La grande ciguë (Conium maculatum)

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Synonymes : ciguë tachetée, ciguë des officines, faux persil, persil bâtard, mort-aux-oies, herbe à Socrate…

Aborder l’un des fleurons de la troupe des plantes héroïques, cette ciguë plus guère employée, n’est pas chose aisée, sachant qu’elle n’est pas de celles dont on peut facilement faire le tour sans que subsiste la sensation d’avoir oublié quelque chose à son propos. Il faut dire que les informations à son sujet sont pléthoriques et qu’il est nécessaire de faire preuve de perspicacité afin de distinguer ce qui relève de la fable ou de l’exactitude, tant il est vrai que la ciguë est un drôle de phénomène sur lequel ont couru de folles contradictions. Puisqu’il importe d’essarter, essartons du mieux que nous le pourrons.

L’on peut accorder à l’Égypte ancienne la plus ancienne trace écrite de l’usage d’une ciguë qui figure au sein du papyrus Ebers (XVI ème siècle avant J.-C.). Même les « traces » dont parle Fournier, des fruits secs découverts dans une station lacustre, ne sont pas si anciennes, puisqu’elles remontent à la civilisation de Hallstatt (-1200 à -475 avant J.-C.). C’est surtout à la Grèce que l’on doit de connaître la ciguë sous deux de ses principaux aspects : la drogue au sens premier, c’est-à-dire le médicament, et la drogue au sens second, autrement dit le poison. Comme aime à le dire un auteur que j’ai récemment lu, très souvent les extrêmes se touchent. C’est pourquoi, au V ème siècle avant J.-C., on voit se juxtaposer les visages de deux grands Grecs : Hippocrate et Socrate. Le premier, célèbre médecin, n’a pas été l’ordonnateur de la mort du second, et pour cause : sa profession de foi lui interdisant de provoquer la mort à l’aide d’un quelconque poison. Tout au contraire, connaissant le caractère vénéneux de la plante, il se garde bien d’en faire un usage par voie interne. Et il ne sera pas le seul à considérer la ciguë uniquement en guise de topique, puisqu’il sera imité par l’ensemble des médecins de l’Antiquité. Hippocrate en fait alors un remède contre les affections utérines et les hémorroïdes. Les Hippocratiques à sa suite, emploieront cette même plante pour d’autres affections (maladies pectorales et oculaires, hystérie, ulcères…). Parallèlement à ces premières investigations médicales, Théophraste nous apprend qu’au V ème siècle avant J.-C. (environ), il existait ce que l’on appelait le « poison d’état », et dont on dit qu’il aurait été élaboré par Thrasyas de Mantinée. Composé de suc de ciguë (Kôneion), de pavot et d’autres substances, il était réputé pour accorder une « mort douce et sans souffrance » aux condamnés à mort. Et c’est là que nous rencontrons la première contradiction. Théophraste explique que la racine de ciguë est de loin beaucoup plus toxique que ses graines, or ce sont les graines qui furent très probablement employées dans la confection de la potion destinée aux condamnés. Or, donc, la ciguë reste, encore aujourd’hui, indéfectiblement associée à la figure de Socrate. Accusé d’impiété envers les divinités et de corrompre la jeunesse, Socrate est condamné à mort par le tribunal des Héliastes en 399 avant J.-C. Platon, son disciple, est absent, car malade ce jour-là. C’est grâce aux propos qu’on lui a rapportés qu’il a pu les transcrire dans le Phédon où il décrit comme calme et digne la mort de son maître. C’est ainsi qu’il dresse l’ensemble des effets occasionnés par l’ingestion du poison sur la personne de Socrate : « éblouissement suivi de vertiges, convulsion, mal de tête redoutable, sensation brutale de froid, difficultés respiratoires et troubles de la vue, le tout conduisant à une paralysie progressive et inéluctable, qui aboutit au décès. » Mais, en aucun cas, Platon mentionne qu’il s’agit de ciguë (Kôneion ou Cicuta). Il emploie juste le mot pharmakon, qui désigne autant le remède que le poison. Qu’il s’agisse de la Kôneion ou de la Cicuta, aucun texte de l’époque de décrit cette dernière. C’est probablement Nicandre de Colophon qui, écrivant son Alexipharmaka au II ème siècle avant J.-C., a induit en erreur des générations d’historiens. S’attachant à décrire les effets des principaux poisons de son temps, Nicandre évoque la Cicuta et en affirme les violentes convulsions qu’elle provoque. Or de la ciguë à la Cicuta (très probablement Cicuta virosa), les toxines et les effets diffèrent. Cela n’est qu’au Ier siècle après J.-C. qu’un poète, dont l’histoire a apparemment oublié le nom, fait valoir que l’exécution de Socrate aurait pu être mise sur le compte de la ciguë. La lumière sur cette affaire semble se faire beaucoup plus tard. La mort lente et peu douloureuse décrite par Platon serait effectivement de la responsabilité de la grande ciguë. « Cette identification fut confirmée au XIX ème siècle dans un rapport rédigé par le toxicologue écossais John Hughes Bennett, qui soigna un malheureux tailleur qui avait mangé ‘un sandwich au persil’ concocté par ses enfants. Le persil en question était de la grande ciguë […] L’homme subit une paralysie progressive semblable à celle de Socrate et mourut d’un arrêt respiratoire » (1). Cependant, comme l’ajoute Jean-Marie Pelt, « il est probable que, aux fruits de ciguë, on ait ajouté […] de l’opium pour augmenter l’effet toxique, réduire la souffrance, atténuer l’angoisse et neutraliser les spasmes consécutifs à l’absorption de ciguë. Ceci expliquerait que Socrate ait pu garder son calme jusqu’à l’ultime instant » (2).

