La gentiane jaune (Gentiana lutea)

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Synonymes : grande gentiane, gentiane officinale, quinquina d’Europe, quinquina indigène, quinquina des pauvres, jansonna, jouvansanne, lève-toi-et-marche, etc.

Inconnue de Théophraste et des Hippocratiques, la gentiane aurait été remarquée par un roi régnant sur l’Illyrie, actuelle Albanie, et, comme souvent, lui aurait donné son nom, Gentius (ou Gentios), après en avoir découvert les pouvoirs curatifs. Voilà… Paf ! C’est dit !
Faisons intervenir Fournier : c’est une « étymologie probablement légendaire et purement artificielle ; ce que l’on sait de ce Gentius s’accordant mal avec des préoccupations de phytothérapie. Aussi le Dr H. Leclerc préfère-t-il attribuer l’origine de ce nom à un médecin de l’Antiquité, par ailleurs inconnu » (1). Et, en effet, Leclerc n’en révèle pas l’identité dans son Précis de phytothérapie. Le mystère reste donc entier, même s’il est vrai que dès Dioscoride déjà on associe la gentiane à Gentius. Bref. Passons outre. Dioscoride et Pline indiquent qu’on fait, de leur temps (Ier siècle après J.-C.), un emploi courant de la gentiane jaune (morsures de serpents, maladies hépatiques et stomacales, maux oculaires, ulcères, « chutes graves et leurs suites »… ce qui rappelle immanquablement l’arnica…). Galien, au siècle suivant, en fait une plante efficace pour purger, drainer et nettoyer les mauvaises humeurs. Il est dit que les Romains prônèrent les qualités de la gentiane après l’invasion de la Gaule, à condition de savoir laquelle : la Gaule transalpine sous domination romaine dès – 121 avant J.-C. ou la Gaule de la Guerre des Gaules (- 58 à – 50 avant J.-C.) ? Dans tous les cas, la médecine romaine était bien informée au sujet de la gentiane connue de quelques siècles à peine du temps de Dioscoride, Pline et Galien. C’est étonnant qu’ils ne l’aient pas rencontrée auparavant, sachant que la pharmacopée de l’ancienne Égypte comptait au moins une gentiane. Mais peut-être n’était-ce point la gentiane jaune. Qu’importe, ça aussi, c’est dit.

Au Moyen-Âge, bien peu d’informations à formuler au sujet d’un emploi thérapeutique de la gentiane jaune. Chez Avicenne, tout d’abord, qui la qualifie de diurétique, d’emménagogue et de fébrifuge. Puis chez Hildegarde, qui la conseille en cas d’insuffisance cardiaque et d’ulcère stomacal, mais je me demande si sa Gentiana a bien été identifiée correctement… Enfin, dernière figure médiévale, Albert le Grand donne la gentiane bonne contre les obstructions hépatiques et la frigidité (atonie) stomacale.

