La guimauve officinale

Guimauve (Althaea officinalis), Common MarshMallow (2)

On doit aux Grecs l’actuel nom scientifique de la guimauve, à une lettre près (Althaia pour eux, Althæa aujourd’hui), tandis que les Latins lui attribuèrent divers noms parmi lesquels pastinaca, moloche agria, pleistolochia, plistolochia…
Que, bien plus tard, Macer Floridus prétende que cette plante porte un tel nom en raison de sa haute taille (Althæa proviendrait du mot altum, « élevé »), ne doit pas nous faire oublier que le mot grec althaïnô signifie « guérir ».
S’il paraît raisonnable d’attribuer aux Hippocratiques la première mention faite de la guimauve (ils la citent comme un vulnéraire précieux), il est plus difficile de reconnaître la guimauve à travers ce qu’en dit Théophraste. Le botaniste grec recommande une eau mucilagineuse de guimauve pour faire passer la toux, mais signale que sa fleur est jaune. Or, la guimauve porte des fleurs rose pâle. Bien plus tard, on la rencontre dans le Materia medica de Dioscoride, et là, le doute n’est pas permis, il s’agit bien d’elle : émolliente, béchique, résolutive et maturative des abcès et des ulcères, Dioscoride la prescrit particulièrement dans des cas d’irritation et d’inflammation des muqueuses pulmonaires et intestinales. Quant à Galien, un siècle plus tard, il insistera surtout sur les propriétés résolutives et vulnéraires de cette plante.
Pline, outre le fait qu’il répétera mot pour mot les paroles de Dioscoride, indique que l’arrachage de la guimauve doit se dérouler avant le lever du soleil et en utilisant des instruments faits d’or. La plante, une fois récoltée, ne devait plus toucher le sol et être enveloppée dans une étoffe de laine selon le naturaliste.

Au Moyen-Âge, on croise la guimauve au sein des domaines impériaux, tel que nous le rapporte, au tout début du IX ème siècle, le Capitulaire de Villis (elle porte alors les noms de vismalva et mismalva). Elle est alors très fréquente dans les jardins monastiques, en particulier ceux de l’ordre des Bénédictins, desquels elle se serait échappée pour agrémenter ceux des paysans aux IX ème et X ème siècles. De même, l’inventaire du domaine de Treola (Treil-sur-Seine, Yvelines) donne de précieuses informations sur la présence de la guimauve en Île-de-France à une époque similaire.
Du côté de Macer Floridus, il est très facile de reconnaître la guimauve dans son De viribus herbarum, puisqu’il nous dit que cette plante possède des propriétés émollientes, adoucissantes, cicatrisantes et maturatives. Selon lui, elle excelle dans le mûrissement des abcès, dans la résorption des ulcères, dans la cicatrisation des blessures et des plaies profondes. Elle intervient aussi sur brûlures et contusions. Dans le texte de Macer, on trouve aussi la guimauve indiquée pour l’hémoptysie, la dysenterie, les morsures d’animaux venimeux et les maladies urinaires.
L’école de Salerne, pas en reste, nous délivre quelques-uns de ses vers à propos de la guimauve :
« Elle amollit le ventre avec son suc vanté,
Et ce don lui valut le nom qu’elle a porté,
Ce suc, de l’intestin, expulse la matière,
Excite l’utérus et son flux ordinaire. »
Si Albert le Grand dit la guimauve lénitive (synonyme d’adoucissant), mollificative, maturative et résolutive, Hildegarde, même si elle ne l’emploie guère qu’en cas de fièvre, de maux de tête et de migraine, semble avoir perçu, dans la guimauve, sa capacité à évacuer les excès de chaleur (en médecine traditionnelle chinoise, cette plante permet de disperser l’énergie dans les méridiens du gros intestin et du poumon partout où il y a inflammation).
Elle semble avoir aussi joué un rôle dans ce sens à travers ce que l’on appelle les ordalies que quiconque s’est intéressé de près ou de loin aux procès de sorcellerie est censé connaître. La plus célèbre des ordalies est sans doute celle qui consistait à jeter à l’eau une personne suspectée de sorcellerie. Si elle coulait, elle était déclarée innocente. Si elle flottait, c’était nécessairement une sorcière. Dans les deux cas, les personnes mourraient à cause d’un procédé unilatéral bien commode pour mener à bien une justice expéditive. En ce qui concerne une autre ordalie du nom de ferrum candens, l’accusé devait saisir à main nue un fer incandescent que le bourreau lui tendait. Or, il semble que certains stratagèmes aient été mis en œuvre, non pas pour se soustraire à la question, mais pour s’affranchir du verdict. En effet, il est raconté que s’enduire les mains de suc de guimauve aurait permis de saisir ce fer sans se brûler et donc d’être (probablement) innocenté. Il existe, du reste, une recette permettant de produire ce prodige dans le Grand Albert : « Secret merveilleux qui fait passer les hommes par le feu sans se brûler, qui fait porter du feu, ou bien du fer chaud sans être offensé. Qu’on prenne du jus de guimauve et du blanc d’œuf, de la graine de persil et de la chaux, qu’on réduise le tout en poudre, ensuite qu’on le mêle avec ce blanc d’œuf et du suc de raifort, qu’on se frotte avec cette composition le corps ou la main, qu’on le fasse sécher, et qu’on s’en frotte de nouveau, ensuite on pourra passer et marcher, et porter du feu sans en être offensé. » Cependant, pour échapper à l’issue de cette ordalie, mieux valait être prévoyant sachant le caractère partial de la « justice » inquisitoriale…
Les siècles suivants reprendront plus ou moins les indications passées propres à la guimauve : émolliente, adoucissante, pectorale, principales propriétés de la guimauve mises à profit dans les troubles du système gastro-intestinal (diarrhées, entérite…) et ceux du système respiratoires (toux, catarrhe bronchique, bronchite…).