La mort de Socrate, par David.

La mort de Socrate, par David.

A la sentence de mort fait réponse l’intoxication involontaire, étant entendu que l’ignorance est de tous les siècles. Si Nicandre de Colophon rédige les principaux effets de substances toxiques, il cherche aussi à en proposer les antidotes, du moins les procédés par lesquels atténuer les effets des toxiques. Dioscoride fait de même. Pour empêcher le cours d’un empoisonnement, il procédait par vomissements, purgations, absorption de vin pur, de vin d’absinthe, de rue, de menthe, etc., remèdes qui seront repris par Macer Floridus au XI ème siècle, puis par Matthiole au XVI ème, lequel regarde cette médication comme efficace, ayant, de son fait, guéri plusieurs cas d’empoisonnement à la ciguë. Ce qui fonctionnait au XVI ème siècle devait bien faire de même au Ier, n’est-ce pas ? Très probablement. Mais il existe, concernant la toxicité de la ciguë, de telles confusions qu’elles confinent parfois à la contradiction. Par exemple, Théophraste mentionne que la plante née au froid et à l’ombre est plus énergique, alors que pour Cazin, c’est l’inverse : la ciguë perd de son activité à mesure qu’on s’écarte des contrées méridionales et qu’elle devient inerte dans les régions septentrionales. Le même Théophraste accusait la racine de la plus grande virulence, tandis que Pline accordait aux seules semences cette propriété, en particulier quand elles sont fraîches et cueillies juste avant maturité. Fournier et Cazin recommandaient un emploi frais des parties végétales dans un but immédiat, car l’on sait que chaleur et dessiccation amoindrissent la toxicité de la plante sans cependant l’abolir totalement. Peut-on dire de Dioscoride, qui employait le suc desséché, qu’il faisait preuve de prudence ? Donc, les parties considérées sont d’importance (graines et ombelles fleuries +++, feuilles et tiges ++, racine +). Mais bien d’autres facteurs influent sur la toxicité de la ciguë comme, par exemple, le cycle végétatif : la racine devient faiblement toxique avec l’âge, les tiges s’affranchissent d’une portion de leur toxicité avec la fructification, etc.
L’Antiquité a même cherché à expliquer, grâce à l’astrologie, que le pouvoir de la ciguë diffère selon l’endroit où elle pousse, car en différents lieux s’exerce l’influence de différents signes zodiacaux. C’est ainsi qu’il a été indiqué que l’Italie est placée sous le signe du Scorpion, et donc de la planète Mars, alors que la Crète est gouvernée par le Sagittaire, et donc Jupiter. Dans le premier cas, la ciguë qui y pousse est mortelle, alors qu’en Crète, la ciguë y est consommée à l’égal des autres légumes. Je me méfierais d’une telle interprétation, tant il est vrai que Jupiter est assez souvent animé d’intentions léthifères…
Bref. Loin de ces considérations d’ordre astrologique, durant l’Antiquité on a tout à fait conscience de la toxicité de cette matière médicale qu’est la grande ciguë. Au Ier siècle après J.-C., l’historien romain Valère Maxime rapporte qu’à Marseille, on utilisait la ciguë comme moyen d’euthanasie. « On en donnait à quiconque faisait valoir devant le Sénat de justes motifs pour vouloir quitter la vie » (3). Et c’est ce même Sénat qui procéda à l’inclusion de la ciguë parmi une liste de plantes interdites, parce que toxiques, aphrodisiaques ou abortives, sans doute pour les soustraire aux mains du « petit peuple sorcier » qui s’en donnait alors à cœur joie, bien conscient qu’avec la ciguë on peut mener des expéditions punitives que même la Bible n’a pas ignorées. Il s’agit là du fameux passage de l’Ancien Testament au cours duquel on assiste à un empoisonnement collectif par le truchement de cailles gavées de graines de ciguë. « Les oiseaux en grand nombre constituaient une manne providentielle pour les peuples en exil dans le désert, ce qui ne les empêchait pas de se plaindre. Las de ces lamentations, le Tout-Puissant aurait fini par empoisonner l’aliment providentiel, faisant alors passer de vie à trépas de nombreux exilés » (4). Bien sûr, il faut voir, à travers cette historiette biblique, un phénomène bien réel, le coturnisme (de Coturnix, la caille en latin) que Théodore Monod explique par l’habitude qu’auraient les cailles de se nourrir de graines de ciguë, d’aconit, d’hellébore, etc., comme le font d’ailleurs de nombreux oiseaux et non d’une volonté divine de châtier son peuple. D’ailleurs, d’un point de vue strictement animalier, l’action de la ciguë est du domaine du quitte ou double : si elle est sans effet sur le mouton, la chèvre, l’étourneau, elle est préjudiciable au lapin, au bœuf, au loup, au chien. Un autre animal est également sensible à la ciguë : « Matthiole rapporte l’amusante anecdote des ânes qui, en en ayant absorbé, tombèrent en léthargie et en sortirent brusquement lorsqu’on commença à les écorcher » (5). Parfois, c’est l’homme qui se transforme en animal. Leclerc raconte « l’histoire de deux moines qui, ayant mangé de la ciguë au lieu de persil, se crurent changés en canards et allèrent se noyer dans une mare » (6). Ils échappèrent à la noyade, mais pas aux effets secondaires que la ciguë peut occasionner. C’est pourquoi ils restèrent quelque peu « toqués ».

