La Mélisse Officinale (Melissa officinalis)

Synonymes : Citronnelle, Herbe au citron, Thé de France, Piment des abeilles, Piment des ruches.

Devant les multiples noms vernaculaires dont la mélisse s’est vue affublée (citronnelle, citronnade, herbe au citron, etc.), il est difficile de ne pas comprendre que, du citron, la mélisse possède le parfum. Tout cela parce qu’elle contient des composés aromatiques communs à cet agrume ainsi qu’à de nombreuses autres plantes qui se sont vues nommer également citronnelle : c’est le cas de l’aurone mâle, de la verveine odorante, du lemon-grass, du thym citron, etc. Mais il s’agit là d’une spoliation de ce terme qui n’appartient qu’à une seule plante : la citronnelle (Cymbopogon sp.), aromate courant de la cuisine asiatique. Donc, lorsque l’on vous parle de « citronnelle », exigez de savoir exactement de quoi il s’agit.

Mélisse officinale-1-1

Son nom latin Melissa est une abréviation du mot grec melitophyllon. Melissa signifiant abeille, il n’est pas compliqué de comprendre que ce mot grec signifie « feuille à abeille ». Du reste, on surnomme parfois la mélisse « piment des abeilles », plus rarement « piment des ruches ». Bon, tout ça pour dire que, primo, la mélisse sent divinement (si, si !) bon (en froissant très légèrement ses feuilles fraîches entre les doigts, on la reconnaît grâce à sa bonne odeur citronnée) et que, secundo, les abeilles l’adorent du fait qu’elle est une plante très mellifère. Il me semble même qu’une déesse porte son nom… A vérifier dans l’ouvrage de Jacques Brosse : Mythologie des arbres.

Depuis l’Antiquité, elle fait partie des pharmacopées pour ses vertus médicinales. Originaire d’Asie mineure, elle s’est propagée vers l’Europe occidentale au Moyen-Âge en particulier, sans doute sous l’action des moines bénédictins.
C’est une plante dite cordiale par les médecins arabes du haut Moyen-Âge : Sérapion la considère comme propre à rendre l’humeur joyeuse (une référence à ses propriétés antidépressives) alors qu’Avicenne voit en elle un remède pour le cœur, son rôle de tonique cardiaque ayant été avéré depuis. Ces médecins ne s’y trompèrent pas puisque dès le XVII ème siècle la mélisse sera utilisée pour lutter contre les dépressions nerveuses.
Si l’on ne connaît pas la mélisse peut-être connaît-on la fameuse et célèbre eau de mélisse fabriquée par les carmes déchaussés de la rue de Vaugirard à Paris depuis 1611. Non ? Bon, petite histoire… Cette « eau » surnommée « or potable » était présentée comme une panacée permettant de lutter « contre les vapeurs, l’apoplexie, les syncopes, les évanouissements, les obstructions du foie, de la rate, des reins et surtout un ami du cœur qu’elle réjouit et fortifie dans ses faiblesses ». Cette déjà longue compilation d’indications nous en dit davantage quant aux propriétés médicinales de la mélisse. On peut distinguer ses vertus tonicardiaques : la mélisse lutte contre les spasmes cardiaques, c’est pour cela qu’on la disait autrefois cordiale, racine que l’on retrouve dans le mot « cordialement » bien que ce dernier ne soit plus toujours adressé avec cœur. Enfin, bref… Revenons-en à nos abeilles. La mélisse est aussi un stimulant psychique, un tonique cérébral ainsi qu’un sédatif du système nerveux et peut intervenir dans les cas suivants : états dépressifs légers, nervosité, émotivité, crises nerveuses, anxiété, mélancolie, enfin, tout un tas de mots qui malmènent le cœur.

