L’artichaut (Cynara scolymus)

Artichaut_capitule

Lors de l’Antiquité gréco-romaine, une plante du nom de cynara (ou kynara) était connue, mais il est difficile d’avancer qu’elle a un rapport avec notre artichaut moderne, d’autant plus que par ces deux mots les Anciens désignaient une flopée de plantes épineuses. Pour mieux comprendre l’origine de l’artichaut, il faut le mettre en relation avec l’un de ses cousins, le cardon (Cynara cardunculus), dont la forme primitive sauvage rappelle beaucoup certains traits botaniques de l’artichaut. Ce dernier serait-il issu du cardon, sachant que celui-ci est très commun sur les coteaux arides du pourtour de la Mer méditerranée ? « Sur les monuments égyptiens, on voit fréquemment, parmi les offrandes et les fruits figurés, de gros capitules, un peu semblables à des pommes de pin, dont il est difficile de décider s’ils appartiennent encore au cardon originel ou déjà à l’artichaut » (1). Chose d’autant plus difficile à démêler que le cardon porte lui aussi des capitules tout semblables à ceux de l’artichaut, à l’exception du fait qu’ils sont plus petits.
Au IV ème siècle avant J.-C., Théophraste évoque le cas du pternix dont il dit que ses capitules se mangent. Plus tard, de Columelle (Ier siècle après J.-C.) à Paladius (IV ème siècle après J.-C.), on relate la culture de plantes qui pourraient bien être des artichauts et dont on distinguait alors plusieurs variétés de par leurs tailles et leurs couleurs. Puis, après, plus rien. Il faudra attendre dix bons siècles avant que l’artichaut ne refasse parler de lui.
Probablement introduit en Sicile (2) par les Arabes (le mot artichaut provient de l’arabe ardi chouk qui veut dire « épineux terrestre », et sera repris par le lombard articiocco), l’artichaut gagne le royaume de Naples au XV ème siècle. On signale sa présence à Florence en 1466 et à Venise sept ans plus tard. Il faudra attendre le XVI ème siècle pour voir apparaître l’artichaut en France. On associe traditionnellement sa venue avec le personnage de Catherine de Médicis, artichaut qu’elle aurait apporté en guise de « dot » lors de son mariage avec le roi de France Henri II en 1547. L’année suivante, on le croise en Angleterre. Il fut alors fort apprécié en cette toute jeune Renaissance où il était encore un légume de luxe. Le poète Pierre de Ronsard (1524-1585) le préférait de beaucoup aux divers plats de viandes, tandis que l’agronome français Olivier de Serres (1539-1619) s’y intéressa vivement.
Bien que les propriétés thérapeutiques de l’artichaut soient connues depuis le XIV ème siècle au moins, elles seront reprises et augmentées par Nicolas Lémery (1645-1715) puis Pierre-Jean-Baptiste Chomel (1671-1740).

Naturellement, l’artichaut est une plante vivace munie d’une forte tige cannelée portant de grandes feuilles largement découpées, épineuses parfois. Lorsqu’on laisse l’artichaut se développer, il se forme à son sommet une fleur dont la couleur varie du bleu au violet. Il ne s’agit pas d’une fleur, mais d’un ensemble de fleurs appelées fleurons. Ici chaque fleur se présente sous forme d’une touffe de poils appelée aigrette ayant un minuscule ovaire (futur fruit) à sa base. C’est l’ensemble de ces fleurons qui constitue le foin des artichauts.
Lors de sa culture, on ne lui fait pas dépasser le stade triennal. La partie comestible est un capitule, inflorescence récoltée avant que les fleurs ne se développent (le « fond d’artichaut » désigne le réceptacle de l’inflorescence, alors que les « feuilles » sont en réalité les bractées de l’involucre.)

Aujourd’hui, il s’étend à de nombreux pays européens. En France, on rencontre plusieurs variétés horticoles qui sont cultivées en Bretagne, en Provence, dans les départements de l’Aisne et des Deux-Sèvres, etc.

Ce cliché montre un artichaut à un stade avancé de fructification. La partie brune, c'est le fond d'artichaut tapissé par le "foin" composé d'une multitude d'aigrettes serrées les unes contre les autres, et au bout desquelles on trouve une petite graine (on en voit quelques unes sur cette image). Lorsque l'artichaut est bien sec, les aigrettes s'envolent comme celles du pissenlit, autre fameux médicament hépatique.

Ce cliché montre un artichaut à un stade avancé de fructification. La partie brune, c’est le fond d’artichaut tapissé par le « foin » composé d’une multitude d’aigrettes serrées les unes contre les autres, et au bout desquelles on trouve une petite graine (on en voit quelques unes sur cette image). Lorsque l’artichaut est bien sec, les aigrettes s’envolent comme celles du pissenlit, autre fameux médicament hépatique.

