Le souci des jardins (Calendula officinalis)

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Synonymes : calendula, calendule, souci des jardiniers, souci officinal, fleur de tous les mois, etc.

Du temps des anciens Grecs Théophraste et Dioscoride, on parle d’une plante appelée Klymenos. Parallèlement, chez les Romains (Virgile, Pline, Columelle), on évoque le cas d’un Caltha. Certains auteurs peu avisés ont voulu voir dans ces deux appellations le souci. Si le premier de ces termes a été oublié depuis, une confusion a longtemps perduré à propos du second, tant et si bien qu’au XVI ème siècle, Jean Bauhin désignait le souci des jardins par le nom latin de Caltha vulgaris, alors qu’un autre caltha, Caltha palustris – qui n’est autre que le fréquent populage – était, lui, surnommé souci des marais… Hormis la couleur des fleurs, ces deux plantes n’ont pas grand chose en commun. Il semblerait que le souci ait été inconnu des Anciens gréco-romains, d’autant que, comme le rappelle Fournier, cette espèce végétale est inexistante en Italie comme en Grèce.

Dès la fin du VIII ème siècle, on rencontre le souci dans le Capitulaire de Villis sous le nom de solsequia, un terme proche du solsequium que nous avons abordé lorsque nous avons étudié la chicorée. Mais le Capitulaire attribue un autre nom à cette dernière : Intubas. Elle se distingue donc nettement du souci carolingien, bien que la communauté de ces deux appellations ait provoqué bien des confusions, puisque souci, chicorée et même pissenlit répondaient au titre de plantes « météorologiques », solsequia et solsequium faisant référence au fait que ces plantes suivent la trace du soleil dans le ciel, s’ouvrent à son apparition (entre 9 et 10h00) et se ferment à sa disparition (entre 16 et 17h00). Puis, la forme solsequia s’est transformée en soulcil, comme l’écrit Rabelais au XVI ème siècle, soulcie, soucie, enfin souci. Quant au nom scientifique du souci, calendula, il proviendrait du latin calandae, qui désigne les calendes, c’est-à-dire le premier jour de chaque mois, puisqu’il est vrai que sous climat clément, et en l’absence de gelées, le souci est capable de fleurir toute l’année, autrement dit tous les mois. C’est donc non seulement une plante météorologique mais également calendaire (dont est tiré le mot calendrier).

Le souci est une plante très prisée au Moyen-Âge, comme une panacée pour être davantage précis. Hildegarde ne s’embarrasse pas du latin pour le nommer, puisqu’elle l’appelle Ringula, forme proche de l’allemand actuel, Ringelblume. Elle exploite ses puissantes propriétés pour guérir ulcérations cutanées et démangeaisons occasionnées par la gale. Il est alors déjà un excellent topique. Hildegarde le prescrit également en cas de troubles intestinaux et, tout comme Albert le Grand, le considère comme antidote face au poison et aux morsures d’animaux venimeux. De plus, Albert conseille le souci en cas d’obstruction des viscères abdominaux (foie, rate). On en fait aussi un remède capable d’agir sur les émotions : « La seule vue du souci chasse les humeurs de la tête et fortifie la vue ».
En 1498, on rencontre dans l’Arbolayre (aka Le grant herbier en françois) la première mention concernant les qualités emménagogues du souci, lesquelles seront rappelées par Matthiole en 1554, puis par Matthias de l’Obel qui le considérait comme modérateur des flux menstruels exagérés et remède à leur insuffisance. Puis, très tôt, dès le XVII ème siècle, le souci tombe dans l’oubli, mais pas forcément pour tout le monde : « Le souci, dont la médecine moderne fait à peine usage, et auquel les gens de la campagne accordent par tradition mille propriétés plus merveilleuses les unes que les autres, a été considéré comme stimulant, antispasmodique, sudorifique, emménagogue » (1) par la médecine populaire. A ce titre, le souci a régulièrement été employé contre les diverses maladies de la peau, les maladies nerveuses, l’engorgement des viscères abdominaux, les fièvres intermittentes, la jaunisse, etc. On a beau dire et moquer les empiriques qui ne sont pas des scientifiques, il est cependant « bien curieux de constater que l’emploi du souci contre la jaunisse et les troubles hépatiques de la médecine empirique et populaire, que l’on avait cru simple effet de la ‘doctrine des signatures’ en raison de la couleur des fleurs, s’est trouvé confirmé par les recherches modernes » (2).
Au début du XIX ème siècle, l’oncologue français Bernard Peyrilhe attribue des qualités narcotiques au souci et dit de lui que c’est une « plante excellente, très usitée comme emménagogue », puisque c’est un régulateur des fonctions cataméniales. Un siècle plus tard, le docteur Bohn considère le souci comme un préventif du cancer. Aujourd’hui, cette dernière propriété, relayée par Jean Valnet dans les années 1970, n’est peut-être pas celle qu’on croit, mais force est de constater que la pommade de souci remplace efficacement la biafine dans le traitement des dermites provoquées par radiothérapie.

