Le pêcher (Prunus persica)

Pêcher_fleurs

Que le pêcher porte le nom de persikon en grec, de persicum en latin, de pfirsich en allemand, de persico en italien et de peasch en anglais, ne doit pas nous faire douter un seul instant : le pêcher a bien un rapport avec la Perse. Cependant, toutes ces langues ne font pas référence à son aire d’origine, mais à l’une des grandes étapes qui l’a vu passer lors de son périple d’est en ouest. Mais, à l’époque où ces divers noms se sont inscrits dans le langage commun, on ignorait (ou on avait oublié) que le pêcher n’était pas originaire de Perse. Il est vrai que le pêcher, et subséquemment la pêche, font tant partie de notre paysage estival, que nous avons quelque peu effacé le souvenir de sa provenance originelle : le nord de la Chine. En effet, en Chine septentrionale, il existe divers pêchers à l’état sauvage. Et peut-être même que P. persica est issu de P. davidiana, espèce découverte par Arnaud David en 1866. Sa culture en Chine remonte à au moins 42 siècles. Ce n’est qu’au deuxième siècle avant J.-C. que le pêcher s’installe en Asie mineure et en Perse. Du Proche-Orient, il gagne l’Italie et le midi de la France, à l’époque de Pline qui en mentionne l’introduction et le tout début de la culture. Il porte alors le nom de mèlon persicon (pêcher de Perse ou pommier de Perse, le mot mèlon, qui désigne au départ la pomme, est attribué à tout type de fruits).

Au Moyen-Âge, on mentionne le pêcher dans deux documents d’importance, le Capitulaire de Villis (1) et le plan de Saint-Gall, ce qui démontre la culture du pêcher en Europe occidentale et centrale. Mais à cette époque médiévale, il n’est alors qu’une plante médicinale dont on utilise les feuilles, l’écorce, l’amande, mais la chair de la pêche surtout pas ! De même qu’au temps de Galien, on déconsidère encore la pêche en tant que fruit, que l’on dit « froid et humide au troisième degré ». « L’ordre en est établi, la raison nous le prêche ; il faut du vin avec la pêche », nous conseille l’école de Salerne. Même écho du côté d’Hildegarde de Bingen : « Le fruit de cet arbre n’est pas bon à manger, ni pour les malades ni pour les bien-portants, car il fait disparaître les humeurs bonnes qui sont en l’homme ». Ou, à la rigueur, quand on enlève peau et noyau, le tout cuit dans du vin, avec du sel et du poivre. « Ainsi préparé, il ne fait guère de mal, mais il n’a pas très bon goût » (2). Ce que, bien entendu, un personnage comme Cazin réfutera au XIX ème siècle : « La pêche est, quoi qu’en disent Galien et l’école de Salerne, un fruit très agréable, nourrissant, rafraîchissant et adoucissant » (3). Mais ce qu’oublie le grand médecin, c’est que les mots d’aujourd’hui ne sont pas les choses d’hier. Les Anciens n’ont pas tort de considérer la pêche, telle qu’elle était à leur époque respective, comme un fruit quasi immangeable, de même qu’on grimace en croquant dans une pomme sauvage. C’est pourquoi les pêches dégustées par Cazin n’ont aucune commune mesure avec ces pêches de l’Antiquité ou encore du Moyen-Âge, puisque toute espèce végétale ne peut ressembler en rien aux cultivars qui en sont tirés. Il faudra donc attendre avant de voir la pêche être classée au rang des fruits consommables. C’est seulement au XVII ème siècle que la pêche trouvera enfin une légitimité. Louis XIV l’appréciant fort, La Quintinie en créera plus de trente variétés. Et ce n’est qu’au XVIII ème siècle que la pêche, en tant que fruit comestible, ne semble devoir plus poser de problème. La pêche de Cazin est donc une variété horticole et améliorée, chose qui n’existait pas encore au Moyen-Âge. Oui, les mots d’une époque ne désignent pas forcément les choses propres à une époque antérieure. C’est pourquoi il est de bon ton de prendre avec de bonnes pincettes certaines informations et ne pas les rejeter simplement parce qu’elles nous éloignent de ce qui nous paraît commun et juste.

