La salicaire (Lythrum salicaria)

Salicaire_colonie

Synonymes : salicaire à épis, lysimaque rouge, herbe aux coliques

L’un des surnoms de la salicaire – lysimaque rouge – est un faux ami puisque la salicaire n’a rien d’une lysimaque, en particulier celle que l’on qualifie de vulgaire (Lysimachia vulgaris). Je ne sais si, en l’occurrence, c’est l’Antiquité qui est confuse ou bien si c’est nous qui sombrons dans un abîme de perplexité face aux écrits des Anciens. Chez Dioscoride par exemple, lysimaque et lythrum (le nom latin de la salicaire) sont synonymes, c’est-à-dire que sous ces deux appellations il range des plantes à fleurs jaunes (la lysimaque) ou rougeâtres (la salicaire) douées de propriétés identiques (astringence, entre autres) venant à bout d’affections similaires (crachement de sang, dysenterie, métrorragie, épistaxis), ce qui ajoute à la difficulté de distinguer les deux plantes dans les textes antiques. Ajoutons à cela que ces deux espèces élisent domicile dans le même biotope, et le tour est joué. La prégnance de la lysimaque sur la salicaire l’emporte même chez Pline, qui parle de la seconde en lui donnant le nom de la première ! Le naturaliste explique que la salicaire porterait le nom de lysimaque en vertu de celui qui se nommait de même, le roi de Thrace et de Macédoine, Lysimaque (IV ème siècle avant J.-C.), ce qui peut paraître étrange, ce roi n’ayant pas été médecin… En tout état de cause, la salicaire était vivement recommandée par un homme du nom d’Eristrate de Céos (c’est-à-dire Kéa, une des îles des Cyclades), bien médecin lui, au III ème siècle avant J.-C.
Aujourd’hui, laissons à la lysimaque son royaume et concentrons-nous sur la salicaire, dont l’étymologie nous explique que ce mot – salicaire – provient du latin salix, salicis : « saule ». En effet, la salicaire partage avec le saule au moins deux points communs : la forme lancéolée des feuilles et une prédilection pour l’abord des zones humides. En allemand, on retrouve le saule, weide, dans le nom de la plante : blut-weiderich. Blut, c’est le sang. Il semble ici faire référence à la couleur des fleurs de la salicaire qui vont du rose lilas au rouge violacé. Le latin lythrum, emprunté au grec lythron, se traduirait de la manière suivante : « sang mêlé de poussière », un rouge cendré en somme. Mais c’est sans doute l’anglais et ce qu’en dit le docteur Leclerc qui apportent le plus d’eau à notre moulin. Purple loosetrife, tel est son nom anglais, que je traduis ainsi : « la plante pourpre qui fait cesser les troubles, les conflits ». Leclerc parle même de « faire cesser le combat ». La salicaire serait-elle une plante pacifiste ? En tous les cas, durant la Première Guerre mondiale, le docteur Leclerc, alors médecin militaire, a employé la salicaire, comme il nous le rapporte dans son Précis de phytothérapie : « J’ai relaté de quelle utilité m’avait été, au début de la retraite de la Marne, la salicaire, recueillie in situ, pour tarir des flux intestinaux rebelles aux drogues contenues dans ma cantine médicale » (1). De même, la salicaire fut fort utile aux troupes allemandes empêtrées en Macédoine et décimées par le typhus et la fièvre typhoïde durant la même guerre.

