Le mystère de la rose

rose

Image étonnante, n’est-ce pas ? Quand vous aurez achevé ce rapide article, vous saurez ce que c’est :-)

Je fouillais récemment dans mes papiers quand une chose insolite m’a sauté aux yeux. J’ai en ma possession un certain nombre de bulletins d’analyse d’huiles essentielles (ces fameux certificats qui indiquent les molécules présentes dans une huile essentielle donnée, ainsi que les proportions de chacune). Parmi l’ensemble des huiles essentielles concernées par ces certificats, on trouve des huiles bien connues : lavande fine, petit grain bigarade, ravintsara, cannelle de Ceylan « écorce », etc. Issues de familles botaniques très différentes (Lamiacées, Myrtacées, Lauracées, Astéracées, Anonacées…), on distille ces plantes pour les parties végétales qui intéressent l’aromathérapie : feuilles, sommités fleuries, écorces, rameaux, pétales…

Lors de la distillation, la vapeur d’eau permet la destruction des cellules végétales, ainsi que la séparation des molécules aromatiques du substrat cellulosique qui les contient. Nous savons que ces molécules n’ont pas toutes le même poids. Certaines sont légères et surgissent en premier, d’autres, plus lourdes, attendent davantage de temps pour être dégagées de leur gangue végétale. C’est ici que l’on va parler un peu du temps de rétention. Il marque la durée pendant laquelle une molécule a la capacité de ne pas être entraînée par la vapeur d’eau se trouvant dans l’alambic. Plus le temps de rétention est élevé, et plus la molécule est lourde, alors qu’un temps de rétention court concerne une molécule relativement volatile.

-Prenons l’exemple du 1.8 cinéole (ex eucalyptol). Lorsqu’on observe de près la totalité des bulletins d’analyses dans lesquels on mentionne cette molécule, on se rend compte qu’elle se révèle toujours un peu avant la 30 ème minute de distillation, et ce quelles que soient les plantes considérées et donc les parties végétales distillées. En moyenne, le 1.8 cinéole apparaît autour de 28’30 (avec des écarts à cette moyenne, bien entendu : il faut attendre 27’40 pour que cette molécule soit extraite lorsqu’on distille de l’eucalyptus mentholé et 29’30 pour le laurier noble). On se situe donc dans une fourchette temporelle relativement étroite.
-Regardons maintenant du côté d’une autre molécule, le linalol. Hop, je reprends mes bulletins, procède à une nouvelle lecture transversale. Le temps moyen d’extraction est compris entre 51′ pour la lavande fine et 54′ pour la cannelle de Ceylan « écorce ». Dans toutes les plantes qui contiennent du linalol (que cela soit en très faible quantité comme chez l’huile essentielle de gaulthérie couchée – 0,07 % – ou en masse comme c’est le cas de l’huile essentielle d’hysope couchée – 36 %), le linalol ne pointe son nez qu’après 53′ de distillation en moyenne.
-Jamais deux sans trois. C’est au tour du limonène, une molécule extrêmement commune qui peut résider à l’état de trace dans les végétaux ou en importantes quantités. Ici, le limonène résiste jusqu’à la 28 ème minute avant d’être libéré par la vapeur d’eau.
Ainsi, pour ces trois molécules, on observe un ordre d’apparition millimétré comme du papier à musique, et ce qu’importe la plante. Toutes sauf une : la rose de Damas. Je me demande bien quel dessein mystérieux fait en sorte de voir débarquer 10 à 15′ plus tôt que la normale ces trois molécules lorsqu’on distille la rose de Damas :

  • le limonène arrive à 17’30 contre 28’30
  • le 1.8 cinéole à 18′ contre 28′
  • le linalol à 40′ contre 53′

Il est surprenant, de la part d’une plante qui ne délivre pas facilement ses secrets, de constater la rapidité avec laquelle elle fait jaillir ses molécules… L’image placée en frontispice représente la surface d’un pétale de rose de Damas photographiée à l’aide d’un microscope électronique. Peut-être que le secret de cette plante abordé ici se love dans ces petits monticules couleur de framboise.

© Books of Dante – 2015

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3 réflexions sur “Le mystère de la rose

  1. Je ne sais pas ce qu’il faut en penser, si ce n’est qu’elle est une merveilleuse plante ( encore plus ) unique parmi l’immensité des plantes…. Mais celle-ci n’est pas en voie de disparition ….

    Aimé par 1 personne

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