Du temps de Dioscoride, on exploitait la vertu calmante de la ciguë. Cette propriété ne s’est jamais démentie, de même que les suivantes : narcotique, antispasmodique. Ovide, Origène, Marcellus Empiricus, saint Jérôme, dans les premiers siècles de notre ère, furent tous unanimes : la ciguë serait un puissant anaphrodisiaque masculin, c’est pourquoi les prêtres égyptiens et ceux d’Eleusis se frottaient de ciguë pour se réduire à l’impuissance. Et il est tout à fait exacte que la ciguë fut utilisée jusqu’au XX ème siècle dans des cas de priapisme, de satyriasis et de nymphomanie, en raison de sa nature dite « froide », un état de fait que partage Macer Floridus, mais pas Hildegarde qui qualifie son Scherling de chaud (au Moyen-Âge, il y a encore indistinction entre grande ciguë et ciguë vireuse, alors peut-être que…). Mais elle est, pour ces deux auteurs, également dangereuse et vénéneuse, raison pour laquelle le premier n’en conseille l’emploi que comme topique sur feu sacré, dartre, douleurs goutteuses, inflammations, épiphora. Selon Hildegarde, la ciguë prise en petite quantité à l’intérieur, permet de purger l’organisme et d’en évacuer les mauvaises humeurs. Elle fera aussi prévaloir la vertu analgésique de la ciguë en externe contre coups et contusions provoqués par une chute par exemple, souvenir de très anciens remèdes domestiques, qui s’exprimera également à travers ce que l’on appelle les dwale, des concoctions anesthésiques dont la composition de certains peut faire frémir, tant les doses administrées étaient élevées et grand le nombre d’ingrédients à la toxicité bien connue. En plus de cela, la ciguë est utilisée comme sédatif de certaines affections neurologiques : le « haut mal », c’est-à-dire l’épilepsie, la danse de Saint-Guy, la folie furieuse… La médecine arabe, et Avicenne en particulier, l’emploie sur les tumeurs des seins et des testicules, sur les enflures, les douleurs articulaires…
C’est à la Renaissance qu’on nous dit que la ciguë fut employée par voie interne pour la première fois. Ce n’est pas l’exacte vérité puisque nous avons vu qu’Hildegarde s’est livrée à cet usage dès le XII ème siècle. Et même au XVI ème, on hésite : c’est tantôt Jean Wier (1560) qui sera « le premier à diriger l’emploi de la ciguë à l’intérieur dans les maladies cutanées et à en affirmer l’efficacité sur les dartres rebelles » (7), tantôt Paul Reneaulme (1606) qui en fait un remède interne des tumeurs du foie et de la rate. Mais nous n’en sommes pas à une contradiction près. Même si la voie interne est peu préconisée, on sait qu’avant Lémery, elle était opérative puisque ce pharmacien indique qu’il est souhaitable d’en éviter l’usage interne, pour cause les « stupeurs » que la ciguë occasionne, lui préférant l’usage externe, tout comme Matthiole, Ambroise Paré, Bock, Fuchs, Bauhin et d’autres encore. Si Wier (ou Reneaulme) est le précurseur de l’usage interne de la ciguë, il faudra véritablement attendre le Viennois Stoerck qui, selon Fournier, n’est pas celui qui a relevé la ciguë de l’oubli dans lequel elle est tombée avant lui. En 1761, le De cicuta libellus de Stoerck expose les propriétés anticancéreuses de