Le capillaire, une plante tirée par les cheveux !

Capillaire de Montpellier 3

Adiantum capillus veneris. Ce qui, littéralement, signifie : cheveux de Vénus qui ne se mouillent pas. Bien ésotérique, tout ça. Décortiquons grâce à d’anciens textes de l’Antiquité. Les Grecs nommaient cette plante de diverses manières :

  • Adianton leukos : du grec « a », privatif, de « diaïnô », mouiller et « leukos » qui fait ici référence à la couleur des feuilles, c’est-à-dire claire. C’est l’adiantum des Latins.
  • Kallitrichon : du grec « trix, trichos » qui veut dire cheveux. Ce nom donnera herba callitrichum chez les Romains.

La première appellation désigne une plante aux feuilles vert clair qui ne se mouillent pas. En effet, le capillaire laisse l’eau glisser sur ses feuilles. Comme le nota Théophraste, « arrosée d’eau, elle ne se mouille pas et ne reste pas humide, parce que l’eau n’y adhère pas ».
La seconde dénomination s’explique par le fait que le capillaire était sensé accorder la beauté au corps et surtout aux cheveux. C’est une des propriétés que prisèrent tant les Grecs que les Romains. Pline l’Ancien s’en fit l’écho : « quelques-uns l’appellent callitrichon, d’autres polytrichon, deux noms dû à ses propriétés : il noircit les cheveux » (Histoire naturelle).

Le gracieux capillaire du bois sacré de la déesse Hécate était, pour les Grecs, une plante donnant la beauté. C’est pour cela qu’elle a été classée parmi les plantes d’Aphrodite. C’est du moins ce qu’indiquent de vieux manuscrits astrologiques de l’Antiquité. Le capillaire, d’un point de vue astrologique, fut donc associé à la planète Vénus qui, comme l’on sait, est la patronne de la beauté et de l’amour (on retrouve Vénus dans le mot vénérien).
A cette époque ancienne où la magie flirtait avec la « science » médicale, il n’est pas étonnant que certaines sources relatent l’emploi du capillaire à travers des onguents miraculeux sensés effacer les rides et d’autres produits cosmétiques à même de rendre admirables ceux qui s’en enduiraient le visage. On alla même jusqu’à appliquer un collyre à base de capillaire dans les yeux de ceux qui les avaient bleus, couleur peu réputée chez les Grecs. Enfin, une lotion capillaire, bien nommée, permettait de s’assurer la luxuriance d’une chevelure à tout jamais couleur d’ébène (1).
Au-delà de cette dimension relativement prégnante (Vettius Valens, un astrologue grec du II ème siècle, mentionne que la planète Vénus a les coiffeurs sous sa coupe ! ^^), les auteurs romains indiquaient que le capillaire se destinait à soigner les morsures de serpent et les piqûres de scorpion (encore !), les ulcères, l’hydropisie, les maux de tête, les écrouelles, etc. Les Grecs limitaient l’emploi du capillaire en fonction des mélothésies planétaires. Étant une plante de la femme, elle fut donc associée aux troubles typiquement féminins (leucorrhée, métrite). C’est pour cette même raison qu’elle fut considéré comme emménagogue et apte à faciliter l’accouchement. Logiquement, ce fut également une plante employée dans les affections bronchiques et pulmonaires (les poumons étaient placés sous la domination de la planète Vénus). De fait, Galien notera les propriétés expectorantes du capillaire. Alexandre de Tralles ajoutera que cette plante est « capable de soulager les sujets dont les organes respiratoires sont embarrassés par des humeurs épaisses et visqueuses » (propriété mucolytique : apte à drainer le mucus hors de l’organisme).
Si certains usages rencontrés plus haut paraissent quelque peu tirés par les cheveux (^^), il est bon de noter que les propriétés anti-poison du capillaire trouvent leur origine dans le fait qu’Aphrodite/Vénus était tenue pour responsable des décès par potion vénéneuse (selon la loi de la contrariété propre à la magie, jouant tant sur la sympathie que sur l’antipathie).

