Le pourpier (Portulaca oleracea)

pourpier_rampant

Synonymes : pourpier potager, pourpier vert.

Le pourpier portait très anciennement les noms de portulaca, porsilaca, porcastrum, etc., et comme l’on est à peu près sûr d’en ignorer la signification, autant ne pas s’étendre sur ce sujet. En revanche, il est possible que le mot pourpier s’explique par la ressemblance des tiges de cette plante avec une patte de poulet. C’est ainsi qu’au XI ème siècle, on l’appelle polpied (pour « pied de poule »), porpier au XIII ème, même si subsistera jusqu’au XVI ème siècle une forme dérivée de polpied : piedpoul. En Anjou, il porte le nom de piépou, alors que l’Occitanie l’a doté de portolaga, bortolaiga, etc., que l’on retrouve encore aujourd’hui à travers sa dénomination latine. D’autres noms, tels que porcelin, porcellane, porchane, porchaille, lui furent également attribués.
Loin de ces histoires de gallinacées, chez les Grecs de l’Antiquité, cette plante se nomme andrachnê ou haima opheôs (id est : « sang de serpent ») selon son appellation magique, mais elle se trouve parfois être confondue avec la joubarbe (ou « acidule »), qui présente, avec le pourpier, la caractéristique d’appartenir à la même famille, les Crassulacées. Aussi, chez Dioscoride et Pline, on ne sait pas toujours à quelle plante l’on a véritablement affaire. Mais lorsqu’on prend connaissance des quelques propriétés que les Romains ont repérées dans le pourpier, il n’est pas de raison de douter de la présence de cette plante parmi la pharmacopée de la médecine gréco-romaine. (Il est alors dit que le pourpier est vermifuge, et qu’il est employé en cas de maux de tête et d’estomac.) Mais, bien avant ça, le pourpier, présent en Inde dont il est possible qu’il soit originaire, a été probablement naturalisé depuis la haute Antiquité en Asie occidentale ainsi qu’en Europe. C’est ainsi que les Égyptiens lui trouvèrent des vertus intestinales et qu’Hippocrate après eux le donnait comme efficace contre les hémorroïdes, les calculs et les inflammations oculaires.

Au Moyen-Âge, Macer Floridus, mentionnant la nature froide et humide du Portulaca, indique que cette plante « préserve des ardeurs du soleil ceux qui en mangent en été » (1), une propriété qui lui a été conservée, puisque, autrefois, « les cultivateurs en plaçaient une feuille sous la langue pour éviter d’avoir soif par temps de canicule » (2). Au-delà de l’argument de confort, il est vrai que le rafraîchissant pourpier gorgé d’eau est bon contre la fièvre, il arrête les flux sanguins et intestinaux, relâche le ventre, apaise les douleurs vésicales, dissipe l’engourdissement des dents et le gonflement des yeux. L’on constate donc que Macer Floridus lui accorde un large crédit, tandis qu’Hildegarde fait peser sur lui une sentence sans appel : « Il n’est pas bon pour l’homme d’en manger » (3). Qu’importe, c’est bien au siècle d’Hildegarde que la consommation alimentaire du pourpier s’instaure en Europe, laquelle durera jusqu’au début du XX ème siècle, avec plus ou moins d’attrait selon les régions européennes. Par exemple, Anglais et Hollandais en seront friands. De même, il fut cultivé par Jean-Baptiste de la Quintinie pour Louis XIV qui l’appréciait fort. Et lorsqu’il n’était pas régulièrement cultivé dans les jardins, on allait le glaner dans les vignes, les décombres, les chemins… ou bien l’on s’en remettait au crieur de pourpier que l’on pouvait entendre proférer sa harangue jusqu’au XVII ème siècle : « Ah ! Mon beau pourpier ! Ne trouverai-je point quelque sire pour en acheter, tout en lui est beau, jusqu’aux pieds ».
Le pourpier persiste et résiste, mais la désaffection se fait sentir durant le XVIII ème siècle, et au XIX ème siècle des auteurs en parlent à peine, bien qu’en ces temps de disette nombreux que rencontrèrent ces deux siècles, le pourpier offrit belle provende, tant par ses feuilles et tiges comestibles, que ses graines moulues en guise de « farine » ou bouillies comme on le fait aujourd’hui du quinoa.
Le temps de la bénédiction du prophète Mohammad semble bien loin pour le pourpier. En effet, Mohammad fut guéri d’une blessure qu’il s’était faite au pied en marchant sur une touffe de pourpier. « Béni sois-tu de Dieu, mon cher enfant, mon cher pourpier, partout où tu seras », se serait écrié le prophète (4). C’est pourquoi la médecine arabe considéra longtemps le pourpier comme le « condiment béni ».

