Le marrube, protecteur du foie et des poumons

Marrube

Seul représentant de son espèce en France, il est parfois appelé marrube blanc pour le distinguer du marrube noir qui est en fait la ballote (Ballota nigra). Cette distinction existait déjà du temps des Grecs de l’Antiquité. Au IV ème siècle av. J.-C., Théophraste désignait par le mot prasion le marrube et par celui de ballôtê la ballote. En Égypte, il était fortement connoté spirituellement comme en témoigne son nom de sperme (semence ou graine) d’Horus (1). Il est dit que les béliers qui participaient aux processions des prêtres d’Ammon avaient préalablement brouté du marrube.
Égyptiens et Grecs surent percevoir les propriétés pectorales de cette plante. Les premiers l’utilisaient comme remède des maladies respiratoires en général, alors que les seconds, comme Dioscoride, employaient le marrube contre l’asthme, la toux et la tuberculose. Ils avaient aussi remarqué la propriété détersive du marrube. C’est pourquoi on appliquait des cataplasmes de feuilles sur les plaies enflammées. Il était aussi qualifié d’emménagogue, de fébrifuge, d’expectorant et de diurétique, des propriétés que le marrube possède bel et bien. Il était surtout reconnu pour ses bienfaits sur la sphère hépatique à travers des actions que des auteurs n’auront de cesse de répéter dans les siècles suivants.

Par ailleurs, soulignons au passage que le marrube a écopé du statut de contrepoison fort employé en cas de piqûres venimeuses et d’empoisonnement, et cela dès l’Antiquité. Cette propriété aura parcouru les siècles, puisqu’au IX ème, Strabo, dans son Hortulus (827), la relate comme suit : «  Si jamais les poisons préparés par une marâtre en fureur versent dans ta boisson, mêlent à tes aliments l’embûche sinistre de l’aconit, aussitôt la potion de marrube salutaire a raison des craintes et du péril. »
Trois siècles plus tard, on retrouve cette capacité antitoxique du marrube dans les écrits de Hildegarde. C’est là qu’on peut véritablement mettre en évidence que le marrube est effectivement antitoxique du fait qu’il agit sur la sphère hépatique, ainsi que sur la vésicule biliaire. Étant cholagogue et dépuratif, le marrube nettoie le foie et draine en dehors de l’organisme les toxines. Plus généralement, le marrube, dans ses indications médiévales, intervenait en cas de troubles pectoraux (catarrhe chronique, toux, emphysème, phtisie, algie pulmonaire), il était aussi fort réputé contre les maux de tête (avec le fenouil, l’origan et la sauge) et les maux d’oreille. Enfin, Hildegarde note le marrube, qu’elle appliquait en compagnie d’autres plantes, sous forme d’onguent, en cas de lèpre rouge.
Par la suite, dès le début du XVI ème siècle, on ne compte plus les auteurs qui seront unanimes quant à l’efficacité du marrube sur les affections hépatiques : Matthiole, Forestus, Baglivi, Chomel, Gilibert (ce dernier ira même jusqu’à placer le marrube au rang de meilleure plante médicinale européenne).
Au XX ème siècle, de la même manière que Valnet qualifiera le poireau de balai de l’estomac, le docteur Leclerc souligne l’action « coup de balai » du marrube sur la sphère pulmonaire. En effet, ce dernier, contrairement à un eucalyptus parfois trop brutal, « a l’avantage […] de ne pas tarir les sécrétions en desséchant les muqueuses » (2).

Le marrube, originaire d’Asie centrale et de régions qui bordent la Méditerranée, est ce que l’on appelle une plante laineuse, du fait des fins poils blancs qui donnent à ses feuilles un aspect velu. Comme chez de très nombreuses représentantes de la famille des Lamiacées, les tiges du marrube sont quadrangulaires et portent des feuilles ovales et gaufrées qui s’opposent deux à deux. Ses fleurs blanches sont installées en denses verticilles à l’aisselle des feuilles et s’épanouissent selon les régions entre juillet et octobre. C’est une plante qui apprécie les sols calcaires, secs et bien drainés, et c’est très fréquemment qu’on la rencontre aux abords des habitations, au pied des murs, sur les terrains vagues et les décombres, où elle vit en colonie, parfois jusqu’à 1000 m d’altitude. D’odeur vineuse, presque musquée, peu d’abeilles la visitent.

marrube_feuille

Le marrube en thérapie

Partie de la plante utilisée en phytothérapie : les sommités fleuries.

Propriétés thérapeutiques

  • Expectorante, antitussive, mucolytique, fluidifiante des sécrétions bronchiques, antiseptique pulmonaire
  • Antitoxique, cholagogue, stimulant hépatique
  • Apéritive, digestive, stomachique
  • Cardiotonique
  • Diurétique
  • Fébrifuge, antithermique
  • Emménagogue

Usages thérapeutiques

  • Sphère respiratoire : toux rebelle, toux sèche, encombrement bronchique, bronchite (y compris chronique), bronchiolite, laryngite, pneumonie, pleurésie, prévention des crises d’asthme
  • Sphère gastro-intestinale : manque d’appétit, digestion difficile, gastralgie, parasites intestinaux
  • Sphère cardiaque : palpitations, tachycardie, fibrillation, arythmie
  • Sphère hépatobiliaire : insuffisance biliaire, hépatite, ictère
  • Sphère génitale féminine : règles douloureuses, tardives, insuffisantes
  • Troubles cutanés : eczéma, ulcérations cutanées, plaies
  • Troubles locomoteurs : rhumatismes, arthrite
  • Maladies infectieuses : fièvre typhoïde, malaria (action similaire à celle du quinquina), tuberculose (s’oppose à la pullulation des germes), coqueluche, rougeole

Modes d’emploi

  • Infusion, décoction, potion vineuse (assez déconseillées en raison des poils irritants du marrube, ainsi que de son amertume très marquée ; la décoction peut se réserver à l’usage externe)
  • Teinture mère : elle est préférable, car elle n’affiche pas les inconvénients que nous venons d’aborder, de plus, on observe une plus grande solubilité des principes actifs du marrube dans l’alcool, aussi la teinture-mère est-elle plus adaptée pour un usage interne.

Remarques

  • Les doses faibles seront réservées aux affections bronchiques mineures. En ce qui concerne de fortes fièvres (fièvre typhoïde par exemple), on pourra doubler, voire tripler, les doses.
  • Une trop grande consommation de marrube peut avoir des effets sur le rythme cardiaque.

  1. Il portait aussi les noms de sang de taureau et d’oeil de l’étoile.
  2. Henri Leclerc, Précis de Phytothérapie, p. 153

© Books of Dante – 2015

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