La petite centaurée (Centaurium erythraea)

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Synonymes : petite gentiane, gentiane centaurée, herbe au centaure, herbe de Chiron, herbe à la fièvre, fiel de terre, quinquina français, herbe aux enchantements…

Qu’espérer de mieux, pour une plante, que de devenir la panacée d’une figure mythologique aussi connue que peut l’être le centaure Chiron ? Bien que contradictoires, les récits mythologiques ont très tôt accordé à la petite centaurée une place de choix. Doué d’une grande culture, Chiron fut le « précepteur » d’Aristeus, d’Achille, d’Asclépios, etc., et la légende raconte qu’il employa la petite centaurée en cataplasme pour soigner une blessure qu’Hercule se serait faite au pied lors d’un combat. L’histoire a conservé le nom de « panacée de Chiron » pour désigner la petite centaurée qui porte encore aujourd’hui dans son nom actuel le souvenir de ce fragment mythologique. C’est donc tout naturellement que Dioscoride la nommera Kentaurion. Pour lui, la petite centaurée est vulnéraire, cholagogue, emménagogue et anti-ophtalmique. Quant à Pline, tout comme moi, il fait référence au centaure pour expliquer le nom latin de cette plante, Centaurium. Selon Pline, la petite centaurée faisait partie du contingent d’herbes les plus souvent employées par les druides. Les Celtes « croyaient qu’elle chasse tous les maux par sa vertu évacuante » (1). Cette plante était également considérée comme un antidote contre les morsures de serpents et les piqûres de scorpions, et comme un fébrifuge par la médecine druidique. Par la suite, nombreux seront ceux qui feront l’éloge de cette plante, sa réputation sera très tôt faite. C’est ainsi qu’en parlent Galien, Avicenne, Mésué, Sérapion… On remarque rapidement qu’elle « réveille les fonctions motrices et sécrétoires des voies digestives » (2). On réaffirme ses pouvoirs contre les poisons et les substances nocives. Largement inspiré des auteurs de l’Antiquité gréco-romaine, Macer Floridus rappelle le puissant pouvoir siccatif de la petite centaurée : « elle cicatrise promptement les plaies récentes, et dispose les anciens ulcères à la guérison » (3). Comme l’on voit, le souvenir du centaure Chiron n’est pas totalement évanoui et l’on peut dire qu’au Moyen-Âge, la petite centaurée reste toujours fort réputée tant et si bien qu’elle est même cultivée dans les jardins comme plante médicinale. Elle favorise la consolidation des fractures, agit sur les névralgies comme la sciatique, intervient comme emménagogue et antihémorroïdaire, on en fait même des collyres. Au XVI ème siècle, « les auteurs insistent encore longuement sur ses diverses propriétés, celles déjà indiquées par les anciens » (4). C’est, par exemple, le cas d’Olivier de Serres qui écrit que « cette herbe fraîchement cueillie, pilée et appliquée sur les grandes plaies les referme et tous les vieux ulcères en sont consolidés ». On croirait lire Macer Floridus ! A la même époque, ou peu s’en faut, Matthiole fait de la petite centaurée un cicatrisant, un remède du foie et de la rate, enfin un fébrifuge possédant presque le pouvoir du quinquina, d’où son emploi contre les fièvres intermittentes et les accès paludéens. Mais à cette époque, elle est battue en brèche par la grande gentiane, puis par le quinquina venu d’Amérique du Sud, lequel aura fait beaucoup de mal à la réputation des fébrifuges indigènes, malgré les réquisitoires de Roques, Gesner, etc. qui rappellent la grande histoire fébrifuge de la petite centaurée. A la fin du XIX ème siècle, l’abbé Kneipp cherche bien à la sortir de la torpeur dans laquelle elle est tombée, il lui reconnaît même le titre de panacée, comme à l’époque du grand Chiron, mais force est de constater que les suivants seront beaucoup plus modérés dans leurs jugements au sujet de la petite centaurée. En revanche, sa carrière de vulnéraire n’a pas été interrompue : on l’a utilisée avec succès sur les ulcères atones, scrofuleux et scorbutiques. Elle est même présente dans la composition magistrale nommée « vulnéraire de Suisse » ou « faltranc ».

Comment pourrait-il être possible qu’il ne court pas, au sujet de la petite centaurée, d’aussi folles anecdotes que les quelques-unes que je vais maintenant vous narrer ? Celle que le Grand Albert appelle Isiphilon (selon les Chaldéens) et Orlegonia (selon les Grecs), était connue (apparemment) des Égyptiens. Comme c’est encore le cas chez nous, des offrandes de fleurs avaient lieu lors des cultes funéraires. Dans de nombreuses tombes, on a découvert des fresques murales représentant des bouquets composés de coquelicots, de lotus, de mandragores et de centaurées. Toutes ces plantes étaient alors particulièrement consacrées au « dieu caché », c’est-à-dire Amon.
Dans un tout autre registre, les fleurs de la petite centaurée trouvèrent un emploi capillaire du temps de Matthiole. Il rapporte que dans la campagne toscane, cette plante se nommait biondella car elle était employée pour blondir les chevelures.
L’Allemagne a fait de cette plante une tausendguldenkraut, autrement dit une « herbe à mille florins », très probablement dérivé d’un contresens sur son nom latin (Centaurium / Centum aurum).