Le pourpier est une plante annuelle qui peut se présenter sous deux aspects : au port étalé sur le sol en touffes rampantes ou bien au port élevé à une trentaine de centimètres au-dessus du sol. Le premier cas est typique du pourpier qui vit à l’état sauvage, la plante s’étale davantage. Ayant de la place, elle se propage alors rapidement. L’autre cas se présente dans l’exemple du pourpier que l’on cultive au jardin : si l’on sème les graines trop près les unes des autres et que l’on n’éclaircit pas les jeunes pousses, le pourpier devient plus dense, et prend à la verticale ce qu’il ne peut s’attribuer à l’horizontale. Dans tous les cas, le pourpier est constitué de tiges charnues dont la couleur oscille du vert au rose, mais il leur arrive de prendre des teintes rougeâtres particulièrement prononcées parfois. Ses feuilles, plates et spatulées, sont épaisses et aussi charnues que les tiges. La floraison reste discrète : de petites fleurs à cinq pétales jaune vif apparaissent au cœur de l’été. Elles produisent par la suite des capsules emplies de minuscules graines noires et brillantes.
Comme toute plante grasse, le pourpier résiste très bien à la sécheresse, mais craint le gel dès 0° C. On a toutes les chances de le rencontrer sur des sols légers et bien drainés, ensoleillés, tels que vignes, bords de chemins, mais aussi dans une anfractuosité du goudron d’un trottoir en ville ! En règle générale, c’est une plante qui aime l’azote. Aussi, quand il pousse en colonie quelque part, il signale par sa présence la richesse du sol en engrais organiques, mais aussi chimiques. Aussi, faites attention à ce dernier cas si vous souhaitez récolter le pourpier.

pourpier_potager

Le pourpier en phytothérapie

Toutes les parties aériennes du pourpier sont justiciables d’un emploi en phytothérapie : les graines, mais surtout les tiges et les feuilles. Comme toute plante grasse qui se respecte, le pourpier peut contenir jusqu’à 95 % d’eau, mais très peu de lipides contrairement à ce que l’adjectif « grasse » pourrait laisser penser. Ses tissus recèlent aussi de la pectine, du mucilage, des sels minéraux (fer, calcium, potassium, magnésium), des vitamines (A, B1, B2, C…) et, peut-être, de la noradrénaline et de la dopamine.

Propriétés thérapeutiques

  • Sédatif, hypnotique léger, apaisant, inducteur du sommeil
  • Dépuratif, diurétique
  • Adoucissant, émollient
  • Hémostatique, augmente la coagulabilité du sang
  • Laxatif doux, vermifuge
  • Rafraîchissant, fébrifuge (?)
  • Antiscorbutique
  • Actif au niveau de la sphère rénale