De l’Antiquité, nous sommes directement passés à l’époque moderne, occultant par là même les longs siècles qui les séparent. Disons que le Moyen-Âge a fait de la salicaire l’une des grandes absentes des traités médiévaux. Au XVI ème siècle, Matthiole, qui distingue la salicaire du lysimaque, n’en dit que peu de chose, au contraire de ses traducteurs qui adjoignent aux textes du médecin toscan des propriétés véridiques propres à la salicaire. Rien de comparable cependant avec l’engouement qu’elle suscita pendant près d’un siècle, de Anton de Haen (1758) à François-Joseph Cazin (1858), tout en passant par Fouquet qui rédigera un mémoire sur la salicaire en 1793. Cazin, au départ, peu convaincu par les propriétés de la salicaire, s’efforça d’en faire lui-même l’expérience. Et force est de constater qu’il modifia l’opinion dans laquelle il tenait cette plante dans la seconde édition de son Traité pratique et raisonné (1858).
Plus tard, au début du XX ème siècle (années 20), de nombreuses études ont démontré de manière irréfutable les propriétés majeures de la salicaire : astringente rapide, hémostatique puissante, antidiarrhéique. Le docteur Leclerc a donc bien fait de l’utiliser sur les champs de bataille.

Vivace rustique, la salicaire est une plante des lieux humides. Bordures de ruisseaux, berges d’étangs, fossés, près, sont ses terrains d’élection, ainsi que, parfois, des lieux à la limite du marécage. On la rencontre de la plaine à la moyenne montagne, aussi bien en Europe, en Asie qu’en Amérique du Nord.
La salicaire se propage au moyen d’un rhizome traçant (dont la phytothérapie ne dit rien), ce qui lui vaut de vivre en colonies. Ses tiges quadrangulaires portent des feuilles lancéolées couvertes de courts poils fins et doux. Au sommet des hautes tiges (1,50 m, parfois 2 m), on trouve de juin en septembre, de denses faisceaux de fleurs aux pétales rose violacé, rouge purpurin, plus rarement blanchâtres, comptant douze étamines (six longues et six courtes), lesquelles donneront, après pollinisation, des capsules ovoïdes s’ouvrant par deux valves, ce qui permettra aux graines de s’échapper et de se disperser selon un modus operandi tout à fait original : «  Les graines développent à l’humidité un mucilage qui leur permet d’adhérer au corps des oiseaux et de répandre la plante à de grandes distances » (2).

Salicaire_fleurs

La salicaire en phytothérapie

Les longues sommités fleuries de la salicaire se récoltent aux mois de juin et de juillet, par temps sec. Elles ne posent pas de problème lors de la dessiccation et, une fois sèches, elles se conservent pendant des années sans perdre de leurs vertus.
Cette plante quasiment inodore possède en revanche une saveur herbacée, mucilagineuse, ainsi qu’une touche astringente qui trahit la présence de tanin dans ses tissus. Par ailleurs, elle contient aussi des anthocyanosides, des phytostérols, une molécule du groupe des flavones – la salicairine –, enfin quelques traces d’essence.

Propriétés thérapeutiques

  • Astringente rapide, antidiarrhéique, antidysentérique, antihémorragique, hémostatique locale puissante
  • Antiseptique intestinale
  • Anti-inflammatoire gastro-intestinale
  • Vulnéraire

Usages thérapeutiques

  • Troubles gastro-intestinaux : dysenterie (y compris d’origine bacillaire), diarrhée (y compris chez le nourrisson), entérite hémorragique, entérite des tuberculeux, entérite des nourrissons, gastro-entérite, ulcère gastro-duodénal, intoxication alimentaire, turista
  • Troubles gynécologiques : métrorragie, métrite, vaginite, leucorrhée, règles trop abondantes, prurit vulvaire
  • Affections cutanées : eczéma, intertrigo, ulcère de la jambe (ulcère variqueux), plaie saignante, peau rougie et congestionnée, resserrer les pores, atténuer les rides, bouffissure des paupières
  • Hémorragies : hématurie, épistaxis, hémoptysie, hémorroïdes
  • Fièvre
  • Maux de gorge
  • Renforcer l’éclat des cheveux blonds

Modes d’emploi

  • Infusion, décoction de sommités fleuries
  • Macération vineuse
  • Sirop
  • Suc frais
  • Cataplasme de feuilles hachées

Autres usages

  • Une fois cuites, les jeunes pousses de salicaire sont comestibles.
    _______________
    1. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, pp. 120-121
    2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 854

© Books of Dante – 2016

Salicaire

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