Le mélilot officinal (Melilotus officinalis)

Mélilot_officinal

Une précaution avant de commencer : avec le mélilot, on va un peu s’arracher les cheveux, surtout en ce qui concerne son histoire ancienne. Tout d’abord, indiquer que le mélilot présenté ici a un grand frère ne sera pas du luxe. Il existe aussi un mélilot blanc, ainsi qu’un bleu et une dizaine d’autres encore. Reconnaître notre mélilot officinal à fleurs jaunes dans les textes antiques n’est pas simple, ne serait-ce que par le fait qu’une plante donnée prévaut à telle ou telle époque pour des propriétés qui n’intéressent pas autant à une époque antérieure ou postérieure. Mais, par chance, il existe, d’une période de l’histoire à une autre, un lien certes ténu, mais assez consistant et solide pour jouer le fil d’Ariane. Aujourd’hui, on reconnaît toujours au mélilot un rôle majeur dans les affections oculaires. Cherchons donc, dans les textes antiques, une plante qui présente la propriété de calmer les inflammations et irritations des yeux. Dans un vieux traité astrologique rédigé en grec, on trouve une plante des yeux et des douleurs oculaires, le triphullion (ce qui, en gros, signifie « trois feuilles » ; voilà qui tombe parfaitement bien, sachant que la feuille du mélilot est exactement composée de trois folioles. Mais c’est aussi le cas du trèfle, du fenugrec, de la trigonelle… Voilà qui n’arrange pas nos affaires). Cet opuscule astrologique nous indique que ce triphullion est attribué au signe du Taureau. Il est vrai que l’on surnomme parfois le mélilot par le vernaculaire de « trèfle de cheval », mais, en général, la plupart des grands ruminants évitent de brouter le mélilot. On reviendra sur cette histoire de Taureau, soyez-en certain ! Dioscoride pointe, tout comme Pline, une plante comme étant un médicament oculaire. Alors ? Le médecin grec l’appelle lôtos (que certains nomment aussi triphullion, nous indique-t-il). Sauf que, chez ces Anciens, on rencontre effectivement une plante nommée lôtos et une autre mêlilôtos, qui seraient, pense-t-on, deux espèces différentes de mélilot, le mêlilôtos n’étant pas autre chose qu’un lôtos à miel ; il est vrai que notre mélilot officinal est grandement apprécié des abeilles qui en tirent un nectar de haute qualité.
Ce que l’on peut d’ores et déjà retenir, c’est qu’entre les Hippocratiques et Galien, soit durant une période de plus de six siècles, les Anciens abordent tous un mêlilôtos, sans qu’on sache exactement si c’est bien du mélilot officinal dont il s’agit, ou bien d’une trigonelle ou d’une coronille. Matthiole avance l’hypothèse selon laquelle l’agrios lôtos de Dioscoride serait bien notre mélilot, alors que, plus tard, Paul-Victor Fournier suggère que, ce mélilot n’existant pas dans les régions d’Europe méridionale, il conviendrait plutôt de voir dans cette plante, ainsi que dans le melilotus de Pline, le mélilot italien, une variété du sud de l’Europe et dont Fournier pense que cette dernière espèce serait celle que côtoyèrent les Anciens, c’est-à-dire le grand mélilot (Melilotus altissiumus).
Quand on passe en revue les quelques informations fournies par les Anciens au sujet de ce mêlilôtos/triphullion, on s’aperçoit qu’elles ne cadrent pas vraiment avec les propriétés actuellement reconnues au mélilot officinal. Pline l’indique bonne contre les lithiases urinaires, le Corpus hippocratum contre la fièvre, le gonflement des plaies (ulcération ?), pour l’expectoration difficile ; il calmerait aussi, dit-on, les « fureurs de l’ivresse ». Mais il n’en reste pas moins que l’on découvre dans les écrits des Anciens des indices qui tendent à faire pencher la balance du côté du mélilot. Par exemple, Galien, dont on dit qu’il aurait été le précurseur de l’usage du mélilot, le donnait comme antispasmodique, anesthésique dans les vertiges et les vomissements, tandis que, bien avant lui, le Corpus hippocratum désigne le lôtos contre toutes les « maladies des femmes » (dont menstruations, purification de la matrice…). Or il est vrai qu’aujourd’hui le mélilot s’adresse aux femmes, particulièrement lors de la ménopause. Mais c’est bien maigre pour faire de cette plante (sans compter qu’elles peuvent être plusieurs) le mélilot dont aucun de nos auteurs anciens ne soulignent le caractère anti-ophtalmique, contrairement à notre astrologue anonyme qui associe le « mélilot » au signe du Taureau, chose d’autant plus étonnante que ce signe astrologique, selon les mélothésies planétaires, ne règne pas sur les yeux. La planète qui gouverne ce signe, c’est Vénus. Voyons ce qu’en pense Guy Ducourthial, qui a bien étudié la question : « Il est plus vraisemblable que les astrologues aient choisi le triphullion parce que les vertus qu’ils lui reconnaissaient leur paraissaient en rapport à la fois avec les caractères qu’ils attribuaient au signe du Taureau et avec ceux qu’ils prêtaient à la planète Vénus qui y avait son domicile. Ayant transféré sur celle-ci certains des attributs mythologiques de la déesse Aphrodite, ils avaient la conviction qu’elle exerçait son influence sur la beauté, la féminité et surtout les relations amoureuses, d’autant que la plupart des mélothésies lui avaient attribuer la domination sur les parties sexuelles » (1). Mais, de là à dire que ce « triphullion » serait le mélilot, il y a plus que de la coupe aux lèvres, car ce qu’on connaît aujourd’hui du mélilot ne peut accréditer la thèse selon laquelle il serait plante de Vénus et posséderait, de fait, toutes les attributions qui incombent à cette planète.