La guimauve est la plus connue et la plus populaires des plantes émollientes avec le bouillon-blanc et fait partie, avec lui, du groupe des sept plantes pectorales, comprenant également la violette, le coquelicot, la mauve, le tussilage et le pied-de-chat.
C’est une grande plante vivace qui peut parfois atteindre deux mètres de hauteur, présentant de fortes tiges bien maintenues par d’épaisses racines brun-jaunâtre d’un bon mètre de longueur. Des feuilles veloutées couvrent la plante et lui donnent un aspect soyeux et blanchâtre. A la fin de l’été apparaissent de grandes fleurs (quatre à cinq centimètres de diamètre) de couleur rose pâle, aux anthères pourpres ou rouge vif, en solo ou groupées, mais toujours placées à l’aisselle des feuilles. Les fruits, comme ceux de nombreuses autres malvacées (rose trémière, mauve sylvestre…) sont circulaires et formés d’un anneau de graines.
La guimauve est surtout présente sur les littoraux du midi de la France, à proximité des eaux saumâtres (elle apprécie les embruns), sur des terrains humides plus ou moins marécageux. Parfois spontanée à l’intérieur des terres, on la rencontre surtout sur des zones riches en salpêtre, comme les prés salés de Lorraine, de Limagne et du Jura. Partout ailleurs, elle est très rare, cultivée la plupart du temps.

Guimauve, Althea Officinalis, Marshmallow, Camargue (2)

La guimauve en phytothérapie

Comme c’est le cas pour sa cousine la mauve, la guimauve est une plante extrêmement riche en mucilage, mais contrairement à la mauve, on trouve cette substance principalement dans sa racine (35 %), beaucoup moins dans ses feuilles et ses fleurs. En plus de cela, la racine contient une forte proportion d’amidon (35 à 40 %), feuilles et fleurs quelques traces d’huile essentielle. Enfin, à l’ensemble de la plante sont présents des flavonoïdes et une grande quantité de sels minéraux (nitrate de potassium entre autres).

Propriétés thérapeutiques

Elles sont identiques à celles de la mauve, mais beaucoup plus puissantes.

  • Émolliente, adoucissante
  • Apaisante, calmante, anti-inflammatoire
  • Pectorale, béchique
  • Résolutive, vulnéraire
  • Maturative

Usages thérapeutiques

Pour dire simplement les choses, l’utilisation de la guimauve est requise dès qu’il y a inflammation et/ou irritation, en interne comme en externe.

  • Troubles de la sphère pulmonaire + ORL : bronchite, toux, toux rebelle, laryngite, trachéite, irritation des muqueuses pharyngées, coqueluche, rhume, angine
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : ulcère gastrique, gastrite, gastralgie, entérite, diarrhée, constipation, pyrosis
  • Troubles bucco-dentaires : gingivite, stomatite, glossite, aphte, douleurs et abcès dentaires
  • Maux oculaires
  • Cystite et irritation des voies urinaires
  • Troubles dermatologiques : abcès, abcès chaud (phlegmon), plaies sèches et/ou douloureuses, peaux fragiles, sèches et/ou sujettes aux dartres et furoncles, panaris, érysipèle, piqûre d’insecte, ampoule, morsure, coup, contusion
  • Asthénie, convalescence

Modes d’emploi

  • Infusion (feuilles, fleurs)
  • Décoction de racine
  • Macération douce de racine (température de l’eau comprise entre 20 et 30° C)
  • Poudre de racine (bue avec un verre d’eau)
  • Sirop de racine
  • Cataplasme (feuilles, racine)
  • Racine sèche à mâcher (pour les enfant, comme cela se faisait autrefois)

Autres usages, remarques

  • Les graines, les fleurs ainsi que les jeunes feuilles sont comestibles à l’état cru, en salade par exemple. Les feuilles plus âgées se mangent cuites comme légume vert. Enfin, les racines peuvent être bouillies puis frites.
  • La pâte de guimauve, « friandise médicinale », ne contient plus aujourd’hui de guimauve mais de la gomme arabique, du blanc d’œuf et des arômes.
  • Culture : par semis (une graine donnera une racine), par éclat de souche (cela permet d’obtenir plusieurs racines sur un seul plant).
  • Récolte : les fleurs (au fur et à mesure de leur éclosion), les feuilles (après floraison), la racine (à l’automne ; en effet, au moment de la floraison, elle contient peu de mucilage mais beaucoup de sucre ; cette proportion s’inverse jusqu’au prochain printemps. De plus, il faut veiller à ne pas laisser vieillir les racines, car au-delà de trois ans, elles deviennent ligneuses et pauvres en mucilage. Il faut donc envisager une récolte annuelle, voire bisannuelle).
  • D’autres guimauves : la guimauve hérissée (Althæa hirsuta), la guimauve faux-chanvre (Althæa cannabina), qui contient des fibres utilisées comme celles du lin pour fabriquer étoffes, toiles, papier, etc., enfin, la rose trémière (Althæa rosae ou Alcea rosae), une annuelle provenant du Proche-Orient et introduite en Europe occidentale au XVI ème siècle.

© Books of Dante (texte) et Pescalune Phothography (images) – 2015

Guimauve, Althea Officinalis, Marshmallow, Camargue (4)

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