Le sorbier (Sorbus aucuparia)

Sorbier_oiseaux_fleurs

Synonymes : sorbier des oiseaux, sorbier des oiseleurs, sorbier des grives, arbre à grives, arbre des sorciers, cochène, etc.

Le nom même de sorbus, mot latin, est d’origine incertaine. Chez les Romains, le sorbier était connu, puisqu’il était cultivé comme arbre fruitier, mais également comme matière médicale. Pline avait conscience de sa valeur astringente propre à « resserrer le ventre ». Il s’agit probablement là du sorbier domestique (S. domestica), espèce d’origine méditerranéenne que la culture a répandue au fil des siècles dans différentes régions françaises (Centre, Ouest, etc.). Outre la taille beaucoup plus grande de ses fruits en forme de poire, il n’a pas grand chose à envier au sorbier qu’on dit des oiseaux ou des oiseleurs, une caractéristique qu’il porte aussi dans une fraction de son nom latin, aucuparia. Il est construit par l’union d’avis, « oiseau » et de capere, « attraper », ce qui tient au fait qu’on s’est souvent servi des baies de cet arbre comme appât pour capturer les oiseaux. Dans ce cas, on le dit « des oiseleurs ». Et comme il est effectivement très recherché des oiseaux (grives, merles, coqs de bruyère…), auxquels il offre une nourriture providentielle à l’entrée de l’hiver, on le dit aussi « des oiseaux », lesquels, en consommant ces baies, assurent la dispersion de l’espèce.

« Là où poussent les sorbiers, les druides ne sont jamais loin ». En effet, comme le souligne Cazin, « le sorbier jouait un rôle important dans les mystères religieux des druides » (1). C’est l’arbre de la magie druidique, l’arbre par excellence. Avec du bois de sorbier, les druides allumaient ce que l’on appelle le feu druidique, qui était accompagné d’incantations afin de demander protection. La fumée dégagée par la combustion du bois de sorbier était elle-même considérée comme protectrice. C’est, du moins, ainsi qu’elle était envisagée lorsque certains druides, les vates, procédaient à des rituels divinatoires. La fumée était alors censée écarter les influences à même de perturber le bon déroulement de l’oracle, ce qui, en soi, est tout à fait logique, puisque, parmi les ogham, il s’en trouve un taillé dans du bois de sorbier : Luis. Comme nous l’explique Julie Conton, le mot anglais désignant le sorbier est rowan. Selon elle, on peut le mettre en relation avec le nordique runa, duquel découle le mot rune, mais aussi ceux de secret, de murmure et de charme. Il semblerait donc que l’ogham Luis ait une forte accointance avec le domaine de la magie chez les Celtes, rappelant assez les prérogatives d’un ogham récemment rencontré, Eadha. Avec Luis, il est effectivement question d’incantations, du pouvoir des mots, en particulier celui des ogham. Il nous renseigne sur la portée et l’impact des mots et des paroles, sur ce qu’ils peuvent représenter de médisant, qu’on attaque ou qu’on soit attaqué. « L’ogham du sorbier est en rapport avec le juste discernement, la discrimination, la perspicacité, l’analyse claire et pertinente des choses » (2). Il met donc en garde contre les tentations du doute, de l’illusion et de l’incertitude. Par ailleurs, le sorbier, selon le prisme de l’ogham, a aussi d’autres valeurs symboliques : la vitalité, la longévité, la santé, l’éternelle jeunesse et l’immortalité, rappelant en cela que le Dagda plongeait dans son chaudron magique des baies de sorbier.