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère digestive : constipation, diarrhée, aigreur d’estomac, ballonnement, parasites intestinaux (ascarides, ténia), inflammation de l’appareil digestif, pyrosis
  • Troubles de la sphère respiratoire : difficulté respiratoire, inflammation respiratoire, toux persistante, hémoptysie
  • Troubles de la sphère urinaire et rénale : infections urinaires (cystite), hématurie, lithiase urinaire, oligurie
  • Affections cutanées : cor, brûlure légère
  • Affections bucco-dentaires : ulcération gingivale, renforcement des gencives
  • Affections oculaires : blépharite, conjonctivite
  • Hémorragies : hémophilie, métrorragie
  • Faiblesse cardiaque
  • Fièvre (?)
  • Maux de tête
  • Insomnie

Modes d’emploi

  • Infusion de feuilles fraîches
  • Décoction de graines concassées
  • Cataplasme de feuilles fraîches (autrefois, on les mêlait à de la farine d’orge) en externe. Mais c’est aussi, selon le docteur Leclerc, un cataplasme interne : on « éprouve autant de surprise que de charme à le sentir se liquéfier sous la dent en un suc d’une abondance et d’une douceur incomparable » (5)

Précautions d’emploi, autres usages

  • Récolte : feuilles et tiges peuvent être cueillies en présence des fleurs ou non. Le pourpier, rustique et coriace, offre durant de bons mois de nombreuses occasions de récolte. On pourra récolter le pourpier, à l’état sauvage, d’avril à octobre, voire plus tardivement selon les régions.
  • Cuisine : contrairement à Boileau qui moque allégrement le pourpier dans Le repas ridicule (1665), nous avons vu que, pour Leclerc, il fondait littéralement en bouche. Mais qu’importe ces « méchants » (Rabelais ne pouvait aussi souffrir le pourpier qui colle aux dents), tiges et feuilles sont amplement comestibles. Charnues, croquantes et acidulées, elles sont également légèrement salées (elles contiennent du potassium) et recèle je ne sais quoi d’un peu épicé. On peut consommer le pourpier cru comme cuit, mais, dans un cas comme dans l’autre, mieux vaut ne pas le marier avec d’autres espèces mucilagineuses (exemple : pourpier, plantain et mauve : crues, ces trois plantes ne vont pas très bien ensemble, ça l’est davantage quand on les cuit… ça sent le vécu, ça en est). Il faut donc équilibrer le pourpier en salade avec une roquette et un cœur de laitue, par exemple. Le mariage avec le pissenlit lui réussit bien également. Dans une soupe, un potage, le pourpier peut tout à fait en constituer la partie « verte ». Hormis cela, le pourpier s’harmonise bien avec la tomate et l’œuf, et se prête aussi à être « vinaigré » comme câpres et cornichons, ou bien « citronné », en le ciselant finement ; ainsi fait, on l’humecte de jus de citron, on sale, on poivre. C’est un condiment agréable avec un fromage de chèvre frais ou un bon tarama.
  • Étant légèrement hypnotique et apaisant, le pourpier se consommera surtout le soir (mais sans la roquette qui, elle, excite), puisqu’il prédispose au sommeil.
  • Autres espèces : on distingue le pourpier (celui qui fait l’objet de cette étude), du pourpier dit cultivé ou pourpier doré (Portulaca sativa), aux feuilles plus larges et aux graines plus grosses, même si notre pourpier peut aussi être semé au potager. Notons aussi l’existence du pourpier rouge (Portulaca sylvestris), particulièrement rampant, et du pourpier à grandes fleurs (Portulaca grandiflora), à destination ornementale.
  • Confusion possible : le pourpier d’eau ou faux pourpier (Lythrum portila) ressemble à s’y méprendre à notre pourpier.
  • En Chine, les propriétés antibiotiques du pourpier sont testées contre certaines parasitoses et la dysenterie amibienne.
    _______________
    1. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 108
    2. Claudine Brelet, Médecines du monde, p. 462
    3. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 55
    4. Cité par Jean-Luc Daneyrolles, Un jardin extraordinaire, p. 62
    5. Cité par Jean-Luc Daneyrolles, Un jardin extraordinaire, p. 63

© Books of Dante – 2016

pourpier_fleur

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