Depuis longtemps réputée comme un puissant stimulant des fonctions digestives, la gentiane restera indétrônable comme fébrifuge par excellence et ce même après l’introduction du quinquina dans la pharmacopée en 1639. Bien que puissant, le quinquina n’aura pas exactement eu raison de la gentiane, puisque cette espèce sud-américaine, relativement rare au XVII ème siècle en France, était vendue à un prix exorbitant, ce que le monopole pesant sur le quinquina a sans doute favorisé. Bref, avant cela, on rencontre la grande gentiane jaune chez de nombreux auteurs. Pour Matthiole, elle est surtout diurétique, emménagogue, vermifuge, antidote des piqûres de scorpions, mais aussi fébrifuge. Au même siècle, Léonard Fuchs et Jérôme Bock n’en font « pas un moindre éloge ». Un peu plus tard, on voit un Olivier de Serres s’intéresser à son cas. Tonique et vermifuge, elle serait, selon l’agronome, apte à aider à l’enfantement. Puis, Gesner, Paulli, Boerhaave, etc. (et Matthiole avant eux) la considèrent comme un puissant fébrifuge contre les fièvres tierces et quartes, mais sans doute pas aussi puissant qu’ils l’imaginaient, si on compare son action à celle du quinquina, même si Boerhaave écrira en 1727 qu’avant le quinquina, elle seule pouvait guérir la fièvre quarte. Mais, alors, cela fait presque un siècle que le quinquina est connu en métropole, et il jouit d’un prestige particulier puisqu’on le dit apte à faire cesser les accès paludéens et à guérir du paludisme. Il serait donc désormais admis que le quinquina s’occuperait des « grosses » fièvres et la gentiane des « petites ». Mais non, rien n’y fait, de farouches opposants aux détracteurs de la gentiane qui ne jurent que par la quinine, vont continuer l’utilisation de la gentiane pour ses qualités fébrifuges. C’est le cas de Julia de Fontenelle (1836) qui obtient de nombreux succès sur les fiévreux grâce à la poudre de racine de gentiane. Alibert (1826) et Cazin (1858) argumentent en sa faveur et prônent l’intérêt que l’on peut porter à une plante que les découvertes « exotiques » ne peuvent déprécier. Rappelons que Cazin oriente son monumental travail (Traité pratique et raisonné) en direction des plantes indigènes, en particulier celles dont on peut utilement se servir à la campagne, comme il l’explique dans l’introduction de cet ouvrage. Et Cazin, avant de devenir un rat des champs, était un rat des villes ayant longuement œuvré dans le Nord-Pas-de-Calais où, de son temps, les fièvres paludéennes y étaient encore assez souvent fréquentes. Aussi, quand il dit que la gentiane jaune est un « fébrifuge relatif », il n’a pas tort, et des recherches menées au début du XX ème siècle en Corse, lui donneront raison, à titre posthume. En effet, il a été rendu compte que l’un des principes actifs de la gentiane, la gentiopicrine, peut remplacer la quinine quand celle-ci fait preuve de son inefficacité, en portant son action sur les hématozoaires du paludisme. Peu après, en 1912, l’abbé Kneipp écrit les paroles suivantes : « Quiconque possède un petit jardin doit y cultiver la sauge, l’absinthe et la gentiane ; il aura ainsi sa pharmacie sous la main ». De toute évidence, le bon père appréciait l’amer, mais semblait ignorer que la gentiane jaune ne se cultive que très difficilement et, encore, pas partout. Nous aurons longuement l’occasion de nous y attarder un peu plus bas. Quoi qu’il en soit, à défaut de gentiane, la petite centaurée peut utilement la remplacer au sein du trio de choc proposé par l’abbé Kneipp.

Toute plante, pour peu qu’on l’ait considérée comme une panacée, draine après elle des récits légendaires, quand ils ne sont pas fortement entachés de magie. Rappelons-nous qu’Olivier de Serres donnait la gentiane comme apte à favoriser l’enfantement, chose qui semble souligner, par son aptitude gaillarde, une grande vitalité, détail remarquable, d’autant que du temps de cet éminent agronome, bon nombre de Français vivaient moins vieux qu’une gentiane. Comment ne pas imaginer alors que cette plante, vivant parfois sur de revêches escarpements pierreux ne puisse pas contenir en elle une substance accordant la jouvence (cf. ses noms vernaculaires de jouvansanne, jansonna et, peut-être, lève-toi-et-marche). N’est-ce pas ce que le docteur Leclerc semble indiquer, lorsqu’il relate les observations d’Agricola : il « rapporte qu’un vieux médecin affirmait, d’après sa propre expérience, qu’il suffisait de prendre chaque jour un fragment de sa racine pour parvenir, en parfaite santé, à une extrême vieillesse » (2). Serait-ce elle, cette plante si précieuse vantée par Murray, qui, prolongeant la vie, favoriserait aussi les pouvoirs amoureux et les retours d’affection ? « Versée dans l’eau du bain, nous dit Michel Lis, la poudre de racine de gentiane active la puissance sexuelle » (3). Et l’on sait à quel point l’amour provoque la vie. Chose entendue, la racine de gentiane pilée a été utilisée dans des cas de désenvoûtement. On ne sait jamais, qu’un malandrin veuille empêcher la vie… D’ailleurs, la gentiane a été l’ingrédient de nombreuses recettes dont les noms ne sont pas, pour certains d’entre eux, sans rappeler un caractère « magique », tant ils semblent issus d’anciens âges : l’orviétan, la thériaque, le mithridate, le diascordium, l’opiat de Salomon, et tant d’autres encore (eau générale, teinture de Wytte, élixir de Stoughton, fébrifuge français composé d’1/3 de camomille, d’1/3 de tan de chêne et d’1/3 de racine de gentiane, etc.).