Le passé religieux et magique du sorbier est relativement riche, ne serait-ce que par l’étroite relation que les Celtes entretinrent avec lui. Comme souvent, certaines caractéristiques d’ordre sacré finissent par se diluer dans la sphère profane, ce qui explique la présence du sorbier dans bien des croyances, non seulement inféodées au monde celte, mais aussi germano-scandinave. Si l’on recense l’ensemble de ces croyances, l’on se rend compte qu’une grande place est accordée au rôle protecteur du sorbier sur les personnes et les animaux. C’est ce qui a fait dire que le sorbier est un arbre réputé contre les sortilèges. En bien des contrées d’Europe, le sorbier est protecteur du bétail. C’est ainsi qu’en Finlande, une nymphe du nom de Pihlajatar assure la félicité des troupeaux selon le Kalevala. Les bergers sont souvent armés d’un bâton de sorbier, auquel on attribue de grandes vertus magiques. Plantant leur bâton au beau milieu du troupeau qui paît dans le champ, les pâtres psalmodient alors des prières de protection à son bénéfice (Estonie). La coutume de « frapper » la vache ou le jeune bétail avec une baguette de sorbier se rencontre en Estonie, en Suède, ainsi qu’en Allemagne. Dans ce dernier pays, en Westphalie, au 1er mai, « on coupe la première branche [de sorbier] sur laquelle est tombé un rayon de soleil » (3), et c’est avec elle qu’on « frappe » le bétail. Le terme « frapper » est intéressant, et ne me semble, ici, en aucun cas péjoratif. En effet, selon Angelo de Gubernatis, « la branche de sorbier est le symbole de la foudre » (4). Aussi, planter cet arbre autour des fermes et des étables était censé porter chance car il écartait la foudre. Le sorbier était suspendu dans les étables et les maisons « pour empêcher l’entrée du dragon qui vole » (5). Le dragon qui vole ? Ce me semble être une métaphore pour considérer la foudre… Sachant le caractère générateur et fécondateur de la foudre, l’on peut émettre l’hypothèse que les paysans « frappaient » leur bêtes avec une branche de sorbier, non seulement pour les protéger, mais aussi pour garantir une bonne santé à leurs troupeaux. Par exemple, en Allemagne, on barattait parfois le beurre avec une branche de sorbier, cela était censé garantir la réussite de l’opération.
En Écosse, on faisait subir aux moutons un curieux rituel : chacun d’eux devait passer dans un cerceau de bois de sorbier. Cela représentait un rite propitiatoire, puisque, pensait-on, cela permettait au troupeau d’être préservé autant des maladies que des accidents. Ce rituel se déroulait le 1er mai de chaque année. Il a donc un rapport avec le soleil, la forme circulaire du cerceau semblant le suggérer. Soleil qui, comme l’on sait, est générateur et fécondateur, tout comme la foudre, raison pour laquelle, selon des croyances scandinaves, le sorbier était consacré au dieu Thor.

En Scandinavie (qui est un territoire conséquent, puisqu’il comprend la Suède, la Norvège, le Danemark et, plus à l’ouest, l’Islande), ainsi qu’en Écosse, le sorbier était souvent utilisé pour repousser les influences malignes. C’est ainsi que la traverse des manteaux de cheminée était taillée dans du bois de sorbier, afin de détourner les maléfices des habitations qui en étaient nanties. Hors de chez eux, les habitants voyageaient accompagnés d’un bâton de sorbier censé les protéger des mauvaises rencontres. Un morceau de sorbier suspendu au cou avec un fil rouge (Écosse) ou un collier de baies sèches avait la même vertu. D’autres amulettes avaient le pouvoir de se prémunir de la noyade et de tout autre danger lié à l’eau.
Enfin, selon des superstitions scandinavo-germaniques, il est dit que le sorbier est un arbre funéraire, à l’instar du cornouiller sanguin (Cornus sanguinea). C’est pourquoi, il est planté dans les cimetières pour au moins deux raisons : protéger les défunts et empêcher les morts de sortir de leur tombe (Écosse, Angleterre).

Le sorbier, qui est parfois un arbuste, est un arbre caducifolié dont la taille n’excède jamais quinze mètres de hauteur. Il arbore des feuilles possédant un nombre impair de folioles, lesquelles virent au rouge une fois l’automne venu.
Des corymbes de fleurs blanc crème très mellifères s’épanouissent entre avril et juin. Elles donnent, à l’automne, des grappes de baies rouge orange vif. Globuleuses, à peine plus grosses qu’un pois, elles portent le nom de sorbes (ou de cormes, en ce qui concerne S. domestica ou cormier).
Dépassant rarement une durée de vie d’un siècle, le sorbier est une essence spontanée des bois et des forêts clarifiées de l’hémisphère nord (Europe, nord de l’Asie) que l’on rencontre jusqu’à 2000 m d’altitude. Par ailleurs, il est très largement utilisé comme arbre d’ornement dans les parcs et les jardins.

