Le marronnier d’Inde (Aesculus hippocastanum)

marronnier_fleurs

L’histoire européenne du marronnier d’Inde est relativement récente, cet arbre n’ayant été implanté que tardivement en Europe, il est donc malaisé d’en retracer l’historique complet sachant qu’il provient de cette lointaine contrée du sous-continent indien et qu’il… Hop, hop, hop, halte-là ! Tout ceci est bien évidemment une énorme bêtise ^_^ Si les terres d’origine du marronnier sont bien situées à l’est, elles sont beaucoup plus proches de nous que nous ne l’imaginons : les Balkans, la Turquie, le Caucase. C’est pas la porte à côté, mais quand même ! A ce titre, il est très étrange que l’Antiquité n’ait jamais mentionné le marronnier qui pourtant est loin de passer inaperçu. En 1565, le médecin flamand Guillaume Quackelbeen, qui se trouve alors à Constantinople (aujourd’hui Istanbul), expédie des rameaux et des fruits de cet arbre en Italie, chez Matthiole qui en fera la description et la figuration. Une dizaine d’années plus tard, on procède à ce qui peut être considéré comme la première plantation de marronniers à Vienne. Il y a quatre siècles et deux années exactement, il apparaît en France, à Paris, par les bons soins du Dr Bachelier qui adresse lui aussi des marrons de Constantinople. Il prend pied à Strasbourg en 1691 et, au XVIII ème siècle il se répand rapidement à de nombreux pays européens, y compris en Grande-Bretagne où le Dr Bach aura le loisir de le rencontrer au début du XX ème siècle afin d’en concocter certaines de ses célèbres fleurs de Bach, White Chestnut et Chestnut Bud.
Alors, bien sûr, on ne s’occupe pas que de plantations, on plante non seulement pour embellir, mais aussi parce qu’on se doute que le marronnier recèle en lui quelques bonnes propriétés médicinales. D’ailleurs, l’adjectif latin qui le qualifie, hippocastanum (c’est-à-dire « châtaigne de cheval ») fait directement référence à un usage vétérinaire prôné par les Turcs : l’histoire raconte que le marron est utilisé depuis longtemps pour guérir les chevaux poussifs. Le nom latin est donc marqué de cette anecdote mais on n’a semble-t-il pas exploité cette propriété en Europe. Aussi, gratouille-t-on un peu l’écorce du marronnier dans laquelle un bon nombre de praticiens des XVII ème et XVIII ème siècles ont cru reconnaître un fantastique succédané du quinquina. Guérisons, pas guérisons ? Bien sûr, il y en eut, et de nombreuses, mais on n’a pas pu établir avec sûreté que le marronnier ait pu être un spécifique des fièvres en général. Aujourd’hui, on considère encore qu’il est un fébrifuge léger, pour cela il est loin d’être un antipaludéen aussi efficace que le quinquina qui nous enquiquine depuis quelques temps déjà. Hum. Bref, ça se bagarre pas mal entre les tenants du pour et ceux du contre, en particulier à l’académie de médecine de Paris où on en entend des vertes et des pas mûres, le tout mettant les esprits en effervescence, ce qui a eu pour conséquence, je pense, de passer complètement à côté des principales vertus du marronnier. Mais nous n’en sommes pas encore là, pensez donc, la guerre entre les médecins et les apothicaires fait rage. Cependant, la carrière fébrifuge du marronnier va retrouver un second souffle, de courte durée il est vrai. « L’écorce de marronnier était tombée dans l’oubli, lorsque la guerre continentale de Napoléon Ier [c’est-à-dire le blocus des années 1808-1809] obligea de chercher parmi nos productions indigènes des succédanés du quinquina, devenu rare et d’un prix très élevé » (1). Une certaine faveur fut agréée au marronnier, mais à la suite du blocus on a de nouveau préféré le quinquina, certes plus onéreux mais d’un emploi plus sûr d’aucuns disent. A défaut de grives, on mange des merles, ce qui n’empêche nullement de cracher sur le merle en question : « On s’est pressé de lui attribuer des résultats où elle [l’écorce de marronnier] n’avait sûrement que peu de part, et de lui faire une réputation médicale qui n’a pas pu résister à l’épreuve [des balles] d’une observation sévère et sans préjugé » (2).
Eh bien, que dire, hormis que le marronnier n’est pas implanté depuis deux siècles qu’il en voit déjà de toutes les couleurs ?!!! C’est chaud pour le marron ! Il faudra attendre encore près d’un siècle avant qu’on ne touche enfin du doigt les principales vertus de cet arbre honorable. Mais, pendant tout ce temps, on est davantage occupé à vérifier que le marronnier d’Inde n’est pas indien, tout comme le dindon. En 1806, Hawkins note sa présence sur le Pinde et le Pélion, puis Tzchihatscheff l’indique spontané en Grèce. En 1879, Heldreich, histoire d’en avoir le cœur net je suppose, se rend en Grèce et note que « oh oui, le marronnier est prolifique dans les massifs montagneux du nord de la Grèce ». Fin de l’incise.
1896 : l’heure sonne enfin pour le marronnier. Artault de Vevey exploite avec bonheur le marronnier dans certaines affections de la circulation veineuse, telles que les hémorroïdes et les varices. Il en note même l’action analgésique sur les parois veineuses. Plus tard, Henri Leclerc y fait référence, indiquant s’être bien trouvé de l’emploi du marronnier contre les varicocèles, étendant son usage à la congestion et à l’hypertrophie prostatiques. L’action en est peut-être lente, mais elle est efficace et durable indiquait Fournier dans les années 1940, soulignant que les marrons « sont maintenant très employés dans divers troubles de la circulation veineuse » (3). La nouvelle ère thérapeutique du marronnier, ouverte par Artault de Vevey, s’est perpétuée jusqu’à nous.