Le célèbre cardinal Richelieu fit de l’eau de mélisse l’un de ses médicaments favoris qui, disait-on, l’aurait aidé à soigner ses migraines tenaces. De là, elle connût un succès sans précédent qui se perpétue encore aujourd’hui, puisque quatre siècles après le début de sa fabrication, cette eau est toujours disponible dans les pharmacies dignes de nom, comme tonique et antispasmodique digestif (spasmes digestifs, ballonnements, crampes d’estomac, éructation, douleurs abdominales, indigestions, nausées, digestions pénibles, etc.).
Un jour de 1635 où Richelieu ne reconnût pas l’odeur caractéristique de « son » eau de mélisse, il refusa de l’avaler, ce qui lui permît de déjouer une tentative d’empoisonnement. Dès lors, les carmes offrirent la garantie d’une vraie eau de mélisse en apposant le sceau de leur couvent, voilà pourquoi l’eau de mélisse des carmes est munie d’un cachet rouge évoquant la pourpre du cardinal. Davantage d’informations ici.

La mélisse (feuilles et sommités fleuries) – que l’on préférera fraîche, sèche elle perd rapidement ses propriétés au bout d’un an de garde – offre de multiples possibilités d’emplois : l’infusion classique, la décoction, l’hydrolat aromatique (le produit issu de la séparation d’avec l’huile essentielle lors de la distillation), la teinture mère, le suc frais, l’huile essentielle.

Si l’on veut bénéficier de la mélisse, la première chose qui s’impose est d’en posséder un pied sous la main sur lequel on ramassera les feuilles fraîches que l’on utilisera sans tarder. Cependant, il faut observer certaines règles d’importance lors de la récolte : trop âgée, la mélisse dégage une odeur désagréable, les fleurs fanées donnant à la plante un goût de punaise (disent certains) chargé d’amertume. Ainsi donc, la meilleure période de récolte se situera avant et pendant floraison. Puis, avant la fin de l’été, après que la plante ait fleuri, il n’est pas impossible de la tailler, cela provoquera l’apparition de nouvelles pousses qui pourront donner lieu à une seconde récolte. Dans tous les cas, il est recommandé de cueillir les feuilles sur une plante dont la hauteur est supérieure à 15-20 cm, comme cela la récolte ne risque pas de perturber la croissance de la plante. Ayez donc la main légère en fonction de la taille de votre mélisse. En dehors des périodes de récolte, il est tout à fait possible d’user de la mélisse. Pour cela il vous faudra avoir préparé quelques compositions plus ou moins complexes avec de la mélisse fraîche, comme, par exemple le vin de mélisse ou l’eau de mélisse dont voici les recettes :

* Le vin de mélisse :

  • 50 g de mélisse fraîche (feuilles et sommités fleuries)
  • 1 litre de vin blanc

Macération : 48 heures. Puis filtrage. Pour usage interne.

* L’eau de mélisse (à distinguer de celle des carmes, autrement plus élaborée) :

  • 50 g de mélisse fraîche (feuilles et sommités fleuries)
  • 15 g de zeste de citron frais
  • 15 g de grains de coriandre
  • 15 g de clous de girofle
  • 15 g de muscade râpée
  • 10 g de racine d’angélique sèche
  • 5 g de cannelle bâton
  • 1 litre d’eau-de-vie blanche

Macération : 15 jours. Puis filtrage. Pour usages interne et externe.

Quelques mots à propos de l’huile essentielle de mélisse officinale :

A utiliser avec précaution. Mais vu son prix, les précautions d’usage s’imposent. La mélisse est très peu productive en terme d’huile essentielle, d’où le fait qu’on la trouvera surtout en petit flaconnage (2 ml le plus souvent). Si je dis précaution, c’est surtout pour les effets de cette huile essentielle sur l’organisme (selon un certain grammage et sous certaines conditions) : par exemple, 2 g à jeun entraînent une lassitude suivie d’un engourdissement, et un sommeil qui s’accompagne d’un ralentissement de la respiration et du pouls, d’un fléchissement de la tension artérielle. Mais bon, cela fait beaucoup de conditions.

Ainsi donc, par divers moyens, il est possible de bénéficier des bienfaits de la mélisse, été comme hiver, aussi bien en usage interne (tonique utérin, emménagogue, apéritive, relaxante, rafraîchissante, ainsi que celles déjà évoquées plus haut) qu’externe (antivirale, bactériostatique, antifongique, vulnéraire ; pour les affections suivantes : maux de tête, migraines, eczéma, mycoses, herpès labial, varicelle, zona, etc.).

