L’ail (Allium sativum), un compagnon santé

Étymologiquement, rien de complexe. Allium fait référence à la famille botanique à laquelle l’ail appartient : les Alliacées. Dont font également partie d’autres allium comme le poireau, la ciboulette, l’oignon, etc. Sativum, ça signifie « qui est cultivé ». Vous pouvez le rencontrer sous la forme sativa si la plante porte un nom féminin comme la nigelle (Nigella sativa). Parfois, on trouve cet adjectif latin écrit au masculin alors qu’il est associé à une plante féminine comme la coriandre (Coriandrum sativum). Cela s’explique par le fait que la coriandre était autrefois un mot masculin (le coriandre jusqu’à la fin du XVI ème siècle).
Plante annuelle, l’ail comporte une tige unique mais, selon les espèces, pas de hampe florale. Ses feuilles sont longues et fines, et ses fleurs estivales, groupées en ombelle globuleuse à la cime de la tige, sont petites et blanches, parfois nuancées de rose. Parfois, on remarque que certaines fleurs n’en sont pas. A leur place, on trouve des bulbilles stériles. Dans le sol, la fameuse tête d’ail est composée de gousses, plus exactement de caïeux, au nombre de 5 à 20, chacune d’elles étant enveloppée d’une membrane parcheminée.

têtes d'ail

Bien que n’ayant peu été développé en nombre de variétés au fil des siècles, l’ail, qu’il soit blanc ou rose, est une plante pour laquelle l’engouement demeure intact. Ayant probablement migré des steppes d’Asie centrale à une époque préhistorique, il est cultivé depuis plus de 5 000 ans. Particulièrement prisé des Égyptiens, ces derniers l’élevèrent au rang de divinité. Aliment des travailleurs de force, il entretient une étroite relation avec les bâtisseurs des pyramides égyptiennes. S’étant répandu à l’ensemble du pourtour méditerranéen, l’ail fut aussi un précieux allié des Romains, pour lesquels il était aussi une plante sacrée, même s’il était interdit aux personnes en ayant consommé d’entrer dans le temple de Cybèle à Rome… Galien le qualifia de thériaque des paysans, autant dire qu’il avait dû en percevoir la puissance. Pline, qui le dit tonique, devait très certainement savoir que lors de la conquête des Gaules par Jules César, les légionnaires ne possédaient, dans leur gibecière, en tout et pour tout, que des quignons de pain et des gousses d’ail. Chez les Grecs, Hippocrate le préfère à l’oignon tandis qu’Aristophane en fait l’apologie. Plus tard, Dioscoride attestera, comme son célèbre aîné, des vertus diurétiques et vermifuges de l’ail.

A l’époque médiévale, il est naturellement présent dans le capitulaire de Charlemagne, ce texte qui édicte la liste des plantes devant apparaître dans les jardins de l’Empire. L’alia est alors utilisé pour ses propriétés médicinales (extinction de voix, rage, surdité, fièvre, migraine, asthme, hépatite, maux de dents, maux de reins…). L’école de Salerne établira ses propriétés antiseptiques, ce qui n’est pas rien à une époque où la peste frappe durement les populations européennes. C’est ainsi qu’on en fit un remède contre cette maladie, qui s’illustre à travers le très célèbre vinaigre des quatre voleurs (plus tard, même Paracelse, Nostradamus et Ambroise Paré ne diront pas autre chose). Cette habitude sera conservée pendant des siècles, elle n’est pas que l’apanage du Moyen-Âge. Il était coutume d’écraser des gousses d’ail dans les lieux abritant des personnes infectées afin d’éviter les contagions (choléra, typhus, diphtérie, grippe…). Hildegarde de Bingen quant à elle préconise de l’employer plutôt cru que cuit. Sage et lumineuse intuition qu’aura eu l’abbesse.
Très peu utilisé pour accompagner les viandes au temps de la cuisine médiévale, l’ail se réserve davantage aux poissons et aux sauces. D’un point de vue anecdotique, un auteur byzantin rapporte que des croisés choquèrent les populations rencontrées à cause de leur forte haleine aillée !

Au tout début de la Renaissance, il y a donc environ cinq siècles, il est dit qu’Henri IV eut les lèvres frottées d’ail à la naissance. A la même époque, ses propriétés désintoxicantes et diurétiques furent établies.
Plus près de nous, au siècle dernier, on a mis en évidence plusieurs propriétés majeures de l’ail : ses actions anticancéreuses, hypotensives et antidiabétiques. Ce qui n’est pas rien puisque cancer, diabète et maladies cardiovasculaires sont quelques uns des principaux fléaux de ce siècle et du notre.

