La primevère officinale (Primula officinalis = Primula veris)

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Synonymes : primevère jaune, printanière, fleur de printemps, primerole, coucou, clé de saint Pierre, herbe de saint Pierre, herbe de saint Paul, blairette, brayette, coqueluchon, oreille d’ours, herbe à la paralysie…

La primevère n’est-elle pas avec la violette un emblème printanier ? C’est indubitable, d’autant que c’est inscrit dans son nom même, que ce soit en français ou en latin. En effet, primevère et Primula veris signifient la même chose. Il s’agit des « premiers temps », c’est-à-dire ceux des premières floraisons de l’année calendaire. La primevère est donc la « toute première fleur vernale », autrement dit du printemps. Vernal est peu usité, on l’associe au mot « point ». Ensemble, ils désignent l’équinoxe de printemps. Primevère, primevoire et d’autres termes apparentés, faisaient tout d’abord référence à la saison avant de devenir le nom de la plante à la fin du XVI ème siècle, alors que le printemps, ex primevère, est devenu printemps !

En ce qui concerne notre primevère et toutes les autres espèces, sachez qu’il est tout à fait inutile d’aller les chercher dans les textes de l’Antiquité gréco-romaine. Nulle mention ne veut pas forcément dire désintérêt, mais méconnaissance de l’existence de cette plante dans les territoires considérés. En revanche, le peu que l’on sait de cette époque reculée, c’est qu’une primevère était connue des druides. Mais ceux-ci n’ayant laissé aucune trace écrite, tout ce que l’on sait, c’est que la primevère fut remarquée comme vermifuge et analgésique des douleurs goutteuses et articulaires. Cependant, on rencontre, dans de vieux poèmes – Le combat des arbres, Le chair de Taliesin – des références à la primevère, l’une des sept plantes sacrées des druides. C’est, dit-on, à base de fleurs de primevère et d’autres plantes que fut conçu la femme-fleur Blodeuwedd. Elle est aussi l’un des ingrédients qu’utilise le barde dans son chaudron initiatique. D’ailleurs, les druides modernes perpétuent un rite consistant à oindre un nouveau barde d’une huile dans laquelle auront macéré des fleurs de primevère et des feuilles de verveine officinale, autre plante sacrée.

Au Moyen-Âge, on évoque plusieurs primevères sous des vocables fort différents, mais d’un point de vue médicinal, on en parle encore très peu. Le Physica d’Hildegarde recèle cependant une monographie concernant une Hymelsloszel, que les traducteurs ont désigné comme « primevère ». Voici un extrait qui se détache de par son caractère médico-magique. Hildegarde considère cette primevère comme une plante chaude car de nature solaire, « c’est pourquoi elle apaise la mélancolie dans le cœur de l’homme. En effet, la mélancolie, lorsqu’elle apparaît chez l’homme, le rend triste et turbulent dans sa conduite, et le pousse à proférer des paroles contre Dieu. Quand ils s’en aperçoivent, les esprits aériens accourent auprès du malade et, par leurs conseils, le conduisent à la folie. Il faut alors que l’homme porte de cette herbe sur sa chair et sur son corps, jusqu’à ce qu’elle le réchauffe. Alors les esprits qui le tourmentent, redoutant la vertu que cette herbe reçoit du soleil, cesseront de le tourmenter » (1). Hormis cela, Hildegarde conseille aussi la primevère en cas de perte du bon sens et de… paralysie. C’est peut-être là l’origine du sobriquet d’herbe à la paralysie accordé à la plante encore aujourd’hui. Après Hildegarde, c’est le grand plongeon dans l’inconnu pour la primevère. Mais les principaux auteurs du XVI ème siècle rattrapent le temps perdu et se bousculent au portillon : Brunsfels, Fuchs, Gesner, Tabernaemontanus… Matthiole, ne l’oublions pas, recommande la primevère contre les faiblesses cardiaques, la goutte, les lithiases tant rénales qu’urinaires. En décoction avec de la sauge et de la marjolaine, il l’indique dans la paralysie et le tremblement des membres. Un siècle plus tard, Johann Schroder conseille la primevère dans les affections cérébrales, l’apoplexie, l’arthrite, la migraine et, une fois encore, la paralysie. Puis, on la rencontre sous les plumes de Boerhaave et de Linné qui, tous deux, la donnent comme sédative, analgésique et somnifère. Au XVIII ème siècle, le médecin de Louis XV, Jean-Baptiste Chomel, ne tarit pas d’éloge au sujet de la primevère : « Elle réussit bien dans le rhumatisme et dans les maladies des jointures. On a remarqué qu’elle avait quelque chose de somnifère, en ce qu’elle calme les vapeurs, dissipe la migraine et les vertiges des filles mal réglées ». De plus, Chomel reconnaît à la primevère le pouvoir de guérir la paralysie légère de la langue ainsi que le bégaiement. Au même siècle, Ray et Lieutaud lui attribuent une propriété antispasmodique dans les douleurs céphaliques. Puis, le XIX ème siècle fait assez bien l’impasse sur la primevère. Pire, Cazin, lui donne presque le coup de grâce : « Cette plante n’est pas tout à fait inerte ; mais elle est du nombre de celles dont on peut se passer sans inconvénient » (2). Le coup est rude, mais, à la décharge de ce grand médecin, signalons qu’il accorde aux seules fleurs les principales vertus de la plante, ce qui est loin d’être le cas. Mais de ces scories, dignes d’ovni, il en existe d’autres. Par exemple, je ne résiste pas à l’envie d’en partager une autre avec vous, et qui fera, j’en suis certain, bondir du simple ami des plantes jusqu’à l’aromathérapeute le plus confirmé. Le laurier est « un stimulant aromatique dont les emplois médicinaux sont pour ainsi dire nuls et qui sert presque exclusivement à parfumer nos ragoûts » ! (3). Voyez, même des esprits éclairés peuvent dire des âneries. La perfection n’étant pas de ce monde, passons donc outre. L’impasse aura été de courte durée. Dès le début du XX ème siècle, tout comme quatre siècles plus tôt, on se rue de nouveau sur la primevère. On lui reconnaît une valeur diurétique et expectorante, en particulier sur le catarrhe bronchique à son début et sur la pneumonie à sa fin. Une sorte d’alpha et oméga thérapeutique en somme. Concernant l’alpha, le Dr Leclerc dit qu’elle « peut être spécialement utile au début des grippes, en dégageant les voies respiratoires, en stimulant la diurèse et en exonérant l’intestin » (4). En exonérant l’intestin… Ah, nul doute, cet homme savait bien parler.

