La pulmonaire officinale (Pulmonaria officinalis)

Synonymes : grande pulmonaire, pulmonaire des bois, herbe aux poumons, herbe de cœur, herbe de tac, herbe au lait de Notre-Dame, sauge de Jérusalem, sauge de Bethléem.

On a longtemps prétendu que la pulmonaire n’était que d’usage récent et qu’elle fut inconnue du Moyen-Âge, ce en quoi il est permis de douter car, dans les écrits d’Hildegarde, il est fait référence à une plante que l’abbesse appelait Lunckwurtz, dans laquelle on a vu la pulmonaire, très certainement parce qu’Hildegarde réservait essentiellement cette plante à des usages pectoraux : « Si toutefois on a le poumon enflé au point d’étouffer et d’avoir peine à retrouver son souffle, faire cuire de la pulmonaire dans du vin, en boire souvent à jeune, et on sera guéri » (1). A ces quelques lignes, l’on peut associer une image : à la BNF se trouve un manuscrit italien du XIV ème siècle sur lequel figure une plante dont il serait difficile de renier l’identité, d’autant que le mot pulmonara est bel et bien mentionné sous cette illustration (cf. ci-dessous). C’est sans doute la première fois que ce nom lui est attribué. Cependant, attention aux confusions, car il existe une autre pulmonaire, un lichen du nom de Lobaria pulmonaria. Présent chez Dioscoride, comme nous le rappelle Matthiole dans ses Commentaires (1554), « il y a aussi une autre herbe, vulgairement appelée pulmonaria, à feuilles de buglosse ou de bourrache et dont les fleures rappellent la cynoglosse ». Mais cette pulmonaire officinale n’apparaît pas chez Dioscoride. « Les herboristes expérimentés [par décoction concentrée de la plante ou grâce au suc des feuilles additionné de sucre] lui attribuent une réelle efficacité pour la guérison des ulcères du poumon », ajoute Matthiole. Aujourd’hui encore, on ne compte pas un seul ouvrage de phytothérapie qui évoquerait la pulmonaire sans faire référence à la théorie des signatures. Cette dernière a attribué à la pulmonaire des propriétés permettant d’agir sur la sphère respiratoire, en raison de ses feuilles aux taches alvéolées qui évoquent un poumon constellé par les tubercules de la phtisie, d’où le fait qu’on se soit imaginé cette plante comme capable de guérir la tuberculose, ce qui, à une époque plus récente, fut regardé comme les fariboles d’un doux dingue. C’est cette exagération, ou du moins l’incompréhension des modernes au sujet des Anciens, qui a valu à la théorie des signatures d’être abondamment raillée. Pourtant, cette théorie fonctionnant par analogie s’applique à de très nombreuses plantes parmi lesquelles nous pouvons citer le saule, la chélidoine, la prêle, la noix, etc. Si la pulmonaire ne guérit pas un tuberculeux (dans le sens où elle n’inhibe pas ni ne détruit le bacille de Koch), il doit être souligné que le calcium, le potassium, la silice et le tanin qu’elle contient sont de bienfaisants agents sur ce type de pathologie. Non reconnue académiquement, il n’en reste pas moins que la pulmonaire est demeurée longtemps un remède populaire comme en témoigne Cazin en 1858 : « Les habitants de la campagne […] composent avec la pulmonaire, le chou rouge, quelques oignons blancs, du mou de veau et une suffisante quantité de sucre candi et d’eau, un bouillon que j’ai moi-même employé avec beaucoup de succès dans les affections de poitrine » (2). D’autres variantes de cette recette intègrent des navets et du cresson. Tout cela n’empêche pas la pulmonaire de tomber dans une certaine forme de disgrâce, alors que ce sont d’autres Borraginacées – la grande consoude et la bourrache – qui tiennent à l’heure actuelle le haut du pavé.

