de la France, on rencontre la réglisse plus au nord car elle est rustique et ne craint pas le froid. En dehors de cette zone chaude du sud de la France, partout ailleurs elle a été cultivée anciennement dans le Poitou et dans le Centre. Jusque dans les années 1940, elle prospérait du côté de Bayonne, de Paris, ainsi qu’en Touraine. En 1947, Fournier regrettait que la production française soit insuffisante pour qu’il faille importer de la réglisse d’Espagne, d’Italie voire même de Russie, ce qui montre l’importance qu’on accordait à ce simple hors du commun.

La réglisse en phytothérapie

L’importance de la seule racine de réglisse en phytothérapie est telle qu’on peut avoir quelque difficulté à imaginer la plante qui la produit (d’où l’image ci-dessus). Que contient donc cette fameuse racine ? Tout d’abord une importante fraction d’amidon doux (25 à 30 %), une huile résineuse (15 %), du saccharose (4 %), du glucose (3 %), de l’asparagine (3 %), ainsi qu’une quantité non négligeable de glycyrrhizine ou acide glycyrrhizinique (6 %) également présent dans le polypode commun. Mais nous n’en avons pas terminé avec la composition de la racine de réglisse. On y trouve plusieurs isoflavones dont la liquiritine antispasmodique, l’isoliquiritine anti-oxydante et la formononétine à l’action phyto-oestrogénique, mais aussi un stéroïde proche de la cortisone et de l’ACTH (hormone corticotrope). Pour finir, mentionnons la présence de tanin, de gomme, de mannite, d’acide malique, d’un pigment qui donne sa belle couleur jaune à la racine de réglisse, enfin quelques traces d’essence aromatique.

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-inflammatoire puissante
  • Antispasmodique du tube digestif, digestive, laxative, anti-ulcéreuse gastrique, calmante du péristaltisme intestinal
  • Expectorante, pectorale, antispasmodique des bronches, antitussive, fluidifiante des sécrétions pharyngées
  • Diurétique légère, dépurative
  • Stimulante des corticosurrénales
  • Adoucissante, édulcorante (l’acide glycyrrhizinique possède un pouvoir sucrant cinquante fois supérieur à celui du glucose)
  • Rafraîchissante
  • Cicatrisante locale
  • Fongistatique (sur Candida albicans)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : toux, toux nerveuse, maux de gorge, enrouement, rhume, angine, coup de froid, trachéite, bronchite, catarrhe bronchique
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée, constipation spasmodique, spasmes intestinaux douloureux, gastrite, ulcère gastrique, ulcère gastro-duodénal (6), acidité gastrique, aérophagie, ballonnement, dyspepsie, entérite
  • Affections buccales : aphte, stomatite, glossite
  • Affections oculaires : conjonctivite, blépharite, inflammation des paupières
  • Rhumatisme, arthrite
  • Maladie d’Addison (ou insuffisance surrénalienne chronique)
  • Douleurs hémorroïdaires
  • Plaie, cor
  • États grippaux et fébriles (le « sucre » de réglisse n’étant pas fermentescible, il est fort utile aux fébricitants)

Modes d’emploi

  • Infusion, infusion à froid
  • Décoction
  • Macération à froid

Note : l’eau froide emporte les principes doux et émollients, tandis que l’eau chaude, elle, dissout les principes résineux âcres. Ainsi une décoction n’a-t-elle pas le même goût qu’une macération à froid.

  • Extrait
  • Teinture-mère
  • Poudre
  • Racine mâchée en application locale
  • Pastille à sucer (décocté de suc de racine évaporé auquel on ajoute sucre, gomme et arôme)
  • Bâton à mâcher

Suggestion de recettes :

  • Sirop antitussif : valériane (100 g) + réglisse (100 g) + anis vert (50 g) + raisins secs (200 g). En décoction longue à feu doux.
  • Tisane cholérétique : armoise (20 g) + réglisse (20 g) + fumeterre (30 g) + menthe poivrée (30 g) + romarin (30 g). En infusion.
  • Tisane reconstituante : il s’agit de la tisane dite « toute bonne » qu’on servait autrefois dans les hôpitaux : orge (1/3) + chiendent (1/3) + réglisse (1/3). « L’orge, le chiendent, la réglisse, et un peu de repos, sont les meilleurs médicaments pour l’ouvrier échauffé, fatigué », disait Cazin (7).

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : il est nécessaire d’attendre au moins la troisième année, en octobre, pour procéder à l’arrachage des racines de réglisse qui est un fastidieux travail. « Comme chef-d’œuvre de maîtrise, la corporation des jardiniers de Bamberg [Allemagne] demandait au candidat de déterrer entièrement une racine de réglisse » (8). Puis les racines sont mondées, lavées, séchées au soleil, mises en bottes. On estime à environ dix tonnes la production de réglisse à l’hectare.
  • Une trop grande consommation de réglisse peut entraîner une hypertension artérielle ainsi que des troubles du rythme cardiaque. Les hypertendus doivent donc se l’interdire, ainsi que les personnes sujettes à l’insuffisance rénale. Par ailleurs, la réglisse accentue l’effet de certains médicaments comme la digitaline, certains diurétiques et corticostéroïdes. Il vaut donc mieux s’abstenir d’en consommer simultanément.
  • Alimentation : la réglisse, par son suc, entre dans l’élaboration de l’arôme de certaines boissons dont, bien sûr, la fameuse antésite à diluer dans de l’eau, des apéritifs anisés (pastis de Marseille), des bières brunes comme la Guinness, auxquelles la réglisse confère davantage de couleur et de douceur, etc. N’omettons pas de mentionner la boisson qui fit fureur à Paris durant le XVIII ème siècle, boisson nommée « coco » car elle était servie dans une demi noix de coco en guise de verre. Vendue dans les cafés, dans les jardins publics, sur les boulevards, cette boisson consistait en de la poudre de racine de réglisse additionnée d’anis, de citron, de fenouil, de coriandre, etc. Un liard le verre ! Autant dire que c’était une boisson bon marché. Enfin, n’oublions pas le rôle majeure de la réglisse dans le domaine de la confiserie.
  • Autres usages : l’arôme réglisse est utilisé dans l’industrie tabatière ; du suc de réglisse l’on peut faire une teinture brune. Enfin, les fibres ont permis la fabrication de papier, de brosses, etc.
    _______________
    1. Glycyrrhiza ou parfois Glukurrhiza se décompose selon deux mots grecs : glycis, « sucré » et rhidza, « racine ».
    2. Dioscoride, Materia medica, Livre 3, Chapitre V
    3. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 41
    4. Ibidem, p. 32
    5. Ibidem, p. 44
    6. « Les éléments actifs du suc de réglisse permettent la constitution rapide de cellules nouvelles, et la tension superficielle élevée du suc couvre d’un film protecteur la lésion de la muqueuse irritée. Celle-ci se cicatrise donc plus rapidement », Petit Larousse des plantes médicinales, p. 297
    7. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 809
    8. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 810

© Books of Dante – 2017

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