Durant la longue période médiévale, la présence du mélilot fait défaut. Il n’existe qu’une seule mention faite de lui dans le Grand Albert (une recette de cataplasme contre le charbon). Hildegarde, ainsi que Macer Floridus et l’école de Salerne, restent muets à son sujet. Pas un mot.
Au tout début de la Renaissance, l’apothicaire tourangeau Thibault Lespleigney (1496-1550) souligne les vertus anti-ophtalmiques du mélilot : « De mélilot prenons la fleur pour ôter des yeux la chaleur et les pleurs. »
Par la suite, et durant pratiquement deux siècles, les avis au sujet de ce mélilot sont très contradictoires. D’une part, il est considéré comme une plante aux effets bénéfiques, d’autre part comme un végétal suspect. Enfin, certains se rangent à la sage décision du « je ne sais pas ».

Le mélilot officinal est une plante bisannuelle, c’est-à-dire qu’elle possède un cycle vital de deux ans : la première année, elle forme ses tiges et ses feuilles et n’acquière la capacité de produire fleurs, fruits et graines qu’au bout de la seconde.
Très souvent ramifié, le mélilot mesure généralement entre 0,30 et 1,30 m de hauteur. Ses feuilles trifoliées lui ont valu les noms de trèfle de cheval et de trèfle des mouches. Les fleurs, présentées en épis terminaux, de couleur jaune d’or, n’excèdent pas 5 mm de longueur, et s’épanouissent entre les mois de mai et de septembre.
Très courant, le mélilot se développe surtout sur sols calcaires et pauvres, tels que les bordures de champs, le long des chemins, les talus, les décombres, les terrains vagues… Il peut grimper jusqu’à 1500 m d’altitude et se rencontre dans presque toute la France, une bonne partie de l’Europe, ainsi que sous le climat doux de l’Asie tempérée

Mélilot_officinal_fleurs

Le mélilot en phytothérapie

Cette plante est très intéressante pour le phytothérapeute, en particulier si l’on considère ses sommités fleuries. Ce qui caractérise le mélilot, outre le fait qu’il contient tanin, saponine et flavonoïdes, c’est sa teneur en coumarine (1 %), fameuse molécule photosensibilisante, que l’on rencontre également dans la mélitte, l’aspérule odorante, la cannelle de Ceylan, la flouve (foin d’odeur) et dans la… fève tonka. Cette plante résiste bien à la dessiccation et l’on est surpris de constater qu’elle dégage une très agréable odeur vanillée une fois sèche.

Propriétés thérapeutiques

  • Antispasmodique
  • Émollient, adoucissant, résolutif, cicatrisant
  • Tonique veineux, anticoagulant
  • Diurétique, antiseptique urinaire
  • Anti-inflammatoire
  • Digestif, laxatif léger
  • Anti-ophtalmique
  • Anesthésique, sédatif, somnifère

Usages thérapeutiques

  • Troubles veineux et circulatoires : diminution des risques de varice, de phlébite, de paraphlébite, de thrombose, d’embolie et d’hémorroïdes, insuffisance veineuse chronique, fragilité capillaire, jambes lourdes, hypertension artérielle
  • Troubles gastro-intestinaux : indigestion, digestion difficile, dysenterie, entérite, dyspepsie, inflammations gastro-intestinales, spasmes digestifs
  • Troubles de la sphère respiratoire : catarrhe bronchique chronique, toux quinteuse
  • Douleurs rhumatismales et névralgiques (algies, rhumatismes, névrite)
  • Affections cutanées : inflammation, plaie, plaie ulcérée, plaie indolente, plaie purulente, ecchymose, pétéchie, furoncle, érysipèle
  • Troubles du sommeil : insomnie chez l’enfant, le malade et la personne âgée
  • Troubles de la ménopause : maux de tête, vertiges, bouffées de chaleur, douleur utérine, baisse de la libido
  • Troubles oculaires : ophtalmie inflammatoire, inflammation des paupières, conjonctivite, blépharite, yeux gonflés et irrités
  • Nervosité, angoisse, mélancolie

Modes d’emploi

  • Infusion
  • Décoction pour lotion et compresse
  • Cataplasme et pommade
  • Gélule de poudre cryobroyée

Contre-indications et remarques

  • Comme le souligne Paul-Victor Fournier, à hautes doses, le mélilot présente tous les inconvénients des plantes à coumarine : sensation de malaise, vertiges, maux de tête, vomissement, baisse de la température corporelle, ralentissement des fonctions cardiaques…
  • Autrefois, tout comme on le fait encore avec la lavande, on plaçait des bouquets et des sachets de mélilot dans les armoires afin d’en écarter les insectes indésirables. Il est aussi possible d’utiliser le mélilot comme aromate dans boissons, sorbets, sauces, crèmes…

  1. Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 393

© Books of Dante – 2016

On se retrouve sur Facebook ? ;)

Mélilot_officinal_fruits

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s