la ciguë, disant qu’elle s’oppose aux progrès du cancer et en calme les douleurs. Il n’y a qu’un pas à franchir avant d’affirmer qu’elle pourrait le guérir. C’est bien pourtant l’expérience que certains praticiens feront, ce qui donnera lieu à une cohorte de partisans enthousiastes et d’opposants dédaigneux, comme toujours. « Stoerck préparait lui-même les extraits de cette plante à l’aide d’une douce chaleur et les administrait à l’état récent ; ce qui explique les avantages qu’il en retirait et que nous n’avons pu obtenir avec nos préparations inertes ou peu actives », avoue humblement Cazin (8). Or, les extraits se conservent difficilement, et peut-être faut-il mettre sur cette particularité le fait que l’action de la ciguë soit pour le moins aléatoire, ce qui explique le peu de succès rencontré par certains médecins grâce à cette médication. Et Cazin le confirme : « les extraits bien préparés, même ceux qui sont évaporés sous vide, perdent aussi, au bout de quelque temps, toute leur » propriété (9). Sur la question des cancers, au pire des cas, un traitement à base de ciguë a permis de prolonger la vie des malades, au mieux, elle a « souvent arrêté les progrès d’ulcères approchant de la nature du cancer et parfois les a guéris (10). Mais n’oublions pas les nombreux cas de cancers (sein, utérus) répertoriés par Cazin, pour lesquels on a observé de nombreuses guérisons (11). Par exemple, Cazin cite le cas d’un médecin, le Dr Tunfried, qui accompagnait le traitement du cancer d’un régime alimentaire à base de plantes issues de la famille des Apiacées, c’est-à-dire la même que celle de la ciguë (panais, carotte, céleri, cerfeuil, persil, cumin, anis, carvi, angélique, fenouil), ayant fait l’observation que chez les populations mongoles, grandes consommatrices d’Apiacées, le cancer est inconnu.
Au-delà de cette propriété qui a été longuement discutée, largement controversée, avant d’être oubliée (ce qui est fort dommage), la ciguë a été « essayée à peu près dans toutes les maladies, elle n’est restée le spécifique d’aucune » (12). C’est cela qu’être une plante héroïque, d’où la kyrielle d’affections qui va suivre et pour lesquelles la ciguë a été recommandée : phtisie pulmonaire, catarrhe pulmonaire bronchique, toux, toux coquelucheuse, asthme, bronchite chronique, spasmes des voies respiratoires, spasmes œsophagiens, tétanos, dysenterie, affections chroniques et douloureuses de l’estomac et des intestins, troubles neuromusculaires, raideurs parkinsoniennes, myoclonie, convulsions infantiles, épilepsie, chorée, névralgie, gonflement articulaire rhumatismal chronique, hydarthrose, palpitations, ascite, affections chroniques de la vessie, fièvre intermittente, fièvre puerpérale, engorgement des seins et des testicules, spermatorrhée, nymphomanie, dermites aiguës et chroniques, ulcères d’étiologies diverses, teigne, dartre, lichen, hygroma, impétigo, gale, érysipèle. Voilà. Et encore, je n’ai placé là que les principales ^^ Toutes ces affections appelaient différents modes de préparation et d’opération : cataplasme, emplâtre, pommade, bain, décoction en vase clos, poudre, suc frais, huile, et tant d’autres encore.

