De la plante à l’huile essentielle

Aujourd’hui, je vous emmène à la découverte d’arcanes dont on ignore parfois presque tout lorsqu’on est face à un flacon d’huile essentielle. D’habitude, j’écris des articles sur ce qui se déroule en aval, décortiquant les unes après les autres les huiles essentielles qui passent entre mes mains. Changeons un peu d’optique et rendons-nous en amont.

LES PLANTES

Toutes les plantes qui peuplent notre planète ne sont pas concernées. Seule une petite fraction des 800 000 végétaux recensés à ce jour nous offre une huile essentielle. Parmi ce petit groupe « select », on distingue trois « statuts » :

  • La plante x, sauvage, dans son biotope naturel
  • La plante x, de culture biologique
  • La plante x, de culture conventionnelle

Chacune de ces trois plantes ne présente pas la même qualité d’huile essentielle. La première, vivant avec la rudesse et toutes les difficultés de son environnement, donc non protégée par l’homme, contrairement aux deux autres, produira la plus belle qualité qui soit.
Ces plantes sont dites aromatiques parce qu’elles recèlent des molécules aromatiques – ça ne s’invente pas – dans au moins une de leurs parties (racine, rhizome, écorce, bois, feuille, fleur, graine, semence, oléorésine…). Dans ces plantes, il existe de petites « usines » à essence aromatique prenant la forme de cellules à essence. Ces dernières sont protégées de l’oxydation et de l’évaporation par une membrane. Ainsi la fabrication de l’essence se déroule-t-elle en vase clos (nous aurons encore l’occasion de constater un peu plus loin que l’hermétisme est de rigueur). Selon la famille botanique à laquelle une plante appartient, ces cellules se conforment différemment : des poches (Lauracées, Astéracées), des poils sécréteurs (Lamiacées), enfin des canaux (Abiétacées, Cupressacées).

POURQUOI FABRIQUER UNE ESSENCE ?

Une plante fabrique une essence pour plusieurs raisons :

  • La protection face au soleil, à la chaleur, aux prédateurs (vers, insectes), aux maladies (bactéries, virus, champignons). A ce titre, on ne sera pas surpris d’apprendre que certaines plantes cultivées de manière conventionnelle sont en partie privées de leurs défenses naturelles par l’apport de produits phytosanitaires divers et variés, et qu’elles contractent des maladies qui épargnent leurs sœurs poussant à l’état sauvage…
  • La séduction : les molécules aromatiques participent à la pollinisation.
  • La communication : certaines molécules aromatiques jouent le même rôle que les phéromones.

LES FACTEURS ENVIRONNEMENTAUX

Ils jouent un rôle fondamental et caractérisent le biotope, autrement dit le lieu de vie d’une plante : l’ensoleillement et la luminosité (ultraviolets en altitude et infrarouges au niveau de la mer), le vent, l’altitude, la latitude, la nature du sol, l’humidité, la sécheresse, les populations végétales indigènes voisinant à proximité de la plante concernée, etc.
Il existe aussi des facteurs propres à la plante elle-même comme, par exemple, son cycle végétatif. Tout ceci a une incidence sur la variabilité biochimique, laquelle est chromosomiquement déterminée.

LA RECOLTE

Manuelle ou mécanisée, elle répond à des impératifs temporels. Toutes les plantes aromatiques ne sont pas cueillies au même stade de développement. La menthe poivrée et la sarriette des montagnes se récoltent avant floraison, alors qu’il faut voir fleurir la lavande fine et le romarin officinal pour en débuter la cueillette. Pour d’autres plantes telles que la sauge sclarée et la menthe à longues feuilles on attend qu’elles soient en graines.
Le moment de la journée compte également. Tandis que la récolte de la rose de Damas et de la lavande fine se déroule en matinée, il est recommandé de ramasser thym et romarin l’après-midi. La saison joue, elle aussi, son rôle. C’est le cas à propos du thym vulgaire. Un thym d’hiver sera fourni en monoterpénols alors qu’un thym d’été présentera une concentration plus élevée en esters. Enfin, pour une même plante, on observe des modifications moléculaires selon son âge (basilic tropical, verveine citronnée) et l’état d’avancement de la maturité des parties végétales récoltées. Ainsi, les feuilles de l’eucalyptus citronné, qu’elles soient jeunes, adultes ou mâtures, produiront des huiles essentielles différentes d’un point de vue biochimique.

récolte

PREPARATION AVANT DISTILLATION

Une fois la récolte achevée, les parties végétales destinées à être distillées sont préparées. Selon les cas, elles restent entières ou bien concassées, broyées, pulvérisées, réduites à l’état de copeaux ou de sciure. On distille certaines plantes à l’état frais, d’autres sèches ou bien légèrement fermentées.

LA DISTILLATION

Ce joli schéma va nous permettre de tout comprendre. Quelques annotations sont tout de même bienvenues.

