Le persil en phyto-aromathérapie

(Petroselinum sp. : P. sativum et P. crispum)

Le persil, comme beaucoup d’autres plantes issues de la grande famille des Apiacées (ex-Ombellifères), est une plante bisannuelle à forte racine pivotante, épaisse, blanche et charnue, qui pousse sur des sols riches et frais (1). Elle porte des tiges robustes et finement striées. Ses feuilles, vert foncé et glabres, dentées ou frisées, sont divisées en trois segments. Lors de la seconde année, de grandes ombelles de fleurs verdâtres se développent au sommet des hampes florales, ce qui permet à la plante d’atteindre une hauteur maximale de 80 cm. Après la floraison, des graines aromatiques apparaissent.
La première année, on peut récolter la racine à l’automne (elle fait partie des « cinq racines apéritives » avec celles de fenouil, d’ache, d’asperge et de fragon). Ce n’est que l’année suivante qu’on récolte les semences, classées dans le groupe des « quatre semences chaudes mineures » (avec la carotte, le khella et l’ache).

Il est remarquable que le persil ait perdu une grande partie de son aura de plante médicinale majeure ainsi que, dans une mesure moindre, son usage condimentaire. Il est temps de redorer son blason !

Il y a un peu plus de trente siècles en Égypte (XX ème dynastie), on observe que le persil est employé à travers des cérémonies au caractère mortuaire. Lors de l’Antiquité gréco-romaine, le persil est tout à la fois un aliment et un médicament. Théophraste en donne une description au IV ème siècle av. J.-C. Le petroselinon (2) des Grecs était aussi connu de Dioscoride, ainsi que de Latins comme Galien et Pline l’ancien (3). Ses vertus médicinales sont surtout diurétiques. On employait ses feuilles et ses graines dans des affections des reins et de la vessie.

Au Moyen-Âge, les vertus médicinales du persil prennent de l’ampleur. On note sa présence dans les jardins carolingiens (cf. Capitulaire de Villis, VIII ème siècle). On le cultive au monastère de Saint-Gall à la même époque. Il est dit que le persil est alors davantage médicinal que condimentaire, ce qui n’est pas tout à fait exact. Certes, bien des médecins médiévaux l’emploieront dans leurs pratiques : Averroès, Constantin l’africain, Albert le Grand, Odon de Meung, Hildegarde de Bingen… En plus d’être toujours considéré comme un excellent diurétique, on lui accorde d’autres propriétés (apéritif, antilithiasique urinaire et biliaire, carminatif et résolutif). « Le persil est plus utile quand il est cru que lorsqu’il est cuit, nous dit Hildegarde. Il adoucit les fièvres si elles ne sont pas trop fortes. » On en fait également un usage externe à travers des cataplasmes mêlant du jus de persil, de la farine et du blanc d’œuf, qu’on applique par la suite sur ulcères et blessures. Mais il est vrai qu’il était aussi employé comme condiment. Par exemple, on se servait de persil pour verdir les plats, leurs couleurs ayant une importance primordiale au Moyen-Âge. Que ce soit dans le Mesnagier de Paris ou le Viandier de Taillevent, le persil est abondamment cité, aussi bien en tant qu’aromatique hachée dans une farce que constitutif d’un bouquet garni destiné à un court-bouillon. Il est même au centre de la sauce verte, un condiment accompagnant viandes et poissons rôtis. C’est donc une plante extrêmement courante à cette époque, elle est même vendue par des marchands ambulants.

A la Renaissance, l’équilibre existant entre les aspects condimentaires et médicinaux se rompt quelque peu. Au tout début du XVI ème siècle, un médecin et distillateur allemand, Hieronymus Brunschwig, est sans doute le premier à obtenir de l’huile essentielle de persil, tandis qu’à la même époque en France, le médecin Jean Fernel l’utilise à la manière des Anciens, comme diurétique. Peu après, le médecin flamand Rembert Dodoens établira d’autres propriétés du persil : il le préconise contre des affections spasmodiques (épilepsie, asthme, toux). Il est dommage qu’il n’ait pas été écouté en son temps, car il s’avère que le persil possède bel et bien les propriétés qu’il a énumérées (l’huile essentielle de persil est l’une des plus puissantes anti-épileptiques connues).

Plus près de nous, au XIX ème siècle Cazin obtient de remarquables résultats en utilisant le persil comme diurétique. Mais également contre la blennorragie, les affections urinaires et néphrétiques, la leucorrhée, etc. Au XX ème siècle, alors que le célèbre médecin français Léon Binet fera l’éloge du persil (4), son huile essentielle est inscrite au Codex (1949) comme emménagogue et circulatoire.

On dit du persil qu’il aurait jailli du sang d’un héros grec nommé Archemorus. Il était dédié à Perséphone qui passait la moitié de son temps aux Enfers. Est-ce pour cette raison que, selon une ancienne superstition médiévale, les semences de persil devaient descendre sept fois aux Enfers avant de pouvoir germer ? Au passage, le Diable, très friand de persil, en gardait une petite partie pour son usage personnel.
D’après une autre croyance, s’arroser la tête de semences de persil durant la nuit aiderait à résoudre les problèmes de calvitie. Ce qui est d’autant plus étonnant lorsque l’on sait que le persil est un tonique capillaire. Comme quoi, les croyances ayant l’air de rumeurs ou de légendes ne sont pas toujours dénuées de fondement…
Le persil avait aussi la réputation d’être une herbe de jeteur de sorts. On pensait qu’il ne pouvait pousser que s’il était planté par une femme ou une sorcière, parfois par un enfant.


