La benoîte officinale (Geum urbanum)

Benoîte

Synonymes : herbe de saint Benoît, herbe bénite, racine bénite, herbe à la fièvre, herbe du bon soldat, sanicle de montagne, galiote, gariot, récise, racine de giroflée, caryophyllée

Du temps de Pline, on rencontre déjà une Geum. S’agit-il de l’urbanum ? Difficile à dire, sachant qu’il existe plusieurs espèces de benoîtes. En tous les cas, Pline en indiquait les usages médicinaux (douleurs pectorales, troubles digestifs).
Au Moyen-Âge, selon les auteurs, on la rencontre sous différents noms : sanamunda (peut-être par rapprochement ou confusion avec l’herbe du mont Serrat, Thymelaea sanamunda), caryophylla (en relation avec le nom du clou de girofle, Eugenia caryophyllata, dont la benoîte partage le parfum), benedicta, du latin benedictus, un terme ayant bien évidemment un rapport avec la bénédiction qui, au sens littéral, signifie « bien dire », un terme que, déjà, Hildegarde de Bingen utilisait pour désigner la benoîte, avant que l’accent circonflexe ne chasse le « s ». Bien plus tard, et par assimilation, elle deviendra l’herbe de saint Benoît (480-547), un saint à l’origine de l’ordre des bénédictins, invoqué contre les brûlures et pour faire échec au démon, ce qui a valu qu’en Allemagne, lorsqu’on récoltait de la racine de benoîte, il était d’usage de la mêler à des cierges et à du sel, tout en la bénissant à trois reprises.
Bref. Au Moyen-Âge, on l’utilise comme fébrifuge, à l’instar du quinquina, comme il sera d’usage quelques siècles plus tard. On en fait un remède de la dysenterie et elle passait aussi pour soulager les panaris. Tonique nerveuse, reconstituante des forces physiques, elle a aussi, pour Hildegarde, une réputation aphrodisiaque : « La benoîte est chaude, et si quelqu’un en prend dans une boisson, elle l’enflamme de désir amoureux » (1).
Durant les premières décennies de la Renaissance, la benoîte est abordée par Matthiole et Jérôme Bock qui la disent stimulante, calmante, stomachique et vulnéraire. En 1561, Gesner, afin de la distinguer de la benoîte des ruisseaux, lui donne son actuel nom latin, Geum urbanum. Puis, peu à peu, elle est assez négligée et se cantonne à un seul usage populaire, jusqu’à ce qu’elle refasse parler d’elle en toute fin de XVIII ème siècle. Alors, une polémique concernant les vertus fébrifuges de la benoîte éclate. Les partisans du « pour » sont tout aussi nombreux que les supporters du « contre ». A l’enthousiasme succède le mépris, et ainsi de suite. C’est, dit-on du côté des contempteurs de la benoîte, une plante « peu énergique » et aux « avantages très faibles », tandis que les disciples du « oui » l’érigent au rang de succédané du quinquina, ce qui est une carte de visite pour le moins honorifique. Pourquoi la benoîte ne fonctionne-t-elle pas chez certains praticiens ? Cazin pointe du doigt ce qu’il croit en être la raison. Ayant tout d’abord employé la benoîte sans succès, « il est à remarquer que la racine de benoîte fut employée fraîche et à dose beaucoup plus élevée que celles que j’avais infructueusement administrées dans mes premiers essais » (2). « La prétendue infidélité thérapeutique » de la benoîte est à mettre sur le compte de l’origine et de la qualité du terrain sur laquelle pousse cette plante, le moment et les conditions de la récolte, la dessiccation et la conservation de la plante, ses modes d’emploi les plus appropriés, etc. Aussi, l’on peut émettre l’hypothèse que, il y a deux siècles, certains médecins ont, malgré eux, employé une benoîte corrompue et, conséquemment, sans effet aucun. Cependant, malgré tous les bons soins dont la plante utilisée est entourée, il est possible que telle ou telle propriété soit inopérante chez certains sujets. Cela ne signifie pas la nullité thérapeutique de cette plante à cette occasion, cela révèle le fait que cette plante est inadéquate pour ces sujets. Il est, là aussi, question de terrain, c’est-à-dire celui propre à chaque individu, condition à prendre en compte si l’on ne souhaite pas se borner à une vision mécaniste de la phytothérapie. Ainsi, Cazin employait-il la benoîte en cas de fièvre intermittente et, lorsqu’elle n’avait pas l’effet escompté sur cette affection, il détournait son attention sur la racine d’ache (Apium graveolens), les feuilles de centaurée chausse-trappe (Centaurea calcitrapa) et l’écorce de saule (Salix alba).
Au début du XX ème siècle, le docteur Leclerc, à distance des chipotages de ses prédécesseurs, emploie la benoîte pour traiter des cas de douleurs stomacales doublées d’aérophagie, des cas de diarrhée, etc. En 1927, Bohn l’indique dans les états fébriles légers, les fièvres muqueuses et les diarrhées épidémiques, après quoi Fournier dira que la benoîte « vaut effectivement le quinquina dans les états d’épuisement comme ceux qui suivent les maladies inflammatoires » (3).