Comme la sauge et la menthe, la mélisse est une plante vivace qui pousse en touffes qui peuvent atteindre près de 70 cm de hauteur. Dans un jardin, un pied de mélisse éloignera efficacement les moucherons, ainsi que d’autres insectes volants tels que les moustiques, etc. Et en cas de piqûres, il suffit de froisser une feuille fraîche et d’en frotter doucement l’endroit endolori.

Les feuilles opposées, ovales, tendres et froncées possèdent une couleur vert-jaune. Leurs marges sont festonnées. Les fleurs, discrètes, sont jaunâtres dans un premier temps, puis blanchâtres. Rosâtres parfois. La floraison a lieu entre juin et septembre.
Cette plante se trouve naturellement aux abords des jardins, dans les broussailles, les haies, en lieux mi-ombragés et ce à une altitude maximale de 1 000 m. Elle est particulièrement fréquente dans le Sud-Est de la France.
Au jardin, on prendra soin de planter une mélisse très éloignée de la sauge dont elle inhibe la croissance par télétoxie. On observera une zone de sécurité identique entre mélisse et lavande qui risque fort de pâtir de la proximité de la mélisse.

En cuisine, les feuilles permettent de parfumer agréablement les potages, ragoûts et salades. Au Pays-Bas et en Belgique, on les utilise dans les marinades de poissons (hareng, anguille). Enfin, elles entrent dans la composition d’huiles, de vinaigres et de liqueurs.

Mélisse

La mélisse en thérapie :

1. Parties utilisées : feuilles, sommités fleuries.

2. Principes actifs : huile essentielle, tannins, camphre, principes amers.

3. Propriétés médicinales : antibactérienne, antifongique, tonique (cerveau, utérus, appareil digestif), anti-inflammatoire, apéritive, sédative, vulnéraire, stimulante physique et intellectuel, favorise les règles, sudorifique, vermifuge, insectifuge.

4. Usages thérapeutiques : nervosité, crises nerveuses, convulsions, épilepsie, états dépressifs, anxiété, spasmes (cardiaques, digestifs, asthmatiques), migraines, maux de tête, pertes d’appétit, herpès labial, mycoses du pied, troubles digestifs (ballonnement, crampes d’estomac, éructation, douleurs abdominales, indigestion, nausées), action sur les bourdonnements d’oreille, déficiences intellectuelles (mémoire), règles douloureuses, piqûres d’insectes, syncope.

© Books of Dante

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2 réflexions sur “La Mélisse Officinale (Melissa officinalis)

  1. Bonsoir, je viens de me faire une tisane de melisse citronnelle, ce que je pense en être ! J ai pris deux tiges que j’ai plongé dans l’eau qui a bouilli durant environ 10′!
    J’en ai bu un peu ce soir… Mon fils de 3 ans qui fait des terreurs nocturnes aussi ( d’où l’idée )!
    Il a l’air bien, s’endort tranquille à l’instant! Les terreurs n’apparaissant qu’environ 90′ après le sommeil, on verra….
    Mais moi je suis sous lysanxia 10 que je prends dans la journée par demi si j’en ressens le besoin ( pris un demi pas loin de 19/20h )! J’ai bu l’équivalent d’un mug de cette tisane… Je me suis sentie un peu  » mal  » 20′ après, genre je me sens tomber de sommeil…
    Est-ce ainsi que ça agit? Me serais-je trompée de plante ? Ou le lysanxia avec est-il trop fort?
    En tout cas moi qui souffre de fortes angoisses et anxiété, mon jardin en débordant, je trouvais l’idée intéressante ! C’est bien une plante verte plus ou moins claire, type ortie mais aux feuilles plus arrondies et douces, à l’odeur de citronnelle ( ce que je croyais en être mais pas du tout le cas après recherches ) ? Elle pousse comme l ortie: en masse et un peu partout… J’ai peur d’avoir donné à mon enfant une tisane dangereuse… Ainsi qu’à moi ?!
    Pouvez-vous me rassurer ou j’appelle le centre anti-poison 😳 ?! Merci !

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    • Bonjour,

      D’après la description que vous en faite, cela m’a tout l’air d’être de la mélisse. En touffe, odeur de citronnelle, etc. Dans le doute, vous pouvez m’adresser une photo de cette plante à mon adresse e-mail (books-of-dante[@]hotmail.fr) et je procèderai à son identification.

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