  1. Il existe une variété de persil cultivée spécialement pour en consommer la racine. Celle-ci ressemble à un petit panais bien qu’elle n’en partage pas tout à fait la saveur.
  2. Du grec petros, pierre et de selinon, ache. Petroselinon veut donc dire : ache des rocailles. Les Grecs anciens mentionnent que cette plante poussait sur les rocailles macédoniennes. D’autres auteurs pensent que petros fait référence non pas au caillou mais au prénom Pierre, car le persil aurait été dédié au saint du même nom.
  3. Pline faisait de cette plante un usage particulier : pour soigner ses poissons malades, il aspergeait leur mare de persil.
  4. Selon Binet, le persil permet de conserver la jeunesse et d’accroître la longévité. Encore une plante qu’on peut élever au rang de panacée !

persil_plat_Petroselinum_sativum

Le persil en aromathérapie

1. Huiles essentielles de persil : description et composition

Selon qu’il est plat ou frisé, le persil n’offre pas les mêmes huiles essentielles. De chacun d’eux, on distilla trois parties différentes : les racines, les feuilles et les graines (parfois, toutes ces parties sont distillées ensemble). Ce qui permet d’obtenir six huiles essentielles au total. Nous n’en retiendrons que deux. La première est issue des feuilles du persil frisé, la seconde des graines du persil plat. Il va sans dire que ces deux produits n’ont strictement rien à voir, tant au niveau de la composition biochimique que des propriétés et usages thérapeutiques. On observe également de grandes disparités en terme de rendement.

tableau comparatif HE persil frisé et HE persil plat

2. Propriétés thérapeutiques

HE persil frisé :

  • Anti-épileptique, antispasmodique
  • Dépurative rénale, diurétique
  • Antibactérienne
  • Emménagogue
  • Détoxifiante légère

HE persil plat :

  • Neurotonique
  • Myotonique
  • Utérotonique
  • Emménagogue, antigalactogène
  • Antispasmodique
  • Anticatarrhale

3. Usages thérapeutiques

HE persil frisé :

  • Troubles nerveux, épilepsie
  • Entérocolite spasmodique et inflammatoire
  • Troubles rénaux, insuffisance rénale
  • Insuffisance ovarienne

HE persil plat :

  • Asthme
  • Affections et infections urogénitales, urétrite, leucorrhée
  • Aménorrhée, oligoménorrhée
  • Torticolis, spasmes musculaires
  • Inhibition de la sécrétion lactée

4. Contre-indications

HE persil frisé : on observe une toxicité chronique liée à la présence de myristicine. Mais aussi une toxicité aiguë qui peut provoquer des céphalées, des troubles gastriques, hépatiques et rénaux. Choc et coma sont possibles.

HE persil plat : neurotoxique et abortive à hautes doses, elle est interdite chez le bébé et l’enfant, ainsi qu’en cas de grossesse et d’allaitement. L’apiol (ou camphre de persil), substance découverte en 1855, peut provoquer des symptômes cannabiniques. De plus, c’est un violent irritant local (gastro-entérites, lésions hépatiques et rénales, hématurie, urticaire, ictère, etc.).

Persil_frisé_Petroselinim_crispum

Le persil en phytothérapie

1. Description et composition

Le persil frisé présentant des propriétés moins actives que le persil plat, nous allons donc concentrer notre regard sur ce dernier. C’est une plante que nous utiliserons à l’état frais pour feuilles et racines, à l’état sec pour les graines. C’est l’un « des plus précieux aliments de sécurité que la Nature a mis généreusement à la disposition de l’espèce humaine » (Lucie Randoin). Le persil est particulièrement riche en chlorophylle, en vitamines (A, B2, B3, B9, C, E) et en oligo-éléments (potassium, calcium, sodium, magnésium, sélénium, fer, manganèse, zinc, cuivre, cobalt, chrome, bore, iode, soufre, phosphore, etc.).

2. Propriétés thérapeutiques

  • Apéritif, digestif, stomachique, carminatif, vermifuge intestinal
  • Tonique : général, nerveux, capillaire, oculaire, cutané, utérin
  • Antirachitique, antiscorbutique, anti-anémique
  • Emménagogue, antigalactogène
  • Dépuratif, diurétique, détoxicant
  • Antixérophtalmique (qui permet de lutter contre la xérophtalmie, une affection qui consiste en l’assèchement de la conjonctive et de la cornée)
  • Antispasmodique
  • Préventif des lithiases biliaires
  • Résolutif
  • Insectifuge

3. Usages thérapeutiques

  • Anémie, troubles de la nutrition et de la croissance, scorbut
  • Troubles gastro-intestinaux : dyspepsie, flatulences, putréfaction intestinale, parasites intestinaux (oxyures), inappétence, atonie biliaire
  • Troubles typiquement féminins : leucorrhée, règles douloureuses, mastites, engorgement des seins, arrêt de la lactation
  • Troubles cutanés : piqûres d’insecte, irritations, ecchymoses, plaies, blessures, contusions, coupures, éclaircissement du teint, taches de rousseur
  • Algies : entorses, foulures, douleurs rhumatismales et arthritiques, névralgies, névralgies dentaires
  • Lithiases urinaires, oligurie
  • Moustiques, poux

4. Autres usages

Courant en Europe, le persil est l’un des ingrédients du fameux bouquet garni en compagnie du laurier et du thym. C’est un condiment qui peut agréablement accompagner omelettes, taboulé, salades de crudités, etc.
Si l’on cultive du persil près d’un rosier, ce dernier verra croître son parfum et sa résistance. Le persil est l’une des nombreuses plantes-soin.
Si le persil est très apprécié des lapins et des hamsters, il constitue un poison pour les poules, les perroquets, ainsi que d’autres oiseaux.

© Books of Dante – 2014

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