Belle et grande Apiacée, la ciguë peut atteindre près de 2,50 m de hauteur, mais se cantonne le plus souvent à une taille deux fois moins élevée. Ses hautes tiges creuses, vert glauque, sont constellées, surtout à leur base, de taches de couleur rouille ou lie-de-vin. Ses feuilles vert foncé sont très découpées, à l’image de celles du persil plat, ce qui augmente les confusions. Mais l’odeur ne trompe pas : elle est dite fétide, musquée, cuivrée, et on l’a souvent comparée à celle de l’urine de rat, de souris ou de chat. Elle est beaucoup plus prononcée par temps chaud.
Cette bisannuelle porte donc ses fleurs la seconde année sous forme d’ombelles comptant 10 à 20 rayons. Les fleurs blanches de la ciguë, comme celles de nombreuses autres Apiacées, sont minuscules et n’excèdent pas 2 mm de diamètre. La floraison, qui se déroule de juin à août, laisse place à de petits fruits globuleux et striés de 3 mm de longueur.
Assez fréquente, la ciguë affectionne les lieux rudéraux humides : décombres, terrains vagues, pieds des vieux murs, bois clairs, taillis, bordures de chemins et de rivières, cimetières, dans tous les cas sur sols riches en sels ammoniacaux.

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La grande ciguë en thérapie

Les parties végétales privilégiées chez la ciguë sont ses graines et ses feuilles, mais surtout les premières. Cette plante est riche d’alcaloïdes dont l’un d’eux, la conicine, isolée au XIX ème siècle, a été largement étudiée et commentée au XX ème siècle. Liquide, volatile, incolore, de saveur âcre et à odeur forte, elle est présente à hauteur de 0,01 à 0,04 % dans les feuilles, davantage dans les fruits verts (1,3 à 3,6 %). C’est un poison paralysant très violent : deux gouttes sur une blessure entraînent la mort en 2 mn. Cet alcaloïde est accompagné de quatre autres : la conicéine, la méthylconicine, la conhydrine et la pseudo-conhydrine. La plante contient en outre de l’amidon, de la résine, de la pectine, divers acides (malique, caféique, ascétique), plusieurs essences aromatiques, des sels minéraux (potassium, manganèse, magnésium), etc.

