Le jujubier (Zizyphus vulgaris)

jujubier_arbre

Synonymes : gingeolier, dindolier.

Le nom arabe du jujubier – zizouf – a directement inspiré son actuel nom latin, duquel, pense-t-on, le mot jujubier serait issu.
La culture du jujubier tout autour de la Mer méditerranée et sa propension à apparaître de manière spontanée ne doivent pas nous faire oublier que cette espèce végétale est originaire de Chine où, dit-on, elle faisait l’objet d’une culture depuis plusieurs millénaires. D’ailleurs, la médecine traditionnelle chinoise utilisait les jujubes pour élever l’énergie vitale, tonifier le foie et abaisser la nervosité. Les taoïstes voyaient même en ce fruit une nourriture d’immortalité, une « nourriture pure, presque immatérielle » (1).
Comme beaucoup d’autres arbres fruitiers, le jujubier a suivi une route d’est en ouest : on le localise en Perse il y a 2500 à 3000 ans. De là, il s’échappe à l’actuelle Syrie, on le rencontre aussi en Libye. Bref, il conquiert tranquillement le pourtour méditerranéen. Du temps de l’empereur Auguste (- 63 avant J.-C à 14 après J.-C), Grecs et Romains connaissaient le jujubier, de même que durant le règne de son successeur Tibère (-42 avant J.-C à 37 après J.-C.), dont l’un des consuls, Sextus Papinius, le plantait dans les camps, sans doute comme barrière végétale, puisque, de la famille des Rhamnacées, et donc des nerpruns, le jujubier souligne son caractère quelque peu épineux. Mais c’est aussi une espèce qui enfonce profondément ses racines dans le sol à la recherche des nappes phréatiques, ce qui en fait un petit arbre quasiment inarrachable. D’ailleurs, jetez un petit coup d’œil sur le croquis suivant :

Croquis extrait du livre de Francis Hallé, Plaidoyer pour l'arbre (p. 18)

Croquis extrait du livre de Francis Hallé, Plaidoyer pour l’arbre (p. 18)