Bref. Donc, au Moyen-Âge, le pêcher vaut surtout pour les vertus de ses feuilles, de sa gomme, de sa sève et de l’amande contenue dans son noyau. Selon Hildegarde, le Persichbaum « est plus chaud que froid ». Ses feuilles sont vermifuges, sa sève trouve utilité pour effacer les taches cutanées, chasser la mauvaise haleine ainsi que « la pourriture de la poitrine et du corps ». La gomme qui s’écoule du tronc du pêcher soulage les douleurs pectorales, les maux de tête et les yeux qui coulent. Quant à l’amande, elle est surtout vue comme purgative, mais intervient aussi en cas de toux et de douleurs goutteuses.

Depuis lors, l’eau a coulé sous les ponts et l’on dénombre plusieurs centaines de variétés de pêchers cultivés sur tous les continents. Parmi ces variétés, on distingue, grâce à certaines caractéristiques des fruits, quatre groupes : peau veloutée, peau lisse, noyau adhérent, noyau non-adhérent. Et, dans chacun de ces groupes, on trouve des fruits à chair jaune d’or, blanche rosée ou encore rouge sang.
Le pêcher n’est pas un arbre très élevé. Selon les variétés, sa hauteur oscille entre 2 et 7 m. Cependant, sa croissance est rapide. Il porte de grandes et longues feuilles caractéristiques qui ressemblent un peu à celles de la verveine citronnée : 8 à 15 cm de longueur, 2 à 3 cm de largeur. Fines et lisses, elles sont délicatement dentées mais n’apparaissent qu’après les fleurs, comme c’est le cas d’autres Rosacées telles que le cerisier et le cognassier, par exemple.
Des fleurs rose vif s’épanouissent très tôt dans l’année (quasi-fin d’hiver – début de printemps). Solitaires au bout des rameaux, elles comptent cinq pétales. Ce sont donc elles qui donneront naissance aux pêches, de grosses drupes à la chair juteuse abritant un noyau au sein duquel se cache une amande dont on extrait une huile destinée à la cosmétologie et à l’aromathérapie, à l’instar de l’huile d’abricot, alors que cette même amande est utilisée en Chine afin de traiter certains problèmes d’ordre digestif…

Mais… revenons-y, en Chine. Un pêcher en fleurs y est vu comme symbole printanier, attaché à l’Est et à l’élément Bois, de régénération et de fécondité, de fait. Il est donc associé au mariage. Au Japon, on y ajoute une dimension de pureté et de fidélité. D’une symbolique mariale, il se double d’une symbolique virginale.
Il a également vertu protectrice, à travers, notamment le mythe d’Izanagi qui se protégea du tonnerre. En Chine, on lui attribue une action protectrice face aux influences néfastes et c’est justement dans du bois de pêcher que sont taillés les bâtons d’exorcisme. C’est aussi en raison de cela qu’au nouvel an des figurines en bois de pêcher sont placées au-dessus des portes d’entrée afin de protéger les maisonnées des influences mauvaises.
Mais, en Chine, en tant que Kien-mou, « Bois dressé », le pêcher figure le centre de l’Univers. Apportant mille printemps, cet arbre de vie assure la longévité. « Le dieu de la Longue Vie est souvent représenté sortant d’une pêche, ou tenant à la main une des pêches de la Swang-mou, la Royale Mère de l’Ouest, dont le pêcher produit tous les 3000 ans des fruits conférant l’immortalité » (4). En tout état de cause, la consommation de fleurs de pêcher était considérée comme un gage de longue vie, de même que la sève de cet arbre qui est censée rendre le corps lumineux. « Symbole prometteur de longévité en Chine et au Japon, la pêche a un sens différent chez les chrétiens : une pêche à laquelle est attachée une feuille signifie l’honnêteté. Cela provient d’un usage ancien de cette image en tant que langue rattachée au cœur » (5).