Pourquoi donc le capillaire a-t-il été désigné comme plante de la femme et de Vénus ? En quoi ses actuelles propriétés peuvent-elles expliquer ses prétendues implications dans le domaine de la gynécologie et de l’obstétrique ? Parce que lorsqu’on fouille les sources récentes (dont certaines sont passées dans la moulinette scientifique), rien ne permet d’asseoir ces hypothèses et de les valider. Quelle mystérieuse signature la plante recèle-t-elle ? (La réponse est cachée quelque part dans cet article… Mais ne vous arrachez pas les cheveux pour autant ^^). Les astrologues grecs « semblent avoir surtout souhaité privilégier deux des attributs propres à la planète [Vénus], qui se confondent avec ceux de la déesse : l’amour et la beauté. Les plantes d’Aphrodite avaient la particularité de procurer l’un et l’autre, parfois les deux. Elles sont donc supposées être aphrodisiaques et avoir des effets bénéfiques sur les relations sexuelles » (Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 358).
Il est fort possible que les Grecs soient allés un peu vite en besogne et que, d’un détail, ils aient extrapolé tout un tas de propriétés que ne possède pas le capillaire (nous verrons plus loin qu’elles sont en-deçà de ce qu’imaginaient les Anciens, tant Grecs que Romains). Cependant, on ne peut que féliciter les auteurs antiques d’avoir fourni des descriptions précises permettant aujourd’hui d’identifier la plante que l’on retrouve aussi, apparemment, dans de vieux papyrus égyptiens.

Si on le dit de Montpellier, c’est en raison du fait qu’un botaniste lillois, Lobelius (1538-1616), venu étudier à l’école de médecine de Montpellier, fut l’un des premiers à utiliser le capillaire contre l’asthme et la coqueluche. La seconde raison, c’est que cette fougère est méridionale.
Par la suite, on sait qu’Olivier de Serres cultivait le capillaire dans son jardin médicinal du Pradel, en Ardèche. Il élargira les vertus du capillaire : antilithiasique, diurétique, hémostatique et hépatique.
En toute fin du XVII ème siècle, le café Procope à Paris mettra la « bavaroise » à l’honneur. Il s’agit d’un mélange de café, de lait et de sirop de capillaire dont Leclerc dira, au début du XX ème siècle, qu’il est plus agréable que véritablement efficace.

Cette élégante fougère à port évasé est formée de fines frondes arquées dont les pétioles possèdent la caractéristique d’être quasiment noirs, contrairement à bien des fougères. Le capillaire possède de nombreuses feuilles vert clair placées en éventail et dont les marges sont finement crénelées. On la trouve plus majoritairement dans la partie sud de la France où elle est représentative de la flore des falaises humides méditerranéennes. Il lui faut donc, comme toutes les fougères, de l’humidité et de l’ombre. C’est pourquoi on la trouvera le long des murailles ombragées, en bordure de ruisseaux, sur les rocailles humides, comme nous le voyons ci-dessous :

Capillaire de Montpellier 2

Un peu de phytothérapie maintenant

1. Partie employée : les frondes (qui contiennent une gomme, du tannin, du mucilage, un principe amer, quelques traces d’essence…)

2. Propriétés thérapeutiques

Très employée autrefois (d’après Fournier), cette plante n’est plus guère usitée de nos jours. Cependant, elle est :

  • Expectorante, antitussive
  • Émolliente, adoucissante
  • Sudorifique légère
  • Diurétique légère

Nous sommes loin des nombreuses propriétés d’antan…

3. Usages thérapeutiques

  • Affections bronchopulmonaires : bronchite, trachéite, toux, catarrhe pulmonaire aigu ou chronique, rhume, gorge irritée

Chez l’adulte, le capillaire permet de seconder l’action de plantes plus actives (hysope officinale, lierre terrestre, véronique officinale…), alors qu’elle est parfaite et sans risque pour les enfants. On peut l’employer en infusion ainsi qu’en décoction. Cependant, la dessiccation fait perdre beaucoup de ses pouvoirs au capillaire. Aussi opterons-nous pour la teinture-mère ou le sirop issus de la plante fraîche.


  1. Les propriétés magiques de la plante étaient telles que pour Plutarque elle communiquait gaieté et bonne humeur alors qu’Elien vante ses effets protecteurs contre mauvais œil et sortilèges.

© Books of Dante – 2014

Découvrez mon nouveau livre !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s