C’est pourquoi on a fait du jujubier un symbole de défense et de résistance contre l’agression. Par exemple, en Grèce et au Maroc, on plaçait dans la main du nouveau-né une feuille ou un rameau de jujubier, « pour qu’il soit plus tard aussi bien armé que l’est cet arbre bardé d’épines » (2), lesquelles furent aussi utilisées pour détourner les influences du mauvais œil. En guise de protection contre les esprits néfastes, on recouvrait les tombes de rameaux de jujubier (en général, les plantes épineuses sont assez souvent liées au monde chthonien). Cette double dimension défense/protection apparaît aussi de manière sibylline dans le mythe de Lotis, une naïade que le dieu ithyphallique Priape poursuit de ses assiduités. C’est, du moins, ce qu’évoque brièvement Ovide dans le livre IX des Métamorphoses : Lotis « avait été changée en cet arbre qui a conservé son nom » (3). Or, force est de constater qu’il n’est peu de rapport entre le jujubier et le lotôs des anciens Grecs, et il eut mieux valu qu’on fasse du lotôs le lotus, plante effectivement anaphrodisiaque, pour que résonnent d’autant les raisons qui poussèrent les dieux à opérer cette transformation. C’est peut-être sur la base de cette confusion que Valnet suggérera le caractère anaphrodisiaque du jujube, ce qui va contredire ce qui suit : « Les femmes peuvent renforcer leurs charmes naturels par des procédés magiques : si elles s’attachent à la main un chapelet de grains de jujubier et de coquilles […], elles se rendent agréables aux yeux des hommes » (4). Par « coquille », on peut éventuellement entendre la coquille Saint-Jacques qui portait le nom de peigne durant l’Antiquité. Pecten, son nom latin, faisait aussi référence, métaphoriquement, au sexe de la femme, tel qu’on l’apprend dans l’Apologie d’Apulée. Vénus sortant des eaux n’est pas bien loin… et le chapelet rappelle aussi la ceinture de la déesse. Ce caractère fécond se rencontre aussi en Chine où les mots « jujube » et « bientôt » sont homophones : « le fruit appelle donc la venue rapide d’un enfant à une jeune mariée » (5).
En Sicile, comme le relate Pierre Canavaggio, « lorsqu’on voit tomber une feuille de jujubier, il faut la retourner du côté face. On ne sait plus pourquoi il faut le faire, mais on continue […] de remettre les feuilles de jujubier à l’endroit » (6). Cette coutume s’explique peut-être par la cérémonie musulmane de la nuit du milieu de shaaban (ou cha’bân), c’est-à-dire le huitième mois du calendrier musulman, précédant le mois de ramadan. Cette cérémonie « se rattache à une tradition selon laquelle le jujubier du Paradis comporterait autant de feuilles qu’il existe d’êtres humains vivants au monde. On dit que ces feuilles portent inscrits les noms de tous ces êtres ; chaque feuille portant le nom d’une personne et ceux de ses pères et mères. On prétend que l’arbre est secoué, pendant la nuit qui précède le quinzième jour du mois, un peu après le coucher du soleil ; et lorsqu’une personne est destinée à mourir dans l’année qui vient, la feuille sur laquelle son nom est gravé tombe à cette occasion ; si elle doit mourir très prochainement, sa feuille est presque entièrement desséchée, seule une petite section demeure verte ; selon le temps qui lui reste à vivre, la partie verte est plus ou moins grande » (7). Ce jujubier jouerait donc le rôle d’arbre oraculaire et rappelle quelque peu la croyance qui veut que les feuilles des arbres se mettent à trembler pour qu’on se souvienne de la passion du Christ. Peut-être que ce que dit Canavaggio à propos de cette coutume sicilienne qu’il ne s’explique pas trouve son origine dans la domination musulmane de la Sicile qui s’est étalée de 827 à 1091…

Comme nous l’avons vu, le jujubier n’est pas très grand (environ 6 m au maximum). Son tronc à l’écorce crevassée porte des rameaux de deux types : grêles et effilés pour les uns, tortueux et en zigzag pour les autres. Les feuilles, ovales et dentées, sont marquées de trois fortes nervures parallèles. Aux mois de juin et de juillet, de petites fleurs jaune verdâtre apparaissent à l’aisselle des feuilles, avant de se métamorphoser en drupes pendantes, de forme ovale ou ronde. Rougeâtres à l’extérieur, les jujubes renferment une chair jaune clair, spongieuse et mucilagineuse, de saveur douce. On les récolte généralement aux mois de septembre et d’octobre. Aujourd’hui, le jujubier est cultivé pour ses fruits dans toutes les zones subtropicales allant de la Mer méditerranée au Japon.

jujubier_fruits

Le jujubier en phytothérapie

En France, le jujubier est une espèce périphérique n’ayant véritablement jamais emporté l’adhésion. Ainsi les sources le concernant sont-elles maigres. Parmi toutes celles que j’ai recueillies, voici néanmoins ce que je puis aligner sans risque d’erreur. L’écorce est riche en tanin, mais le bois qui la porte a surtout servi à l’ébénisterie sous le nom d’acajou d’Afrique. A propos des feuilles, nulle mention. Les fleurs, selon les auteurs du Petit Larousse des plantes médicinales, sont sans intérêt. C’est donc le fruit du jujubier, c’est-à-dire le jujube, qui a connu le plus de succès. Celui-ci contient une forte proportion de sucres (hexose, saccharose : 62 à 75 %), des protéines à hauteur de 3 à 7 %, du mucilage, de la pectine, une concentration intéressante de vitamine C, enfin un acide, dit acide zizyphique. Dans le jujube, on trouve un noyau dont l’huile grasse est composée d’acides oléique, linoléique et palmitique. Mais il semble qu’on en ait fait peu de cas.