L’artichaut en phytothérapie

Ce sont essentiellement les feuilles de cette plante que l’on emploie dans un but thérapeutique. Et quand je dis « feuilles », je ne parle pas de celles qu’on mange, mais de celles qui ornent la longue tige de cette plante. Très amère, la feuille d’artichaut intéresse le phytothérapeute par la présence de cynarine et de cynaropicrine, une substance de couleur jaune (3), mais aussi en raison d’un complexe de quatre substances minérales (magnésium, potassium, sodium, calcium). Riche en tanin, la feuille d’artichaut contient aussi des acides phénols et de la provitamine A.
La consommation du capitule de l’artichaut (c’est-à-dire la « tête »), bien qu’étant un acte alimentaire, ne saurait faire oublier que l’artichaut est riche de vitamines (A, B1, B2, C), de fer, de phosphore et de manganèse. En moyenne, il procure 50 à 75 calories aux cent grammes. Cependant, la cuisson à la vapeur fait perdre à l’artichaut bon nombre de ses sels minéraux qui se retrouvent dans l’eau de cuisson. Il peut alors être profitable de faire usage de cette eau pour compléter les apports de l’artichaut cuit (même chose pour le poireau, par exemple).

Propriétés thérapeutiques

Nous parlerons surtout de celles des feuilles, mais dirons aussi quelques mots à propos de la racine et du capitule floral en fin d’article.

  • Apéritif, digestif
  • Cholagogue, cholérétique, hépatoprotecteur, renforce l’action antitoxique du foie, tonique de la cellule hépatique
  • Diurétique, dépuratif
  • Laxatif
  • Hypocholestérolémiant
  • Fébrifuge (adjuvant à la quinine)
  • Antioxydant
  • Éclaircissant du teint

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : ictère, jaunisse, congestion et insuffisance hépatique, engorgement du foie et de la vésicule, cholémie, colique hépatique, cirrhose, lithiase biliaire, diabète d’origine hépatique. (Un drainage du foie peut s’effectuer deux fois l’an, à l’automne et au printemps)
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : constipation, entérite, fermentation intestinale, intoxication intestinale, dyspepsie, douleur digestive
  • Troubles locomoteurs liés à un excès d’urée : rhumatismes, arthritisme, goutte
  • Artériosclérose, hypercholestérolémie
  • Obésité, maigreur
  • Asthme
  • Lithiase rénale
  • Élimination des toxines lors de grippe et d’angine
  • Paludisme

Modes d’emploi

  • Infusion ou décoction de feuilles (à vos risques et périls : c’est très très amer, même que l’infusion de sauge officinale, c’est de la guimauve à côté…)
  • Vin (feuilles en macération vineuse)
  • Extrait hydro-alcoolique
  • Teinture-mère
  • Poudre de plante cryobroyée en gélules

Précautions d’emploi et autres usages

  • Comme nous l’avons dit plus haut, l’on peut faire usage de l’eau de cuisson des artichauts, à condition que ceux-ci soient biologiques ou, s’ils ne le sont pas, lavés à grande eau avant cuisson en raison de la présence de pesticides. Cette eau se révèle être un bon draineur du foie et de la vésicule biliaire, mais cet emploi sera déconseillé aux arthritiques, aux goutteux, ainsi qu’aux personnes sujettes aux affections urinaires
  • Une fois cuit, l’artichaut, outre le fait qu’il soit très digeste et énergétique, partage avec les feuilles bon nombre de propriétés : apéritif, cholagogue, dépuratif et diurétique (il contribue à l’élimination de l’urée, de l’acide urique et du cholestérol). De plus, c’est un tonique pour le cœur. Ainsi, sa consommation régulière participe au traitement des affections suivantes : congestion et insuffisance hépatique, insuffisance rénale, oligurie, lithiase, rhumatismes, goutte, arthritisme, intoxication et infection intestinale. En cas d’asthénie et de surmenage, ce légume sera aussi le bienvenu. Enfin, notons la présence d’inuline dans l’artichaut, ce qui en autorise la consommation aux diabétiques. Cependant, il est doit être rapidement consommé. Il se conserve mal et peut être la cible d’une pullulation de germes dont certains pathogènes.
  • L’artichaut, lorsqu’il est très jeune (c’est-à-dire à un état qu’on ne vous propose pas sur les étals du marché), peut se manger cru, chose impossible lorsqu’il grandit puisqu’il devient alors ligneux.
  • La racine, comme toutes les autres parties de la plante, est diurétique. On l’a souvent utilisée en médecine populaire dans les campagnes contre les rhumatismes, la goutte, l’hydropisie, la jaunisse, la lithiase rénale…
  • Les fleurs d’artichaut ont la particularité de faire cailler le lait. Elles sont donc employées dans la fabrication du fromage où elles remplacent la présure.
  • Les feuilles d’artichaut sont une matière tinctoriale intéressante pour teindre la laine. Elles permettent d’obtenir un beau jaune doré une fois hachées et bouillies.

  1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 114
  2. De 828 à 1300, la Sicile ainsi que d’autres régions du sud de l’Italie sont sous influence des Arabes qui occupaient alors bonne partie de l’Espagne, de laquelle l’artichaut aurait été importé.
  3. L’amertume de la feuille d’artichaut renvoie analogiquement à la bile et donc au foie selon la théorie des signatures. De plus, la couleur jaune de l’un de ses principes actifs renforce cette relation.

© Books of Dante – 2016

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