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Le sorbier en phytothérapie

Bien que cet article se concentre principalement sur le sorbier des oiseaux, sachons que l’ensemble des arbres du genre Sorbus se valent en phytothérapie. On peut donc substituer l’un à l’autre :

  1. Sorbus aucuparia
  2. Sorbus domestica
  3. Sorbus aria (alouchier)
  4. Sorbus tormentalis (alisier)

Seuls les 1 et 2 sont, à proprement parler, des sorbiers. La partie végétale qui offre la meilleure efficacité sont les baies de ces arbres.
Concernant les baies de S. aucuparia, l’on sait qu’elles contiennent du tannin, différents acides, de la pectine, du sucre, de la sorbine, de la sorbite, ainsi qu’une quantité non négligeable de vitamine C. Quant aux feuilles, quelquefois employées, on y trouve trace d’une huile essentielle.

Propriétés thérapeutiques

  • Astringente
  • Antidiarrhéique
  • Diurétique
  • Antiscorbutique

Feuilles : purgatives et pectorales

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère digestive : diarrhée, dysenterie, flux intestinaux rebelles chez le tuberculeux et le vieillard, nausée, maux d’estomac
  • Troubles de la sphère respiratoire : maux de gorge, enrouement, extinction de voix, toux, catarrhe pulmonaire
  • Troubles de la sphère urinaire et rénale : dysurie, strangurie, gravelle, colique néphrétique, insuffisance rénale
  • Hémorroïdes
  • Leucorrhée
  • Muguet

Modes d’emploi

Les fruits de sorbier obéissent aux mêmes règles que nèfles et coings. Leur astringence « est si prononcée avant maturité qu’ils resserrent les lèvres lorsqu’on les goûte » (6). C’est pourquoi ces baies requièrent d’être utilisées à l’état blet ou cuit, avant d’en faire un usage thérapeutique. Lorsqu’elles sont bien mûres, on peut les faire sécher en vue d’un emploi ultérieur.

  • Décoction de baies sèches
  • Sirop de suc frais
  • Marmelade de fruits mûrs

Contre-indications, remarques, usages alternatifs

  • Le bois des différents sorbiers fait merveille dans l’économie domestique (menuiserie, ébénisterie…). L’écorce, inusitée en thérapie, sert parfois au tannage des peaux.
  • Les sorbes et les cormes sont indigestes à l’état cru, sauf quand elles sont blettes. C’est pourquoi il n’est pas recommandé de les cueillir trop tôt. Si les périodes de gel sont insatisfaisantes, on peut récolter les baies et les mettre dans le congélateur avant tout usage. Dans ce cas, elles mollissent et prennent une agréable saveur acidulée ; elles peuvent alors être consommées sans risque, mais cette consommation, si elle est trop abondante, « peut provoquer en retour des constipations quasi invincibles » (7). Avec les sorbes, comme avec les cormes d’ailleurs, on peut élaborer des vins (8), des vinaigres, des eaux-de-vie, des gelées, des compotes, des confitures, etc.
    _______________
    1. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 910
    2. Julie Conton, L’ogham celtique, p. 56
    3. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 352
    4. Ibidem
    5. Ibidem
    6. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 911
    7. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 905. Même si les sorbes crues demeurent acides et amères, elles ne provoquent pas d’empoisonnement. On peut cependant leur imputer nausées et vomissements.
    8. Du temps des Gaulois, les cormes étaient déjà utilisées dans ce sens. Ils élaboraient une boisson fermentées à l’aide de ces baies. Ce curmi, tel qu’on appelait cette boisson, rappelle le cormé actuel, fabriqué dans l’Ouest, en Bretagne en particulier.

© Books of Dante – 2016

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