La benoîte est une plante vivace de taille moyenne (25 à 60 cm) qui possède une souche épaisse et courte de laquelle se propage un chignon de racines brunes. Sa tige dressée, velue, ronde, est teintée de rouge et porte deux catégories de feuilles : des feuilles inférieures formant une rosette sur le sol et des feuilles supérieures à trois folioles inégales et dentées. Quant aux fleurs, elles sont très proches par la forme de celles du fraisier, autre rosacée. Jaune pâle à jaune d’or, elles portent cinq pétales qui forment des pièces florales de 10 à 15 mm de diamètre s’épanouissant de mai en juillet. Elles donnent naissance à des fruits dressés sous forme de têtes d’akènes permettant aux graines une dispersion par zoochorie.
Assez commune, elle arpente les lieux montagneux de préférence. On la trouvera avec facilité dans les prés humides et ombragés, aux bords des ruisseaux, dans les bois de feuillus, dans d’autres lieux humides (à proximité des eaux douces, près des sources, etc.), mais aussi près des activités humaines (décharges, habitations).

Benoîte_racines

La benoîte officinale en phytothérapie

Tout comme ses cousines potentilles ansérine et tormentille, on emploie de la benoîte principalement la racine riche en tanins (30 %) au parfum de clou de girofle : elle contient une faible fraction d’essence aromatique (0,02 %) majoritairement composée d’eugénol, un phénol que l’on rencontre en masse dans l’huile essentielle de clou de girofle.

Propriétés thérapeutiques

  • Tonique astringente
  • Apéritive, digestive, tonique amère
  • Sudorifique, fébrifuge
  • Vulnéraire, résolutive, détergente, cicatrisante
  • Anesthésiante
  • Antiseptique

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère digestive : atonie des voies digestives, dyspepsie, dysenterie atonique, diarrhée chronique, catarrhe intestinal, entérite chronique, ulcère gastrique, gastralgie, aérophagie
  • Troubles de la sphère respiratoire : gène respiratoire, catarrhe pulmonaire chronique, coqueluche, hémoptysie, maux de gorge
  • Affections bucco-dentaires : névralgie dentaire, maux de dents, halitose, aphte, gencives enflammées, douloureuses et saignantes
  • Affections oculaires : blépharite, conjonctivite
  • Hémorragies (utérines, hémorroïdaires)
  • Affections goutteuses et rhumatismales, douleurs musculaires
  • Plaie, plaie rebelle, ulcère variqueux
  • Leucorrhée, perte séminale
  • État fébrile, fièvre intermittente
  • Maux de tête, céphalée
  • Asthénie physique et nerveuse, fatigue après convalescence

Modes d’emploi

  • Infusion de racine fraîche (usage interne)
  • Décoction de racine fraîche (usage externe)
  • Vin de racine de benoîte
  • Teinture-mère
  • Poudre de racine sèche
  • Cataplasme de feuilles fraîches

Usages alternatifs, informations complémentaires

  • Récolte : du mois de mars jusqu’en août si l’on veut en faire un usage immédiat à l’état frais. En vu d’une dessiccation, on peut récolter les racines à l’automne. Le séchage doit avoir lieu à l’ombre. La racine doit encore sentir l’eugénol une fois sèche. Cependant, rien n’étant éternel, ce parfum disparaît peu à peu. Après environ un an, il devient inexistant. Mieux vaut alors envisager une nouvelle récolte, tant il est vrai que des produits de faible qualité peuvent entraver l’espérance de ceux qui leur accordent confiance.
  • Outre ses usages médicinaux, la racine de benoîte constitua un substitut et/ou un additif au houblon. Elle aromatise la bière, mais également les vins et les liqueurs en compagnie d’autres substances végétales (par exemple, une macération de racines de benoîte et d’écorces d’orange dans du vin blanc).
  • Cuisine : la racine de benoîte est un condiment intéressant. On l’utilisera avec profit dans la confection de sauces accompagnant volailles, poissons et céréales. On pourra en aromatiser légumes, potages, salades, en parfumer sirops, sorbets et boissons. Les jeunes feuilles sont quant à elles comestibles crues en salade par exemple.
  • Si l’astringence du rhizome ne se prête pas à un usage culinaire, sa forte teneur en tanin l’a fait utiliser en tannerie.
  • Teinture : selon que l’on utilise la plante entière ou la racine seule, on obtient des couleurs différentes quand on teinte la laine avec la benoîte : noisette dans le premier cas, mordorée dans le second.
  • Autres espèces : benoîte des ruisseaux (Geum rivale) et benoîte des montagnes (Geum montanum). Elles possèdent les mêmes propriétés que la benoîte officinale.
    _______________
    1. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 88
    2. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 178
    3. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 158

© Books of Dante – 2016

Benoîte_feuilles

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