Le souci est une astéracée annuelle (parfois vivace à vie courte quand les conditions climatiques s’y prêtent) dont la taille est généralement comprise entre 30 et 50 cm de hauteur. Ses tiges et ses feuilles sont pubescentes, c’est-à-dire recouvertes de poils fins et courts. Les capitules, de couleur jaune d’or, orange vif, voire rouge brique, ne forment pas, à eux seuls, des fleurs uniques, car, chez les Astéracées, les capitules sont composés d’une multitude de fleurons. Chez le souci, on en dénombre de trois types : les centraux mâles et stériles, les périphériques femelles et fertiles, enfin les intermédiaires hermaphrodites et fertiles. Chacune de ces sortes de fleurons donne naissance à des graines diversement formées : en cupule pour les centraux, sous forme de crochet hérissé de piquants pour les périphériques, en forme de lune pour les intermédiaires.
Le souci des jardins est originaire des zones méditerranéennes, chaudes et ensoleillées. Il a une préférence pour les sols calcaires et les terres assez riches, mais ne dédaigne pas les bords de chemins, les talus, les champs labourés, ainsi que les friches.

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Le souci des jardins en phytothérapie

Dans l’ensemble, le souci dégage une odeur forte et assez désagréable ; les racines âcres et les fleurs un peu vireuses, voire cireuses d’aucuns disent, n’y sont pas étrangères.
Aujourd’hui, les deux seules parties végétales de la plante qui font l’objet d’un usage régulier sont les feuilles, mais surtout les fleurs qui, les une et les autres, s’emploient fraîches, bien qu’on puisse utiliser les fleurs une fois séchées.
Dans cette plante, on trouve des flavonoïdes, du mucilage, des phytostérols, un peu d’acide salicylique, des saponines, une essence aromatique, des caroténoïdes dont le lycopène, la calenduline et le carotène qui donnent aux pétales leur jolie couleur, enfin du faradiol, une molécule anti-inflammatoire et anti-oedémateuse.

Propriétés thérapeutiques

  • Digestif, stimulant hépatique, cholagogue, cholérétique
  • Dépuratif, diurétique, anti-œdémateux, sudorifique (3)
  • Antiseptique, anti-infectieux (antifongique, antibactérien)
  • Cicatrisant gastro-intestinal, anti-émétique
  • Cicatrisant, vulnéraire, adoucissant, émollient, anti-inflammatoire cutané, régénérateur tissulaire
  • Emménagogue (régulateur des menstruations, sédatif des douleurs menstruelles)
  • Hypotenseur par vasodilatation périphérique

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère digestive : douleurs et spasmes gastriques, ulcères gastro-intestinaux, gastrite, entérite, vomissement, pyrosis, cancer gastrique (?)
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : congestion hépatique, ictère, affections de la vésicule biliaire
  • Affections bucco-dentaires : inflammations de la bouche et de la gorge, maux de dents
  • Troubles de la sphère gynécologique : aménorrhée, dysménorrhée, ulcère utérin, cancer utérin (?)
  • Affections oculaires : ophtalmie, palpébrite chronique, ulcération scrofuleuse des paupières
  • Rhumatismes
  • Grippe, fièvre éruptive, pneumonie
  • Douleurs hémorroïdaires
  • Oligurie
  • Œdème
  • Couperose

Voilà. Ce qui est déjà pas mal, mais comme « le souci est l’un des meilleurs vulnéraires de la flore d’Europe » (4), il est surtout attendu pour ses actions remarquables sur l’ensemble de l’interface cutanée :

  • Plaies de toute nature (y compris ulcérées et cancéreuses), ulcère (sordide, calleux, variqueux), foulure, contusion, meurtrissure, hématome, brûlure, engelure, gerçure, crevasse (des mamelons), éraflure, cor, durillon, chancre, psoriasis, eczéma squameux ou lichénoïde, ecthyma, dartre, impétigo, acné, furoncle, escarres, excoriation, abcès, verrue, coup de soleil, irritation, démangeaison, piqûre d’insecte, rougeur, érythème fessier du nourrisson, prurit, radiodermite, soin des peaux grasses…

