Le Coquelicot (Papaver rhoeas)

Coquelicot-7

Synonymes : pavot sauvage, pavot des champs, pavot rouge, ponceau (au Moyen-Âge surtout).

Le coquelicot si commun et banal… Enfin, pas tout à fait. Il a longtemps été considéré comme une mauvaise herbe dans les champs de céréales en particulier, mais, que voulez-vous, c’est un habitué des champs, Pline l’Ancien rapporte déjà l’affection que porte le coquelicot aux cultures céréalières : entre « les pavots domestiques et les sauvages, existe une espèce intermédiaire qui croît d’elle-même dans les terres cultivées ; nous l’appelons rhoeas ou pavot erratique ».
C’est une plante qui a presque failli disparaître en raison de l’emploi massif d’herbicides, c’est-à-dire des substances qui visent à détruire les adventices dans un champ, sans s’attaquer à l’espèce cultivée. Par exemple, Roundup est le nom commercial d’un de ces produits fabriqué par Monsanto since… 1975 ; un autre adventice célèbre des champs de céréales, le bleuet, a bien failli subir lui aussi le même sort. Ce n’est pas là une manière de reconnaître le respect que ces deux plantes méritent amplement. Si l’on a découvert des fleurs de coquelicot dans des sépultures égyptiennes datant de plus de 3 000 ans, ça n’est sans doute pas sans raison qu’on les y a placées.
Cette plante, qu’on dit originaire de Bulgarie ou de Turquie, faisait, plus qu’aujourd’hui, partie de la pharmacopée des Grecs anciens. Dioscoride en avait déjà percé les secrets, il employait tant les capsules que les graines, sans omettre les fleurs, dans diverses affections et propriétés qu’on reconnaît encore de nos jours.

Forcé de s’exiler, le coquelicot a pris possession de terrains justement dédaignés par l’agriculture. Par son adaptabilité, il a su assurer sa survie. Les points rouge sang qui constellaient naguère les champs de blé mûris au soleil s’en sont allés… ailleurs ! Le coquelicot, même s’il a eu la vie dure, a donc colonisé d’autres contrées : terrains vagues, décombres, vieilles ruines, friches, jachères, dépotoirs, bordures de chemin, etc. Ceci étant, il n’est pas rare d’en voir quelques-uns parader en plein champ, en guise de pied-de-nez ! Et cela lui réussit plutôt bien d’autant que, au contraire de certaines espèces végétales dont le territoire est limité, le coquelicot se trouve presque partout dans le monde.
Nous comprendrons un peu plus loin pour quelle raison le coquelicot, espèce messicole et emblème floral de la France aux côtés du bleuet et de la marguerite, a été harcelé de la sorte. Ce qui ne lui aura pas empêché de faire ses preuves médicinales. Dès l’Antiquité, au IV ème siècle AV. JC., Théophraste relate des usages culinaires de la plante. Plus tard, le coquelicot trouve grâce aux yeux de Dioscoride comme nous l’avons évoqué plus haut. Durant une grande partie de la Renaissance, les pétales pulvérisés entrent dans la composition d’un remède contre la pleurésie (Matthiole, Chomel) mais il tombera en désuétude au XVIII ème siècle, siècle durant lequel il fut employé comme succédané de l’opium (le coquelicot agit à sa manière bien que de façon beaucoup plus atténuée, sans en observer les inconvénients).
On ne peut évoquer le coquelicot sans parler de l’opium, cette substance extraite d’un des cousins du coquelicot, le pavot, opium dont on a tiré un antalgique qu’à ce jour aucune molécule synthétique n’est parvenue à égaler : la morphine (ainsi que la codéine). Bien sûr, lier le coquelicot au pavot n’est pas sans danger. Mais, comme souvent, le danger réside dans l’ignorance.

LE COQUELICOT, TOXIQUE OU PAS ?