La grande gentiane jaune est une plante vivace assez fréquente dans tous les massifs montagneux. Du moins est-ce ainsi que je l’ai rencontrée dans les Alpes, le Jura et le Massif Central. Mais elle existe aussi dans les Pyrénées, les Vosges et les Cévennes. Son sol de prédilection est surtout de nature calcaire : pelouses alpines de moyenne et haute montagne (2500 m d’altitude au maximum), prairies riches et humides (parfois marécageuses), à la limite des bois clairs (c’est vrai qu’il ne me souvient pas avoir jamais rencontré une grande gentiane en sous-bois).
La racine de la gentiane, grosse, charnue et volumineuse (dans son grand âge), s’enfonce profondément dans le sol, parfois à plus d’un mètre. Elle est aussi longue que peut l’être sa tige ronde, creuse, de l’épaisseur d’un doigt (le pouce, pas l’auriculaire ^^). Ses feuilles d’un vert glauque sont, à la base, particulièrement étendues (30 cm de longueur sur 15 cm de largeur). Puis au fur et à mesure qu’elles grimpent sur la tige, leur taille s’amenuisent, jusqu’à former des « coupelles » au creux desquelles des fleurs jaunes en corolle, ne dépassant pas 2 cm de diamètre, apparaissent.

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La gentiane jaune en phytothérapie

Ce que la gentiane recèle de plus précieux se cache dans le sol. Sa racine épaisse, blanchâtre à l’intérieur, spongieuse, brunissant par la dessiccation et perdant les 2/3 de son poids par la même occasion, constitue essentiellement l’arsenal médicinal de la gentiane jaune. Cette racine est caractéristique du fait qu’elle ne contienne pas d’amidon et très peu de tanin (ce qui fait d’elle une espèce peu astringente et donc peu irritante). En revanche, on y rencontre un principe odorant (essence aromatique) et un principe pigmentaire de couleur jaune (xanthone), de la pectine, du mucilage, une catécholamine du nom d’oxytyramine, etc.
Ceux qui connaissent les apéritifs élaborés à base de racine de gentiane ne sauraient oublier l’amertume qui s’en dégage, liée à un principe très amer, la gentiopicrine, que les papilles gustatives peuvent déceler à la proportion d’1/1000000 ème !

Propriétés thérapeutiques

  • Tonique générale (stomacale, nerveuse, circulatoire), fortifiante
  • Apéritive, digestive, cholérétique, cholagogue, sialagogue, draineuse hépatobiliaire, anti-émétique, vermifuge
  • Dépurative, fébrifuge
  • Antiseptique
  • Antirhumatismale
  • Leucocytogène
  • Antidépressive

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère digestive : perte d’appétit, atonie gastro-intestinale, dyspepsie, dysenterie, diarrhée, douleur gastrique, flatulences, pesanteur stomacale, pyrosis, parasites intestinaux (oxyures)
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : insuffisance hépatique, jaunisse, atonie hépatobiliaire
  • Fatigue générale, anémie, convalescence, fatigue après infection, asthénie, scorbut, faiblesse musculaire
  • Fièvre, accès paludéen
  • Rhumatisme, goutte
  • Œdème
  • Toux persistante
  • Plaies gangreneuses, atones, infectées, blessure, inflammation cutanée
  • Problème de sommeil, anxiété, humeur dépressive, tendance au cafard, manque de confiance en soi

Modes d’emploi

  • Décoction puis infusion de racine
  • Macération à froid de racine
  • Macération vineuse
  • Macération alcoolique
  • Poudre de racine
  • Sirop
  • Teinture-mère