Processus_distillation_huile_essentielle

Un alambic, ça fonctionne un peu comme une cocotte-minute. La cuve métallique en inox ou en cuivre (1), hermétiquement fermée, accueille la plante que l’on souhaite distiller. Soit celle-ci est immergée dans l’eau que contient cette cuve, soit elle est déposée sur une grille ou une plaque métallique percée de trous située au-dessus de l’eau (2). Cette dernière méthode est dite « par entraînement à la vapeur d’eau ». L’eau, en chauffant, va former de la vapeur d’eau qui va dissocier les molécules aromatiques de la plante. Ces dernières, par leur caractère volatile, vont être entraînées dans un serpentin (3) plongé dans une cuve constamment alimentée en eau froide. Par contraste entre le froid et le chaud, les molécules vont se condenser sur la paroi du serpentin, pour finir par s’écouler jusqu’à l’essencier (4) au niveau duquel une décantation se déroule. Se séparent alors l’eau issue de la vapeur et les molécules aromatiques. Celles-ci, de densité inférieure à celle de l’eau (la plupart du temps, sauf pour quelques rares huiles essentielles comme la cannelle de Ceylan « écorces », la gaulthérie couchée…), vont se regrouper. Plus légères, elles flottent à la surface de l’eau. On désigne par le terme d’huile essentielle ce regroupement moléculaire, tandis que l’eau qui le supporte se nomme hydrolat aromatique.

Alambic

Durant tout ce processus, des détails techniques importants doivent être observés :

  • La qualité de l’eau qui ne doit être ni dure ni alcaline.
  • La propreté des installations matérielles (une fois qu’on a fait la cuisine, on fait la vaisselle, n’est-ce pas ? ^^)
  • La pression à l’intérieur de l’alambic, toujours très basse, doit être comprise entre 0,05 et 0,10 bar.
  • La température.
  • La durée de la distillation, variable d’une plante à l’autre. Elle est fonction des molécules aromatiques que l’on cherche à extraire de la matière végétale. De poids moléculaire et de volatilité différents, elles sont extraites les unes après les autres. Par exemple, l’alpha-pinène sort (presque) toujours en tête de distillation au bout de 15 mn, alors que des molécules plus lourdes comme les coumarines invitent à la patience puisque leur temps de rétention est beaucoup plus élevé (pas loin de 85 mn pour la lavande fine par exemple). Parfois on procède à une distillation fractionnée incluant un temps de repos. C’est le cas pour le genévrier commun, le cyprès toujours vert et le céleri. Enfin, dans le cas où l’on a affaire à une fraction végétale dont le rendement est très faible, on pratique le cohobage.
  • Une fois produites, on entrepose les huiles essentielles au frais dans des cuves inaltérables et hermétiques. Cela permet d’éviter une oxydation et une polymérisation qui auraient alors une incidence sur la fluidité et la couleur des huiles essentielles. Plus tard, elles seront conditionnées dans les petites bouteilles de verre brun ou bleu que vous connaissez bien, mais pas avant que chaque huile essentielle ait reçu le sésame qui lui ouvrira les portes de l’aromathérapie.

Avons-nous oublié quelque chose avant de passer à l’étape suivante ? J’ai bien l’impression que oui : le savoir-faire, le professionnalisme et le charisme du Maître-distillateur sont des aspects que l’on a beaucoup trop souvent tendance à négliger et à ignorer.

LES ANALYSES

Elles permettent de contrôler la couleur, l’odeur et la saveur des huiles essentielles. Mais également différentes constantes (densité, solubilité dans l’alcool, point de fusion, point d’ébullition, point de congélation), ainsi que le pouvoir rotatoire et l’indice de réfraction. Autant dire que c’est un véritable parcours du combattant que doivent subir les huiles essentielles que l’on passe au gril.
Ensuite, on parvient à l’étape de la chromatographie en phase gazeuse et du spectromètre de masse qui déterminent quelles sont les molécules en présence dans un lot d’huile essentielle ainsi que les proportions de chacune. A partir de là, un bulletin d’analyse est élaboré.
Ce n’est qu’après l’ensemble de ces contrôles qu’une autorisation de mise sur le marché est délivrée par les organismes habilités (AFNOR, ISO…).

Certificat analyse huile essentielle

Pourquoi toutes ces précautions ? Afin que soient vérifiées les qualités de chaque huile essentielle destinée à l’aromathérapie. Ainsi l’on sait quelles sont celles qui présentent des caractères à 100 % pur, naturel et total. Cela permet d’éviter de délivrer un visa d’authenticité à des huiles essentielles rectifiées ou reconstituées, et donc de pister les fraudeurs, ainsi que différents éléments qui peuvent se retrouver dans les huiles essentielles tels que les produits phytosanitaires (engrais, pesticides, désherbants) et les métaux traces (plomb, mercure) qui altèrent le produit.
Enfin, tout cela pour vous, afin que vous puissiez employer des produits de haute qualité !

© Books of Dante – 2015

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3 réflexions sur “De la plante à l’huile essentielle

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