Le houx (Ilex aquifolium)

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Cet arbre doit en partie son nom du fait de la ressemblance qu’il entretient avec un autre, la yeuse ou chêne vert. En effet, Ilex est l’ancien nom qu’on donnait à ce chêne persistant. Quant à l’adjectif aquifolium, il semble être une transformation progressive du mot acrifolium qui veut dire « feuilles à pointes aiguës ». Le houx est donc l’arbre qui porte des feuilles similaires à celles de la yeuse, à la différence près qu’elles sont épineuses. Le mot « houx », lui, provient du vieil allemand huls.

De tout temps, on aura volontiers accordé au houx un rôle symbolique, spirituel et magique, bien plus que strictement médicinal. Il a bien été employé comme tel, mais on ne peut dire que cela soit sa vertu prioritaire. Théophraste, au IV ème siècle av. J.-C., parle d’une yeuse sauvage qui, peut-être, désigne le houx. Pline, plus précis, nomme un arbre aquifolia arbor (« yeuse à feuilles piquantes »), ce qui semble une dénomination plus acceptable. Bien qu’il ait été dit que le houx jouissait d’une réputation néfaste chez les peuples latins, Pline n’hésite pas à mentionner qu’on plantait des houx à proximité des maisons afin de les protéger des maléfices (autrefois, on fabriquait les poignées de porte en bois de houx afin de souligner cette caractéristique magique de protection). Il possède donc une fonction similaire au genévrier, autre arbuste dont les aiguilles dissuasives repoussent et éloignent. S’il a été sacré et protecteur pour les peuples anglo-saxons, il est plante maléfique pour d’autres (1). En réalité, il incarne à merveille ces deux aspects, tant maléfique que bénéfique. Il offre des signatures antagonistes qui ne sont finalement qu’une simple question de point de vue mettant en évidence la versatilité des opinions à son sujet.
On l’a lié à la force de par sa longévité particulièrement étendue pour un arbuste (300 ans et plus). Ses feuilles semper virens lui attribuent de facto une symbolique d’éternité, comme c’est le cas de nombreuses autres plantes aux feuilles persistantes telles que le laurier, le lierre, le buis, l’if…, ce qui fait écho à ce qui se disait en Rome antique : le houx est symbole de vie nouvelle.
Bien que symbolisant l’agressivité du fait de son feuillage épineux, le houx âgé prend un tout autre aspect. En effet, avec le temps, ses épines disparaissent. Ne subsistent alors plus que des feuilles lancéolées portant chacune un unique éperon à la pointe, vestige de son agressive jeunesse, tandis qu’un houx plus jeune conserve plus drues ses épines, quand bien même on aura observé qu’elles sont plus coriaces qu’à l’accoutumée durant l’hiver. A cela, il y a une excellente raison : le houx, espèce toujours verte, est l’une de ces rares plantes pouvant offrir pâture aux animaux herbivores durant l’hiver. Afin de mieux s’en protéger, les feuilles du houx deviennent plus coriaces à cette saison, problème que n’a pas un houx plus ancien. Sa forte stature peut lui permettre d’être plus clément vis-à-vis de ces animaux puisqu’ils ne représentent plus le même danger pour lui.
Dans le langage des fleurs, le houx représente l’insensibilité, le caractère mauvais ou repoussant de quelqu’un, la résistance face à l’amour. C’est un ensemble de symbole que l’on retrouve dans la pratique des « mais d’amour », qui sont chacun la représentation symbolique d’une jeune fille, mais aussi le « jugement public du groupe de garçons sur la vertu et le pouvoir de séduction de chaque fille » (2). De tels mais décorés de houx par les garçons pouvaient tout aussi bien représenter le caractère valeureux d’une jeune fille, que l’attitude acariâtre d’une autre. Par ailleurs, les demoiselles utilisaient les feuilles de houx comme oracle, à l’instar de la marguerite. « Pour savoir si elles se marieront, les jeunes filles peuvent interroger les feuilles de houx. Elles touchent successivement chacune des épines jusqu’à avoir fait le tour de la feuille en disant en même temps qu’elles piquent leur doigt : fille… femme… veuve… nonne… » (3). Ce qui me semble dissimuler une dimension assez phallique rappelant le fuseau auquel, bien involontairement, la Belle au bois dormant se pique le doigt.
De là à faire du houx un symbole d’amour éternel, il n’y a qu’un pas, lui dont la témérité martienne pousse au combat – on fabriquait des lances avec du bois de houx – ou à la punition : à l’aide de rameaux de houx, on confectionnait des balais dont on se servait autrefois comme martinet. On appelait ces engins de torture des houssoirs, terme qui donnera le verbe houspiller. Ambivalent comme sait l’être le houx, ce sont ces signatures qu’utilisera le Docteur Bach pour mettre au point l’élixir floral Holly (houx, en anglais) et dont il dit ceci : « Pour ceux qui sont parfois assaillis de pensées telles que la jalousie, le désir de vengeance, la suspicion » (4).
Mais, et parce qu’il y a un mais, le houx est aussi l’image de la cruauté. S’il offre un refuge aux oiseaux qui nidifient entre ses branches épineuses, les mettant par là même à l’abri des prédateurs, on a tiré de son écorce une glu qui, comme celle du gui, a été utilisée pour capturer les… oiseaux ! Il offre aussi le couvert pour les merles et les grives grâce à ses baies rouge vif qui persistent tout l’hiver. La générosité du houx à leur égard s’exprime à travers le fait que même le vent ne fait pas tomber ses baies, ce qui rend leur consommation plus aisée pour les oiseaux.
Il est bien difficile aujourd’hui de se douter de ce que dissimule celui dont on pare encore les maisons à l’approche des fêtes de fin d’année, le même encore qui orne la traditionnelle bûche de Noël. Le houx, qu’il décore ou qu’il soit décoré (5), est activement recherché à cette période de l’année. Une attitude qui ne tire pas seulement son origine dans le caractère ornemental du houx. En effet, placer des rameaux de houx dans les maisons, en suspendre aux portes et aux fenêtres, tout cela est un héritage de coutumes païennes dont certaines ont été rapportées par Plutarque, c’est dire si ça ne date pas d’hier. Au XIX ème siècle, on faisait encore appel au pouvoir protecteur du houx en répétant les antiques traditions (Angleterre, France, Suisse, Italie, etc.).
A l’approche de Noël, le légendaire chrétien s’est emparé du houx (on a vu dans ses feuilles la couronne d’épines du Christ et dans la rougeur de ses baies son sang). Quand Hérode décida de massacrer tous les nouveaux-nés juifs afin de s’assurer que l’enfant Jésus y passerait, Marie et Joseph fuirent en Égypte. La nécessité de se cacher étant grande, ils s’abritèrent alors sous le feuillage d’un houx auquel Marie accorda sa bénédiction, souhaitant qu’il conserve toujours vert son feuillage (on trouve un motif similaire mettant en œuvre le romarin, la sauge et d’autres plantes encore durant l’épisode de la fuite en Égypte).