Vivace à rhizome, poilue et rugueuse, la pulmonaire se présente comme une plante assez petite (40 cm au maximum), d’apparence trapue. Elle s’orne de feuilles cordiformes à la base n’apparaissant qu’après floraison, et des feuilles ovales et engainantes dans les parties supérieures. Toutes portent les caractéristiques taches blanchâtres dont nous avons parlées. Les fleurs – corolles d’une seule pièce comptant cinq lobes – en bouquets terminaux, émergent très tôt au printemps, au mois de mars et achèvent leur complet épanouissement deux mois plus tard, non sans être passées par toutes les couleurs : elles sont tout d’abord rouges à l’état de boutons, puis pourpres, enfin bleu violacé à pleine floraison. Ces dissemblances s’expliquent par une modification du pH des fleurs au fur et à mesure de leur évolution.
Fréquente en Europe centrale et septentrionale, la pulmonaire l’est beaucoup moins en France où elle semble suivre une ligne nord-sud matérialisée par les frontières avec l’Allemagne, la Suisse et le nord de l’Italie. C’est ainsi qu’on peut croiser son chemin dans les Vosges, le Jura, les Alpes, mais toujours à une altitude comprise entre 1000 et 1800 m. Récemment, on vient de me signaler sa présence dans les Pyrénées (merci à mon informatrice ^_^).
Elle s’implante sur des sols riches et ombragés : bordures de ruisseaux, bois clairs, talus humides, haies, pâturages de montagne.

La pulmonaire officinale en phytothérapie

Plante sans odeur, la pulmonaire est de saveur astringente quelque peu mucilagineuse, un indice révélant la présence dans ses tissus (plante fleurie à l’exception du rhizome et des racines) de tanins (10 %) et d’un peu de mucilage. En plus de cela, matières grasses et résineuses accompagnent flavonoïdes, polysaccharides et saponines (9 %). La pulmonaire, tout comme sa cousine la grande consoude, attire notre attention par l’allantoïne, agent adoucissant et hydratant, présent dans bien des produits cosmétiques, mais surtout par une intéressante proportion d’acide silicique (4 à 5 %) qui, comme on le sait aujourd’hui, permet l’excrétion rénale de l’aluminium. En dehors de cet oligo-élément, la pulmonaire contient calcium, phosphore, potassium et jusqu’à 50 mg de vitamine C aux 100 g de feuilles fraîches. Enfin, contrairement à la bourrache et à la grande consoude, il n’existe aucun alcaloïde dans la pulmonaire.

Propriétés thérapeutiques

  • Adoucissante, émolliente
  • Pectorale, expectorante, fluidifiante des sécrétions bronchiques
  • Diurétique
  • Sudorifique
  • Hémostatique, astringente (elle l’est davantage encore une fois sèche)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : irritations pulmonaires et bronchiques, bronchite chronique, catarrhe pulmonaire, asthme, coqueluche, difficulté d’expectoration, irritation de la gorge, toux chronique, enrouement, hémoptysie, adjuvant dans la tuberculose
  • Trouble de la sphère urinaire : lithiase, strangurie, atonie vésicale
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée, dysenterie
  • Affections cutanées : plaie, blessure, blessure saignante, engelure, dartre
  • Hémorroïdes

Modes d’emploi

  • Infusion de feuilles et/ou de sommités fleuries
  • Décoction de feuilles et/ou de sommités fleuries
  • Poudre de feuilles sèches

Suggestion de recette : pulmonaire (1/3) + tussilage (1/3) + plantain (1/3)

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : à floraison pour un usage immédiat. Les feuilles, dès la fin du printemps.
  • Confusion : il est possible de ne pas faire la différence entre la pulmonaire officinale et d’autres pulmonaires, en particulier la pulmonaire à longues feuilles (Pulmonaria longifolia), mais cette dernière partage les mêmes caractéristiques médicinales que la pulmonaire officinale. Il n’y a donc pas lieu de s’en émouvoir.
  • Cuisine : les feuilles à l’état jeune sont parfaitement comestibles, tant crues et ciselées en salade, que cuites en potage avec, au choix, plantain, ortie, mouron des oiseaux ou encore oseille. Plus âgées, mieux vaut les faire cuire, sachant qu’elles sont alors plus « coriaces ». On peut les ajouter aux farces, viandes hachées, omelettes, etc. Gustativement, elles se rapprochent de la saveur des feuilles de consoude et de bourrache. Quant aux fleurs, pourquoi ne pas en décorer une salade ou un plat de crudités ?
    _______________
    1. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 35
    2. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 796

© Books of Dante – 2017

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