La primevère – notre commun coucou – est une plante des prairies et des sous-bois d’Europe et d’Asie occidentale. En France, on la trouve très rarement en région méditerranéenne, partout ailleurs elle est assez fréquente en plaine.
Avant floraison, la primevère déploie une rosette basale de feuilles ovales, plus ou moins crénelées, à pétiole épais, de couleur vert bleuâtre. Puis une hampe florale se dresse au cœur de la rosette pour atteindre parfois une trentaine de centimètres. Elle se ponctue d’un bouquet de fleurs pendantes, composées d’une corolle monopétale à cinq lobes jaune d’or et présentant une teinte orangée à la gorge. Très odorante, la primevère donne bon nectar aux abeilles qui la recherchent d’autant qu’en ce premier temps de la végétation, les fleurs sont encore rares pour nos amies les abeilles.

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La primevère en phytothérapie

On accorde au rhizome de cette plante la plus grande efficacité thérapeutique. Cependant, feuilles et fleurs sont aussi dignes d’un emploi thérapeutique.
Le rhizome, d’odeur anisée (ou semblable à celle du clou de girofle d’aucuns disent), à la saveur astringente et un peu amère, devient inodore une fois sec. Il contient deux substances glucosidiques, la primevérine et la primulavérine, mais également du tannin, des flavonoïdes, un peu d’acide salicylique, enfin une proportion non négligeable de saponine (10 %).

Propriétés thérapeutiques

  • Accroissante et fluidifiante des sécrétions bronchiques, expectorante, antitussive, pectorale
  • Diurétique légère
  • Laxative douce, vermifuge
  • Sédative, analgésique
  • Antispasmodique
  • Sialagogue
  • Sternutatoire
  • Vulnéraire, hémostatique, hémolytique

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite chronique, pneumonie, rhume, coqueluche, toux grasse chronique, asthme
  • Troubles nerveux : crise d’angoisse, stress, nervosisme, insomnie, insomnie infantile, sommeil agité, migraine et maux de tête d’origine nerveuse, hystérie, chorée, convulsions infantiles
  • Troubles de la sphère urinaire : lithiase, rhumatisme, goutte
  • Troubles de la sphère cardiaque : tension, palpitations
  • Troubles cutanés : boutons, rides, coup de soleil, ecchymose, contusion, meurtrissure, plaie, inflammation cutanée, piqûre d’insecte
  • Maux dentaires

Modes d’emploi

  • Décoction de rhizome
  • Décoction concentrée de rhizome
  • Infusion des parties aériennes (feuilles et/ou fleurs)
  • Poudre de rhizome
  • Suc frais des feuilles
  • Macération acétique de rhizome
  • Macérât huileux de fleurs fraîches (réalisable à la manière de l’huile rouge de millepertuis)

Contre-indications, précautions d’emploi, autres usages

  • Récolte : les fleurs d’avril à mai, le rhizome à l’automne ou à la fin de l’hiver
  • Inconvénients : un excès de rhizome par voie interne peut causer nausée, vomissement et diarrhée. Le contact des étamines sur les peaux sensibles peut y provoquer des dermatoses.
  • Alimentation : il est possible de consommer les feuilles à l’état jeune, crues comme cuites, en salade ou en farce, par exemple, comme cela se faisait en Angleterre. Les fleurs se prêtent aussi à un usage culinaire : salades, gelées de fruits. Autrefois, en Suède, on confectionnait une boisson fermentée composée de citron, de miel et de fleurs de primevère.
  • Autres espèces : en France, il existe environ une dizaine de primevères dont les 2/3 sont montagnardes. Mais, en plaine, on rencontre deux autres spécimens : la primevère élevée (P. elatior), qui ressemble beaucoup à l’officinale, hormis qu’elle est inodore, et la primevère acaule (P. acaulis), beaucoup plus petite et aux fleurs jaune pâle. C’est de cette dernière qu’on rencontre différents cultivars aux fleurs simples ou doubles, et aux coloris variés.
    _______________
    1. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 102
    2. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 793
    3. Botan, Dictionnaire des plantes médicinales les plus actives et les plus usuelles, p. 117
    4. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 259

© Books of Dante – 2016

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