Propriétés thérapeutiques

  • Sédative, analgésique et antinévralgique des nerfs trijumeau, pneumogastrique et sciatique, antispasmodique
  • Anaphrodisiaque
  • Résolutive (en externe)
  • Anticancéreuse (?)

Usages thérapeutiques

  • Spasmes (œsophage, pylore, intestins, utérus, vessie, poumons), convulsions, épilepsie, tétanos
  • Raideurs musculaires (Parkinson), névralgies
  • Tumeurs bénignes, diminution de la douleur dans certains cancers (cancer du sein)
  • Érection douloureuse de la blennorragie

=> Homéopathie : circulation artérielle, troubles prostatiques, cystite, engorgements viscéraux, paralysie, épilepsie, régulation mentale, problèmes dermatologiques

Modes d’emploi

Tout comme l’hellébore noir et le colchique, la ciguë est du seul ressort d’un médecin. Le seul emploi domestique que l’on puisse en conseiller est le suivant : décoction douce de feuilles pour lavage et compresse (usage externe).

Contre-indications, précautions, autres informations

  • Toxicité : la ciguë a des effets curarisants et nicotinisants entraînant la mort en trois à six heures (parfois, une seule suffit), non sans faire passer sa victime par toute une série d’effets non moins agréables. Les premiers symptômes apparaissent seulement trente minutes après ingestion : sécheresse de la gorge, soif intense, douleur épigastrique, nausée, vomissements, gastrite, anxiété, douleurs céphaliques, vue troublée, vertiges, perte de coordination, difficulté à la marche, défaillance, assoupissement, ivresse ou exaltation avec délire et/ou hallucinations, pouls faible et rapide, tremblement des membres, convulsions, stupeur, refroidissement général, prostration, syncope, paralysie ascendante (paralysie des muscles volontaires des membres inférieurs, paralysie du diaphragme), teint bleuâtre du visage, asphyxie, mort. Une intoxication dégorge de sang les poumons… d’où l’asphyxie, tandis que le foie et le réseau veineux intestinal en sont emplis. Les globule sanguins sont détruits, le sang devient noirâtre et se liquéfie, la putréfaction du corps est assez rapide cependant que la conscience, qui n’est pas altérée, reste lucide jusqu’à la fin. Si jamais l’intoxiqué en réchappe, il n’est pas impossible que subsistent paralysie, paraplégie et « folie ». D’ailleurs, dernière chose avant de clore cet austère chapitre, il est remarquable comme une plante qui place dans ses parties les plus hautes le plus grand de sa virulence, afflige tout d’abord les membres inférieurs des personnes intoxiquées. Selon Joel Levy, le dimercaprol serait un bon antidote. Mais il est surtout connu comme chélateur des métaux lourds.
  • Confusions : le monde des Apiacées (ex Ombellifères) est vaste et semé d’embûches pour l’observateur inattentif. Tout comme les Solanacées, les Apiacées regorgent d’espèces salvatrices dont certaines sont inoffensives et d’autres beaucoup plus délicates à manier. Mais avant cela, il faut savoir les reconnaître. Les confusions les plus fréquemment observées concernent le persil sauvage, le cerfeuil sauvage, le panais, le fenouil, voire l’asperge qui n’est même pas une représentante des Apiacées. Mais il est également possible de se tromper et de jeter son dévolu non sur un panais ou une carotte, mais sur d’autres ciguës : la ciguë vireuse (Cicuta virosa) et la petite ciguë (Aethusa cynapium). Quand ce n’est pas le cerfeuil penché (Chaerophyllum temulum).
    _______________
    1. Joel Levy, Histoire des poisons, p. 100
    2. Jean-Marie Pelt, Les vertus des plantes, p. 120
    3. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 316
    4. Bernard Bertrand, L’herbier toxique, p. 80
    5. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 282
    6. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 318
    7. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 281
    8. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 283
    9. Ibidem
    10. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 281
    11. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, pp. 288-290
    12. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 281

© Books of Dante – 2016

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