Au Moyen-Âge, on parle peu du houx. Albert le Grand, qui l’appelle daxus (un mot assez proche de taxus, qui désigne l’if), ne mentionne aucun élément thérapeutique. Hildegarde n’en parle pas, Macer Floridus encore moins. C’est peut-être Paracelse qui donne la première information thérapeutique intéressante, puisqu’il aura employé les feuilles de houx comme remède de l’arthrite et des rhumatismes. Quant à Matthiole, lui aussi délivre peu d’informations. En revanche, les qualités esthétiques du houx surent séduire les artistes médiévaux : il apparaît dans les Grandes heures d’Anne de Bretagne (1503-1508) ainsi que sur les tapisseries dites de la Dame à la Licorne (1484-1538).

D’un point de vue médicinal, le houx est surtout connu pour ses usages populaires. Par exemple, la glu du houx était employée comme maturatif des abcès et des furoncles, alors que ses feuilles hachées et macérées dans du vin blanc constituaient le vin de houx reconnu pour ses qualités fébrifuges. Une fois de plus, c’est la médecine empirique qui tirera le houx de l’oubli, à tel point qu’il connaîtra une carrière comme fébrifuge au XIX ème siècle, tant et si bien qu’il était employé dans ce but à l’instar du quinquina, bien que, contrairement à lui, les effets fébrifuges du houx ne sont pas brutaux, mais lents et graduels.