L’Histoire nous narre nombre d’anecdotes concernant l’ail. Certaines relèvent de la superstition alors que d’autres pourraient trouver leur origine dans une ingénieuse forme d’intuition. Petit tour d’horizon.
Si l’ail demeure célèbre pour repousser les vampires, son usage historique pour cette raison est bien réel (Europe centrale). Offrant valeur de protection, c’est un allié contre le mauvais œil, de l’Europe méditerranéenne à l’Inde. En Italie, Sicile et Grèce ne confectionne-t-on pas des bouquets de têtes d’ail liées entre elles par des brins de laine rouge ?
Récemment encore semble-t-il, les bergers des Carpates se frottaient les mains d’ail béni afin d’éloigner les serpents des troupeaux et de les préserver ainsi des morsures. On protège les enfants du même danger en disposant de l’ail tout autour de leur berceau, alors que des colliers de têtes d’ail assurent une protection contre les maux de dents et les vers chez les enfants.

Fleur_d'ail

1. L’ail : composition et description

Nous concentrerons spécifiquement notre attention sur l’ail en phytothérapie. Si l’huile essentielle d’ail existe bel et bien, son emploi est bien trop malaisé pour faire sur elle un focus, comme je l’ai fait au sujet d’autres plantes. Vous comprendrez au fur et à mesure pour quelles raisons je laisse cette huile essentielle volontairement de côté. Et je ne suis pas le seul, de Jean Valnet à Michel Faucon, nombreux sont les aromathérapeutes à ne l’avoir que peu ou pas du tout employé.
Que ce soit en phytothérapie comme en aromathérapie, ce sont les gousses d’ail fraîches que l’on utilise. Distillé, l’ail permet de produire une huile essentielle incolore qui concentre la puissante odeur piquante de l’ail frais, une substance majoritairement constituée de composés soufrés (environ 80 %). Cette huile présente aussi l’inconvénient de laisser son odeur à tout ce qui l’entoure.

2. Propriétés thérapeutiques

  • Antiseptique pulmonaire et intestinal, antibactérien, antifongique
  • Stimulant cardiaque, cardiotonique, hypotenseur, vasodilatateur, hypocholestérolémiant, anti-agrégeant plaquettaire, réducteur de la glycémie sanguine
  • Apéritif, digestif, stomachique, carminatif, antispasmodique stomacal, purifiant intestinal, ténifuge, vermifuge
  • Anti-inflammatoire
  • Diurétique
  • Expectorant
  • Hormon like (thyroïde), cortison like léger
  • Inhibiteur de la formation des cellules cancéreuses.

Cette dernière propriété n’a rien d’actuel puisqu’elle a été remarquée au début du siècle dernier. Voici le résultat d’une expérience rapportée par le docteur Valnet dans l’un de ses trois principaux livres : « des injections de cellules fraîches de sarcome ont été faites à des souris. Auparavant, les principes de l’ail avaient été administrés à un certain nombre de souris, qui résistèrent aux effets de l’inoculation, si bien qu’après 180 jours d’observation, elles étaient toujours en vie, alors que les animaux non traités périrent dans les 16 jours » (Se soigner par les légumes, les fruits et les céréales, p. 167). Assainisseur puissant, l’ail, surtout s’il est bio, est un très bon anti-oxydant (rH2 à 9,5) et possède un pH acide (5,4), deux conditions qui, lorsqu’elles sont réunies, s’opposent aux pathologies alcalino-oxydées comme l’est… le cancer ! A ce titre, il n’est guère étonnant que les Chinois, gros consommateurs d’ail, voient 20 fois moins de cas de cancer que d’autres zones géographiques où les populations n’en font pas ou peu l’usage.

3. Usages thérapeutiques

« L’ail fournirait […] la panacée et la source de jouvence recherchées depuis si longtemps. On le propose à peu près pour toutes les maladies du corps humain. » Nous verrons que l’ail tel qu’il est présenté par Paul-Victor Fournier (Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 59) n’a en rien usurpé sa réputation tant ses emplois sont nombreux et variés.

  • Troubles cardiovasculaires et circulatoires : tachycardie, hypertension, spasmes vasculaires, hémogliase, hypercoagubilité sanguine, thrombose, embolie, artériosclérose, excès de cholestérol, varices, hémorroïdes
  • Troubles gastro-intestinaux : spasmes intestinaux, atonie digestive, diarrhées, dysenterie, digestion pénible, inappétence, flatulences, vers intestinaux (ascarides, oxyures, ténias)
  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite, bronchite catarrhale, tuberculose pulmonaire, coqueluche, rhume, asthme, emphysème
  • Troubles musculaires et articulaires : arthrite, rhumatisme, muscles endoloris
  • Maladies infectieuses (grippe, diphtérie, typhoïde, mycose, herpès) et parasitaires (gale, teigne)
  • Troubles de la sphère urinaire : lithiase, oligurie, blennorragie
  • Troubles cutanées : acné, verrues, plaies, plaies infectées, ulcères, cors, durillons, morsures et piqûres d’insectes
  • Asthénie, fatigue générale