pecher_fruit

Le pêcher en phytothérapie

Que peut-on attendre du pêcher sinon les qualités de son fruit ? Bien davantage, en réalité, puisque fleurs, feuilles, seconde écorce et amande contenue dans le noyau ont, un jour ou l’autre, fait partie de la pharmacopée. On note aussi des emplois sporadiques des bourgeons et de la gomme qui s’écoule du bois.
Toutes les parties du pêcher (ou presque) contiennent 2 à 3 % d’amygdaline donnant par émulsion de l’acide cyanhydrique ; dans les feuilles et le fruit, on rencontre divers sucres (saccharose, dextrose, lévulose). L’amande, logée au cœur du noyau, offre 25 à 35 % d’huile grasse de composition assez proche de celle d’amande douce. Comme elle, elle contient des vitamines du groupe B, de la vitamine C, de la vitamine E…
Quant à la pêche, riche en eau, elle est surtout connue pour sa haute teneur en vitamines (C, B1, B2, A…) et sels minéraux (soufre, phosphore, chlore, sodium, potassium, magnésium, calcium, fer, zinc, iode, manganèse…).
C’est une essence aromatique composée d’éthers, de monoterpénols et de sesquiterpènes qui confère à la pêche son parfum si particulier.

Propriétés thérapeutiques

  • Purgatif, laxatif doux, augmente le péristaltisme intestinal (6), stomachique, vermifuge
  • Dépuratif, diurétique
  • Antispasmodique
  • Plus ou moins fébrifuge
  • Sédatif
  • Énergétique

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère urinaire et rénale : lithiase urinaire, cystite, spasmes vésicaux, catarrhe vésical chronique, hématurie, douleurs vésicales et néphrétiques, néphrite
  • Troubles intestinaux : parasites intestinaux, constipation (en particulier infantile), dyspepsie
  • Arthritisme, goutte
  • Toux coquelucheuse, coqueluche (7)
  • Affections cutanées : brûlure, contusion, dartre enflammée et douloureuse, douleurs et inflammations localisées, ulcère cancéreux, soins du visage
  • Fièvre

Modes d’emploi

  • Infusion de fleurs ou de feuilles (fraîches comme sèches)
  • Décoction de feuilles fraîches
  • Sirop de fleurs fraîches
  • Cataplasme de feuilles, de fleurs et/ou d’amandes fraîches

Contre-indications, précautions d’emploi et autres usages

  • Toxicité : elle est variable selon les variétés de pêchers. Elle concerne les feuilles, les fleurs et les amandes, qui peuvent parfois produire d’importantes quantités d’hétérosides cyanogénétiques. Les risques d’intoxication sont bien réels, c’est pourquoi il est impératif de respecter les dosages, puisque, en effet, à grande dose, apparaissent des phénomènes tels que convulsions, rougeur du visage, sueurs froides, gêne respiratoire, coliques, vomissement. De même, une trop grande consommation de pêche peut provoquer flatulences et diarrhées. « L’utilisation médicinale du pêcher n’est donc pas à bannir, mais à être pratiquée avec circonspection » (8), en particulier chez l’enfant.
  • Récolte : les fleurs au fur et à mesure de leur éclosion, les feuilles en plein été, la seconde écorce au début du printemps. Notons que les fleurs doivent être cueillies avec leur calice, regardé comme en étant la partie la plus énergique.
  • Alimentation : la pêche, diurétique et vitalisante, est un excellent fruit en qualité biologique. On en concocte une foule de préparations dont les plus communes sont les compotes, les marmelades et les confitures. Elle peut être aussi confite à l’eau-de-vie, entrer dans la composition d’un vin de pêche, etc.
  • Élixir floral aux fleurs de pêcher : permet la libération des tensions. Destiné à des personnes qui sont trop centrées sur leurs soucis et qui ne réussissent pas à s’ouvrir aux autres et au monde. Pour davantage d’altruisme.
    _______________
    1. Le pêcher fait partie des seize espèces d’arbres fruitiers dont le Capitulaire fixe la culture obligatoire dans le viridarium.
    2. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 163
    3. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 733
    4. David Fontana, Le langage secret des symboles, p. 107
    5. David Fontana, Le nouveau langage secret des symboles, p. 41
    6. C’est ce qu’indiquera le docteur Leclerc au début du XX ème siècle : la pêche «  facilite la digestion en stimulant la sécrétion des glandes et en réduisant au minimum le travail des parois musculaires. »
    7. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 19 : « Je la recommande spécialement aux coquelucheux comme capable de répondre à cette triple indication : calmer l’élément spasmodique, assurer la liberté des entrailles et soustraire les petits malades aux débauches polypharmaceutiques dont ne les rend que trop souvent victimes la sollicitude de leur entourage ».
    8. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 740

© Books of Dante – 2016

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