L’alliaire officinale (Alliaria petiolata)

Synonymes : herbe à l’ail, herbe aux aulx, julienne, vélar alliaire, erysimum alliaire.

Bien qu’on la qualifie d’officinale, on ne peut pas dire, au contraire de célèbres officinales – sauge, hysope, verveine, pour n’en citer que quelques-unes, que l’alliaire ait depuis longtemps garni les officines. L’Antiquité n’a pas retenu ses vertus médicinales. Quant au Moyen-Âge, il a préféré estimer une plante aux propriétés proches, le vélar officinal (cf. Capitulaire de Villis, Hildegarde, etc.). En ce qui concerne l’alliaire, tout reste à faire. Cela n’est qu’au XVI ème siècle qu’elle attire enfin l’attention des médecins et des botanistes. En 1552, Tragus signale que les semences d’alliaire peuvent s’employer de même que celles de moutarde noire, c’est-à-dire en les pulvérisant afin d’en constituer des cataplasmes rubéfiants qui demeurent cependant bien moins virulents que les sinapismes. Un peu plus tard, en 1588, Joachim Camerarius le Jeune indiquera les vertus vulnéraires de l’alliaire dans l’un de ses ouvrages, Hortus medicus. Puis, Simon Paulli (1639), John Ray (1704), Herman Boerhaave (1739), etc. employèrent le suc frais de l’alliaire, une plante qui « résiste à la pourriture, qu’elle déterge et modifie les ulcères putrides et sordides ». Enfin, plus tard, Cazin éprouvera ses qualités vulnéraires sur des ulcères dépendant largement des misérables conditions de vie de ses malades. Quant à Leclerc, il fera appel à ses services durant la Première Guerre mondiale, où blessures, plaies infectées, gerçures causées par le froid ne manquèrent pas.

Plante bisannuelle appartenant à la famille des Brassicacées (colza, roquette, bourse-à-pasteur, moutarde, etc.), l’alliaire développe une racine pivotante et une rosette de feuilles basilaires durant la première année. L’année suivante, une hampe florale s’érige petit à petit. Sur cette tige droite ou légèrement rameuse, on distingue deux types de feuilles : les inférieures, longuement pétiolées, en forme de cœur et crénelées, et les supérieures, plus petites, à pétiole bref, de forme ovale ou triangulaire rappelant celles des orties. Au printemps, dès le mois de mars, la cime du pédoncule s’orne de petites fleurs blanches à quatre pétales, n’excédant pas 3 à 5 mm de diamètre. A ce stade, et jusqu’à son complet développement, l’alliaire peut atteindre la taille maximale d’un mètre de hauteur. Puis, au mois de juillet, la plante fructifie sous la forme de longues siliques ascendantes de 3 à 7 cm de longueur, desquelles s’échapperont les graines après dessiccation du fruit.
Présente partout en France sauf en région méditerranéenne où elle est plus rare, l’alliaire pousse en colonie, en particulier sur des terrains humides et assez ombragés : bois clairs, jardins, haies, terres en friches, décombres, ce qui fait d’elle une espèce rudérale. Elle a une préférence pour les sols non acides et fertiles de plaine et de basse montagne (700 à 800 m d’altitude) d’Europe, d’Asie et d’Afrique du Nord. C’est la seule espèce d’alliaire connue en France.

L’alliaire officinale en phytothérapie

Cette plante n’est pas délicate : d’elle, tout se récolte, des racines en forme de petit navet jusqu’aux graines. L’on peut dire que c’est un succédané de l’ail (Allium sativum) et de la moutarde noire (Brassica nigra), deux plantes qui possèdent bien des propriétés communes à l’alliaire, quand bien même cette dernière passe pour moins puissante. Cette promiscuité fait que l’alliaire contient un ester – l’isosulfocyanate d’allyle – qui la rapproche de l’ail, alors que ses graines contiennent de l’essence de moutarde. Par ailleurs, elle est riche en provitamine A ainsi qu’en vitamine C.