Propriétés thérapeutiques (ne concernent que le fruit)

  • Nutritif, favorise la prise de poids
  • Adoucissant, émollient
  • Pectoral, anticatarrhal, antitussif
  • Antispasmodique
  • Diurétique
  • Laxatif
  • Immunostimulant (?)

Usages thérapeutiques

  • Convalescence, fatigue après infection (d’un point de vue alimentaire et nutritif, la jujube tient largement la comparaison avec la figue ou la datte)
  • Inflammations intestinales, constipation. A propos des jujubes, le docteur Leclerc comparait « leurs effets sur l’intestin à ceux de l’agar-agar et du psyllium. Elles conviennent donc aux personnes à l’intestin délicat, trop faibles pour supporter les laxatifs trop énergiques ou les drastiques, ce que favorisent le mucilage et la masse cellulosique fournis par la pulpe de ces fruits » (8)
  • Inflammations de la gorge et des voies respiratoires : rhume, asthme, bronchite, enrouement
  • Inflammations urinaires

Modes d’emploi

  • Décoction de fruits frais
  • Dans l’alimentation (dans la mesure du possible) : frais ou secs
  • Remède des quatre fruits pectoraux : peu usité de nos jours, il contenait des figues, des jujubes, des dattes et des raisins secs

Informations complémentaires

  • Autrefois, dans les pharmacies, à l’instar de la pâte de guimauve, on trouvait de la pâte de jujube. Il s’agit d’une ancienne préparation pharmaceutique qui ne contenait généralement pas de jujube…
  • Le jujubier est une espèce végétale appartenant à la famille des Rhamnacées. Il en est une autre, américaine, parfois surnommée jujubier, Karwinskia humboldtiana. Mais ses fruits sont toxiques. Cette espèce n’a donc aucun rapport avec le jujubier.
  • En France, on peut rencontrer le jujube frais sur les marchés provençaux. Ailleurs, il est parfois disponible à l’état sec dans certaines épiceries asiatiques sous l’appellation de « dattes chinoises ».
    _______________
    1. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 546
    2. Pierre Canavaggio, Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires, p. 136
    3. Ovide, Métamorphoses, p. 335
    4. Jules Régnault, Sorcellerie et biologie, p. 74
    5. David Fontana, Le nouveau langage secret des symboles, p. 41
    6. Pierre Canavaggio, Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires, p. 136
    7. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 545
    8. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 530

© Books of Dante – 2016

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4 réflexions sur “Le jujubier (Zizyphus vulgaris)

  1. Et ses feuilles, une fois séchées, donnent une poudre contenant des saponines, qu’on utilise pour se laver les cheveux, sous le nom de « sidr ».

    Je commente très rarement sur les blogs, du coup j’en profite pour vous remercier très sincèrement et chaleureusement pour tout ce travail de recherche dingue que vous faites, et que vous nous offrez !

    Votre blog fait partie du petit nombre de blogs sérieux et passionnants auquel je suis très attachée, et que je recommande en toute confiance !

    Merci pour tout !

    Aimé par 1 personne

    • Bonjour ! Merci pour votre commentaire très encourageant, et, par la même occasion, d’augmenter cette modeste synthèse d’un savoir que j’ignorais. En effet, les données pharmacologiques dont je dispose n’indiquaient pas la présence de saponosides au sein des feuilles. Et lorsqu’on sait ce que font les saponines (telles celles de la saponaire), l’on peut en déduire que c’est une plante à visée hygiénique, ce que vous affirmez. Je retiens donc le nom de sidr et effectuerai tantôt quelques recherches à son sujet :)

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  2. Je vous remercie pour ce magnifique article sur le jujubier…peut-on également rajouter le miel de jujubier que nous apprécions et utilisons au Maroc…comme le miel d’euphorbe, le miel d’eucalyptus, le miel de thym….

    Naturellement vôtre…
    Amitiés du Maroc

    Aimé par 1 personne

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