4. Modes d’emploi

Tout d’abord (et que cela soit en phytothérapie comme en cuisine), on gardera à l’esprit que l’ail frais est de loin préférable à l’ail cuit. En effet, la chaleur détruit une bonne part des principes actifs contenus dans l’ail. Que ce soit pour un usage externe comme interne, plusieurs formes galéniques sont possibles : décoction, macération (dans l’huile, le vinaigre, etc.), teinture-mère, alcoolat, sirop, liniment, onguent, cataplasme…
D’autres usages, comme le pessaire vaginal et le suppositoire sont quelque peu tombés en désuétude. Dans le premier cas, c’était, anciennement, le moyen de savoir si une femme était fertile ou non, en fonction de l’haleine qu’elle aurait le lendemain. Dans le second, il n’était pas rare que les mères de famille usent de gousses d’ail comme de suppositoires ; cela avait, dit-on, le pouvoir de fortifier leurs enfants. Ce que contredit le même usage qui a pour vertu de provoquer une fièvre temporaire, artifice bien pratique pour ne pas aller à l’école ou… au travail ! ^_^

5. Contre-indications et autres usages

  • Toxicité : tout d’abord, indiquer que l’huile essentielle d’ail est agressive pour la peau n’est pas du luxe. De même, elle est aussi caustique au niveau du tube digestif. Par exemple, à la dose d’une goutte pour un volume d’1/2 à 1 litre, un risque d’ulcération des intestins ainsi qu’une dysenterie grave sont possibles. Mais ce n’est pas tout. Même l’ail frais peut poser des problèmes en interne comme en externe. Lorsqu’on applique de l’ail pilé en cataplasme retenu par un pansement sur la peau, une vésication et une ulcération peuvent se produire. La fragilité de certains épidermes ne se prête donc pas à ce type d’usage. De plus, même en l’absence de cet inconvénient, la durée d’application de tels cataplasmes est susceptible d’irriter plus ou moins intensément la peau. En cas de verrue, il est recommandé d’appliquer l’ail sur la zone de la verrue, et d’éviter autant que possible la peau périphérique, sans quoi l’on peut brûler la peau qui finira par se dessécher (comme lorsque l’on « pèle » après un coup de soleil). Les personnes fragiles au niveau de l’estomac et des intestins éviteront l’ail. De même qu’en cas de taux sèches et/ou sanguinolentes, d’hémoptysie, etc. La femme qui allaite en suspendra l’emploi. En effet, l’ail altère la qualité du lait et peut donner des coliques aux nourrissons. Cependant, les personnes qui ne sont pas concernées par ces contre-indications se garderont de faire un usage abusif de l’ail, puisqu’à terme, il peut provoquer des céphalalgies et un affaiblissement des sens. « On devra se rappeler que l’ail est d’une telle puissance qu’il doit être employé avec modération, en fonction de la tolérance personnelle. Il ne convient pas de suivre l’attitude de certaines personnes qui pensent  »faire mieux » en multipliant les doses prescrites par 5 ou 10, et parfois plus. Les doses matraques ne sont, en effet, pas plus indiquées en phyto-aromathérapie qu’en chimiothérapie. On se souviendra alors qu’au-delà d’un certain seuil les effets s’amoindrissent, deviennent nuls ou même s’inversent (Jean Valnet, op. cité, p. 167).

  • Cuisine : les usages culinaires de l’ail sont fort nombreux. Nous ne les mentionnerons pas tous. Ce que nous pouvons néanmoins dire, c’est que parmi les plantes condimentaires, le groupe des allium (oignon, ail, ciboule, ciboulette) est celui qui est le plus utilisé. La saveur du bulbe se développe quand on le coupe ou l’écrase. Cette saveur plus forte quand le bulbe est cru peut être incommodante, ne serait-ce qu’à cause de l’haleine qu’il provoque. Contre cela, il suffit de croquer quelques graines d’anis, de cumin ou de cardamome. De même, les feuilles de persil, de cerfeuil et d’angélique viennent à bout de l’arôme de l’ail, ainsi que la pomme. Cependant, avant consommation cuite ou crue, il est préférable d’ôter le germe contenu dans la gousse. L’ail cuit peut parfois provoquer des nausées chez certaines personnes : le cuire avec du gingembre frais fait disparaître ces nausées.

  • Jardinage : dans un potager, l’ail sera planté loin des pois, haricots et asperges. En revanche, près des pommes de terre et des tomates, c’est profitable.

  • Florithérapie : il existe un élixir floral à base de fleurs d’ail destiné aux personnes sujettes à des peurs profondes : peurs constantes qui fragilisent des personnes en proie à une insécurité permanente. Cet élixir permet de retrouver son calme et de ne plus agir dans la précipitation.

© Books of Dante – 2014

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