La petite centaurée, plante annuelle voire bisannuelle, est assez commune dans toute la France, hormis la région méditerranéenne où elle se fait plus rare. Elle apprécie les prés plutôt secs, les friches, les landes, les coupes forestières, les sables littoraux, etc.
Au grand maximum, la petite centaurée ne dépasse pas les 50 cm de hauteur (deux fois moins la plupart du temps). Elle s’érige grâce à des tiges quadrangulaires et glabres, le plus souvent ramifiées au sommet. Sur ces tiges, on trouve deux types de feuilles : en rosette au pied de la plante, lisses, ovales, opposées deux à deux dans les étages supérieurs. Les fleurs forment une ombelle dite « cyme dichotome », régulièrement disposées telles les branches d’un chandelier. Très nombreuses, roses, rarement blanches, elles portent cinq pétales et cinq étamines qui possèdent la particularité de s’enrouler sous forme de spirales par beau temps.

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La petite centaurée en phytothérapie

Le parfum de la petite centaurée sait demeurer discret. Son goût, un peu moins, puisqu’il est terriblement amer, tout comme celui de la gentiane jaune. D’ailleurs, elles partagent des propriétés similaires, bien que moins marquées chez la petite centaurée. Contrairement à la grande gentiane jaune, les principaux principes actifs de la petite centaurée se situent dans les parties aériennes fleuries. Que sont-ils, ces principes ? Des xanthanes, des flavonoïdes, des stérols, un principe amer du nom d’érythamarine, une lactone (l’érytaurine), enfin des séco-iridoïdes (centauroside, gentiopicroside, sweroside, swertiamarine…).

Propriétés thérapeutiques

  • Tonique amère, hépatique, biliaire (cholagogue, cholérétique), pancréatique
  • Apéritive, digestive, stomachique, carminative, laxative, antidysentérique, antidiarrhéique (dans l’ensemble, on peut accorder à la petite centaurée une qualité sédative sur le tube digestif)
  • Détersive, cicatrisante
  • Anti-inflammatoire
  • Fébrifuge

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : prévention des lithiases biliaires, obstruction hépatique, ictère, diabète (parfois)
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : dyspepsie douloureuse avec fermentation et tympanisme, paresse et atonie digestive (avec constipation ou diarrhée), crampes et douleurs stomacales, aigreur et acidité gastrique, flatulences, ballonnement, inappétence, parasites intestinaux, pyrosis
  • Faiblesse générale, anémie, surmenage, asthénie, épuisement nerveux, convalescence suite à une maladie aiguë
  • Affections cutanées : plaie, plaie atone, ulcère, ulcère de jambe, dermatose, eczéma, contusion, teigne
  • Fièvre
  • Goutte
  • Hémorroïdes
  • Chute de cheveux

Modes d’emploi

  • Infusion
  • Poudre
  • Suc frais
  • Sirop
  • Macération vineuse
  • Teinture-mère
  • Décoction (pour usages externes)

Contre-indications, précautions d’emploi, autres usages

  • Récolte : elle peut se dérouler de juin à septembre, mais on remarque une plus grande efficacité avec la petite centaurée cueillie en juillet et en août. La dessiccation doit s’effectuer promptement. Une fois sèche et bien gardée, elle peut se conserver très longtemps. Douze années disait Pline, mais des auteurs plus récents en indiquent parfois trente sans que la petite centaurée ne perde de son efficacité.
  • Contrairement à la gentiane jaune, la petite centaurée provoque l’irritation des muqueuses gastro-intestinales. Il est donc nécessaire d’espacer les cures et de ne pas les faire durer plus de 10 jours d’affilée, sans quoi diarrhée et vomissement peuvent se manifester. En tout état de cause, cette plante est proscrite dans tous les états inflammatoires des voies digestives (entérite, ulcère, etc.).
  • De nombreuses sous-espèces et variétés de la petite centaurée existent dans la nature. Mais il n’y a pas lieu de s’en méfier puisqu’elles possèdent toutes des propriétés identiques.
  • La petite centaurée est une plante extrêmement amère. Il est donc préférable de bien l’édulcorer lorsqu’on en fait une infusion.
  • Il existe un élixir floral élaboré par le Dr Bach à base de fleurs de petite centaurée : Centaury. Il prend place dans le groupe de la dépendance.
  • Plante tinctoriale : la décoction de petite centaurée colore la laine en jaune verdâtre.
    _______________
    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 231
    2. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 136
    3. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 150
    4. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 231

© Books of Dante – 2016

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