Arbuste ou petit arbre (6), le houx que l’on nomme « commun » est la seule espèce d’Ilex poussant spontanément sur le continent européen (ainsi qu’au nord de l’Afrique et en Asie occidentale).
Essence au tronc lisse de couleur gris argent, le houx est considérablement branchu et ramifié. Jeune, il porte les fameuses feuilles piquantes et gondolées ; plus âgé, les piquants disparaissent pour laisser place à des feuilles lancéolées. Cependant, elles demeurent tout aussi coriaces, brillantes et vernies, peintes d’un vert sombre qui tranche avec le rouge vif des baies apparaissant à l’hiver, fruits des plantes femelles uniquement (le houx est une plante dioïque, plus rarement monoïque.) Ces fruits – des drupes d’un centimètre de diamètre – sont le résultat de la transformation des fleurs blanches et parfumées, petites à quatre pétales, poussant à l’aisselle des feuilles.
Fréquent jusqu’à 1 500 m d’altitude, le houx se plaît à l’ombre particulièrement et sur sols humides mais relativement drainés. On le trouve dans les forêts, les haies et les fourrés.

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Le houx en thérapie

On utilise les feuilles et l’écorce. L’on y trouve un principe amer, l’ilicine, du tanin, de l’acide caféique (qui, contrairement à ce qu’il pourrait laisser penser n’est pas l’apanage du seul café et qu’il est présent dans bien des plantes ; notons qu’il n’a aucun rapport avec la caféine), de la théobromine (que l’on trouve dans les graines du cacaoyer, le guarana et le maté), etc.
Les feuilles du houx sont toniques, antispasmodiques, diurétiques, laxatives, antirhumatismales et fébrifuges. Quant à l’écorce, elle a fait état de propriétés anti-épileptiques.
Le houx agit sur la sphère gastro-intestinale en rétablissant le transit, en tonifiant l’estomac et en chassant les coliques. Il calme le rhume et les toux spasmodiques, soulage les rhumatismes. Enfin, il agit nettement sur les fièvres intermittentes liées au paludisme.

Contre-indications, remarques et autres usages

  • Les baies toxiques sont rapidement émétiques, susceptibles d’engendrer vomissements, désordres intestinaux, voire même troubles neurologiques. Quant aux feuilles, elles partagent cette vertu vomitive mais uniquement à très hautes doses. A l’instar des feuilles de gui, il est recommandé de ne pas faire du houx un usage massif et prolongé.
  • Espèce ornementale, le houx présente de multiples cultivars et se prête sans problème à l’art topiaire.
  • Le bois de houx est relativement rare. Cependant, on l’utilise volontiers en marqueterie et en tournerie, par exemple. C’est lui qu’on utilise pour fabriquer les pièces blanches des jeux d’échecs. Bois dense et à grain très fin, très facile à travailler, il brunit avec l’âge.
  • De par le monde, il existe d’autres espèces de houx : Ilex vomitoria, utilisé par les Amérindiens comme narcotique, stimulant et principal ingrédient de la « boisson noire », Ilex paraguariensis, autrement dit, la yerba maté, laxatif, tonique, diurétique, décontractant, apaisant la sensation de faim et accroissant la vigueur intellectuelle.
  • L’ogham Tinne en bois de houx est tout particulièrement yang. Il demande qu’il y ait équilibre entre la réflexion intérieure et l’action concrète. Il offre protection ou indique qu’il faut devenir soi-même le bouclier protecteur d’une cause ou d’une personne. Tinne renvoie aussi aux blessures occasionnées ou faites à d’autres, il appelle à la cicatrisation de ces anciennes marques psychiques ou mémorielles. Enfin, son caractère très martien est un moteur d’émancipation, de transformation et de révolution.

  1. D’après une légende béarnaise, Dieu aurait crée le laurier, plante de la victoire. Le Diable, voulant l’imiter, ne pût que produire le houx au feuillage épineux et sans arôme.
  2. Nadine Cretin, Fête des fous, Saint-Jean et belles de mai, p. 69
  3. Pierre Canavaggio, Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires, p. 124
  4. Edward Bach, La guérison par les fleurs, p. 104
  5. cf. le pastrage : on processionnait durant la messe de minuit en tenant à la main des rameaux de houx garni de rubans et de lumières.
  6. Dix mètres, parfois plus, comme c’est le cas du houx de la forêt de l’Isle-Adam dans le département du Val d’Oise qui atteint presque la vingtaine.

© Books of Dante – 2015

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