Précautions d’emploi, contre-indications, autres usages

  • Toxicité : aux doses physiologiques normales, la gentiane n’est pas considérée comme toxique. Cependant, en cas d’abus, divers désordres peuvent survenir : sensation de malaise, douleur épigastrique, maux de tête, migraine, vomissement, nausée, agitation, contractions nerveuses et musculaires, saignement de nez, éblouissement, sorte d’ivresse et de narcotisme. L’apparition de ces phénomènes est d’autant plus probable que la racine aura été employée fraîche.
  • Contre-indications : il est déconseillé d’employer la gentiane jaune dans les cas suivants : tendance à la stase sanguine, épistaxis, hémorragie stomacale, irritation gastrique plus ou moins vive, grossesse.
  • Espèce proche : la gentiane ponctuée (G. punctata).
  • Faux ami : il existe une autre espèce alpine occupant les mêmes stations que la gentiane jaune et qui lui ressemble beaucoup, surtout en dehors des périodes de floraison : le vératre blanc (Veratrum album). Chez l’une et l’autre espèce, les individus âgés permettent de faire une nette distinction : fleurs jaune d’or pour la gentiane, verdâtres chez le vératre. En revanche, chez de jeunes sujets non fleuris la confusion reste possible. Mais il est permis de déterminer à coup sûr qui est quoi : les feuilles du vératre sont légèrement poilues, ne sentent pas bon (surtout si on les froisse entre les doigts) et, signe imparable, elles ne sont pas disposées de la même façon que celles de la gentiane sur la tige. Chez cette dernière, les feuilles sont dites opposées, alors que celles du vératre sont alternes. On ne peut faire l’économie d’un tel « détail », la phytothérapie ne pouvant se concevoir sans une solide base botanique. On n’attirerait pas l’attention sur le statut de faux ami du vératre si ce dernier n’était pas une espèce toxique dont même l’ingestion de graines peut causer la mort. Il existe beaucoup de plantes aux ressemblances morphologiquement proches dans la nature. Pensons, par exemple, au lamier blanc, jamais bien éloigné de l’urticante ortie. Dans ce cas-là, le lamier se place sous le patronage de l’ortie afin de ne pas être brouté (ou simplement cueilli). Or, en montagne, gentiane jaune et vératre blanc ne sont pas consommés par les bovins qui paissent dans les pâturages. Aussi, difficile de savoir qui protège qui, à moins qu’il n’y ait, entre ces deux plantes, une relation de protection mutuelle qu’il reste à découvrir. Mais revenons-en à nos moutons…
  • Récolte : le jour où vous irez récolter, à l’aide du croc adapté, votre propre racine de gentiane au fin fond des Alpes n’est pas arrivé, et n’arrivera sans doute jamais. Tout d’abord parce que la gentiane jaune est une espèce protégée, il est donc interdit de la cueillir sur le territoire français. Mais il en fut, autrefois, tout autrement. En effet, la gentiane fut l’objet d’un arrachage abusif pendant de longues décennies, tant et si bien que l’espèce a régressé en maints endroits. Forte de sa réputation, la gentiane a vécu une mésaventure similaire à celle de l’arnica. Une demande importante s’est accompagnée de tentatives de culture en plaine, mais elles ont viré à l’échec. C’est pourquoi des zones sauvages d’altitude ont été dévastées afin d’en extraire cette plante des cimes, au plus près de la demeure des dieux. Si sa culture était opérante, « quel cultivateur accepterait d’attendre 10 à 20 ans le produit de son labeur » ? (4). Pourtant, d’autres l’on fait, avec le noyer et l’olivier, mais il est vrai que leur culture est bien moins délicate que celle de la gentiane. Une culture longue et hasardeuse n’est pas engageante, parce que, si la gentiane vit très longtemps (50 à 60 ans), elle possède un cycle végétatif très lent et peut attendre 10 à 20 ans avant de fleurir pour la première fois, ce qui lui permet enfin d’être très prolifique en graines (un seul pied peut en produire 10000 dans l’année). Or si on arrache une gentiane n’ayant pas encore porté de fleurs, on lui dénie le droit de se reproduire. Avant même que l’espèce soit protégée, Fournier, dans les années 1940, préconisait de n’arracher que les plants très âgés et dont le diamètre de la racine est supérieur à plusieurs centimètres (la taille du poignet). Autrement dit, des gentianes dans la force de l’âge. Aujourd’hui, la cueillette sauvage est donc interdite, parce qu’après de nombreuses dérives (de biopiraterie, soyons clair), la gentiane est devenue çà et là en voie d’extinction. C’est également ce qui se produirait si une réglementation n’imposait pas de rejeter à l’eau la truite dont la taille n’est pas réglementaire. Dans l’ancien temps, Cazin conseillait d’attendre l’automne pour se livrer à l’arrachage de la racine de gentiane. Puis, sans la laver, on la mondait simplement, puis on la découpait en rondelles avant de la faire sécher. Il précise aussi qu’au XIX ème siècle, il y avait lieu de se méfier de la racine de gentiane vendue en herboristerie, car des inversions dues à la négligence faisaient passer des racines de belladone, d’aconit et de vératre pour celle de la gentiane ! Mais soyez sans crainte, car la gentiane dont on use aujourd’hui en phytothérapie est issue de cultures (en altitude !). On ne peut donc que suivre le conseil laissé par Pierre Lieutaghi dans son Livre des bonnes herbes : « L’herboristerie livre généralement un produit de bonne qualité […] et il sera plus facile pour l’habitant des plaines de s’y approvisionner que de préparer une expédition vers les cimes ! » (5).
  • La gentiane jaune est, comme on l’a dit, extrêmement amère. Le miel atténue généralement cette amertume.
  • La racine de la gentiane entre dans la composition de nombreuses boissons apéritives et digestives à base d’alcool : Suze (Suisse), Picon (Marseille), Salers (Corrèze), etc.
    _______________
    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 455
    2. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 134
    3. Michel Lis, Les miscellanées illustrées des plantes et des fleurs, p. 68
    4. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 256
    5. Ibidem, p. 257

© Books of Dante – 2016

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