Propriétés thérapeutiques

  • Antiseptique, fongicide, antibactérienne, vermifuge, antiputride
  • Pectorale, expectorante, antitussive
  • Cicatrisante, vulnéraire, détersive, rubéfiante
  • Antiscorbutique
  • Raffermissante des dents branlantes, fortifiante gingivale, préventive des caries
  • Stimulante, excitante
  • Diurétique
  • Sudorifique

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère pulmonaire + ORL : bronchite, catarrhe pulmonaire chronique, asthme humide, refroidissement, enrouement, autres affections du larynx et du pharynx, crachement de sang
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : dysurie, rhumatisme, goutte
  • Diarrhée, vers intestinaux
  • Œdème des membres inférieurs, hydropisie
  • Jaunisse
  • Aménorrhée
  • Scorbut
  • Pyorrhée alvéolaire (ou parodontose)

Pas si mal pour une plante si peu usitée. Cependant, là où excelle l’alliaire, c’est sur l’interface cutanée : coupure, blessure, plaie, plaie infectée, plaie suppurante, ulcère sordide, ulcère gangreneux, ulcère de jambe, gerçure ulcérée, escarres, eczéma, impétigo, pyodermite (infection cutanée à streptocoque ou à staphylocoque). On l’a même utilisée dans certains cas de cancers de l’estomac.

Modes d’emploi

  • Infusion des parties aériennes fraîches
  • Suc frais
  • Cataplasme de feuilles fraîches
  • Alcoolature des parties aériennes fraîches
  • Teinture-mère
  • Poudre de semences sèches

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : elle peut s’opérer dès le printemps, aux mois de mars et d’avril, puis autant de fois que l’on rencontre l’alliaire fleurie, soit jusqu’au mois de juillet environ. Par après, l’on peut partir à la recherche du vélar officinal (Sisymbrium officinale) qui possède des propriétés similaires à celles de l’alliaire. A elles deux, ces plantes offrent une belle provende pendant plusieurs mois, mais l’inconvénient c’est qu’il faut les récolter au fur et à mesure, en particulier l’alliaire. Cela implique donc de connaître l’emplacement d’un gisement qui procurera autant de matière qu’on aura, pendant plus ou moins longtemps, besoin d’employer, parce que, chose à savoir, l’alliaire ne supporte pas la dessiccation. On ne peut donc en constituer des réserves sèches pour plus tard.
  • Si le séchage est l’un des premiers ennemis de l’alliaire, la décoction en est le second, c’est pourquoi cette préparation ne figure pas dans la liste des modes d’emploi. En effet, bouillir l’alliaire dissipe la plupart des propriétés de la plante, alors qu’une infusion courte ne pose pas ce problème. Il a été dit plus haut qu’il n’était pas possible de faire des réserves d’alliaire. C’est inexact : l’alcoolature permet de conserver intactes les bienfaits de l’alliaire. Ou, plus simplement, l’on peut se tourner en direction de la teinture-mère d’alliaire officinale disponible chez certains commerces spécialisés.
  • Cuisine : grâce à sa fraîcheur et son goût aillé, l’alliaire peut se prêter à bien des usages culinaires. Quelques feuilles ciselées dans une salade, par exemple, ou bien dans une vinaigrette ou, pourquoi pas, dans un fromage blanc aux herbes, avec ciboulette et persil. On peut aussi en jeter quelques feuilles dans une soupe ou, si l’on a une grosse récolte, en élaborer un « pesto » auquel, bien sûr, il ne sera pas nécessaire d’ajouter d’ail. Quant aux siliques, il est permis de les faire frire ou bien d’en conserver les graines qui constituent un agréable condiment.
  • La feuille d’alliaire est tinctoriale, elle permet d’obtenir une teinture de couleur jaune.
  • Confusion possible : avec Circaea lutetiana (Circée de Paris ou herbe aux sorcières ; une plante qui, malgré ses noms, n’a rien de toxique et se distingue de l’alliaire du fait qu’elle n’en possède pas l’odeur aillée).

© Books of Dante – 2017

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