Le carthame (Carthamus sp.)

Carthame des teinturiers (Carthamus tinctorius)

Carthame des teinturiers (Carthamus tinctorius)

Synonymes : safran bâtard, safran d’Allemagne, safre, safranon, etc.

L’origine orientale du carthame ne fait pas de doute. Cette plante était bien connue au Proche-Orient, comme l’atteste le mot hébreu kartami (qui veut simplement dire « teindre »), repris par l’arabe kurthum et le latin carthamus. En Égypte, on utilisait l’huile de carthame, conviée avec bien d’autres substances, lors des cérémonies d’embaumement, tandis que ses feuilles, desséchées et pulvérisées, étaient employées pour la fabrication du fromage afin de faire cailler le lait.
Au IV ème siècle avant J.-C., le botaniste grec Théophraste aborde le cas de trois plantes qu’il appelle knêkos (cnicus en latin, Cnicus sativa étant un ancien nom scientifique latin du carthame), lesquelles sont toutes trois des plantes épineuses. Théophraste distingue deux espèces de carthames sauvages : le carthame laineux (Carthamus lanatus, carthame à quenouille, chardon-bénit des Parisiens, etc.) et le chardon-bénit (Cnicus benedictus). Le troisième, cultivé lui, n’est autre que le carthame dit des teinturiers (Carthamus tinctorius). Théophraste précise que sa feuille a une particularité : « si on la détache et qu’on l’applique sur la chair, son suc prend l’apparence du sang » et que «  la plante répand une odeur fétide qui rappelle le sang ». Mais il s’agit là non pas du carthame des teinturiers mais du carthame laineux dont la botanique moderne nous rappelle que cette plante annuelle, d’odeur fétide, contient un suc rougeâtre. Dans tous les cas, l’huile extraite des graines de ces deux espèces entre dans la composition de nombreuses médications, desquelles on a remarqué très tôt la vertu purgative (Hippocrate, Dioscoride, Galien). Selon un ancien traité astrologique grec, le carthame soulagerait l’hydropisie, alors que d’après Pline « il est avéré que les personnes piquées par un scorpion n’éprouvent aucune douleur tant qu’elles tiennent cette plante » (principe de sympathie : le carthame est une plante épineuse).
Dans certains textes antiques, on trouve le mot zaphira qui désigne autant le carthame des teinturiers qu’un petit crocus du type safran, Crocus cartwrightianus, deux plantes qui, au prime abord, n’ont pas grand chose en commun. Mais parce que le carthame a aussi été appelé flore croceo, il doit bien y avoir un rapport. En effet, le carthame est une plante tinctoriale comme le safran, et offre des teintes semblables à celles du célèbre petit crocus (d’ailleurs, les fleurs de carthame servent encore à la falsification du safran bien qu’elles n’en aient pas le parfum ; ainsi le carthame est-il vendu au touriste imprudent, en lieu et place de safran, comme cela se fait en Indonésie). Cet usage tinctorial du carthame s’est longuement pérennisé puisque autrefois cette plante était cultivée en Alsace, dans le Midi de la France, en région lyonnaise (dans les années 1940, le carthame s’employait encore comme matière tinctoriale en France, au côté de l’indigo). Bien sûr, la présence du carthame sur le sol français a bien intéressé quelques thérapeutes curieux. Les « graines de perroquet », comme on appelle parfois les semences de carthame, et auxquelles on a reproché l’amertume de l’amande, permettent d’obtenir une huile végétale inusitée en France au temps de Cazin et, plus tard, de Fournier, qui indique qu’elle n’est guère consommée qu’en Éthiopie, car on ne la considère pas comme une huile alimentaire, comme le souligne Augustin Pyramus de Candolle en 1816, car trop purgative, voire émétique (en revanche, elle fera office dans maints usages pratiques, l’éclairage entre autres). Et c’est bien là qu’on rencontre un problème vis-à-vis de cette huile végétale tant les sources se contredisent à son sujet : « L’huile de carthame […] est comestible après raffinage ». Par ailleurs, l’on apprend que cette huile « ne doit en aucun cas avoir subi de raffinage ». Donc, bon, voilà, je suis dans le doute…

Le carthame des teinturiers est une plante annuelle, voire bisannuelle, dont la très longue racine en fuseau s’enfonce profondément dans le sol, parfois jusqu’à deux mètres. La plante porte une tige simple et glabre, de 60 à 90 cm de hauteur, garnie de feuilles alternes, ovales-pointues, bordées de dentelures épineuses. Comme toutes les plantes de la famille des Astéracées, le carthame ne porte pas une fleur unique, mais un capitule composé d’une multitude de fleurons dont la teinte oscille entre le jaune et le orange. Chacun de ces fleurons est hermaphrodite et infundibuliforme, c’est-à-dire en forme d’entonnoir. Après la floraison estivale, chaque fleuron laisse place à un akène contenant une graine solitaire, luisante, striée, cunéiforme, non dotée d’aigrette mais de paillettes.