Le souci en médecine traditionnelle chinoise

On usera du souci avec profit afin de tonifier l’énergie au sein de deux méridiens étroitement liés puisque associés au même élément, la Terre. Il s’agit du méridien de la Rate/pancréas (Yin) et de celui de l’Estomac (Yang). C’est ainsi que nous rencontrons une fois de plus le caractère tant solaire que lunaire du calendula.
Le premier de ces méridiens prend en charge l’ensemble des glandes situées sur le trajet de l’appareil digestif, mais également les glandes mammaires et les ovaires (rappelons que le souci est emménagogue, il a une action manifeste sur la sphère gynécologique). Le méridien de la Rate/pancréas, c’est aussi celui qui différencie ce qui est utile ou non au sein de l’organisme. Si ce méridien est perturbé, apparaissent alors troubles digestifs, aménorrhée et dysménorrhée. En terme de situations psycho-émotionnelles, ce dérèglement se traduit par de l’inquiétude, de l’angoisse, de l’insécurité, de la mélancolie, de la procrastination, en somme, par des soucis (ça ne s’invente pas ; elle était facile ^^). C’est pourquoi le souci avait autrefois la vertu de faire retrouver la paix quand on l’avait perdue, comme le suggère cet extrait du Petit Albert : « Si quelqu’un, ayant observé que le Soleil est entré au signe de la Vierge, a soin de cueillir la fleur de souci […] et si on l’enveloppe dedans des feuilles de laurier avec une dent de loup, personne ne pourra parler mal de celui qui les portera sur lui et vivra dans une profonde paix et tranquillité avec tout le monde » (5).
Le second méridien, celui de l’Estomac, est en relation avec la chaleur produite par le corps. La fleur solaire qu’est le souci est donc tout indiquée. Une perte énergétique au niveau de ce méridien peut se transposer par des difficultés digestives, voire pire, des ulcères gastriques. Mais il est aussi impliqué dans le bon fonctionnement des glandes génitales, tant féminines (Yin et lunaires) que masculines (Yang et solaires).

Modes d’emploi

  • Infusion de fleurs fraîches (sèches, à défaut)
  • Décoction de feuilles et/ou de fleurs fraîches (pour usage interne ou externe à destination de bain, de compresse, etc.)
  • Suc frais des feuilles
  • Alcoolature, macération vineuse
  • Macérât huileux
  • Teinture-mère homéopathique
  • Pommade
  • Cataplasme de feuilles fraîches

Précautions d’emploi, autres usages

  • Contre-indications : aucune n’a été à ce jour notifié. Il faut se méfier de la contagion que les usages de l’arnica font peser sur le souci. Bien que de la même famille, le souci ne présente aucun des inconvénients de l’arnica dont la toxicité est bien établie.
  • Récolte : les capitules au fur et à mesure de leur épanouissement (il faut éviter les capitules passés, voire fanés) pour un usage immédiat (infusion, macération, alcoolature…) ou en vue d’une dessiccation ; les feuilles durant toute la belle saison.
  • Cuisine : le souci, par ses pétales, n’est pas à proprement parler une espèce alimentaire, ses pétales étant peu goûteux. Cependant, s’ils décorent joliment une salade, ils sont tout de même comestibles. Ces mêmes pétales ont aussi vertu tinctoriale : autrefois, on en colorait le lait et le beurre. Une fois secs, les pétales pulvérisés teintent le riz, le poisson, etc. à la manière du safran et du curcuma, mais sans donner le goût épicé de ces derniers aux aliments, c’est pourquoi le souci a souvent falsifié l’onéreux safran. Les boutons floraux, quant à eux, se préparent au vinaigre comme les câpres.
  • Autre espèce : le souci des champs (Calendula arvensis). Espèce sauvage et annuelle, elle est bien moins majestueuse que le souci des jardins. Plus modeste (10 à 30 cm), ses capitules de couleur jaune d’or ou orange sont surtout plus petits puisqu’ils n’excèdent pas 2 cm de diamètre. Ce souci est particulièrement endémique du Midi de la France, voire du Sud-Est. Ailleurs, il reste rare. Il s’emploie comme le souci des jardins.
    _______________
    1. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 914
    2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 907
    3. Action semblable à celle de la bourrache que le souci peut remplacer ou compléter.
    4. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 424
    5. Petit Albert, p. 328

© Books of Dante – 2016

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