Le marronnier blanc est un arbre de forte stature pouvant atteindre 30 m de hauteur et l’âge vénérable de 300 ans.
Durant l’hiver, alors que l’arbre est dégarni, on peut voir tout au long de ses branches de gros bourgeons visqueux qui plus tard donneront de grandes feuilles palmées à cinq ou sept folioles dentées, et, au bout des branches, un bourgeon terminal qui produira à la fois des feuilles ainsi qu’une grappe florale dressée de forme pyramidale, composée de fleurs asymétriques à quatre pétales et sept étamines, de couleur blanche, ponctuées de rouge et de jaune. Quelques mois plus tard, elles laisseront la place à des fruits globuleux et épineux qui, tout d’abord verts, passeront au brun tout en écartant progressivement leurs trois valves, permettant ainsi l’échappement d’une ou de deux grosses graines brunes et luisantes, les marrons.

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Le marronnier d’Inde en phytothérapie

Les principales fractions végétales du marronnier d’Inde utilisées en phytothérapie sont les suivantes : l’écorce des rameaux âgés de deux à trois ans, les feuilles, enfin les marrons, c’est-à-dire les graines de l’arbre. Dans l’écorce, on trouve des tanins (acide esculotannique), une coumarine (esculoside), une matière savonneuse de nature proche de la saponine, divers glucosides (fraxine…). Les feuilles contiennent des tanins, de la résine, du carotène, un colorant jaune (quercitrine), des flavonoïdes (quercétine)… Pour finir, les marrons recèlent une grande part d’amidon (30 à 50 %), de la saponine (10 %), du saccharose (7 %), du pentosane (3 %), une huile grasse (3 %), très peu de tanins (1 %).

Propriétés thérapeutiques

  • Vasoconstricteur périphérique, veinotonique, fluidifiant sanguin, analgésique des troubles circulatoires, antihémorragique
  • Fébrifuge léger
  • Tonique
  • Astringent (interne et externe), détersif, vulnéraire, antiseptique cutané
  • Facilite la miction chez les prostatiques

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la circulation veineuse : hémorroïde, varice, varicocèle, congestion variqueuse et veineuse, phlébite, fragilité capillaire, ecchymose, jambes lourdes
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée, catarrhe intestinal chronique, atonie digestive, gastralgie atonique
  • Affections cutanées : plaie, ulcère, engelure
  • Congestion hépatique
  • Congestion du petit bassin, congestion et hypertrophie prostatique
  • Goutte, rhumatisme
  • Hémorragie passive
  • Troubles liés à la ménopause

Modes d’emploi

  • Décoction d’écorce ou de fruits concassés
  • Macération vineuse de poudre d’écorce
  • Alcoolature
  • Teinture
  • Gélules ou comprimés d’extrait sec
  • Pommade
  • Suppositoire

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Intolérance : à haute dose et durant un laps de temps prolongé, le marronnier est susceptible d’occasionner des troubles du tube digestif.
  • Récolte : l’écorce au printemps, les feuilles à l’été, les marrons à l’automne.
  • Usages domestiques : avec les marrons, on a autrefois fabriqué un ersatz de lessive, de la colle, des bougies…
  • Usages alimentaires : à poids égal, le marron contient plus de fécule que la pomme de terre (30 % contre 22). Parmentier, fortement lié à la pomme de terre, propose en son temps une technique permettant de débarrasser le marron du principe âcre qui le rend impropre à la consommation tel quel. Pour obtenir cette fécule, il faut tout d’abord débarrasser le marron de son tégument, puis le faire sécher. Ceci fait, on le pulvérise et on fait séjourner pendant une demi journée cette poudre dans une eau légèrement alcaline (pH : 7,5 à 8). Il s’agit ensuite de la faire sécher, avant de pouvoir l’utiliser dans l’alimentation humaine, mêlée à moitié à de la farine de blé, par exemple.
  • Fleurs de Bach : parmi les 38 élixirs conçus par le Dr Bach, trois sont issus de marronniers : White Chestnut (fleurs de marronnier blanc), Chestnut Bud (bourgeons de marronnier blanc) et Red Chestnut (fleurs de marronnier rouge, Aesculus rubra).
    _______________
    1. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 562
    2. Loiseleur-Deslongchamps et Marquis cités par Cazin, p. 563
    3. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 605

© Books of Dante – 2017

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