Quelques mots sur le carthame laineux…

« Cette espèce se distingue de la précédente par ses fleurs jaune d’or, ses feuilles très coriaces, glanduleuses et visqueuses, profondément divisées en lobes épineux, les supérieures munies de poils un peu laineux en toile d’araignée » (1). Spécifique du Midi de la France, ce carthame est rare, voire inexistant ailleurs.
Peu usité en phytothérapie, on lui a anciennement reconnu des propriétés fébrifuge, sudorifique, anthelminthique, emménagogue, antiseptique et résolutive.

Carthame laineux (Carthamus lanatus)

Carthame laineux (Carthamus lanatus)

Le carthame en phyto-aromathérapie

Bien que les fleurs de carthame ne fassent pas l’objet d’un emploi thérapeutique en Occident, il s’avère qu’elles ont été employées comme purgatif léger. En Chine, où elles sont toujours utilisées comme matière médicale, des recherches sont menées à leur sujet, en particulier sur leurs effets protecteurs sur les artères coronaires et la baisse du taux de cholestérol sanguin.
Les graines de carthame subissent une expression à froid, laquelle permet d’obtenir 40 % d’huile de couleur jaune ambré, légère et limpide. Contenant moins de 10 % d’acides gras saturés, elle est particulièrement riche en acides gras insaturés (90 %, dont 75 % d’acide linoléique). En outre, elle contient des vitamines E et K.

Propriétés thérapeutiques

  • Stimulante du système nerveux
  • Digestive, laxative douce, cholagogue
  • Expectorante
  • Sudorifique
  • Emménagogue
  • Protectrice cardiovasculaire, hypocholestérolémiante, hypolipémiante
  • Renforce le système immunitaire, anti-infectieuse (antifongique)
  • Révulsive, siccative
  • Assouplissante et adoucissante cutanée

Usages thérapeutiques

  • Affections de la sphère cardiovasculaire et circulatoire : prévention de l’artériosclérose, excès de cholestérol sanguin, couperose
  • Régime alimentaire à faible apport en graisses (cf. obésité)
  • Douleurs et traumatismes musculaires, rhumatismes, paralysie
  • Pneumonie
  • Sensibilité dermique (rougeurs cutanées), ulcères

Modes d’emploi

  • Graines entières broyées en décoction
  • Huile végétale : par voie interne en cure régulière, par voie externe comme huile de massage, démaquillant, etc.

Contre-indications, précautions d’emploi, autres usages

  • Aucune contre-indication à l’emploi d’huile végétale de carthame n’a été relevée à ce jour.
  • Aussi fragile que les huiles de bourrache et d’onagre, l’huile de carthame s’oxyde assez vite et doit donc être protégée de la chaleur et de la lumière. Après ouverture, elle doit être rapidement consommée.
  • Cuisine : comme huile d’assaisonnement sur salades, crudités, plats de poissons, fromages frais. A ne jamais faire chauffer (elle ne supporte ni la cuisson ni la friture).
  • Cosmétique : l’huile végétale de carthame est présente au sein de nombreuses préparations (shampooing, savons, etc.).
  • Teinture : les fleurs de carthame contiennent deux pigments végétaux. L’un est jaune (carthamone), l’autre rouge (carthamine). Du premier, l’on a fait peu d’usage (il est encore utilisé comme colorant alimentaire cependant), alors que la carthamine est autrement connue sous les noms de « rouge carthame », « rouge végétal », « rouge de toilettes », « vermillon d’Espagne », révélant par là l’ancien passé tinctorial de la plante. Ce pigment rouge permettait de donner aux étoffes de soie, de coton et de laine des teintes allant du rose au rouge cerise en passant par le rouge coquelicot. La carthamine fut également utilisée pour teindre les robes des bonzes bouddhistes jusqu’au XIX ème siècle, avant que l’aniline synthétique ne prenne le relais. La carthamine se rencontre parfois dans certains produits cosmétiques tels que rouges à lèvres et fards à paupières.
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    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 222

© Books of Dante – 2016

carthame_graines

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