Qu’on le qualifie de petit cousin du pavot pourrait le laisser penser, sans compter qu’ils sont tous les deux des Papaver. Si l’on connaît l’un rouge sang et l’autre portant des fleurs généralement blanches ou mauves, il se trouve que la fleur du coquelicot peut parfois présenter des coloris proches de celles du pavot. Cependant, entre les deux, un détail d’importance demeure : botaniquement, on ne peut que les distinguer. Mais cela ne répond pas à la question de la toxicité du coquelicot me direz-vous. Nous y venons ! ^^

La fleur du coquelicot développe, lorsqu’on la froisse, une odeur vireuse d’opium, ce qui n’est pas, d’emblée, rassurant, d’autant plus que des capsules fraîches du coquelicot exsude, quand on les incise, un suc blanc, du latex en fait, qui se concrète comme l’opium, substance dont les propriétés narcotiques, analgésique et antispasmodiques sont connues depuis 3 000 ans.
Cazin, célèbre médecin français du XIX ème siècle, employait énormément les plantes dans un but thérapeutique. Voici porté à la lecture un fait très curieux dont il a été le témoin : « un de mes enfants, âgé de trois ans, atteint de coqueluche, ayant pris le soir 16 g de sirop de coquelicot, eut pendant toute la nuit des hallucinations continuelles. La même dose, répétée 4 jours après, produisit le même effet ». On ne peut raisonnablement penser que Cazin ait commis la bourde d’employer du pavot en lieu et place du coquelicot ! Pline l’Ancien rapporte, à propos du rhoeas, que « quelques-uns le cueillent et le mangent avec le calice. Cinq têtes de rhoeas, bouillies dans trois hémines de vin, purgent et procurent le sommeil ». Rien que de très normal, le coquelicot présentant la particularité d’être un narcotique léger. La médecine arabe employait également les graines qui étaient pilées puis mêlées à du miel en cas d’insomnie.

DOIT-ON METTRE EN DOUTE LE COQUELICOT ?

Tout dépend duquel l’on parle, du rhoeas ou bien de l’un de ses confrères, Papaver dubium, qui, bien que coquelicot présenterait une toxicité que ne possède pas rhoeas. Papaver dubium, autrement dit : coquelicot douteux. Comme son nom l’indique, il est permis d’avoir un doute sur son innocuité. Ce dernier contiendrait un alcaloïde toxique dans ses pétales, l’aporéine. Aussi, le coquelicot employé par Cazin pourrait-il être celui-là ? Dans tel cas, on comprend mieux les effets hallucinatoires du sirop sur l’enfant. Ceci étant dit, rien n’est clair à ce sujet, le mot même d’aporéine étant construit sur une racine grecque – aporon – un terme qui signifie lui-même doute ! L’aporéine serait donc une substance douteuse contenue dans un coquelicot non moins douteux et faux ami…
Dès lors, l’on comprendra pourquoi le charmant coquelicot a été banni des champs de céréales. Ne rien faire, c’était courir le risque de voir des graines (dont la toxicité reste à prouver) se mêler aux céréales, et donc à la farine et au pain (qu’on se rappelle les intoxications provoquées par des graines de nielle des blés, un autre adventice des champs de céréales…).

En cas de doute, il faudra s’en remettre à la botanique qui décrit rigoureusement la morphologie de la plante. Rhoeas et dubium ont beau énormément se ressembler (forme des fleurs, aire de répartition, etc.), ils se distinguent au niveau du feuillage comme nous le constatons ci-dessous :

Feuilles-rhoeas-dubium

Papaver rhoeas à gauche, P. dubium à droite

Ainsi, en l’absence de toute preuve quant à la toxicité du coquelicot douteux qu’est Papaver dubium, je ne saurais trop vous conseiller de vous en remettre à Papaver rhoeas que vous pourrez récolter entre mai et juillet.
Quoi qu’il en soit, le cas relevé par Cazin ne doit pas faire en sorte de condamner notre rhoeas. A l’évidence, cela pose la question de la sensibilité du sujet face à une substance donnée, il me souvient bien avoir eu des hallucinations dignes du serpent cosmique il y a quelques années de cela après la prise d’un quart de comprimé d’un somnifère que l’on trouve encore en vente dans la plupart des pharmacies…

Le coquelicot préfère un sol calcaire, sec et bien ensoleillé jusqu’à une altitude de 1 800 m. C’est une espèce qui peut être très fréquente dans un lieu et totalement absente dans un autre. Mais, malgré ces irrégularités, le coquelicot est une espèce qui est bien moins menacée qu’à une époque.
C’est une plante annuelle qui assure sa reproduction par de petites graines noires (quand elles sont sèches) contenues dans une capsule que quatre pétales écarlates protègent quelques temps avant de flétrir et de tomber au sol rapidement (floraison mai à juillet). Ses fleurs, sans nectar ni parfum, sont tout de même visitées par les abeilles auxquelles elles fournissent un abondant pollen. Il atteint une taille maximale comprise entre 60 et 80 cm. Ses tiges sont simples ou bien très ramifiées et contiennent un latex blanc. Les feuilles sont poilues et profondément découpées.

Dans le langage symbolique des fleurs, le coquelicot représente la beauté éphémère… Eu égard à la fragilité de ses fleurs et à la brièveté de sa floraison. C’est, tout comme le bleuet, une plante d’amour et de poète.

Coquelicots

Le coquelicot en thérapie :

1. Parties utilisées : pétales, capsules, graines.

2. Principes actifs : alcaloïdes (papavérine, rhoéadine), mucilages, tannins, anthocyanoside (responsable de la couleur des pétales du coquelicot, rouge comme une crête de coq, d’où son nom, très probablement).

3. Propriétés médicinales : sédative, anxiolytique, narcotique léger, sudorifique, antitussive, antispasmodique, expectorante (à l’origine le coquelicot fait partie des quatre fleurs pectorales avec le bouillon-blanc, la violette et la mauve. Plus tard, on y adjoindra le tussilage, le pied de chat et la guimauve. A elles sept, elles forment désormais les sept plantes pectorales), adoucissante, émolliente.

4. Usages médicinaux : insomnie, trouble du sommeil (chez le vieillard et l’enfant), nervosité, anxiété, émotivité, troubles de la sphère respiratoire (coqueluche, asthme, bronchite, catarrhe pulmonaire, pneumonie, pleurésie, toux spasmodique, quinteuse, sèche, rebelle, irritation de la gorge, enrouement), inflammations oculaires (c’est bien un « cousin » du bleuet), colique, abcès dentaire.

5. Autres usages:

On confectionne des liqueurs, sirops, bonbons, crèmes glacées avec les pétales de coquelicot. On peut aussi les confire.
En plus des pétales, jeunes feuilles et graines sont également comestibles. Les feuilles, en salades ou bien dans des potages ; les graines, grillées et mélangées à du sel afin de confectionner un agréable condiment.

© Books of Dante – 2013

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2 réflexions sur “Le Coquelicot (Papaver rhoeas)

  1. Il y a quelques années j’ai suivi une petite formation avec l’école lyonnaise des plantes médicinales. Notre formatrice nous avait fait réaliser un sirop de coquelicot: on avait fait une infusion de pétales de coquelicot, laissé infuser 24h avant de filtrer, exprimer, ajouter et faire fondre le sucre. On était tous reparti avec notre petite dose de sirop… J’avais eu l’idée de tester ses propriétés anxiolytiques à un moment de gros stress, j’avais un peu forcé sur la dose recommandée, en prenant 2-3 cuillère à soupe en l’espace de quelques heures, ça m’avait franchement shootée!
    La recette donne 100g de pétales pour 1,5L d’eau, et 165g de sucre/100g d’infusé.

    Aimé par 1 personne

    • Comme bien d’autres plantes, le coquelicot est sujet à une variation de ses principes actifs selon le temps et l’espace. Cela joue donc un rôle en ce qui concerne ses effets. Mais il y a aussi les dosages ainsi que la sensibilité du sujet. Cela me rappelle l’anecdote de Cazin qui avait fait prendre à son fils de 3 ans une dose un peu trop forte d’un tel sirop, traitement qui induisit de continuelles hallucinations… ^_^

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